Chapitre 22 : La fin d'une époque

Aveline gara sa voiture devant le bâtiment de la DaVinci Incorporation. Elle déposa Desmond, qui l'avait assisté pour diagnostiquer un anévrisme cardiaque (en fait, ce n'était pas un vrai patient, mais elle lui avait fait croire afin de le mettre en condition), et le salua avec un grand sourire.

-On se retrouve demain vers quinze heure si ça te va.

-Avec plaisir ! Bonne soirée Aveline.

-Bonne soirée Desmond !

Elle e laissa sortir, puis redémarra le véhicule. Elle avait étrangement hâte de rentre ce soir. Elle avait reçut une lettre du tribunal, et se doutait qu'il s'agissait de la confirmation du divorce. Savoir que la chose était désormais officielle lui faisait bizarre. Elle était à la fois soulagée, et tellement triste. Même s'ils n'avaient plus rien en commun avec Connor, ils s'étaient aimés, au début. Sincèrement et profondément ! C'était dommage de constater que six ans après leur rencontre, et quatre après leur mariage, ils en étaient arrivés là. Mais bon, c'était la vie.

Et donc, ce soir, ils pourraient parler librement. Elle se demandait si ça lui paraitrait différent. Ho, et puis, qu'importe ! Que ce soit le cas ou non, elle dirait ce qu'elle avait à dire à son ex-mari, comme elle le faisait toujours d'ailleurs.

Au cours des dernières semaines, elle avait beaucoup réfléchi à ce qu'il lui avait dit, quant à son désir de repartir dans l'armée. Et des motivations qui l'animaient. Il avait de bonnes motivations, même si cela ne lui plaisait pas. Mais qui était-elle pour lui dire ce qui était bon ou non pour lui. C'était en partie à cause de cela que son coulpe n'avait pas tenu, et elle le savait parfaitement. Ils étaient tous les deux bien trop arrogants et tentaient de se dicter l'un l'autre leurs conduites. Alors, ce soir, le dernier ensemble avant qu'elle ne quitte l'appartement définitivement, elle allait lui dire simplement, sans tenter de lui imposer son point de vu, se qu'elle pensait de cette histoire.

Le feu au bout de la rue passa au vert, et elle prit le chemin de son logis. Pour la dernière fois.

oOoOoOo

Federico arriva à l'hôpital, sec et changé. Il traversa d'un bon pas toute l'aile est, et se rendit droit au service de psychiatrie. Son chef fut surpris de le voir, et lui demanda si tout allait bien. Il expliqua brièvement que oui, mais qu'il lui fallait absolument voir un patient aujourd'hui même. Son chef ne discuta pas, presque admiratif devant tant de professionnalisme. Il ne pouvait bien sûr pas se douter que la raison qui amenait Federico n'était pas tout à fait étique d'un point de vu professionnel. En réalité, ce que le jeune homme s'apprêtait à faire était purement personnel. Il allait se débarrasser de ses problèmes.

Federico demanda un dossier à la secrétaire du service, puis se dirigea droit dans son bureau. Il ouvrit le porte document, vit le numéro de téléphone de son patient, et se saisit de son téléphone. Il ne lui fallut pas plus de trente seconde pour être en communication, avec Abbas.

oOoOoOo

La journée de travail touchait à sa fin, et les membres de la DaVinci Inc s'apprêtaient à partir. Ils avaient été secoué par l'annonce que Léonardo leur avait fait. Il faut dire que ce n'était pas tous les jours que vous appreniez que votre patron – et ici, également votre ami – s'était marié sur un coup de tête, en une journée, profitant des lois exceptionnelles de Las Vegas. L'annonce avait réellement fait l'effet d'une bombe. Certain avaient été ravis pour lui, d'autres étaient plus sceptiques.

Après avoir dignement fêté la nouvelle en débouchant une des bouteilles de champagne que le PDG gardait dans son appartement pour de grandes occasions, ils étaient tous retourner au travail. Mais personne n'avait réellement pu se concentrer sur son boulot. La journée avait filé à toute vitesse, et la quille s'était présentée plus vite que prévu.

Altaïr, seul dans son bureau, rangea ses affaires rapidement, puis fila le long de l'escalier. Il faisait partie des gens sceptiques, et il voulait dire deux mots à Léonardo. Pas pour lui reprocher son choix, mais seulement pour lui rappeler qu'il y avait une personne qui aurait le cœur brisé. Il arriva devant la salle de conférence, vit que le peintre y était toujours, en train d'éplucher avec attention le compte rendu de tous les projets de son équipe (il était grand temps !), et tapa à la porte.

Léo redressa la tête, apparçut son responsable marketing, et lui fit signe d'entrer. Altaïr s'exécuta, et s'approcha de la table, restant debout malgré le fait que son patron lui proposait de s'assoir.

-Je n'ai pas le temps, j'ai un rendez-vous dans pas longtemps, se justifia-t-il. Je voulais juste te parler de quelque chose.

-Et bien, je t'écoute, fit Léo, un peu surpris par cette façon d'agir. De quoi souhaites-tu m'entretenir ?

-De ton mariage.

Léo soupira profondément en fermant les yeux. Il s'attendait à ce que certaine personne lui exprime leur désaccord, mais il pensait que Altaïr n'en ferait pas partie. Quoi que, il aurait pu s'en douter. Etant le cousin d'Ezio, il prendrait automatiquement son parti. Pourtant, la phrase qui suivi le surpris vivement.

-Déjà, je tenais à te féliciter plus solennellement, je suis ravis pour toi.

Le blondinet n'en revint pas. Avait-il bien entendu ? Il cligna plusieurs fois des yeux en fixant l'autre, et attendit la suite. Comme elle ne semblait pas venir immédiatement, et qu'il pressentait l'avènement d'un « mais », il prit les devants :

-Mais ? interrogea-t-il donc.

-Mais rien du tout, fit Altaïr avec un demi sourire. Tu as l'air heureux de ce choix, et c'est tout ce qui comptes. Cependant…

-Ha ! s'exclama victorieusement Léonardo, car il avait vu juste.

-Je pense que par respect pour ton ex, tu devrais le prévenir le plus vite possible. Je pense qu'il s'attend encore à pouvoir réparer les chose avec toi, et ce serait par conséquent mieux qu'il l'apprenne de ta bouche, plutôt que par celle d'un autres qui gafferait.

Il y eut une seconde de silence, Léo restait pensif en baissant légèrement les yeux sur la table. Altaïr n'avait pas tort. Il fallait avouer que, lorsque Léonardo avait pris la décision d'accepter la demande en mariage de Cesare (et de précipiter les choses en le convainquant de descendre de suite à Las Vegas), il n'avait pas vraiment penser aux conséquences directs que cela aurait sur Ezio. Il n'avait penser qu'à lui, de manière un peu égoïste, il fallait l'avouer. Mais il ne regrettait rien. Il était sûr d'avoir pris la bonne décision.

-Tu as raison, finit-il par admettre en hochant légèrement la tête, regardant à nouveau son responsable marketing. Je vais le prévenir, il mérite bien ça.

Altaïr lui adressa un sourire satisfait. Le message était bien passé. A présent, il pouvait se rendre à son autre rendez-vous l'esprit plus tranquille.

-Bonne soirée Léo, à demain, salua-t-il en se tournant vers la porte.

-Merci, toi aussi, répondit le blond , encore un peu pensif.

Une fois qu'il fut sortit de la salle, et loin sur la passerelle, Léonardo prit une grande respiration, sentant soudainement un poind sur sa poitrine. Il était stressé à l'idée de devoir réellement prévenir Ezio, mais Altaïr avait raison. C'était une question de respect. Son ex avait le droit de savoir que cette fois, c'était réellement terminé entre eux. Il devait le faire, pour qu'Ezio puisse à son tour tourner la page et aller avant.

Il sortit de la poche de son jeans son téléphone cellulaire, sélectionna la boite de dialogue, sélectionna le numéro de son ancien grand amour, et lui donna rendez-vous dans une heure. Poussant un grand soupire, il appuya sur la touche d'envoie, et reposa le téléphone sur la table, de plus en plus paniqué. Il se demandait quelle serait la réaction d'Ezio. Enfin, il le saurait bien assez vite.

oOoOoOo

Desmond s'était affalé sur le canapé avec un verre de sodas frais, et zappait les chaines à la télé. Il n'y avait rien de vraiment intéressant à cette heure-ci. Il éteignit en poussant un grand soupire d'agacement, puis s'étira en faisant craquer ses épaules. Il regarda la pendule au mur. Il était dix-huit heures. Les autres devait sans doute avoir terminé le boulot à cette heure-ci. Il se dit alors qu'Assia serait peut-être plus encline à la discussion que la veille.

Il se saisit de son téléphone, et sélectionna son numéro. La tonalité se fit durant une seconde, puis fut presque immédiatement coupée. Surpris, il regarda l'écran. L'appel avait été ouvertement refusé. Légèrement frustré, il réitéra trois fois l'opération, et à chaque fois, on le refusa. L'étudiant resta bouche bée face à son téléphone. Il ne comprenait rien à ce qui se passait.

Réellement énervé, il réitéra une dernière la manœuvre. Cette fois-ci fut la bonne, mais il regretta dans l'instant où on répondit d'avoir insister autant.

-Quoi ?! s'exclama la voix d'Assia, visiblement très agacée par tant d'insistance.

-Heu… hésita Desmond, déconcerté par l'agressivité tangible de son amie. Je… tu vas bien ?

-Ca va très bien, merci ! fit sèchement la jeune femme au bout du fil. Qu'est-ce que tu me veux encore ?!

Encore ?! Sérieusement ? Desmond était bouche bée au téléphone. Il ne reconnaissait plus du tout Assia. Mais que lui était-il arrivé enfin ? Pourquoi était-elle aussi froide et agressive avec lui. Qu'avait-il fait de mal ? Il ne comprenait pas du tout ce qui arrivait. Il battit des paupières, referma la bouche pour ravaler sa salive (bruyamment) et tenta de répondre.

-Et bien… je suis seul à la maison ce soir, et je me demandais si tu voudrais pas passer manger un morceau…

-Et puis quoi encore ! S'envoyer en l'air pendant qu'on y est ?!

-Pardon ?! sursauta Desmond, choqué par cette remarque.

Il entendit Assia pousser un énorme soupire d'agacement au bout de la ligne, puis elle poursuivit.

-Ecoute Desmond, c'était vraiment sympa tout le temps qu'on a passé ensemble, mais entre nous, je pense que tu te méprend sur notre relation.

-Quoi ?... manqua de s'étouffer le jeune homme, ne comprenant rien à ce qu'elle disait.

-Tu as cru qu'on était proche tous les deux, et t'as peut-être même imaginer qu'on pourrait être les meilleurs amis du monde, voir plus, et j'en suis désolée...

-Désolée, répéta-t-il, incrédule.

-Ecoute bien ce que je vais te dire. Les parties de sexe et moqueries qu'on a eu ensemble, c'était vraiment bien, je l'avoue, mais il est temps que je te le dise sincèrement…

Elle marqua une pose, comme si elle hésitait à dire un truc pareille, mais finit par terminer sa phrase.

-T'es qu'un bouche trou pour moi. Je me suis servis de toi parce que j'étais déçu de pas avoir réussi avec Malik. Désolé de t'avoir fait de faut espoir, mais je pensais que tu avais compris le message quand je t'avais dit « plus de sexe ». Apparemment je m'étais trompée…

Desmond ne la laissa pas continuer, trop choqué par ces propos affreux. Il mit fin à la communication et contempla son téléphone une seconde. Après quoi, il sentit une vague de colère monter en lui. Ou plutôt du désespoir. Il lança le cellulaire de toutes ses forces en travers de la pièce, en poussant un cri sonore. Le petit appareil se fracassa contre le mur. Il respirait fort, sa poitrine se gonflant et se vidant à un rythme élevé. Il sentait son sang bouillir dans ses veines.

Après un instant à contempler les débris de son téléphone, il se laissa retomber sur le canapé, les mains sur son visages, et sentit monter une vague de sanglots. Il ne parvint pas à les retenir, malgré toute sa volonté, et éclata en larme. Il n'aurait jamais imaginé que celle qu'il prenait pour sa meilleure amie soit en réalité une telle garce nymphomane. C'était douloureux ! Atrocement douloureux.

oOoOoOo

Chez elle, Assia se trouvait dans sa chambre, le dos appuyé contre sa porte. Elle fixait son téléphone éteint. Desmond avait coupé la communication. Sans doute ne supportait-il pas ce qu'elle lui disait. Pour sûr, il allait lui en vouloir énormément pour les propos qu'elle lui avait tenu. Peut-être même lui ferait-il la gueule, voir la haïrait-il. Ça avait beau être le but recherché, elle se sentait affreusement mal. Son cœur la serrait à un point que personne ne pouvait imaginer.

Elle avait beau se répéter dans sa tête qu'elle n'avait pas eu d'autre solution, que c'était le seul moyens pour tous les deux de pouvoir mettre fin à cette relation autodestructrice, elle n'en perdait pas moins dans la bataille. En une fraction de seconde, elle venait de détruire presque trois mois d'une merveilleuse histoire. Elle perdait en une fois son amant, son meilleur ami et son confident.

Sentant que ces forces l'abandonnait, elle se laissa glisser au sol, en position assise. Elle sentait les larmes couler sur ses joues, sans qu'elle puisse les retenir. Elle se sentait affreusement coupable, mais qu'avait-elle comme autre choix ? Etre horrible avec Desmond et briser son cœur était le seul moyen pour qu'il écoute ce qu'elle avait à lui dire. Il était trop orgueilleux et n'aurait sans doute jamais laisser tomber l'espoir qu'ils continuent cette relations autrement. Elle le savait, et sans doute s'en rendrait-il un jour compte aussi.

C'est du moins ce qu'elle espérait. Mais il y avait peu d'espoir après ce qu'elle lui avait dit. Il allait la trouver monstrueuse, et sans doute la regarderait-il comme une garce. C'était surement de cette manière qu'il la verrait toujours désormais.

A cette pensée, elle sentit le chagrin et le désespoir la gagner, et se mit à sangloter, sans pouvoir s'arrêter. Mais qu'est-ce que cela aurait changé ? Les choses étaient faites, et ne pouvaient plus être changées à présent. Elle avait celé leur avenirs, et s'y était mal prise. Et elle le savait, ce qui rendait la pilule plus amère encore.

oOoOoOo

Ezio traversa la rue comme une flèche. Il sortait tout juste de la douche, après être rentré du cimetière et avoir fait un tour en ville, lorsque son téléphone avait vibré. Il avait immédiatement lu le message de Léonardo, et son cœur s'était emballé sans qu'il ne sache bien pourquoi. Il avait une boule dans l'estomac, le souffle court, et le cœur battant à mille à l'heure. Il avait le pressentiment que l'heure de vérité avait sonné, et était très optimiste. Léonardo allait lui donner une réponse claire et net, c'était une certitude.

Il rentra dans le bâtiment de la société, et traversa le hall quasiment en courant. Il croisa Connor, qui le salua avec un sourire étrange, comme s'il était mal à l'aise. Cela fit légèrement tiquer Ezio, qui rentra dans l'ascenseur. Léo lui avait donner rendez-vous dans la salle de conférences. Il grimpa quatre à quatre les escalier et galopa littéralement le long de la passerelle. Il aperçu Léonardo dans la salle, qui lui fit signe d'entrer directement. Il s'exécuta.

-Léo ! salua-t-il avec entrain en pénétrant dans la salle vitrée.

-Bonjours, assieds-toi, fit calmement l'autre sans oser le regarder.

Cela refroidit immédiatement Ezio, qui sentit un grand frisson le parcourir de la tête aux pieds alors qu'un mauvais pressentiment le submergeait. Il s'assis en face de son amant et le fixa sans rien dire, son sourire s'effaçant de son visage.

Le peintre gardait les mains croisée sous son menton, la main gauche soigneusement dissimulée sous la droite. Il semblait réfléchir intensément. Après un court silence, Ezio tenta de commencer une conversation.

-Tu voulais me voir ?

-Oui, fit Léo avec un soupire profond en posant son regard sur lui.

La manière dont il le regardait confirma un peu plus à l'Auditore que quelque chose de mauvais allait être annoncé. Il se mordit le plus violemment possible l'intérieur de la joue, et sentit le goût du sang dans sa bouche. Le peintre semblait réfléchir à la manière de dire les choses, hésitant, torturé même, mais finit par reprendre la parole.

-J'ai quelque chose à t'annoncer.

-Et bien, fais-le, l'incita un peu sèchement Ezio, qui avait la sensation que son cœur allait lâcher tant il battait fort.

-Je ne sais pas trop comment dire la chose.

-Simplement, le plus directement possible, répondit l'autre en plissant légèrement les yeux.

Comme pour les sparadrap, fais d'un coup sec, voulut-il presque ajouter, presque certain que c'était bien quelque chose de douloureux qu'allait lui annoncer son ex.

Le blondinet se tortillait sur son siège, visiblement mal à l'aise. Il se tripotait également les mains. Une erreur fatale, car il dévoila sa main gauche. Ezio crut que son cœur ratait plusieurs battement et sa respiration se stoppa nette lorsqu'il aperçut l'anneau à son doigts. C'était une sensation absolument abominable qu'il ressentit à ce moment là. Il avait presque le goût infâme de la bile en bouche tant ça l'avait choqué.

-C'est… quoi cet bague ? réussit-il par articuler au bout de quelques secondes.

Léo sursauta vivement à cette question, regardant instinctivement ses mains. Il se rendit compte qu'il venait de commettre une erreur terrible. Pris au dépourvu, il tenta de parler, ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Ezio le considéra un instant d'un air vide, puis se leva, répétant avec plus de vigueur sa question.

-Léo, c'est QUOI cette bague ?!

-Je suis vraiment désolé Ezio, finit par réussir à dire Léo en le regardant droit dans les yeux.

-Non… fit son vis-à-vis, espérant un miracle.

-Cesare m'a fait sa demande, et j'ai dit oui…

-Tu t'es fiancé, balbutia Ezio, complètement abasourdi.

Son cerveau se changeait en bouillie, le temps s'écoulait par à-coups, la pièce avait fondue autour de lui. Il ne restait que Léo, l'air vraiment navré, mais pas désolé une seule seconde. Ce fut sans doute cela qui marqua le coup de grâce pour Ezio. Ca et la phrase qui suivit.

-Non, je me suis marié.

Le monde s'effondrait, l'univers n'existait plus. Ezio ressentit une vive douleur dans la poitrine, et tous ses muscles se crispèrent, comme pris de crampes innombrables. Il avait beau s'être à plusieurs reprise imaginé cette situation, avoir tenter d'anticiper ses réactions, rien ne se passait comme il l'avait envisagé. C'était la douleur la plus horrible qu'il n'avait jamais ressentie. Même lorsqu'il s'était battue, étant plus jeune, ou blessé, il n'avait pas eu aussi mal. Et en cette instant précis, il en voulait à Léo.

Oui, il lui en voulait. Il le haïssait même. Il les haïssait tous. Que se soit Federico, Altaïr et sa morale à deux cents, Malik et ses foutus principes, Desmond et ses phrases assassines, ou encore Cesare. Ha oui, Cesare ! Son ancien meilleur ami. Quel traitre. Et Léo ! Léo, comment pouvait-il lui faire ça. Après tout ce qu'il avait vécu ensemble, toutes ces années de bonheur partagé. Et il mettait fin à tout cela, en tournant définitivement la page, après aussi peu de temps ! Il ne s'était même pas écouler deux jours depuis qu'Ezio lui avait dit l'aimer encore. Et le voilà déjà marié. Ne venez pas lui dire que ce n'était pas préméditer pour lui faire du mal à ce niveau là.

Ne trouvant pas le force de dire quoi que ce soit, Ezio tituba en direction de la porte et l'ouvrit à la volée. Léonardo s'était levé et le fixait avec stupeur.

-Ezio, attend !

Mais Ezio n'attendit pas. Il était déjà loin sur la passerelle et se jetait dans les escaliers à corps perdu. Le peintre l'observa sauter dans l'ascenseur depuis la galerie. Il croisa son regard au moment où la porte se refermait. Un regard plein de colère et de reproche. Léonardo soupira profondément en s'appuyant sur la barrière. Il prit une grande respiration en sentant son cœur se serrer un peu.

Il savait qu'il venait de faire énormément de mal à son ex, mais étrangement, malgré sa culpabilité pour cela, il n'avait aucun regret. Il n'avait pas la sensation d'être en faute. Et c'était bien la première fois. Ce fut à ce moment qu'il comprit qu'il avait fait le bon choix. Cesare était le bon choix. Il en était sûr.

Ezio ne le lui pardonnerait probablement jamais – il le connaissait suffisamment pour le savoir – mais il ne s'en excuserait pas. Il aimait son mari, un point c'est tout. Et après tout ce qu'ils avaient traversé – tous autant qu'ils étaient – il avait bien le droit de se montrer un peu égoïste et d'obtenir le bonheur.

Dans la rue, Ezio se rendit chez lui en mode zombie. Il avait l'impression d'être mort à l'intérieur, de ne plus rien ressentir. Il ne comprenait même pas comment il pouvait encore tenir debout. Il réussit finalement à atteindre son appartement, referma la porte derrière lui, et observa la pièce d'un regard vide.

La pièce était quasiment vide. Il n'y avait pas spécialement de meuble outre une télévision de camping, son fauteuil et le guéridon. Il n'avait jamais pensé à aménager l'appartement outre mesure, puisqu'il n'avait jamais pensé qu'il ne retournerait pas vivre avec Léonardo.

En pensant au blondinet, Ezio sentit la colère le submerger à nouveau. Pris de rage, il tourna la tête vers le cadre à photo qui trônait sur la tablette de l'entrée. Un cliché de lui en train d'embrasser Léo, sur une plage de Californie, lorsqu'ils étaient partis faire leur tours des USA. Il s'en saisit, l'observa une seconde, puis la jeta de toutes ses forces contre le mur du fond. Le verre explosa avec un bruit de net, tandis qu'une partie du cadre en bois se déboitait. Il travers la pièce à pas sec, et attrapa la photographie. Il la contempla encore, et la déchira aussi petit qu'il le pouvait avant d'aller la jeté dans la poubelle.

Il se rendit ensuite à la chambre, et attrapa un sac de voyage dans le placard. Tel un robot, il commença à fouiller méthodiquement les placards, entassant plus que rangeant les affaire dans le sac. Il avait l'esprit vide, mais une idée fixe, une seule.

Sa décision était prise.

oOoOoOo

Abbas arriva à l'hôpital, et s'annonça à la réception. La secrétaire, une jolie jeunette à qui il offrit son plus beau sourire, lui demanda d'attendre une seconde. Elle téléphona avec l'interphone au Dr Grayson pour le prévenir que son patient était arrivé. Il répondit de le lui envoyer de suite.

-Merci ma jolie, fit Abbas courtoisement en se dirigeant vers le bureau de son psy.

Il toqua et entra sans attendre de réponse. Federico était assis à son bureau, en train de rédiger quelque chose à la main. Il leva les yeux de son papier en entendant la porte se refermer.

-Alors, tu voulais me voir en urgence ? fit Abbas, étrangement dubitatif.

Il n'avait pas la même assurance arrogante que d'habitude. Sans doute parce que Federico l'avais pris de court en lui demandant de passer.

-Oui, répondit Federico en se levant, contournant son bureau pour venir près de lui, le papier à la main. Je voulais te parler de quelque chose d'important.

-Je t'écoute, fit encore Abbas en levant un sourcil, intrigué par le ton calme et presque chaleureux de l'autre.

Fédé sembla hésiter une seconde, l'observant attentivement. C'était étrange, il ne reconnaissait vraiment plus son ancien ami d'enfance, mais en cet instant, il ne voyait pas en lui un dangereux psychopathe. Il était calme, presque normal à vrai dire. Mais il savait que ce n'était qu'une apparence. Méfiez-vous de l'eau qui dort, disait sa grand-mère. Et sans doute avait-elle raison. Particulièrement dans ce genre de cas.

Il prit une grande respiration, puis lui tendit les documents qu'il avait en main.

-Tiens, je voulais te remettre ceci.

-Qu'est-ce ? interrogea son vis-à-vis en baisant le regard sur les feuillets.

-Le papier de libération du contrôle psychologique.

-Tu l'as signé ?! interrogea avec une note d'espoir Abbas, tournant les document pour aller à la dernière page.

-Non ! fit avec vigueur Federico. Je ne peux pas me le permettre.

-Quoi ! Mais c'est toi qui a été désigné pour…

-Je ne suis pas la personne la mieux placée pour juger ton comportement psychologique Abbas ! rétorqua le psy avec une assurance qui déconcerta l'autre.

Abbas resta bouche bée, son regard se remplissant soudain d'une lueur mauvaise. Il reprenait un air de tueur froid.

-Et je peux savoir ce que tu compte faire au juste ? parce que je te rappelle que si ce document n'est pas validé, ta carrière est finie.

-Ho, mais ne t'en fais pas pour moi, rétorqua Fédé. Ton papier sera bel et bien validé et signé, te rendant ainsi ta liberté. Mais ce ne sera certainement pas par moi !

-Comment ça !

-J'ai fais jouer auprès du conseil d'administration de l'hôpital le fait que toi et moi nous connaissons depuis trop longtemps. Il y a donc un litige au niveau de l'éthique. On ne peut pas juger avec justesse quelqu'un que l'on fréquente depuis son enfance. C'est donc l'un de mes collègues qui va récupérer ton dossier et te suivre désormais. Il te contactera lorsque la direction aura choisi de qui il s'agira.

Abbas le dévisagea avec un mépris évident. Federico en eut une sueur froide. Il pouvait presque lire l'envie de meurtre dans le regard de son ancien ami. Celui-ci resta face à lui pendant quelques secondes (qui semblèrent durer une éternité au psy), puis il fit claquer sa langue et se tourna vers la porte pour sortir.

-Très bien, fit-il en ouvrant, puisque c'est comme ça. Si je peux te donner un conseil d'ami…

-Nous ne sommes plus amis depuis longtemps Abbas, tu le sais bien, lâcha calmement Fédé en soutenant son regard.

-Qu'importe, un conseil reste un conseil. Prépare-toi à avoir des représailles de la part de mon bienfaiteur.

Ayant dit cela, il ferma vivement la porte à sa suite. Federico resta un instant debout, puis se laissa tomber avec un soupire de soulagement dans le fauteuil. Il sentait que ses jambes tremblaient un peu. C'était réellement une épreuve de force psychologique que de soutenir le regard de braise d'un psychopathe endurci. Mais il n'avait rien lâché. Il était fier de lui. Fier et libre. Enfin !

Abbas pouvait le menacer tout ce qu'il voulait, le jeune homme n'en avait rien à faire. Aussi influente soit ce fameux bienfaiteur (qui l'avait engagé spécifiquement pour cela, il est vrai), il était confiant. Il avait suivi ce que l'Ordre des Médecins avait fixé comme règles, et était donc irréprochable. On n'avait pas le droit de s'occuper de ces proches soi-même, telle était la règle pour tout le monde, et qu'importe ce que dirait la terrible éminence-grise d'Abbas.

A présent qu'il s'était astucieusement débarrassé de lui, il se sentait profondément soulagé. Il allait pouvoir profiter de la chance qu'il avait d'être de retour en ville, et accepté par sa sœur, pour se construire une nouvelle vie. En quittant New York et les amis qu'il avait là-bas, il avait mis fin à une étape de sa vie, celle qui suivait sa « mauvaise période », et il avait hâte de voir ce que ce nouveau chapitre lui réserverait comme surprises.

oOoOoOo

Altaïr gara la voiture devant le restaurant chinois. Malik déboucla sa ceinture à côté de lui. Celui-ci avait insister pour venir en découvrant la raison pour laquelle l'autre avait rendez-vous avec Maria. Comme il ne pouvait rien lui caché ( sauf en ce qui concernait son aventure avec Lucy, ça il y parvenait très bien), il avait craché le morceau sur le fait qu'il lui avait demandé de faire des recherches sur les raisons de la libération d'Abbas.

Et forcément, cela avait provoqué la réaction prévisible chez Malik. Il avait insisté pour venir, car il se considérait comme l'un des premiers concernés par cette affaire. En un sens, il n'avait pas tout à fait tort. Après tout, c'était son petit-frère qu'Abbas avait tué froidement.

Ils entrèrent dans le restaurant et tombèrent presque immédiatement sur Maria, qui fut vivement surprise de voir Malik.

-Tu.. heu, fit-elle, peu sûr d'elle. Il…

-C'est bon, je lui ai raconté, tu peux parler sans crainte, lui affirma Altaïr en lui faisant la bise.

-Ok, très bien. On commende avant ?

-Ca marche.

Ils passèrent donc commende, prenant comme à l'accoutumée leurs plats favoris, puis commencèrent par échanger quelques banalités – Comment vas-tu ? Et ta femme ? Il fait beau hein ? J'ai hâte de voir ce que vous aller faire pour la fête de la ville ! – puis Maria entra dans le vif du sujet, tirant de son sac un énorme porte document plein à craqué.

-Voilà, c'est tout ce que j'ai trouvé sur le cas d'Abbas à Carson City.

Elle tendit le dossier à Altaïr, qui le passa à Malik. Voyant l'air un peu troublé de la Shérif, son ami lui demanda :

-Tu n'as pas l'air sereine, il y a quelque chose de grave à savoir ?

Elle sursauta légèrement en avalant une bouchée de porc aigre-doux, et fixa Altaïr.

-Et bien, c'est-à-dire que… marmonna-t-elle.

-Qu'y a-t-il ? interrogea Malik en la fixant calmement. Tu peux nous le dire.

-Il y a un détail qui risque de ne pas vous plaire, poursuivit-elle, voir même de vous choquer profondément… particulièrement toi Malik.

Il écarquilla légèrement les yeux. Il n'aimait pas cette phrase du tout. Instinctivement, il attrapa la main d'Altaïr sous la table. Ce dernier tourna le regard sur lui, inquiet de sa réaction, et pressa légèrement pour le rassurer.

-Quoi ? questionna le cadre, vraiment très inquiet par l'air troublé de Maria. Qu'y a-t-il de si grave qui va me choquer ? Parles !

Maria hésita une seconde, et chercha le soutien de son ami du regard. Celui-ci lui fit un léger signe de la tête pour l'encourager. Elle poussa alors un grand soupire, puis poursuivit :

-Le « bienfaiteur » d'Abbas, celui qui l'a fait libérer… j'ai pu trouver son identité…

-Et alors ?!

-Et bien, c'est…

Elle hésita encore, ferma les yeux, le cœur battant, se pinçant les lèvres, puis regarda Malik dans les yeux. Il lui fallait absolument se libérer de ce poids, révéler ce qui la pesait.

oOoOoO

Devant l'hôpital, une limousine attendait Abbas. Il monta à bord et le chauffeur claqua la porte derrière lui. A l'intérieur, son bienfaiteur le fixa d'un air singulier et l'interrogea :

-Alors, que te voulait-il ?

-Il a dit qu'il n'était plus dans le coup, fit sombrement le criminel. Il a transmis le dossier à un collègue, il refuse de signer le papier.

-Je vois, répondit toujours très calmement l'autre homme. Il va donc falloir prendre des mesures.

-Je peux savoir ce que vous compter faire au juste, Monsieur Al-Sayf ? interrogea Abbas.

En face de lui, Bachir, dans un costard impeccable, eut un large sourire sous sa barbe. Etrangement, même Abbas eut un frisson en le voyant sourire. Il n'avait pas confiance en cet homme, et savait de quoi il était capable. Et cela lui faisait peur.

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Aveline était en train de préparer le repas lorsque Connor arriva. Il rentrait toujours tard, prétextant qu'il devait vérifier les enregistrement des caméras avant de partir du boulot – ce que son ex-femme savait être faut, il allait boire un verre chez Mario pour ne pas la croiser. Il retira ses chaussure et vint dans la cuisine pour la saluer. Ils ne s'embrassèrent pas, ils n'en étaient plus là depuis bien longtemps, et à présent n'en n'avaient plus l'obligation.

-Bonjour Aveline.

-Bonsoir Connor, le salua-t-elle.

-Tu prépares quoi de bon ?

Cette conversation était d'une banalité déplaisante, Aveline ferma les yeux en prenant une grande respiration. Il lui fallait faire encore un effort, au moins ce soir. Elle avait mit en place une jolie table, bien dressée, et préparait un repas bien précis.

-C'est une surprise, répondit-elle avec un léger sourire. Passe à table, c'est presque prêt.

Connor la regarda une seconde, puis s'exécuta sans discuter. Il alla dans la salle à manger, et s'installa de son côté de la table, comme d'habitude. Il fut surpris de la manière dont elle était dressée et lança en direction de la cuisine :

-T'as sorti la porcelaine et l'argenterie ?! On a un truc à fêter ?

-Oui ! répondit un peu sèchement son ex-femme (que le ton employé par l'autre avait agacé). Regarde l'enveloppe sous ton assiette.

L'ancien militaire cligna plusieurs fois des paupières. Il souleva son assiette, et remarqua alors l'enveloppe avec le logo du tribunal d'Etat dessus. Intrigué, bien que devinant de quoi il s'agissait, il l'ouvrit. C'était bel et bien la confirmation de l'acte de divorce. A cet instant Aveline sortit de la cuisine et lui versa un verre d'un vin de très bonne qualité. Elle leva son verre, assise sur le dossier de la chaise voisine, et déclara d'un ton joyeux :

-Nous sommes officiellement divorcé et libre ! Santé.

Ne comprenant pas tout à fait ce qui se passait, Connor se contenta de prendre son verre et de trinquer. Il but une gorgée et reposa son verre.

-Alors c'est fait, fit-il d'un ton mélancolique.

-Et oui, fit Aveline en reposant son verre à côté de sa propre assiette. Quatre belle années qui prennent fin, et le début d'une nouvelle aventure.

Elle retourna à la cuisine, et amena le repas. Son ex devina ce qu'elle avait préparer avant même de le voir. C'était une odeur reconnaissable entre toutes qui s'échappait de la soupière. L'odeur du gombo.

-Tu as fait notre plat ?! s'exclama-t-il.

Par « notre plat », il entendait que c'était celui-ci qu'Aveline avait cuisiner lors de leur premier rendez-vous à la maison (il y en avait eu quelques uns au restaurant avant cela, mais c'était la première fois que la jeune femme avait cuisiner pour lui). Elle lui adressa un sourire sincère, et répondit en le servant :

-Je trouvais que c'était le meilleur moyen de boucler la boucle, tu ne trouves pas ? Un moyen de tourner la page et de se quitter dignement.

Il ne sut pas quoi répondre. C'était un peu émouvant comme façon de penser. Mais Aveline avait toujours été une femme réfléchie et avenante, c'était ce qui lui avait plu chez elle, et qui lui plaisait toujours. Il attendit qu'elle se soit posée également, et commença à déguster. Décidément le gombo de la jeune femme était toujours aussi bon. Elle lui avait révélé un jour que c'était sa grand-mère, une native de Louisiane, qui lui avait céder sa recette. Et d'ailleurs, il fallait avouer que, même en dehors de cette recette, Aveline était une cuisinière talentueuse. Il se régala. C'était un plat simple, en un seul service, mais ça réveilla un certain nombre de souvenir.

Comme le repas était silencieux, Aveline en profita pour aborder le sujet qu'elle souhaitait. Elle s'essuya la bouche, prit une gorgée de vin pour ce donner du courage, puis attaqua :

-Tu sais, je voulais te dire à propos de ton choix de te réengager…

Connor stoppa net, et leva les yeux vers elle, surpris.

-Aveline, on passe une bonne soirée, tu ne vas pas me refaire un scandale et tout gâché, se lamenta-t-il, un peu déçu.

-Non, ne t'en fais pas, le rassura-t-elle avec un sourire, en lui posant une main sur le poignet.

Elle hésita, s'humectant les lèvres en baissant une seconde les yeux, puis reprit :

-Tu m'as souvent reprocher, au cours de nos dispute, que j'étais plus investie dans mon travail que dans notre couple, et je te répondais à chaque fois que tu étais égoïste de dire cela, car mon travail était important…

-Ca, pour sûr, je m'en souviens, se renfrogna très légèrement l'autre en la fixant, attendant la suite.

-Et bien, après avoir bien réfléchi, suite à ton annonce de l'autre jour de repartir au front pour former les jeunes… et bien, je me dis que… Fonces !

Connor sursauta vivement. Avait-il entendu correctement ? Aveline lui sourit, et termina son explication :

- Je vois le fait de sauver des vies comme une mission. Alors qui suis-je pour te reprocher de vouloir partir pour former des jeunes, afin de leur sauver également la vie ?

Connor ne su pas quoi répondre. Décidément, Aveline était quelqu'un de surprenant. Il devait lui répondre quelque chose, absolument. Quelque chose de gentil.

-Merci, fut le seul truc qu'il trouva à dire sur le moment.

Aveline lui sourit, et se replongea sur son repas. Ce qui laissa à son ex-mari le temps de réfléchir à quoi dire.

-Tu sais, fit-il.

-Oui ? demanda Aveline en tournant le regard vers lui.

-Je suis désolé que notre histoire se finisse comme ça.

Aveline baissa les yeux sur son assiette et fit la moue, puis elle releva la tête et répondit :

-Moi aussi. Mais nous avons tous les deux fait des erreurs, et je penses qu'au final, on a pris la bonne décision. Je suis mariée à mon travail, toi à la Liberté, vouloir absolument nous accrocher n'aurait fait que plus de mal encore.

Les mots qui sortaient de sa bouche étaient toujours de la sagesse à l'état brut, songea Connor avec un soupire. Elle avait entièrement raison.

-On peut rester amis alors ? fit-il en lui tendant la main.

Elle écarquilla les yeux en fixant cette main, puis esquissa un large sourire, et la lui serra.

-Avec plaisir !

Ce fut à se moment que son biper se mit à sonner, les faisant sursauter tous les deux. Elle fouilla vivement dans ses poches, en tira le petit objet et regarda l'écran avec un air de désolation :

-Ho non…

Elle leva le regard sur Connor, et fit :

-Je suis vraiment désolée, mais…

-Mariée à ton travail, fit l'autre d'un ton amusé. Pas de soucis, vas-y (en disant cela, il désigna la porte d'un mouvement de tête.)

Aveline se leva, le fixa un instant, puis l'embrassa sur le front avec une douceur infinie.

-Merci.

Puis elle quitta la pièce, enfila ses chaussures, et sortit de l'appartement pour aller sauver une vie. Connor était content de cette dernière soirée. Au moins, ils se quittaient en bons termes. Il termina le gombo, en regrettant tout de même ce divorce pour cela. Elle ne lui en préparerait plus jamais.

oOoOoOo

Malik ouvrit la porte de l'appartement et rentra, les bras ballants. Il s'était terré dans un mutisme profond, l'air pensif, après la sombre révélation de Maria. Alors comme ça, son père avait organisé la libération d'Abbas. C'était vraiment… il ne trouvait pas de mot pour désigner ce qu'il pensait de cela. Il avança jusqu'au milieu de la pièce et s'immobilisa.

Altaïr entra à sa suite, et referma la porte à clé, le dossier sous le bras. Il passa dans la cuisine, et le posa sur le poste central, fixant Malik du regard. Il était inquiet pour son petit copain. La dernière fois que son père lui avait pris la tête, il avait tenté de mettre fin à ses jours. Il ne dormirait pas tranquille cette nuit. Il se demandait presque s'il ne ferait pas carrément mieux de prendre tous les médicaments de l'appartement et d'aller les confier à Ezio, sur le palier voisin.

-Malik, ça va ? demanda-t-il d'un ton prévenant.

-Ca va, fit pensivement l'autre, la voix étrangement éteinte, mais profondément pensive.

Il n'avait pas l'air désespéré ou abattu, ce qui paraissait bizarre à Altaïr. Non, au contraire, il semblait plongé dans une intense réflexion, et bouillonnant d'une étrange énergie intérieure. Sous le regard intrigué de son petit-ami, il se tourna vers celui-ci et le scruta avec intensité, l'air toujours songeur. Après un instant de réflexion, il s'approcha d'Altaïr d'un pas calme, posant la main sur la sienne (sur le poste) et le fixa de près. Altaïr fut troublé par ce soudain rapprochement, et par l'air dubitatif qu'avait arboré le visage de Malik.

-Quoi ? interrogea-t-il après un instant, presque stressé par le comportement de l'autre.

Malik ne donna pas de réponse orale. Il se contenta d'avancer encore son visage, et de coller se lèvres sur celles de son amour. Ce dernier sursauta légèrement au contact tièdes des lèvres du cadre. Puis, une fois la surprise passé, se laissa aller. Il fut toutefois surpris une fois de plus lorsque Malik posa une main sur sa nuque, et rendait le baiser plus passionné. Glissant sa langue entre les lèvres d'Altaïr. Bien que perplexe, celui-ci ne résista pas, et rendit le baiser. Tout du moins jusqu'à ce qu'il sente l'autre main de son chéri glisser le long de son dos, et se resserrer sur ses fesses. Sursautant une fois de plus, car il ne s'attendait pas du tout à cela, il se dégagea en repoussant légèrement Malik, le tenant par les épaules. Il le fixa d'un air hébété.

-Malik, qu'est-ce que… bredouilla-t-il, le visage cramoisi.

Le cadre le fixa avec des yeux brillants d'une lueur étranges – qu'Atlaïr assimila à du désir et de la détermination – et commença à déboutonner sa chemise.

-Enlève tes vêtements, déclara-t-il alors, sur un ton qui indiquait qu'il s'agissait d'un ordre et pas d'une simple suggestion.

-Non, non attend Malik ! s'exclama alors Altaïr en le regardant droit dans les yeux. Tu n'as rien a prouvé.

-De quoi parles-tu ?

-Je sais que le fait de savoir que ton père est complice d'Abbas t'a chamboulé, mais tu n'as pas à faire ça pour te prouver quoi que ce soit…

Malik le considéra un instant, puis recommença à déboutonner sa chemise, et la laissa glisser à terre, se retrouvant torse nu, ce qui, étrangement (quoi que, pas tellement en fait) excita un peu Altaïr, qui le toisa de haut en bas, son regard s'attardant sur le petit tracé de poile sous le nombril du cadre. Ce dernier le regardait d'un air déterminé, et parla :

-Oui, ça m'a secoué. Mais ce que je fais maintenant n'a rien à voir avec lui, Altaïr. Pour la première fois depuis longtemps, je vais faire quelque chose, juste pour moi, pas pour lui. Il est mort pour moi. J'en ai assez de toujours m'inquiété de savoir ce qu'il va penser de moi où non. Et si la seule chose qu'il ait trouvé pour me punir de t'aimer et détruire notre relation, c'est de libérer le pire criminel de la terre, celui qui a tué l'un de ses fils, alors il peut le faire !

Altaïr entrouvrit la bouche, abasourdi par ce que disait à présent Malik. Fier même, d'un certain point de vu. Malik le fixa encore, et termina son laïus avec une assurance déconcertante.

-Je ne laisserais rien ni personne se mettre entre nous, pas même ce malade ! On a déjà perdu trop de temps à cause d'eux, alors non de Dieu, Altaïr, enlève tes vêtements !

Face à cette réplique, le cerveau d'Atlaïr céda. Evidemment qu'il avait envie de retirer ses vêtements ! Il enleva son tee-shirt, et attrapa Malik dans ses bras, l'attirant à lui, l'embrassant toridement. Leur étreinte dura un bon moment, et leurs mains étaient baladeuses. Après un instant, Malik rompit le contact, et profita de la baisse de vigilance de son copain pour le pousser en arrière. Altaïr se retrouva à moitié allongé sur le poste de travail, et l'autre grimpa également, à califourchon sur lui. Il approcha son visage, et le regarda dans les yeux, avant de l'embrasser à nouveau. Altaïr glissa ses mains le long du dos du cadre, et se glissa sur ses fesses, sous le tissus. Malik se redressa, et commença à défaire la boucle de la ceinture de son futur amant. Ils étaient excités au dernier degré, et ce laissèrent guider par cette pulsion primaire qu'était le sexe, sublimée ici par leur amour sincère.

oOoOoOo

Claudia était allongée sur son canapé lit, râlant contre un ressort qui s'enfonçait douloureusement dans son dos, lorsque son téléphone sonna. Surprise, car elle se demandait qui pouvait bien tenter de la joindre à une heure pareille, elle l'attrapa et constata qu'il s'agissait d'Ezio. Elle décrocha.

-Allô, Ezio, qu'y a-t-il ?

-Claudia… fit la voix de son frère au bout du fil.

La jeune femme fronça les sourcil, il y avait drôlement de bruit en arrière plan. Des bruit de hall, de grand hall, de ceux qui répercute les sons dans tout les sens.

-Où es-tu ? Dans une gare ? interrogea-t-elle.

-A l'aéroport du comté, répondit-il.

-Qu'est-ce que tu fais là-bas ?! sursauta Claudia en se redressant dans son lit, soudainement inquiète.

Il y eut un court silence, durant lequel elle entendit la respiration rauque de son frère. Il avait surement bu un verre.

-Tu es ivre ?!

-Non !

-Je jurerais le contraire, ta voix est éraillée.

-J'ai juste conduit trop vite, avec le toit ouvert. J'ai pris froid.

-D'accord, écoute, ce n'est pas drôle, dis-moi où tu es ! exigea-t-elle.

-Je ne cherche pas à être drôle. Je suis très sérieux.

-Bon, si tu le dis. Ce qui ne m'explique pas ce que tu fous à l'aéroport !

Il y eut un nouveau court silence, et Claudia perçut une annonce en fond sonore. Il était question d'un vol. Donc son frère ne mentait pas.

-Ezio ?

-Plus rien ne me retient, Claudia.

-Comment ça, sursauta une fois encore la jeune femme.

Son frère commençait sérieusement à lui faire peur. Il reprit à l'autre bout de la ligne.

-Ecoute, soupira-t-il. J'ai essuyé trop d'échec, et perdu trop de chose ses derniers temps. J'ai besoin de partir, de m'éloigner pour faire le point. Tu comprend.

Elle hésita une seconde, mais fit un son qui signifiait qu'elle avait bien entendu.

-Et tu fais quoi de tes responsabilités ? De tes amis ? De moi ?

-Je ne me fais aucun soucis pour toi, petite sœur chérie, répondit-il avec douceur. Et en ce qui concerne le reste, j'ai fait le nécessaire.

-C'est-à-dire ?

-J'ai demandé à notre notaire de faire le nécessaire pour que mon appartement, ainsi que les 49% de la DaVinci Incorporation m'appartenant te soient cédé...

-QUOI !? s'étrangla à moitié Claudia en manquant de tomber de son lit. Tu as fais quoi !?

-Tout t'appartient petite sœur, j'ai confiance en toi, tu géreras très bien.

-Et le Conseil !? qu'est-ce que tu vas faire par rapport au Conseil ?!

-Ca va aussi être à ton tour d'y siéger, je le crains.

-Attend, mais je croyais que ça devait être la même personne qui…

-Il n'y a pas besoin que ce soit spécifiquement le responsable de famille qui s'y rende. Il suffit de porter le nom d'une famille fondatrice et d'être recommandée et acceptée par les autres membres… J'aurais aimé te décharger de cette tâche en proposant Federico, mais il ne porte malheureusement plus le nom d'Auditore, légalement, il n a pas droit au chapitre…

-Tu te fous de moi ! Je n'ai aucune idée de ce qu'il faut faire moi !

-Caterina m'a promis qu'elle prendrais soin de toi, rétorqua doucement Ezio. Elle te briefera, et de toute manière, Malik sera à tes côtés, il sait gérer. Je lui enverrais un mail avec tous ce qu'il a besoin de savoir sur notre famille et ses parts de Fasmay Hill.`

Claudia ne sut pas trop pourquoi, mais elle sentit une immense tristesse s'emparer d'elle. Elle se rendait compte soudainement que, son rêve de voir ses frères et elle réunis, vivant les trois ensemble dans la joie et l'entente pour porter le nom des Auditore, s'effondrait. Elle n'avait jamais cru que ce rêve fonctionnerait, ou même se réaliserait, mais l'idée de devoir voir une fois encore un de ses proches, une personne qu'elle aimait, s'en aller loin d'elle la faisait souffrir.

Elle sentit une larmes couler le long de sa joues, rapidement suivie d'une autre, et elle renifla.

-Tu pars pour de bon, c'est ça ? demanda-t-elle en retenant un sanglot.

Il ne répondit pas tout de suite, mais Claudia crut entendre un reniflement au bout du fil. Il devait surement aussi avoir le cœur lourd.

-Probablement, finit-il par déclarer d'un ton sans réplique.

-Ne me laisse pas ! supplia presque Claudia.

-Soeurette, soupira Ezio.

-Ne me laisse pas ! répéta-t-elle, sentant les larmes continuer de couler.

-Je dois partir Claudia. Je n'ai plus ma place à Fasmay Hill. Je n'avais jamais imaginé y rester après l'université, tu le sais.

-Mais, notre famille est ici depuis deux siècles. Notre vie est ici !

-Pas la mienne. Mais je sais que la tienne oui.

-Ezio…

Il y eut un nouveau message vocal en fond sonore, et Claudia cru distinctement entendre le nom d'une ville : Florence. Cela la fit percuter, avec vivacité.

-Tu vas à Monterigionni ?! s'exclama-t-elle alors, le cœur battant.

-Je… Je dois te laisser, mon embarquement est presque terminé…

-Ezio !

-Je t'appelle quand je serais arrivé. Prend soin de toi Claudia.

-Ezio, non ne… !

Mais il avait raccroché. Claudia resta l'oreille collée à son téléphone un instant. Puis elle contempla le cellulaire d'un air interdit, et essuya ses larmes.

Elle aurait bien voulut connaitre les vraies motivations du départ de son frère, même si elle se doutait de la réponse. Au moins, elle était en partie rassurée. Elle savait exactement où il se rendait.

Là où elle-même s'était réfugiée par le passé, lorsqu'elle avait fui la colère de ses parents.

A la Villa de vacances, sur le Vieux Continent.

A Monterigionni.

oOoOoOo

Ezio regarda son téléphone une seconde, s'essuya les yeux car ils étaient humides, puis mis son cellulaire en mode avion. A ce moment, les haut-parleurs résonnèrent une fois de plus.

« Dernière appel pour le vol à destination de Florence, avec escale à Washington. Je répète : Dernière appel pour… »

Ezio soupira profondément, puis se dirigea vers les comptoirs de la compagnie aérienne. Il présenta son billet à l'hôtesse, qui lui offrit un beau sourire commercial. Puis, d'un pas déterminé, il traversa le couloir amenant à l'avion, et fut guidé à sa place.

Vingt minutes plus tard, le Boing s'élança le long de la piste de l'aéroport du compté de Churchill. Il relierait Washington en 3 heures, puis s'élèverait au-dessus de l'Océan Atlantique pour rejoindre l'Italie.

En regardant par le hublot, il lui sembla distingué les lumière de Fasmay Hill, quelque part, là en bas, perdu dans les collines. Il ressentit un sentiment étrange. De la mélancolie. Il partait, et au fond de lui, il savait que c'était pour de bon. Il laissait son passé derrière lui pour

aller de l'avant.

Et il se sentait enfin libéré.

C'était la fin d'une époque.