Auteur : Crazyitachi-la-malade-de-Shaka~

Bêta : Arienlys, que je soupçonne fortement de s'être vengée! tss

Noa Death : Wow, un grand merci serait de mise je suppose ? En tous cas, je n'abandonne jamais une fic, rassure-toi. ;)

Kalach Ruskov MSAE : J'avoue que ton pseudo m'intrigue :o Je suis contente que tu aies le même point de vue que moi sur l'évolution. Je ne veux surtout pas précipiter les choses pour bien placer chaque élément de l'intrigue pour l'arrivée du fameux « dix ans plus tard ». Je te remercie également de tes compliments, y'a rien de mieux quand on écrit ! A bientôt j'espère ! (et bravo pour avoir lu le profil jusqu'à la fin !)

Hé bien encore un énorme merci à tous ! :D et nouveauté, je suis plus en froid avec les titres de chapitre donc on va essayer d'en mettre maintenant !


Luka

Chapitre 3

Des secrets

Ichigo aimait beaucoup le samedi matin. Il n'y avait pas école et cela l'arrangeait bien car ainsi il n'avait pas à se tenir sur ses gardes pour éviter les autres élèves qui se moquaient de ses cheveux. Il aimait également ce moment car il y avait les dessins animés à la télé et souvent, Hinamori lui préparait un bon petit-déjeuner devant l'écran. Cela ne manquait pas de ravir l'enfant à qui on apprenait que les bonnes manières imposaient que l'on mange toujours à table.

Mais de toutes les raisons qui poussaient Ichigo à aimer le samedi matin, sa préférée était la grasse matinée de Grimmjow. Quand il était environ neuf heures, soit la fin des dessins animés qu'il trouvait intéressants, il allait le réveiller et cela l'amusait toujours. Il voulait sortir faire du vélo avec lui, ou du foot dans le jardin. Parfois, le plus âgé aurait simplement aimé dormir le samedi matin. Sa bonne grasse matinée, bien calé dans sa couverture épaisse et le matelas moelleux. Mais ça c'était pour le dimanche.

Parce que l'enfant n'aimait pas les dessins animés du dimanche, donc il venait finir la nuit dans le lit de son héros qui était bien incapable de le refuser. Surtout qu'Ichigo devenait de plus en plus conscient du charme qu'il avait et même si Grimmjow ne le soupçonnait pas capable de se servir de ses grands yeux d'ambre en boutons de bottines, Aizen se doutait parfaitement que l'enfant connaissait cette « attaque ».

Ce qui expliquait pourquoi Ichigo essayait rarement de manipuler Sôsuke avec ses puppy eyes.

Bref, aujourd'hui tout s'annonçait pour le mieux pour le petit garçon. Il avait dévoré en un instant les gros muffins maison d'Hinamori, essayant de ramasser toutes les miettes à la fois pour ne rien perdre et également pour ne pas salir.

Il avait fini par comprendre que cet endroit était un refuge où il ne serait jamais malmené ou blessé mais parfois, quand il épiait Sôsuke dans son bureau, il trouvait que l'homme pouvait être un peu effrayant quand il était en colère. Il restait froid mais on ressentait la tension dans toute la pièce. L'enfant avait été une fois témoin de cela et depuis, il prenait bien garde de ne jamais le décevoir

Quand le générique de fin de son dessin animé s'afficha à l'écran, le petit garçon prit son plateau et le porta à la cuisine pour laisser Hinamori le ranger. Il jetait les papiers et mettait la vaisselle dans l'évier, mais on lui avait demandé de ne pas préparer le lave-vaisselle et encore moins de le mettre en route. Quand il commencerait à être plus grand, il serait temps pour lui de le faire.

Ichigo avait un peu de mal à comprendre ce raisonnement mais il voulait bien admettre que Sôsuke avait raison. Il savait parfaitement lancer un cycle intensif à 70° pour laver la vaisselle et même gérer le départ différé pour que ça tourne en heures creuses, tout comme il savait faire une lessive sans que rien ne rétrécisse ou ne déteigne. Selon Sôsuke, un enfant devait apprendre d'autres choses avant ça. Et depuis qu'Ichigo ne remplissait plus ces tâches ménagères, il avait plus de temps libre et il trouvait qu'aller réveiller Grimmjow pour faire du vélo était beaucoup plus amusant.

Il monta les marches vers le premier quatre à quatre, manquant de tomber plusieurs fois mais cela lui importait peu. Ichigo était un casse-cou dans l'âme, un peu maladroit également. Il ralentit devant la porte qui menait aux appartements du feignant du samedi matin et, sur la pointe des pieds, poussa celle qui donnait dans l'entrée. Il passa le petit salon toujours aussi furtivement et se faufila dans la chambre à coucher. Il s'approcha du lit, prêt à crier un retentissant 'BOUH' mais il s'aperçut qu'il n'y avait personne dans le lit.

« Grimm ? »

Ichigo souleva la couverture et fronça les sourcils. Il se gratta la tête, se demandant si par hasard il aurait raté son départ le matin. En fouillant bien dans sa mémoire, il déduisit que si Grimmjow était parti, ce devait être pendant la nuit. Il entendit tout à coup du bruit à l'entrée et sourit malicieusement. Il ouvrit la commode à côté du lit, une large commode que Grimmjow n'utilisait jamais, et il s'y cacha. Il profita des gonds tordus pour voir approximativement ce qui se passait dans la chambre.

Il avisa l'homme qui entra mais il se figea quand il le vit en entier. Son t-shirt était tout taché de rouge… Et il grognait, comme s'il avait été blessé. Ichigo recula au fond de la commode, effrayé. Pourquoi… Etait-il couvert de sang ? Son bras gauche, il… il ne bougeait plus ? Et il avait mal aussi, sinon il ne serrerait pas les dents comme ça et ne froncerait pas les sourcils !

« Monsieur Jaggerjack ! Attendez un petit instant, je… »

Hinamori déboula dans la pièce avec une trousse de soin. Elle indiqua vite au blessé d'enlever son haut maculé et Ichigo aperçut l'étendue des dégâts. Il y avait une grosse entaille près de l'articulation. On avait dû essayer de lui planter un couteau dedans, et elle était cernée d'une couleur bleuâtre. Sur son torse s'éparpillaient de nombreuses petites coupures réparties en une sorte de fleur. Une explosion ?

L'enfant se recroquevilla. Qui pouvait-être assez fort pour s'attaquer à Grimmjow ? Il sursauta quand il entendit le cri étouffé. Hinamori avait reposé une seringue et commençait à suturer la plaie. Sur le lit il y avait plein de compresses ensanglantées et des produits désinfectants. Ichigo mordit son doigt pour ne pas qu'on l'entende et crispa ses yeux, contracta ses muscles. Il essayait d'ignorer les grognements étouffés, la vision de l'aiguille qui se plante dans la peau, du fil qui glisse dans la chair. Il savait que Grimmjow était très fort et résistant, s'il en était là, c'était que ça devait faire vraiment mal…

« Monsieur Aizen ?

-Hinamori, laisse, je vais finir. »

Le blessé leva les yeux vers Sôsuke. Il était clairement en colère mais pas contre le nouvel arrivant.

« Où est… Ichi ?

-Fort heureusement, je crois qu'il ne se trouve pas ici.

-Faut pas qu'il voit… »

Grimmjow laissa sa phrase en suspend, ses yeux roulant dans leur orbite.

« Putain c'est un nerf !

-Non. Si c'était ça, tu serais à l'hôpital et pas ici. »

La voix calme et ferme d'Aizen sembla contenir son interlocuteur. Elle rassura Ichigo complètement, le confortant dans l'idée que si Sôsuke ne perdait pas sa mesure, c'était que tout allait à peu près bien. Il observa attentivement son 'oncle' qui acheva le travail d'Hinamori. Il passa ensuite une compresse imprégnée de produit sur la plaie avant d'en poser une autre et de saisir un rouleau de bande.

Il s'appliqua soigneusement à bander la plaie et, la chose faite, prit un t-shirt dans la penderie et laissa son vis-à-vis l'enfiler.

« La blessure est profonde, il va falloir que tu gardes ton bras au repos.

-Ouais… »

Grimmjow grimaça en passant le membre abîmé dans la manche et jura quand quelque chose tomba de son pantalon.

« Merde.

-La sécurité est enclenchée. »

Ichigo écarquilla les yeux en avisant l'objet que Sôsuke ramassait. Une arme à feu ? Que faisait Grimmjow avec ça sur lui ? C'était très dangereux et ça pouvait tuer. Sôsuke la posa dans un tiroir du bureau et entreprit de passer l'attèle à son subordonné. Une fois cela fait, l'homme avait le bras collé au torse, bien immobilisé.

« Je suppose donc que tu as échoué ?

-A moitié. Je sais juste que c'est bien Ginjou. Les camions sont sur les quais, dans des entrepôts, j'ai envoyé des gars les sécuriser.

-Bien.

-Où est Little Berry ? Je veux être sûr qu'il a rien vu, il…

-Pour le moment, laisse Hinamori débarrasser tout ça et repose-toi.

-Non… il vient souvent le samedi matin, il devrait déjà être là. »

Le susnommé crut qu'il serait découvert mais contre toutes attentes, Sôsuke partit en assurant qu'il chercherait Ichigo. Hinamori passa ensuite ranger les outils médicaux et quand Grimmjow fut seul, il se laissa tomber dans son lit et soupira longuement. Quelques minutes plus tard, il semblait s'être assoupi. L'enfant entrouvrit la porte de la commode et quand il constata que l'adulte dormait vraiment, il sortit complètement. Debout aux côtés du lit, il regarda longuement son visage. Il était plus détendu maintenant même si une ride barrait toujours son front. Etait-ce un reste de douleur ?

Le petit garçon avait peur, il était même terrifié. Mais depuis deux mois qu'il était ici, il se sentait aimé et utile. Il ne pouvait croire que Sôsuke et Grimmjow soient des méchants sous prétexte que l'un avait une arme. Il savait qu'ils devaient avoir une explication même s'il se doutait aussi qu'ils ne voudraient pas lui dire. Ils avaient leurs secrets, comme lui les siens.

Ichigo grimpa sur le lit du côté valide et il se blottit contre son héros. Dans son sommeil, le plus âgé passa un bras autour des petites épaules par réflexe. L'enfant ferma les yeux, essayant de se persuader que ce devait être un mauvais rêve et quand la porte de la chambre s'entrebâilla, laissant apercevoir le visage de Sôsuke, il ne remarqua rien.

CCC

Quelques heures plus tard, Grimmjow reprit conscience. Il voulut se frotter le visage mais commença par utiliser le mauvais bras. Et lorsqu'il lâcha un grognement de douleur, une petite furie montée sur ressort l'assaillit de questions.

« Grimm ! Pourquoi t'as ça ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Tu as mal ? Tu veux que je demande les médicaments à Hinamori ou que j'aille chercher Sôsuke ? »

Grimmjow cligna d'abord des yeux une fois, puis deux. Abasourdi, il cligna une troisième fois et finit par répondre :

« Mais… qu'est-ce que tu fais là, Little Berry ? »

Ichigo écarquilla les yeux à son tour. Il avisa l'expression de son vis-à-vis et il ne semblait pas avoir mal du tout. Il sentit comme un poids quitter sa poitrine et il enfouit son visage contre le torse face à lui, soulagé.

« J'ai cru que c'était très grave ! J'ai eu très peur ! Tu vas bien, hein ? C'est pas grave, n'est-ce pas ?

-Oh là, calme-toi, Little Berry. Respire lentement tu vas te faire du mal sinon. »

Ichigo écouta ce qu'on lui dit et essaya de l'appliquer. Le blessé se redressa alors assis et prit le petit contre lui.

« Je me suis fait mal à l'épaule. J'ai une attèle et ça peut être impressionnant mais y'a rien de grave, je t'assure.

-Juré ?

-Oui, juré. »

Ichigo sembla trouver la promesse correcte mais intérieurement, il savait bien qu'on ne lui disait pas tout. Chacun avait ses secrets… Grimmjow fit mine de se lever, l'enfant sursauta, étonné qu'il puisse le faire avec tout le sang qu'il avait vu partout.

« Tu viens ? C'est l'heure du déjeuner. »

Il acquiesça et attrapa la main valide de l'homme dans la sienne. Toutes les deux minutes ou presque, l'enfant scrutait le visage de son héros pour être sûr que tout allait bien. Grimmjow le remarqua et si cela l'agaça, il n'en dit rien. Ils descendirent au salon où ils trouvèrent le couvert mis.

« Monsieur ! s'exclama Hinamori. Vous vous sentez mieux j'espère ?

-Ouais. »

Ichigo lança encore un regard suspicieux à l'adulte mais garda la bouche close. Il s'assit gentiment à table quand on le lui demanda et Sôsuke ne tarda pas à entrer et prendre place à leurs côtés.

« Monsieur Aizen, je vous signale que je pars en congé ce soir pour une semaine.

-Merci de me le rappeler, Hinamori. »

La jeune femme sourit avant d'apporter l'entrée qu'elle servit discrètement. Ichigo la regarda avec beaucoup plus d'attention que d'habitude, espérant ainsi oublier un peu la vision de Grimmjow souffrant à cause d'une blessure. Mais le petit garçon avait bien du mal et régulièrement, il jetait des coups d'œil au blessé qui peinait à couper la viande qu'on venait maintenant d'apporter.

« Je vais t'aider ! s'exclama Ichigo. Donne-moi ton couteau et…

-Na, c'est bon. Laisse tomber. »

La voix légèrement agressive fit reculer l'enfant d'un coup qui se rassit au fond de son siège, tête baissée. Sôsuke le regarda silencieusement, jaugeant ce comportement.

« Tu t'es amusé ce matin, Ichigo ? demanda-t-il d'une voix douce, je ne t'ai pas vu.

-Oh oui… »

Le petit garçon tenta un sourire.

« J'ai été dans le jardin. J'ai un peu joué au ballon pour m'entraîner.

-C'est bien, tu me montreras ?

-Si tu veux. »

Grimmjow sembla rassuré d'entendre que le gamin n'avait rien vu mais il demeura suspicieux tout de même. Sôsuke, quant à lui, devina de suite que l'enfant lui mentait mais il n'en dit rien. On entendit tout à coup un juron, l'estropié venait de rater son planté de fourchette dans une pomme de terre.

« Ichigo, tu veux bien l'aider ? »

Il leva les yeux vers Sôsuke, étonné. Le concerné s'apprêta à rétorquer :

« Il meurt d'envie de t'aider, tu peux au moins lui laisser ça, Grimmjow.

-… Bon d'accord…

-T'inquiète, Grimm ! Je dirai rien si tu veux ! »

Ichigo attrapa l'assiette du plus âgé et commença à couper en morceaux assez petits pour être mangés sans découpage. La chose faite, il rendit l'assiette au propriétaire avec un grand sourire, content d'avoir pu l'aider ne serait-ce qu'un peu.

« Merci, Little Berry. J'sais pas ce que j'ferai sans toi. »

L'enfant rougit légèrement et remercia son vis-à-vis de plus belle. Le repas continua ensuite calmement, animé de leur conversation.

L'après-midi s'écoula sans grands éclats. Ichigo proposa à son grand ami de faire un peu de football dans le jardin. Ce dernier approuva avec entrain, sentant que, depuis le matin, son protégé était assez troublé. Il ne soupçonnait pas vraiment l'enfant d'avoir été témoin de son accident, plus probablement d'être inquiet de son état. Ce fut aussi pour cela qu'il le rassura en jouant avec lui au tennis puis à des choses moins sportives comme les cartes ou des jeux de société.

De son côté, Sôsuke préféra travailler. Assis à son bureau, il commença par ordonner les dossiers avec méticulosité, en rangeant certains dans son coffre-fort et d'autres dans ses tiroirs. Les affaires avec le gang étaient prises en charge par ses subordonnés, lui permettant ainsi de s'occuper de la gestion de son grand groupe. Un papier cependant, encore dans son enveloppe déchirée, le fit tiquer et, l'espace d'un instant, il se demanda où il pouvait le ranger.

C'était un papier si important… Il se souvenait de la voix innocente d'Ichigo qui avait su observer ses réactions et, étonnement, deviner ce qu'il ressentait quand il voyait cette lettre précisément. Le petit garçon était futé et malin, il fallait faire attention à bien garder les vrais secrets.

Lorsqu'Aizen leva les yeux de ses dossiers, il remarqua qu'il était déjà 17 h 30 min. Il éteignit alors son ordinateur et se redressa pour voir où en étaient ses deux pensionnaires.

Il descendit au salon, s'étonnant d'entendre si peu de bruit. Il poussa la porte silencieusement et crut reconnaître les cris des oiseaux du jeu smartphone dont Ichigo parlait souvent ces derniers temps et… quelque chose comme des ronflements ?

Il haussa un sourcil et tourna lentement devant le canapé qui faisait face au home-cinema. Grimmjow était à demi-allongé et dormait profondément, son bras en écharpe se soulevant au rythme de sa respiration. L'enfant était allongé tout contre lui et jouait sur le téléphone de son oreiller première classe.

« Ichigo ?

-Sôsuke ! s'exclama-t-il tout bas, surpris. Je t'avais pas entendu. »

L'enfant se redressa prudemment pour ne pas déranger l'endormi. Sôsuke s'assit sur la table basse en face et se pencha un peu.

« Grimmjow t'a prêté son téléphone.

-Oui ! Je lui ai demandé, hein.

-Je n'en doute absolument pas, Ichigo. A quoi joues-tu ?

-C'est Angry Birds ! C'est trop marrant. »

Sôsuke sourit.

« Tu vas me montrer ça ailleurs ? Qu'il continue de dormir.

-D'accord ! »

Le plus grand se leva et s'étonna de sentir la petite main d'Ichigo accrocher la sienne. Il ne dit rien et sortit suivi de près. Ils rejoignirent alors un autre salon un peu moins large où il n'y avait pas de télévision mais plusieurs canapés, sofas une place et poufs. Contre les murs il y avait de grandes bibliothèques où l'on pouvait trouver de tous les livres. L'enfant appréciait beaucoup cette salle car elle était confortable et il passait un temps fou à lire des bandes dessinées et des mangas. Les après-midi où Sôsuke avait du temps libre, il lui lisait même des livres plus compliqués qu'il ne pouvait comprendre tout seul. Mais son aîné avait l'art et la manière de conter en rendant les choses plus simples et claires.

« Allez, assis-toi et montre-moi tout ça. »

L'adulte s'installa sur un pouf, bien confortablement. Ichigo en poussa un pour se rapprocher et tendit le téléphone.

« Tu vois, toi tu as un oiseau et tu dois dégommer les cochons qui ont volé leurs œufs. C'est très simple ! Tu les lances comme avec un lance-pierre et pam ! »

Aizen acquiesça mais son attention se porta sur le réflexe que le petit garçon avait de toujours baisser sa manche quand elle remontait plus haut qu'à mi-bras.

« Et donc chaque oiseau a un pouvoir, tu me dis ?

-Le jaune va très vite quand on appuie sur l'écran. Et y'a aussi le bleu qui fait un bruit trop marrant ! »

Ichigo s'appliqua à reproduire le cri dudit oiseau sous l'air amusé de Sôsuke qui, devant l'insistance de l'enfant, fut forcé à l'imiter également au moins une fois. Quand le petit éclata de rire, il passa une main dans ses cheveux courts pour les ébouriffer affectueusement.

« Sôsuke, tu me liras la suite de l'histoire ce soir ?

-Hum…

-Allez ! Je veux savoir ce que Lullaby devient ! »

L'adulte soupira, faussement ennuyé.

« Après le bain avant de dormir alors.

-D'accord ! »

Suite un léger silence, Sôsuke rendit le téléphone à Ichigo et le regarda sérieusement.

« Tu as l'air très inquiet pour Grimmjow.

-…

-Il t'a dit ce qu'il s'était passé ? »

L'enfant détourna le regard et garda le silence. Le plus âgé reconnut son comportement habituel. Il se taisait et se faisait le plus discret possible pour ne pas avoir de problèmes.

« Tu as eu peur ? »

L'enfant tortillait ses doigts, nerveux. Après un long silence, il murmura :

« Sôsuke… c'est quoi… un gang ? »

L'homme fronça légèrement les sourcils mais tâcha de garder un air affable pour rassurer Ichigo. Il suffirait de paraître agacé pour qu'il croie qu'il allait se faire frapper.

« Tu as entendu ça ici ?

-… Je sais que j'aurais pas dû mais… mais Grimmjow a dit que… que c'était le 'gang' qui lui avait fait mal et… »

Le petit garçon se recroquevilla sur lui-même, inquiet. Sôsuke lui caressa la tête gentiment et murmura :

« Dis-moi tout, Ichigo. Dis-moi ce que tu as vu. »

L'enfant regarda son interlocuteur dans les yeux un long moment puis, réunissant son courage, il déclara dans un souffle :

« Je voudrais te dire… mais j'y arrive pas. »

Sôsuke soupira et rapprocha l'enfant à lui, un bras sur les épaules.

« Tu as tout vu, n'est-ce pas ? Tu étais dans la chambre. »

Il acquiesça d'un hochement de la tête.

« Je… Je sais que vous êtes gentils alors… pourquoi il avait… une arme dans sa poche ? »

L'adulte réfléchit longuement à sa réponse mais l'enfant renchérit :

« Grimmjow est génial, il… il peut pas être un méchant, j'en suis sûr. Il est trop bien ! Alors y'a autre chose hein ?

-… En effet.

-Faut pas me le dire si je dois pas savoir mais…

-Je t'assure que Grimmjow est un gentil. Il a été blessé parce qu'il défendait quelqu'un. »

Il ne précisa pas que c'était ses intérêts et plus largement leur petit cercle familial.

« Alors c'est vraiment un gentil ?

-Oui, Ichigo. »

L'enfant savait pourtant qu'il n'y avait pas de gentils ni de méchants, que dans son petit monde brisé, il n'y avait probablement que du gris. Mais il voulait y croire. Comme au Père Noël, il voulait croire qu'il restait encore du blanc et que ce blanc serait toujours le vainqueur.

« Et alors… les méchants c'est le 'gang' ?

-Oui.

-C'est plusieurs personnes ?

-Oui, aussi. Mais ils ne sont pas dangereux, Ichigo.

-Ils ont fait du mal à Grimmjow !

-Certes. Mais ici, tu es en sécurité parce qu'ils savent que je suis le plus fort des deux camps.

-Tant que tu seras là alors, personne ne pourra nous faire du mal ?

-Personne.

-… D'accord… Mais… »

Ichigo sembla réfléchir à ses mots.

« Grimm va guérir, hein ?

-Oui, répondit Sôsuke en admettant un sourire amusé, tu sais bien qu'il en faudra plus pour le terrasser. »

Il sembla tout à coup le réaliser et s'exclama :

« Oui ! Il est le plus fort !

-C'est ça oui. »

Environ deux heures après, Ichigo allait réveiller Grimmjow pour lui dire que le dîner était prêt. Les trois personnes discutèrent un peu et évoquèrent le programme du lendemain. A part les devoirs, l'enfant voulait vraiment sortir au parc. Quand on lui demanda si c'était pour jouer avec les autres enfants, il répondit qu'il préférait donner à manger aux canards. Grimmjow le taquina en le traitant de petit vieux mais se rabroua devant le comportement fermé. Quelque chose clochait et le regard concerté qu'il échangea alors avec Sôsuke le conforta dans cette idée.

A l'heure du bain, Ichigo demanda s'il pouvait le prendre seul. Sôsuke n'était absolument pas contre, huit ans était un âge largement raisonnable pour cela. Les fois précédentes étaient surtout là pour aider le petit garçon à ne pas avoir honte de son corps en lui montrant comment en prendre soin et comment jouer avec. Les traitements de son beau-père l'avaient profondément meurtri et Sôsuke ne doutait pas que le retour de flamme se ferait ressentir surtout à la puberté.

Voulant tout de même vérifier quelque chose, il décida de mettre le pyjama d'hiver de l'enfant au lavage pour lui en donner un à manches courtes.

« Sôsuke ! »

L'homme quitta son siège et sa lecture pour rejoindre la salle de bain. Il toqua brièvement et entra.

« Qu'y a-t-il, Ichigo ?

-J'ai froid comme ça… Je peux avoir une veste ? »

L'homme avisa immédiatement les bleus sur les bras mais ne dit rien.

« Bien sûr, viens. On a dû t'acheter une robe de chambre, n'est-ce pas ? »

L'adulte fouilla dans la penderie et trouva rapidement ce qu'il souhaitait. Il l'ouvrit, permettant à Ichigo de l'enfiler.

« Bien, il est 20 h, que dirais-tu qu'on lise un peu et que tu dormes ?

-Oui ! »

Le petit garçon rejoignit son lit et s'engouffra sous la couverture en un temps record, attendant patiemment que Sôsuke revienne avec le livre.

Il écouta attentivement la voix calme et feutrée raconter l'histoire de Lullaby et, lorsque ses paupières se fermèrent toutes seules, le plus âgé le borda et l'embrassa sur le front, une main lui caressant les cheveux. Il éteignit ensuite la lumière, ne laissant que la veilleuse en marche avant de s'en aller.

Il avait à peine fait trois pas que la voix de son colocataire l'interpela :

« Sôsuke ? »

Grimmjow, qui passait dans le couloir pour rejoindre la salle de bain, s'étonna de voir son patron et 'père' adoptif aussi énervé en sortant de la chambre du gamin. Il avait appris à décoder certains comportements de l'Homme de glace comme on disait, et il était clairement dans une de ses légendaires colères froides.

« Un 'blem ?

-Je crois qu'il est battu. »

Le sang du jeune homme ne fit qu'un tour et il s'exclama :

« Qui c'est ? J'vais lui…

-Je soupçonne plutôt ses camarades de classe. »

Grimmjow essaya de contenir sa rage pour écouter.

« Les gosses ?

-Ichigo a mentionné qu'on se moquait un peu de lui à cause de ses cheveux. »

Sôsuke aurait pu s'amuser de l'exclamation outrée qui échappa alors à son vis-à-vis. Lui avait les cheveux bleus et on ne lui avait jamais cherché de noises. Il grogna encore, clairement en colère.

« Tu pourras surveiller lundi pendant la récréation ?

-Bien sûr !

-Et demain, j'ai pensé que se promener au parc, comme il le souhaite, pourrait lui permettre de s'ouvrir un peu plus. »

L'autre homme acquiesça sans rechigner. Il ferait tout ce que Sôsuke ordonnerait si cela concernait le bien-être d'Ichigo.

« Et il a tout vu.

-Quoi ?

-Il devait être caché dans ta chambre. »

L'estropié eut un air attristé avant de se renfrogner.

« La faute de ces bâtards si j'avais… Bref. Je lui expliquerai…

-Je lui ai dit que tu défendais quelqu'un. Que tu étais un gentil.

-Et il t'a cru ?

-Il voudrait y croire. Et tant qu'il pensera ça, il sera plus à l'abri. »

Grimmjow acquiesça et regarda longuement la porte de la chambre d'Ichigo. Il avait encore du mal à comprendre le pourquoi de son affection pour le petit garçon. Il en avait vu de tous les types pourtant, même du sien. Mais il dégageait quelque chose qu'il n'arrivait pas à saisir.

CCC

Il était sept heures du matin quand Grimmjow ouvrit les yeux. Il comprit alors qu'il n'arriverait pas à se rendormir et deux choix s'offraient à lui. Le premier serait de se lever et d'aller faire un peu de sport. Le second serait d'attendre une petite heure que la porte de sa chambre s'entrouvre discrètement pour laisser une tête orange venir faire son câlin du dimanche matin.

Le blessé esquissa un sourire. Dire qu'il était complètement gaga de cet enfant serait un euphémisme. Mais ce qui le rassurait, c'était qu'il ne se laissait pas démonter avec son autre travail. Tuer des gens ne lui faisait toujours ni chaud ni froid. Après tout, pour provoquer Aizen Sôsuke, multi millionnaire au bras long, il fallait être masochiste ou suicidaire.

Lorsque la porte s'ouvrit une heure plus tard, Grimmjow fit immédiatement semblant de dormir. Il entendit les pas légers se rapprocher de son lit et s'arrêter auprès lui. Lorsque la petite main d'Ichigo vint passer devant ses yeux pour savoir s'il dormait vraiment, il se redressa d'un bond en imitant le 'bouh' tonitruant que l'enfant lui réservait habituellement.

« Aaah ! »

Ichigo recula d'un bond, surpris. Il serrait son doudou contre lui et une fois la peur passée, il plissa les yeux et fronça les sourcils.

« Ouh là, j'suis terrifié là, Little Berry. On croirait que tu vas me manger ! »

La victime grogna un peu, clairement vexée, et elle s'en alla. Mais au moment de passer la porte, alors que Grimmjow se demandait si l'enfant était vraiment vexé au point de partir, il bondit sur le lit et s'en servit comme d'un tremplin pour atterrir juste à côté de Grimmjow.

« J't'ai eu ! »

Le plus âgé prit l'oreiller et l'écrasa sur l'enfant qui rétorqua avec véhémence, prenant tout de même garde au bras abîmé. Après une courte bataille de polochons, le petit garçon se blottit contre Grimmjow.

« Alors tu vas mieux, hein ?

-Oui, Little Berry.

-Je suis rassuré…

-Sôsuke m'a dit que tu avais vu. »

Ichigo se crispa un peu.

« Hé, te bile pas. Je suis désolé plutôt. J'aurais dû faire attention. Tu as déjà vécu trop de choses pour voir ça en plus…

-Non non… c'est moi qui suis désolé ! J'étais caché dans la commode et si… si j'étais sorti j'aurais pu te rassurer et tu aurais eu moins mal ! Et je…

-Shh… Les enfants sont pas censés voir ça. Te dis pas que c'est de ta faute. J'ai foiré, je dois assumer. Tu n'y es pour rien. »

L'enfant regarda profondément son interlocuteur, comme s'il voulait être sûr qu'on lui disait la vérité et, finalement, il se blottit un peu plus contre son oreiller chauffant.

« D'accord… Mais tu seras prudent maintenant, hein ?

-Oui. Promis.

-Tu vas faire leur fête aux méchants ! »

Grimmjow étouffa un rire.

« Parce que t'es le plus fort ! Ils verront comment Grimmjow Jaggerjack va tous les défoncer !

-Ouais, c'est ça, Little Berry. Ils vont voir. »

Une ou deux heures plus tard, ils se levaient tranquillement et descendaient à la salle manger. Ils y trouvèrent un panier de viennoiseries appétissantes et de fruits bien mûrs. Ils s'assirent sans demander leur reste et attaquèrent les victuailles dans la bonne humeur.

« Quelle bande de morfales…

-Chalut Chôchke !

-On ne parle pas la bouche pleine, Ichigo.

-Excuse-moi ! »

Sôsuke prit place avec les deux lève-tard et attrapa un croissant qu'il mangea prudemment pour ne pas salir sa tenue.

« Que dirais-tu d'aller pique-niquer au parc aujourd'hui ?

-Vrai ?

-On pourra y passer l'après-midi ensuite. Jouer au ballon, donner à manger aux canards, comme tu souhaitais.

-Ça serait génial ! Merci beaucoup ! »

Ichigo voulut se lever pour se jeter dans les bras de Sôsuke mais Grimmjow le rattrapa au col avant que l'accident ne se produise.

« Essuie au moins ta bouche, tu vas tout salir sinon. »

Le petit rit doucement.

« C'est plus drôle, non ? »

Sôsuke admit un sourire. Il avait rarement vu Ichigo capable d'humour et, fut un temps, il se serait terré dans un coin à l'idée de salir jusqu'au sol sur lequel il marchait.

« Allez, finissez de manger et nous prendrons la voiture pour rejoindre le grand parc.

-Y'a une fille dans la classe qui dit qu'il y a même des poneys là-bas ?

-Et plus, Ichigo, car en ce moment il y a une fête foraine. »

L'enfant semblait prêt à sauter au plafond. Il n'avait jamais fait de sortie, jamais vu un poney autrement qu'à la télé et n'était jamais monté dans un manège. Sôsuke lui promettait en moins d'une minute monts et merveilles dont il n'aurait jamais osé rêver quelques temps auparavant. Le petit garçon s'essuya bien la bouche et les mains et sauta de son siège pour aller enlacer le plus âgé.

« Merci ! Merci merci merci ! T'es génial ! »

Le concerné sourit et caressa les mèches orange.

« Tu es très gentil, Ichigo, il est normal que je le sois avec toi aussi. »

Grimmjow regarda la scène, attendri.

« Je vais m'habiller ! »

Un ouragan miniature quitta alors la pièce en moins de deux, n'oubliant pas d'encourager Grimmjow à finir rapidement son petit-déjeuner. Une fois les deux adultes seuls, celui aux cheveux bleus éclata de rire.

« Purée… Heureusement que personne t'a vu ! Niveau crédibilité, zéro ! »

Aizen lança un regard froid à son subordonné.

« Grimmjow, n'oublie pas que je suis ton supérieur. »

Le susnommé afficha un air amusé et décida de battre en retraite prudemment. Tout le monde n'avait pas le droit au traitement de faveur !

CCC

Il était quatorze heures maintenant. Sôsuke était installé contre un arbre, lisant un livre et surveillant via son blackberry l'évolution de certaines de ses affaires. On avait étalé une grande nappe sur l'herbe et ils avaient tous les trois mangé dans la bonne humeur malgré l'air étrange de ce déjeuner sur l'herbe. Après une très courte digestion, Grimmjow avait été réquisitionné pour aller nourrir les canards avec Ichigo et, de fil en aiguille, ils étaient allés au manège. Ils testèrent tout ce qu'ils trouvèrent, du Carrousel qu'il jugea ennuyeux à la maison hantée qui le fit rire en passant par les montagnes russes petit modèle.

Il y avait beaucoup d'enfants avec leurs parents ce dimanche, sans doute car c'était le dernier jour de la fête foraine, et Sôsuke ne se sentit pas le moins du monde différent du reste. Plusieurs devaient penser qu'ils formaient une famille étrange mais il n'avait que faire de ces ragots et du reste, vivait largement au-dessus de tout ça. Quand Ichigo revint en nage et haletant, il se dit que Grimmjow avait dû l'épuiser au football.

Le petit garçon se laissa tomber sur la couverture et s'étala.

« Pfiou…

-Hé ouais, Little Berry, ça creuse le vrai sport ! »

Le grand sportif s'assit aussi et attrapa un sopalin dans le sac à pique-nique pour s'essuyer un peu le front. Il en donna un à son partenaire également.

« Enlève ta veste, Ichigo, demanda Sôsuke, ou tu vas attraper froid après. »

Le concerné se redressa et regarda un instant le plus âgé, essayant de jauger à quel point cette demande tenait de l'ordre. Il ne voulait pas enlever sa veste mais si son oncle insistait, il n'aurait pas vraiment le choix.

« Ichigo ?

-Hm… »

Le petit garçon ôta le vêtement, se retrouvant en t-shirt. Il savait qu'il avait plein de bleus sur les bras mais il ne voulait pas avoir à s'expliquer avec Sôsuke ou Grimmjow à ce propos. Il fut soulagé quand aucun des deux ne montra la moindre volonté de souligner ce fait de vive voix.

« Qu'as-tu rapporté d'ailleurs ? »

Sôsuke semblait étonné.

« C'est une peluche.

-Il voulait pas lâcher, indiqua Grimmjow avec un sourire.

-Tu l'as trouvée ? »

Ichigo la serrait contre lui, inquiet. C'était un lion en peluche, jaune avec une crinière ocre. Il était noir par endroit et sans doute tâché par des sauces quelconques.

« On ne va pas te la prendre, Ichigo. Mais si tu veux la garder, il faudra la laver d'abord et être sûr qu'un autre enfant ne l'a pas perdue.

-Elle traînait près d'une poubelle ! s'exclama-t-il, je veux garder Kon ! »

Sôsuke plissa les yeux devant la réaction. L'enfant avait froncé les sourcils et avait contracté ses muscles. Il essaya de saisir le pourquoi de cet intérêt soudain car il n'avait jamais vu Ichigo se mettre autant sur la défensive pour quelque chose, alors une peluche…

« Kon ?

-C'est le nom du lion !

-Tu as déjà eu une peluche comme celle-là ? »

Grimmjow écoutait attentivement. Il savait qu'aucuns jouets n'avaient été trouvés chez son beau-père, d'où pouvait venir le souvenir d'une peluche ?

« Je sais pas… Mais Kon est à moi ! déclara-t-il fortement, je le garde ! »

Le ton ne semblait souffrir aucune réplique et cela plut à Sôsuke. Il ne voulait pas d'un enfant sage et obéissant qui suivrait le moindre de ses mots. Il cherchait un caractère fort, il voulait que son protégé s'affirme.

« Bien, répondit-il avec un sourire, mais pour le moment, tu vas la ranger dans le sac car elle est trop sale.

-Non, je le garde. »

Grimmjow écarquilla les yeux, étonné qu'un gosse tienne tête à Sôsuke alors qu'il venait expressément de lui demander quelque chose sur son ton neutre et ferme. Il observa Ichigo qui défiait le plus âgé du regard, et il s'avoua que l'enfant avait des tripes.

Sentant que le prendre bille en tête serait inutile, le plus âgé soupira et sourit calmement.

« Voyons, Ichigo. Je ne vais pas kidnapper Kon, mais il peut porter toutes sortes de germes et de bactéries vu sa saleté. Dès qu'on rentre, on le lavera et comme ça tu pourras le garder. »

Le petit garçon jaugea les mots de son interlocuteur et finit par lâcher progressivement prise.

« Tu promets, hein ?

-Oui.

-D'accord… »

Ils demeurèrent encore un moment tous les trois dans le parc. Grimmjow s'était allongé, Ichigo contre lui qui écoutait Sôsuke lire la suite de l'histoire. Lorsque le soleil s'éclipsa derrière les nuages, on jugea qu'il était temps de rentrer au manoir.

A peine étaient-ils arrivés que le blessé reçut un appel. Il disparut alors dans sa chambre tandis que l'autre homme demandait au troisième de le suivre à la buanderie. C'était une petite salle humide pas loin de la cuisine qui, contrairement à l'habitude, était au rez-de-chaussée et avait deux petites fenêtres qui laissaient entrer largement la lumière. Il y avait là trois machines à laver, deux sèche-linges et quelques étendoirs pour les habits qui n'y passaient pas. Dans un coin il y avait une chaise et une table basse qui semblait assez déglinguée.

Ichigo se rendit alors compte que c'était la première fois qu'il mettait les pieds ici.

« On va laver Kon, comme promis.

-D'accord ! »

Sôsuke ouvrit le tambour et posa délicatement la peluche dedans, montrant à l'enfant qu'il en prenait très soin. Il prépara ensuite la lessive sous l'œil inquisiteur du propriétaire du lion et il prit bien garde de mettre le bon cycle, on le surveillait de toute manière. Il appuya sur 'départ' et Ichigo s'accroupit alors pour voir son doudou tourner derrière la vitre de la machine.

« Tu veux rester là ? »

Ichigo ne répondit pas tout de suite, très absorbé par le sort de Kon. Sôsuke s'assit alors silencieusement, observant avec amusement le petit garçon. Il semblait vraiment tenir à ce doudou et Aizen se demandait bien pourquoi. Mais cela n'était pas le plus important. La lettre l'était plus…

« Kon est très chanceux d'avoir un petit garçon comme toi pour veiller sur lui, n'est-ce pas ? »

L'enfant se redressa et vint directement enlacer l'adulte, sans un mot. D'abord surpris, Sôsuke ne dit rien.

« C'est moi qui suis chanceux d'avoir un papa comme toi… »

Le plus âgé ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux. Ichigo venait de le comparer à un père ? Mieux, à son papa ?

« Je sais que j'ai dit que je voulais pas que tu sois mon beau-père au départ… C'est parce que je te connaissais pas et je savais pas vraiment si tu serais gentil mais… mais tu veux bien être mon papa maintenant ? »

Ichigo fixait Sôsuke dans les yeux, nullement intimidé. Il était déterminé mais on devinait aussi qu'il y avait encore un enfant en lui qui craignait un peu la réponse. Voyant que ladite réponse tardait, le petit garçon crut que ce serait non et il détourna les yeux, déçu. S'il faisait semblant de pleurer, accepterait-il ? Non, il n'était pas aussi dupe…

« Ichigo, regarde-moi.

-…

-Je veux bien. »

Les yeux du plus petit s'écarquillèrent en grand en même temps qu'il ouvrit sa bouche pour s'exclamer :

« Vrai ? Tu veux bien ? Tu… »

Sôsuke attrapa l'enfant pour le mettre à califourchon sur ses genoux et lui prit le visage dans la main, caressant sa joue.

« Bien sûr que je veux. Tu es le plus adorable des enfants, je serais bête de ne pas accepter un si grand honneur. »

L'adulte crut que l'enfant allait pleurer tant il était joyeux mais aucune larme ne tomba. Ichigo ne cessait de répéter des « merci » et des « tu es génial » à la pelle, faisant sourire Aizen qui n'aurait jamais cru entendre ça un jour.

« Je t'aime, Papa ! »

Et encore moins cette phrase. Il enlaça le petit garçon contre lui très fort, submergé malgré lui par l'émotion. Il lui rappelait tellement cette femme qu'il avait aimée. Il aurait pu être son fils… Et aujourd'hui, c'était chose faite. L'homme soupira, respirant ensuite l'odeur des cheveux orange, s'imprégnant de lui. Son fils, il voulait le considérer comme son fils, son unique fils, son enfant à lui.

« Je t'aime aussi, Ichigo. »

Ils demeurèrent tous les deux là en attendant que la lessive se termine, discutant joyeusement. Le plus petit profitait de toutes les occasions pour glisser un 'Papa' dans ses phrases.

« Tu sais, expliqua-t-il, mon beau-père voulait toujours que je l'appelle par son prénom quand ma belle-mère est morte.

-Il fallait me le dire et je t'aurais laissé m'appeler « Oncle Sôsuke ».

-Non, maintenant c'est mieux ! C'est plus court ! Hein, Papa ? »

C'était comme si, à chaque fois qu'il prononçait ce mot, il éloignait la solitude.

« La machine sonne !

-Maintenant il n'y a plus qu'à le sécher.

-D'accord, Papa ! »

L'enfant regarda Sôsuke droit dans les yeux, fier comme un coq. Cela ne manqua pas d'enorgueillir le plus âgé également et, une fois Kon au sèche-linge, il ébouriffa les cheveux orange avec un sourire.

« Je suis fier de toi, mon fils. »

Et ce qui rendit Ichigo le plus heureux n'était pas tant le fait que son papa soit fier de lui ou qu'il l'ait appelé fils, il aimait ça c'était vrai. Mais ce qui le gonflait réellement de bonheur était que pour la première fois de sa vie, quelqu'un lui disait qu'il était assez exceptionnel pour qu'on puisse placer en lui des sentiments tels que la fierté.


Merci d'avoir lu!