Auteur : Crazyitachi-la-malade-de-Shaka~
Bêta : Arienlys
Quelques suffixes comme 'sama' se sont glissés dans le chapitre précédent, je vous remercie de ne pas en déduire que l'histoire se déroule au Japon (car ce n'est pas le cas)
Un grand merci à tous les anonymes pour leur reviews et bonne lecture!
Luka
Chapitre 5
L'Ennemi
Deux ans plus tard…
Aizen était occupé à relire un dossier lorsque l'on frappa à la porte. Il ferma les pages d'un geste calme et ordonna d'entrer.
« Qu'y a-t-il ? »
La personne qui se présenta alors devait mesurer environ la même taille que Sôsuke, peut-être légèrement plus petit et surtout plus maigre. Il portait un costume sombre presque décontracté avec une cravate assez lâche, mais ce qui était le plus étrange était son sourire figé et ses cheveux argentés qui encadraient son visage de longues mèches.
« Disons que ça avance assez pour mériter votre venue, Aizen. »
Le maître des lieux haussa un sourcil avant de se lever, prendre sa veste et rajuster sa cravate. Il avait tendance à la dénouer un peu lorsqu'il travaillait tête penchée sur les papiers, cela lui sciait moins le cou.
« Vous prenez soin de votre apparence pour rencontrer un homme tel que lui…
-Voyons, Gin, tu sais bien que c'est ce qui compte le plus. Surtout pour des gens comme eux.
-Veuillez m'excuser, répondit le dénommé Gin d'une voix amusée. Où avais-je la tête ?
-Tu es pardonné. »
Les deux hommes rejoignirent un couloir derrière une porte à la dérobée mais ne firent que quelques pas avant qu'ils ne tombent sur une seconde qui était fermée à clé. Cette double-protection était plutôt récente. Au départ la porte cachée suffisait mais Aizen avait renforcé le système depuis l'arrivée d'Ichigo qui avait un talent inné pour l'exploration. Devoir expliquer à son fils le pourquoi d'une salle d'interrogatoire au sous-sol n'était pas dans ses priorités.
Ils descendirent de longs escaliers sans un mot et débouchèrent dans une cave plongée dans la pénombre où il était presque difficile de voir où mettre les pieds. A peine le maître des lieux était-il entré dans la salle que Gin appuya sur un interrupteur, l'éclairage devint tout à coup éblouissant.
« Que la lumière soit ! » lança-t-il sur un ton taquin.
Au milieu de la salle, attaché à une chaise, se trouvait un homme. Son apparence laissait deviner qu'il avait été battu violemment. Sa tête pendait lourdement vers l'avant et il dégageait une odeur de sueur et de sang tout simplement infecte. Si cette vision incommoda Aizen, il n'en montra rien contrairement à son collègue qui se boucha le nez exagérément en approchant l'otage.
« Hé bien tu n'es pas drôle toi ! Il faut répondre « Et la lumière fut ! »
-Je crois que notre invité est quelque peu fatigué, Gin.
-Ah la la, on ne peut même plus s'amuser… »
Le grand gamin soupira en haussant les épaules et se tourna vers le troisième témoin.
« Allez Nnoitra, fais-lui répéter ce qu'il nous a si gentiment révélé. »
La voix avait tout à coup un accent manipulateur et quelque peu mielleux qui n'était absolument pas rassurant.
« Rapidement ou en prenant mon temps, M'sieur Ichimaru ? »
On aperçut tout à coup un reflet bleuté derrière les paupières closes et cela donna la réponse au tortionnaire.
Nnoitra Jiruga, de son nom complet, était un homme d'une taille aussi impressionnante que sa maigreur mais peu s'amusaient à le traiter d'asperge car il était de tous les subordonnés d'Aizen parmi les plus violents. Il avait des cheveux noirs qui tombaient platement sur ses épaules et son unique œil, car il en avait perdu un lors d'une bagarre semblait-il, était d'un améthyste brillant. L'homme avait un goût prononcé pour le combat qui lui avait valu de s'occuper de la sécurité et de tout ce qui touchait aux problèmes nécessitant une solution rapide et musclée. En résumé, le tueur à gages personnel d'Aizen.
Il frappa donc avec une violence calculée l'homme attaché jusqu'à ce que ce dernier se réveille et crache encore du sang ainsi que quelques dents. En retrait, Gin à ses côtés, Aizen observait la scène d'un œil absolument indifférent, se souciant seulement d'en avoir fini avant la fin des cours de son fils.
« Il… Il est mort, oui… Juré ! »
Gin haussa un sourcil et s'approcha un peu plus.
« Tu ne nous mentirais pas, hein ?
-Nooon ! Je vous jure ! Ginjou est mort !
-Et qui va prendre sa suite ?
-On sait pas encore, il… »
Un geste de l'homme au sourire inquiétant et Nnoitra frappa à nouveau.
« Son fils peut-être ! Peut-être !
-Kuugo ?
-Oui ! Il fait ses études mais… mais sûrement lui ! »
Gin afficha un large sourire et tapota les cheveux de l'otage comme on félicite un brave toutou. S'apercevant seulement ensuite qu'il s'était sali la main et usant toujours de manières extravagantes le faisant passer pour un gamin, il s'essuya les doigts avec une mimique de dégoût sur le bras de Nnoitra. Ce dernier grogna entre ses dents, conscient que provoquer Gin Ichimaru était synonyme d'exécution.
« Nnoitra, finis-le. »
Le susnommé prit alors son arme à la ceinture et, avec un large sourire, le colla sur le front du prisonnier. Il prit un malin plaisir à ne pas tirer de suite, attendant quelques secondes où l'homme lança un regard suppliant à Aizen en espérant que c'était le plus censé des témoins de la scène et que peut-être il lui restait une dernière chance. L'attitude froide et absolument supérieure qui lui répondit fut son dernier souvenir avant que sa cervelle n'explose.
Gin tapa des mains et, nullement dérangé du meurtre qui venait de se dérouler, lança sur un ton enjoué :
« Cela vous convient-il, Aizen ?
-Parfaitement, Gin. Comme toujours.
-Tu peux appeler le nettoyage, Nnoi. »
Le téléphone du maître des lieux sonna et il regarda les nouveaux messages. Grimmjow lui annonçait qu'il quittait le collège avec Ichigo et qu'ils seraient au manoir dans quinze minutes. La journée se déroulait bien pour le moment, ses affaires florissaient depuis la disparition de Ginjou père, le fils était déjà sous surveillance et son enfant revenait avec une très probable bonne nouvelle signée du directeur.
« Tu es sale, Nnoitra, fit remarquer Gin en avisant ses habits tâchés de sang et de restes. Je suppose que Monsieur Aizen souhaiterait que tu ne traverses pas le manoir.
-Bien, M'sieur Ichimaru. »
On sentait sans peine dans le ton du géant aux cheveux noirs tout le mépris qu'il avait pour Ichimaru. Le « M'sieur » semblait être là seulement parce qu'il était obligatoire s'il voulait rester à sa place.
Les deux hommes de pouvoir repartirent ensuite par le même chemin, Aizen conduisant Gin jusqu'à son bureau où il l'invita à s'asseoir. Il proposa un verre de scotch à son collègue qui accepta non sans plaisir. Son patron n'avait aucun produit de mauvaise qualité, refuser un verre d'une des bouteilles les plus chères du monde aurait été criminel.
« Que faisons-nous, alors, Aizen ? »
Ichimaru jouait avec les glaçons de son verre distraitement.
« Tu vas commencer par assigner quelques hommes à la surveillance de ce Kuugo. Mais avec beaucoup de discrétion.
-Bien entendu, Aizen ! Vous me connaissez…
-Je n'en doute pas. Ensuite, il faudra que tu surveilles l'évolution du gang en l'absence de son chef légitime. Il y a de fortes chances que notre invité ait été le second mais nous ne sommes jamais trop prudents.
-J'y veillerai. »
Après un court silence, celui aux cheveux argentés leva les yeux au ciel.
« J'aurais juste eu une question.
-Parle.
-Maintenez-vous la réunion de l'Espada à la fin du mois ? La presse sera présente et je crains que la disparition d'un homme n'attire de mauvais soupçons sur nos affaires. »
Aizen médita la question un moment et nota quelques petites choses dans un calepin. Cette réunion consistait à établir les différents plans d'actions pour chaque domaine que dirigeait Aizen. Lors que cette réunion, on évoquait beaucoup les contre-attaques financières, les jeux de pouvoir et on jouait essentiellement sur les affinités et les inimitiés des différents groupes. Il était donc presque normal de voir une petite foule de journalistes toujours désireux d'avoir un bon scoop à fournir à leurs employeurs.
Les craintes de Gin étaient justifiées. Car la moindre anicroche dans ce grand meeting pouvait parfois prendre des proportions gênantes. Le gang de Ginjou n'avait pas la main mise sur la rue exclusivement mais était également représenté par un groupe industriel. La disparition du chef et une attaque venant d'Aizen pouvaient mener à des conclusions hâtives et dérangeantes.
« Cette réunion consiste à étaler notre pouvoir et l'éventail de nos possibilités à nos actionnaires et aux médias. La reporter éveillerait des soupçons.
-Si j'ose proposer cette suggestion… Pourquoi ne pas invoquer le fait que votre fils n'est pas prêt pour ce genre de mondanités ? Ainsi vous pourriez annoncer officiellement son adoption en même temps que vous reporterez le meeting. Les fouineurs commencent déjà à poser des questions sur la nouvelle adoption, il faudra tôt ou tard qu'Ichigo soit montré au grand jour.
-L'idée n'est pas mauvaise mais je ne me servirai pas d'Ichigo.
-Je comprends. »
En réalité, Gin ne comprenait absolument pas. Si son patron avait adopté Ichigo de manière si drastique, c'était forcément pour faire de lui son successeur. Pourtant, Aizen avait lancé la procédure plénière, un processus irrévocable, avec un enfant qu'il connaissait à peine ! Comment pouvait-il savoir qu'Ichigo serait un bon héritier ?
Cependant, malgré ses manières, le second savait encore quelles questions il ne devait pas poser. Et l'éclaircissement quant à ses doutes devrait sûrement attendre encore un long moment.
« Ça fait quand même bizarre de vous voir humain, vous savez ! Ça faisait longtemps ! ajouta-t-il d'une voix chantante.
-Tu tires sur la corde, Gin.
-Ouch, pardonnez-moi, je suis joueur ! »
On entendit tout à coup une porte claquer et un retentissant « Je suis rentré ! ». Le maître des lieux afficha un air amusé tandis que Gin laissa un rire lui échapper.
« Ma ma ma ! Il sait soigner ses entrées aussi bien que vous, Aizen ! »
Le concerné admit un sourire, se redressa et convia son collègue à le suivre. Ichimaru était son associé premier, son homme de confiance. Il était au courant de toutes ses affaires et en gérait même une grande partie, en particulier celles qui touchaient à l'image de la société, soit la manipulation des médias et, tout à fait officieusement, les problèmes moins légaux qui touchaient n'importe quel homme puissant ayant réussi.
Ils traversaient le couloir de l'étage quand ils interceptèrent Ichigo qui déboulait dans l'escalier avec un sourire jusqu'aux oreilles.
« Papa ! »
Remarquant la présence d'Ichimaru, il se calma un peu mais il était visiblement trop euphorique pour saluer dans les règles. Il farfouilla dans son sac pour sortir une pochette puis une feuille qu'il brandit devant Sôsuke.
« Regarde ! »
L'homme aux cheveux bruns se saisit du papier, c'était le bulletin de fin de trimestre. Il parcourut les notes et les moyennes rapidement, sachant qu'Ichigo n'attendait qu'une chose.
« Premier de la classe ? »
L'enfant rayonnait de joie et de fierté.
« T'as vu ? J'suis premier, Papa ! Premier ! Premier !»
Sôsuke haussa un sourcil et posa une main sur l'épaule de son fils. Ichigo avait bien grandi. Il avait onze ans et entrait au collège. Il faisait maintenant 1,30m, ce qui n'était pas excessivement grand bien que normal. Là où il dépassait largement la moyenne, c'était en cours. Sôsuke regarda encore son bulletin et acquiesça.
« Je suis vraiment fier de toi, tu as bien travaillé.
-Merci !
-Que dirais-tu que nous fêtions cela ?
-Ouiii ! »
L'adulte se permit un léger sourire amusé et ne put s'empêcher de caresser affectueusement les mèches en bataille.
« Je peux regarder, mon p'tit Ichi ? »
L'enfant tourna la tête vers l'autre homme, se souvenant tout à coup qu'il était là.
« Bien sûr, Monsieur Ichimaru !
-Tu peux m'appeler Gin, tu sais…
-Oui mais…
-En fait c'est moi qui devrait t'appeler Monsieur Aizen mais ça sonne vieux hein ?
-Euh… oui, bredouilla Ichigo pas très à l'aise.
-Pareil pour Monsieur Ichimaru. J'suis pas si vieux… si ? »
Il prit une pose dramatique qui fit sourire son jeune interlocuteur.
« D'accord, Gin !
-Bien ! Maintenant que je regarde ça. Waw, je suis soufflé. »
Ichigo souriait, très fier de pouvoir montrer à tous sa réussite. Il ne connaissait pas très bien Gin Ichimaru. Il savait seulement qu'il venait de temps en temps au manoir pour travailler toute la journée avec son père dans le bureau. Grimmjow avait toujours été très méfiant envers cet homme ce qui avait conduit Ichigo à être sur ses gardes également mais dans une moindre mesure. Car à force de rester avec son protecteur, il avait constaté que l'homme était méfiant envers tout le monde.
« T'es un petit génie, dis donc… Attend, je crois que j'ai des chocolats sur moi ! Ça t'intéresse ?
-Des chocolats ?
-Pour te féliciter ! »
L'enfant lança un regard suppliant à son père qui lui accorda la permission de les récupérer sans se faire prier. Avec un grand sourire et des manières de gamin, Ichigo récupéra un sachet de chocolat qu'il ouvrit immédiatement. Il n'oublia pas d'en proposer aux deux hommes qui déclinèrent. Quoiqu'après réflexion, celui aux cheveux argentés accepta bien une petite douceur.
Ichigo se retourna tout à coup en entendant la porte se fermer et avisa son héros dans l'entrée. Le troisième homme monta silencieusement les marches.
« Grimmy ! s'exclama Gin, quel plaisir de te voir.
-Ouais. Pas totalement réciproque. »
Ichigo leva un regard étonné vers l'homme aux cheveux bleus. Il avait du mal à comprendre cette méfiance envers Ichimaru mais il supposait que c'était simplement leurs caractères qui n'étaient pas compatibles.
« Papa ?
-Oui ?
-Je peux aller jouer à la console ? Grimm m'a promis que si j'avais les félicitations on jouerait à son nouveau jeu !
-C'pas interdit au moins de 18 ans, indiqua le concerné blasé.
-Je suppose que oui, donc. Soyez prêt à 20 heures.
-Oui, Papa ! »
Avant que son fils ne s'en aille en courant, Sôsuke le rattrapa et l'embrassa sur le front.
« Encore bravo, Ichigo. Je suis vraiment fier de toi. »
Le sourire radieux de l'enfant à ces mots fit rire Gin qui leva ensuite les mains en signe de paix devant l'air renfrogné d'Ichigo. Grimmjow embarqua alors son Little Berry vers ses appartements, laissant les deux associés.
Ichimaru regarda encore le bulletin et le tendit à son supérieur.
« Il est doué dis donc, le p'tit Ichi.
-Je sais.
-Si je puis me permettre, Aizen, est-ce réellement prudent que vous n'assigniez plus Grimmjow à votre protection ? »
Le concerné haussa un sourcil et rangea soigneusement le papier à sa place. Il avait réfléchi à cette éventualité mais tôt ou tard ses ennemis apprendraient qu'il avait un fils légitime et il préférait que son meilleur garde du corps soit au bon endroit.
« Ichigo est une cible bien plus facile que moi.
-D'où ma seconde question, pourquoi ne pas avoir fait comme avec les autres ?
-Ichigo n'est pas comme les autres. »
Gin hocha la tête, saisissant qu'il était à la limite, mais il poussa quand même la curiosité légèrement plus loin. Aizen adoptait un enfant comme son successeur, ce qui mettait l'enfant en avant et ensuite il le surprotégeait en esquivant les questions ? Il y avait quelque chose de plus subtil qu'une affaire d'héritier légitime et Gin mourrait d'envie de connaître les tenants et les aboutissants.
« Allez-vous en faire votre successeur ?
-Bonne journée, Gin.
-Ouch, belle esquive ! Enfin, je vous souhaite une bonne journée, Aizen ! »
Une fois qu'ils ne furent plus que la petite famille dans le manoir, le maître des lieux chercha la domestique. Hinamori travaillait toujours avec eux et s'était presque liée d'amitié avec Ichigo avec le temps. Son tempérament doux et presque transparent ne lui permettait pas d'être la confidente ni d'avoir un rôle à proprement parlé mais elle n'effrayait plus l'enfant.
Elle devait remonter tout juste de la cave quand il la croisa car elle portait un sac qui n'était pas à elle. Probablement celui de l'homme qui venait d'être exécuté.
« Que puis-je faire pour vous, Monsieur ?
-Il est inutile de préparer le dîner pour ce soir, Hinamori.
-Bien, Monsieur. Y a-t-il d'autres directives ?
-Il reste une tâche de sang sur ton tablier. J'aimerais que tu le changes avant que mon fils ne voit ça.
-Oh oui, pardonnez-moi, Monsieur.
-C'est excusé. »
CCC
Tranquillement installés dans la chambre, Grimmjow et Ichigo jouaient au jeu de courses multi-joueurs le plus réputé du moment. Un jeu totalement déjanté qui incluait de dégommer son adversaire à coup de carapaces et de peaux de banane.
« Ouaiiiis ! Je t'ai eu, je t'ai eu !
-Tss, tu tricherais pas par hasard, Little Berry ?
-Hé mais ! »
Depuis qu'Ichigo avait gagné le nom d'Aizen, Grimmjow avait été assigné à la protection de l'enfant. Il n'avait rien eu à y redire et, dans le fond, ce n'était pas comme si la compagnie du collégien le dérangeait vraiment. Il en voulait surtout à Aizen pour avoir mis sous les feux de la rampe un enfant qui n'avait rien demandé à personne. Certes, pour le moment il n'y avait que des rumeurs à propos d'une nouvelle adoption mais on ne tarderait pas à découvrir l'identité de l'enfant et donc que c'était une adoption plénière.
« Grimm ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
Ichigo avait posé la manette et regardait le plus grand avec un air concerné.
« Quoi ?
-T'avais l'air super sérieux tout à coup.
-T'inquiète.
-A chaque fois que tu dis 't'inquiète' c'est que y'a quelque chose de grave. Tu peux pas me dire ? »
Grimmjow jaugea un moment l'enfant. Ichigo était mature pour son âge, il était fort et faisait tout pour cacher ses faiblesses. Avec le passé qu'il avait sur les épaules, c'était compréhensible bien que dommage car personne ne devrait être obligé à mûrir de cette manière.
« Juste un p'tit souci avec le taf.
-Oh… Il y a encore des gens qui nous ont suivis c'est ça ? »
Le garde du corps écarquilla les yeux, surpris. Ichigo avait mis le jeu en pause maintenant et tentait d'afficher un air détaché.
« Quoi ?
-Oui… Déjà quand j'étais plus petit tu faisais parfois des longs détours en voiture… J'ai tout vu mais j'ai rien dit, tu sais. »
Grimmjow demeura un moment étonné et soupira finalement avec un rire amusé.
« J'aurais dû m'en douter, t'es loin d'être con, Little Berry.
-… Tu vas me dire alors ?
-Bah, au point où on en est, j'vais t'dire deux ou trois trucs, oui. Mais j'suis pas sûr que Sôsuke soit trop partant.
-Papa a peur pour moi, c'est normal, non ? »
Le plus âgé imaginait encore difficilement le grand Aizen Sôsuke en papa poule, mais il ne dit rien, connaissant tout l'amour que l'enfant avait pour cet homme.
« Je garderai le secret s'il faut, tu sais…
-Na, j'veux pas que tu t'sentes obligé de faire des trucs dans son dos. C'est pas ce qu'un gamin devrait faire avec son père.
-Tu me racontes quand même ?
-J't'ai dit que Sôsuke a une grosse société.
-Oui, qui fait beaucoup de choses.
-Hé bien elle lui vient de son père. Et s'il a fait autant d'études que Sôsuke pour en arriver là, il a aussi dû faire des choses pas très gentilles pour commencer.»
Ichigo ne dit rien mais avec son regard aux sourcils froncés, on comprenait sans mal qu'il essayait de faire la part des choses. Il savait bien que tout n'était pas blanc ou noir et il se doutait que pour être tout en haut de l'échelle, le talent ne suffisait pas.
Et vu la réserve de Grimmjow, il se douta que celui qui était devenu comme son grand-père ne devait pas être parmi les plus innocents.
« Il s'est fait des ennemis. La plupart sont morts maintenant mais Sôsuke a hérité de quelques-uns.
-… Beaucoup ?
-Un peu mais pas parmi les plus gênants.
-Alors y'a des gens qui veulent sa place ?
-C'est ça. Certains utilisent des moyens qui sont dans la loi, comme des scandales. Ils font croire que Sôsuke fait des choses illégales en jouant sur certains détails… D'autres lancent carrément des fausses rumeurs complètement débiles !
-Mais y'a des gens qui croient ce qu'il y a dans les journaux ?
-Oui, c'est pour ça qu'il y a Gin. Il s'occupe de tout… »
Grimmjow se douta que le mot 'manipuler' ne donnerait pas une bonne image.
« Il cherche à enlever toutes les fausses rumeurs ?
-Voilà.
-Alors pourquoi tu l'aimes pas ?
-C'est viscéral. »
Malgré le sérieux de la discussion, la réponse arracha un rire bref à Ichigo. Grimmjow remarqua alors seulement que le collégien s'était rapproché de lui au point d'être collé à son bras. Il fronça les sourcils. L'enfant s'était vite avéré tactile mais le plus souvent il ne cherchait le contact que lorsqu'il était anxieux. L'homme s'y était habitué avec le temps et avouait que cela ne lui déplaisait pas.
« Et y'en a d'autres qui lui veulent du mal alors ?
-Oui, des gens qui eux, utilisent de mauvaises méthodes.
-… Des gens veulent le tuer ? murmura Ichigo horrifié.
-Oui. Mais c'est très rare, je te rassure, Little Berry. »
L'enfant avait tout de même l'air choqué, presque bouleversé. Grimmjow le prit contre lui, un bras sur les épaules.
« Moi je suis un garde du corps. J'ai aussi une équipe sous mes ordres et depuis tout ce temps je me suis occupé de protéger Sôsuke de gens qui voudraient le tuer ou comploter contre lui.
-Maintenant que t'es le tout temps avec moi, qui le protège ?
-D'autres gars viennent quand il sort.
-Et ça veut dire que toi tu me protèges ?
-Oui, Little Berry. C'est ce qu'il m'a demandé de faire et crois-moi, j'en suis bien content. »
Ichigo demeura silencieux un long moment ensuite, analysant tout ce qu'on venait de lui dire. Il reposa sa tête sur contre son interlocuteur et lâcha un gros soupir.
« Mais pourquoi on me voudrait du mal ?
-Parce que tu es le fils de Sôsuke. On se dit que si on te fait du mal, ça lui fera aussi du mal. Les gens sont cons, faut pas chercher trop loin.
-… Alors je dois te dire merci ?
-Naaa, j't'aime bien tu sais. Y'a aucun souci à c'que je te protège.
-Alors pourquoi je fais de l'aïkido depuis deux ans si c'est pas pour pouvoir me défendre tout seul ? »
La réplique laissa Grimmjow un instant sans réponse.
« Parce qu'on peut pas se protéger d'une balle avec une clé d'immobilisation. »
Ichigo eut alors un air absolument terrifié à l'idée de revoir une arme et le plus âgé sut qu'il en avait trop dit et surtout qu'il avait dit ce qu'il ne fallait pas. En même temps il n'avait jamais eu la prétention de dire qu'il était doué avec les enfants. Il râlait après Sôsuke qui faisait ses coups en douce mais lui au moins savait comment gérer un garçon qui grandissait.
Ne voyant pas beaucoup de solutions pour rassurer le collégien, Grimmjow le souleva un peu pour le mettre sur ses genoux et le serrer contre lui maladroitement en lui caressant les cheveux. C'était bien la seule chose qu'il savait faire et, progressivement, il sentit les tremblements se calmer. Quand Ichigo fut plus serein, le garde du corps ferma un instant les yeux et se dit qu'il ne s'était jamais senti aussi apaisé depuis que son père avait tué sa mère sous ses yeux.
« Grimm…
-Qu'y a-t-il ? »
Ils parlaient tout bas, comme s'ils échangeaient un secret.
« Je sais que t'es très fort mais… tu vas pas mourir hein ? »
L'adulte écarquilla les yeux et essaya de garder le ton de la plaisanterie.
« J'ai pas prévu ça pour le moment, non…
-Parce que si toi ou si Papa vous mourez… Je deviendrais quoi moi ? Je veux pas retourner en famille d'accueil…
-Hé Little Berry, il a jamais question qu'un de nous deux meure.
-Je veux pas que vous soyez blessé parce que je sais pas me défendre, je…
-Personne sera blessé, Ichi. Ni toi, ni moi, ni Sôsuke.
-Mais si quelqu'un veut me tuer, toi tu vas t'interposer !
-Bien sûr.
-C'est dangereux !
-Mais ce que je fais est dangereux, je peux pas l'empêcher, Little Berry. »
Devant l'air inquiet de l'enfant, Grimmjow grogna. Il savait qu'il allait craquer mais il aurait néanmoins aimé faire bonne figure. Et puis après tout, un petit mensonge pour rassurer Ichigo n'avait rien de méchant.
« Mais je te promets que je serai très prudent, okay ? »
Après à nouveau un long silence où Ichigo s'installa bien à l'aise, la tête sur les genoux du plus grand, il finit par parler :
« Hé, tu crois que Papa me laisserait inviter des amis à dormir ?
-Tu veux inviter ton ami… Chad c'est ça ?
-Oui, et aussi Tatsuki. J'aimerais bien leur montrer le manoir et tout. La piscine, le jardin… »
L'homme esquissa un faible sourire.
« Y'aura pas de problèmes, j'pense. Tu pourras lui demander ce soir au resto.
-On va dîner dehors alors ?
-Sôsuke met toujours la gomme quand il s'agit de te remercier d'être si doué et tout. »
Ichigo eut un air pensif à ces mots. Parfois il avait le sentiment que Grimmjow en voulait à son père. Il n'aurait pas vraiment su expliquer pourquoi mais il se doutait que ça avait indirectement rapport avec lui. Peut-être que Grimmjow regrettait de ne pas avoir eu la chance de faire ses preuves en entamant des études alors que lui avait tout à portée ? Ou peut-être qu'il était envieux en voyant qu'il était premier de sa classe ? Le garde du corps en voulait-il à Aizen de ne pas avoir cru en lui alors qu'il passait son temps à féliciter Ichigo… ?
Les idées de l'enfant était confuses aussi il jugea que le sujet n'était pas forcément important. Il préféra regarder son garde du corps fixement qui grogna.
« Qu'est-ce qui y'a ?
-Je me demandais si t'avais une copine.
-Quoi ? »
Désarçonné par la question, le concerné demeura comme deux ronds de flan.
« Pourquoi tu m'demandes ça ?
-Je sais pas. Juste comme ça. Et Papa, il a jamais eu une copine, ou une femme ? »
Grimmjow écarquilla les yeux.
« Ça j'en sais absolument rien t'auras qu'à lui poser la question.
-Quelle question ? »
Ichigo se redressa d'un bond, surpris aussi par l'intervention de son père. Il se leva et s'approcha de lui en souriant.
« Je voulais juste savoir si tu avais eu une femme ? Parce que tu vis seul alors… »
Aizen sembla réellement hésiter sur la réponse à donner mais finalement, il préféra esquiver.
« Et si nous allions prendre tes habits de soirée ? »
L'enfant hocha la tête, légèrement déçu, mais il n'en montra rien et suivit gentiment son père dans sa chambre. L'endroit avait bien changé depuis son arrivée.
On avait remplacé le lit pour un légèrement plus grand avec une couverture aux imprimés colorés. Les murs étaient restés blancs et neutres, Ichigo n'y accrochant rien hormis un malheureux poster d'une représentation au théâtre à laquelle Sôsuke l'avait emmené. Le reste consistait en quelques bibelots dont Ichigo ne voulait pas se débarrasser ainsi que ses livres préférés et ses affaires de cours. Cela se résumait donc à un pot à crayon décoré avec des smileys fait en arts plastiques, une petite plante dont le collégien s'occupait seul et, le plus important, Kon. La peluche trônait maintenant sur la commode plutôt que dans le lit même si le père savait qu'elle retrouvait bien vite les bras de son enfant quand il faisait un cauchemar.
Et c'était bien les seules preuves qu'il y avait âme qui vive dans cette pièce, mais pas forcément celle d'un enfant de onze ans.
« Il faut s'habiller aussi bien ?
-Hé oui, j'ai eu une table dans un grand restaurant. Mais rassure-toi, si c'est trop long on pourra partir plus tôt.
-Ça n'est jamais trop long, Papa. Tu fais tellement peur aux serveurs qu'ils n'osent pas nous faire attendre entre chaque plat…
-Ah bon je fais peur ? »
Sôsuke avait sorti un pantalon de costume et un gilet noir aux arabesques rouges, élégantes, qui s'accordaient avec les cheveux d'incendie de l'enfant. Il les posa sur le lit sans un pli et y ajouta une chemise. Ichigo ôtait déjà ses habits pour mettre le pantalon.
« Tu es intimidant, Papa…
-Ou les autres sont simplement intimidables ?
-Tu joues sur les mots, non ?
-La vie consiste à jouer sur les mots.
-Vraiment ? »
L'air étonné de l'enfant fit sourire l'adulte.
« Mais avec toi, je ne joue jamais avec la vérité.
-Je sais, vint la réponse. Merci ! »
Le collégien prit la chemise qu'il déboutonna avec méticulosité avant de la passer et refaire les boutons à nouveau.
« Papa… maintenant que Grimm est plus là, tu peux me répondre ?
-Ichigo, je t'ai déjà dit que tu étais perspicace ? »
Il eut un air gêné mais amusé. Il peinait à fermer les boutons de ses manches quand son père intervint.
« Disons qu'il y a eu une femme que j'aimais beaucoup.
-Ah oui ? Tu étais marié ? »
L'adulte s'assit sur le bord du lit et fit signe à son fils de se mettre devant lui pour qu'il achève de l'habiller convenablement.
« Je n'ai jamais été marié non. Et cette femme et moi nous sommes quittés car elle aimait un autre homme. Elle l'a épousé. »
Ichigo se mordit la lèvre. Il avait juste voulu être curieux et il s'avérait qu'il réveillait des blessures chez son père. Aizen Sôsuke donnait l'impression d'être un bloc de marbre, un homme presque divin que rien n'émouvait ou ne pouvait atteindre. Pourtant, à force d'observation, Ichigo avait remarqué des choses. Son père était plutôt normal tant qu'on ne lui demandait pas de montrer des émotions. Enfin, de vraies émotions car son père savait parfaitement jouer la comédie.
A la réunion de parents, au début de l'année, il avait été très amical avec tout le monde, souriant presque tout le temps. A la sortie, Ichigo lui avait dit qu'il n'aimait pas quand il faisait semblant comme ça et son père l'avait regardé étrangement avant de dire qu'il n'avait pas le choix. Ichigo avait complété tout seul en se disant que son père pensait peut-être que les gens normaux ne pouvaient pas le comprendre.
Mais lui, le collégien, il arrivait à comprendre ce double-jeu et il savait voir les vraies émotions quand il cherchait à les cacher, même à lui.
« Je suis désolé, Papa. Je m'intéressais juste à toi…
-Il n'y a pas de souci, Ichigo. C'est normal. Pour tout te dire, j'avais même un père qui m'a fiancé avec une femme que je n'avais jamais aimé. Mais quand il est mort, j'ai rompu les fiançailles et depuis je n'ai jamais fréquenté quelqu'un d'autre.
-Ton père était… pas gentil ? »
Aizen plissa les yeux. Ichigo devait déjà essayer de deviner s'il était comme Grimmjow ou lui. S'il avait eu une enfance sous le signe de la violence.
« Je dirais juste que ce n'était pas vraiment un père, déclara-t-il d'une voix neutre. Parfois, certains parents ont des enfants mais pas parce qu'ils ont forcément envie de les aimer.
-Est-ce que ça veut dire que tes parents étaient méchants ? »
Il y eut un long silence où Sôsuke médita sa réponse.
« Non. J'étais juste son héritier. »
La conversation aurait pu se terminer sur cette phrase mais le collégien était loin d'avoir sa curiosité satisfaite.
« … Mais tu n'as jamais eu envie d'aimer quelqu'un d'autre ? »
Il comprit alors quelque chose et reprit avant que son père ne veuille esquiver :
« Tu l'aimes toujours, hein ? L'autre dame. »
L'adulte ne put que soupirer. Il avait horreur d'être percé à jour car cela était tellement rare qu'il n'y était pas habitué et ne savait pas comment réagir. Quand cela était proche d'arriver, il devenait d'une froideur polaire qui effrayait les derniers rebelles mais avec Ichigo… C'était comme si ses défenses n'avaient plus la moindre utilité.
« Tu sais que c'est agaçant parfois de ne pas pouvoir tout te cacher ? répondit-il sur le ton de la plaisanterie.
-T'inquiète pas, moi je dis rien à personne.
-Je t'en remercie. »
Ichigo était habillé depuis longtemps mais les deux parents continuaient de discuter.
« Elle est morte aussi, hein…?
-… Oui.
-Tu me diras quand même à quoi elle ressemblait ? Comme ça je pourrais imaginer celle qui aurait pu être ma maman ?
-Tu sais comment manipuler pour être sûr que je te réponde, n'est-ce pas ? Petit malin…
-Tu m'apprends bien !
-Tu m'observes, c'est différent. »
Le collégien rit doucement et enlaça son père.
« Grimm m'a dit que des gens veulent te faire du mal en disant des mensonges et tout. Mais moi je sais qui tu es vraiment. »
Sôsuke ne répondit pas et passa ses bras autour du corps de l'enfant en une étreinte mesurée.
« On y va ? »
Ils sortirent dans le couloir et, descendant les escaliers, remarquèrent quelqu'un dans l'entrée avec Grimmjow. L'inconnu était aussi grand que l'homme aux cheveux bleus mais plus en finesse et portait un costume noir qui tenait beaucoup de l'uniforme. Il ôta sa casquette et se courba respectueusement à leur arrivée.
« Monsieur Aizen, bonsoir. Monsieur Aizen Junior. »
Ichigo écarquilla les yeux et regarda son père interloqué. Comment l'avait-on appelé ?
« Monsieur Ichigo sera amplement suffisant, Shaolon.
-Bien, Monsieur. Veuillez m'excuser. »
Grimmjow rangea son smartphone sur lequel il pianotait jusqu'alors et prit la parole.
« Ichi, voici Shaolon Qufang. Quelqu'un de confiance qui nous conduira au restaurant ce soir. »
Le regard de l'enfant s'éclaira alors et il s'exclama :
« Enchanté de vous rencontrer, Monsieur Qufang !
-Le plaisir est partagé, Monsieur Ichigo. »
D'une main sur l'épaule de son fils, Sôsuke encouragea Ichigo à sortir par l'entrée principale. Ichigo s'émerveilla devant la limousine aux portes coulissantes qui s'ouvraient comme une machine du futur. Il ne perdit pas de temps et sauta dedans bien vite suivi de son père. Il avait déjà vu cette voiture dans le garage mais habituellement il ne montait pas dedans. Grimmjow l'emmenait en cours avec une autre voiture et lorsqu'ils sortaient en famille, son père ne choisissait pas le tape-à-l'œil. Le garde du corps venait tout juste de s'asseoir et de fermer la portière quand Aizen indiqua la destination.
Dans la voiture, Ichigo observa soigneusement Grimmjow. Il avait revêtu un costume noir à liseré blanc très fins, presque invisibles. Il était parfaitement à sa taille ce qui laissait penser Ichigo que c'était un sur mesure. Il portait aussi un gilet sous sa veste et Ichigo se demanda depuis quand Grimmjow mettait des gilets. Habituellement, il se contentait d'une chemise et d'une cravate. Enfin, il ne poussa pas la réflexion plus loin et jugea simplement que son ami était vraiment classe.
Enfin, presque autant que son père.
Le repas au restaurant s'avéra être plaisant. Sôsuke s'occupa beaucoup de son fils, gardant la conversation à son niveau pour l'encourager à prendre la parole longtemps et s'exprimer sur des sujets qu'il aimait tout en élevant progressivement le débat. Il avait dans l'esprit d'en faire, à défaut d'un maître de manipulation, un rhéteur capable de déjouer les pièges du langage.
Grimmjow trouvait que son supérieur prenait grand soin d'Ichigo. Il lui en voulait toujours d'avoir fait d'Ichigo son successeur légitime même si son intention était simplement de l'adopter, mais il avouait que l'homme éduquait son fils comme un gentilhomme, développant son esprit comme ses manières. Et il se demandait si une fois dans les hautes sphères, Ichigo garderait le même caractère ou se sentirait trop supérieur pour regarder ceux qui étaient comme lui.
« Grimm ?
-Little Berry, qu'y a-t-il ?
-Tu as l'air triste ? »
Le concerné fronça les sourcils et étouffa un grognement agacé. Il détestait quand Ichigo visait juste sur ce qu'il ressentait.
« Nan, juste sur les dents. »
Sôsuke haussa un sourcil.
« Un problème ?
-Je ne pense pas. »
Le brun plissa les yeux, comprenant par là qu'il y avait une potentielle menace dans le restaurant. Grimmjow avait peut-être les manières d'un rustre comparé à lui, mais il avait un instinct fort et des réflexes de gamins des rues qui étaient presque infaillibles. S'il était sur le qui-vive, c'était qu'il y avait une raison.
« Papa, tu as demandé quoi au fait pour le dessert ?
-Un sabayon.
-Je pourrais goûter ?
-Bien entendu. As-tu aimé ton plat ?
-C'était un peu bizarre le légume mais sinon la viande était vraiment très bonne !
-L'artichaut c'est spécial oui, admit le père doucement. Tu as pris une crème brûlée pour le dessert c'est ça ?
-Oui ! Hier il y en avait à la cantine mais je suis sûr que celle-là sera bien meilleure. »
Grimmjow ne prenait pas part à la conversation ou seulement quand il y était convié. Il observait silencieusement ce qui se déroulait sous ses yeux, essayant de ne pas laisser sa rancœur prendre trop de place en lui. Aizen lui avait volé Ichigo. Cette pensée le taraudait souvent, le hantait presque. Mais ce qu'il l'agaçait le plus, c'était qu'elle était fausse. Aizen était le père d'Ichigo, et l'enfant le reconnaissait comme tel. Lui était un peu comme un grand frère et tout devait se passer comme ça.
On entendit tout à coup un bruit dans le hall d'entrée du restaurant. Un homme élevait la voix contre le serveur en charge des vestiaires.
« Quelqu'un s'est fait voler son téléphone ? lança Ichigo.
-Il semblerait. Mais ne t'occupe pas de ça.
-Au fait ! Je voulais inviter des amis, tu veux bien ?
-Bien entendu, parle-moi un peu d'eux. »
Alors que le collégien partait pour un long monologue à décrire ses amis sous tous les plans, Grimmjow regardait tout autour discrètement. Hormis l'esclandre que le restaurant cherchait à minimiser avec le téléphone volé, il n'y avait rien de bien anormal pour cette soirée. Quelques couples, repas d'affaire et, étonnamment, un homme seul à sa table avec son garde du corps juste derrière. Il devait s'ennuyer. Enfin, ce n'était pas son affaire et le subordonné d'Aizen continua de balayer la pièce des yeux.
« Je vais aux toilettes. » s'excusa-t-il en se levant.
L'homme posa la serviette sur le bord de la table et rejoignit le hall principal du restaurant. Il n'y avait toujours rien d'anormal. Il préféra plutôt sortir et fit signe à Shaolon qui était resté dans la voiture.
« Va voir sur le toit et autour du resto.
-Je cherche quelque chose précisément ?
-Tout ce qui peut poser problème. »
Le second garde du corps acquiesça et s'éclipsa tandis que Grimmjow retournait dans le restaurant. Il affuta son regard et capta tout à coup l'élément perturbateur en la personne d'un second maître d'hôtel sortant de la porte de service. Il s'approcha de lui et lui posa une main sur l'épaule.
« Pas mal d'attendre que je fasse ma ronde, mais j'suis habitué t'sais.
-Je ne vois pas de quoi vous parlez, Monsieur. »
L'inconnu ne cillait pas.
« L'uniforme de maître d'hôtel. Pas le bon, dommage. »
L'expression de pure surprise qui passa alors sur le visage de l'homme donna sa réponse à Grimmjow.
« Merci de confirmer, t'as franchement plus une tête à être serveur, t'sais.
-Vous ne pouvez rien me faire ici.
-Oui, pas ici c'est sûr. Que dirais-tu qu'on aille faire un tour ? Et qu'tu rencontres mes potes ? »
Le garde du corps prit soin de passer une main dans les poches de son otage pour saisir son téléphone portable et récupérer une arme à feu équipée d'un silencieux dissimulée habilement des les plis de la veste.
« Ah c'était pour ça l'uniforme de maître d'hôtel, alors. Pour pouvoir camoufler l'arme sous la veste. Et tu te serais planqué sur la mezzanine du restaurant, qui est par chance en rénovation, et t'aurais buté quelqu'un. Et vu le regard que t'as, mon client.
-…
-Pas très causant, hein ? Pas grave, mes amis sont du genre bavard. »
Grimmjow poussa l'inconnu à sortir par la porte principale, sachant parfaitement que son équipe était là pour l'accueillir. Il reprit un air contrarié et fit signe à un de ses hommes qui étaient resté en surveillance dans le restaurant avant leur arrivée. Un grand plutôt basané aux longs cheveux blonds.
« Grimmjow ?
-Illfort, prend ça et planque-le. Et vois si y'a un truc dans ce téléphone mais à mon avis c'est bidon.
-Je dois aller aider Shaolon ?
-Maintenant qu'il va s'occuper de lui, on va avoir besoin de quelqu'un pour surveiller sur le toit et autour. Ce gars a réussi à choper un uniforme et le mettre sans que personne remarque qu'il était pas du personnel, ils doivent pas manquer de ressources.
-Okay. J'y vais. »
L'homme aux cheveux bleus retourna alors à sa place en restant toujours sur le qui-vive. Cette proie facile pouvait très bien avoir été un appât pour le distraire. Seulement Jaggerjack n'en était pas à son coup d'essai et il avait plus d'une personne sous ses ordres.
« Désolé j'ai mis un peu de temps ! lança-t-il en se rasseyant. Ils ont un problème d'eau et les hommes et les femmes doivent partager les mêmes toilettes.
-C'est embêtant ça… Et regarde ! J'ai pas mangé ton dessert même si j'ai eu envie, plaisanta Ichigo.
-Tu le veux ?
-Je peux ?
-Ouais, j'ai plus faim de toutes manières. »
Le repas se termina dans une sorte de tension qu'on prenait tous soin d'ignorer. Le chef de famille fut le premier à se lever, suivi de son fils et du garde du corps. Il paya rapidement dans le hall, avec les remerciements de la maison et des bonbons pour féliciter le collégien pour la réussite de ses études, ou du moins du début.
Sôsuke et Ichigo marchaient devant pour rejoindre la voiture, une main posée sur l'épaule de son fils. Ce dernier remerciait son père de l'excellente soirée qu'ils avaient passé ensemble et Aizen lui répondait qu'il était normal de le récompenser pour son travail assidu mais que cela ne se reproduirait peut-être pas à chaque fois.
Grimmjow guettait soigneusement les alentours mais il ne pouvait plus rester de gêneurs maintenant. Illfort était sur le toit et Shaolon arrivait derrière. Ichigo se tourna vers le chauffeur.
« Je peux prendre les clés pour ouvrir la voiture ?
-Sans problème, Monsieur Ichigo. »
Le collégien attrapa le trousseau et visa l'avant de la voiture avec la clé. Il ne le disait pas, mais c'était surtout pour voir de loin les rétroviseurs s'ouvrir en même temps que la portière motorisée. La limousine noire à la pointe de la technologie avait vraiment des airs de Batmobile.
Mais quand Batman appuyait sur le bouton d'ouverture, la voiture n'explosait pas.
Dès que Grimmjow avait vu cela, il avait attrapé l'enfant pour le plaquer au sol et le couvrir de son corps. Aizen eut le bon réflexe de faire pareil. Une fois le vacarme passé, Grimmjow se redressa pour aviser l'étendue des dégâts. Il y avait d'autres voitures autour et le feu qui s'était allumé se propagerait rapidement provoquant une explosion en chaîne. Son subordonné appelait déjà les pompiers.
« Vite, il faut aller dans le restaurant ! »
Grimmjow prit l'enfant avec lui et s'assura qu'Aizen suivait bien avant de rejoindre la bâtisse. Elle était bien assez éloignée du parking pour qu'elle ne subisse aucun dégât. Quand les pompiers arrivèrent enfin pour prendre en charge la catastrophe, tout le personnel ou presque et la majorité des clients s'étaient rassemblés pour admirer le spectacle.
Le garde du corps serrait l'enfant contre lui, parfaitement conscient que cela pouvait être un énième moyen de les distraire. Il préféra donc se réfugier dans un coin plutôt déserté des amateurs de morbide où il pouvait surveiller.
Sôsuke n'avait rien dit jusqu'alors mais Grimmjow savait parfaitement que cela lui retomberait dessus. Comment était-il possible qu'on ait piégé la voiture ? C'était presque une erreur de débutant ! Mais pour le moment, le père s'inquiétait plus de son fils qui était en état de choc, toujours à trembler contre son ami.
« Ichigo, calme-toi, il n'y a aucun blessé. »
Aizen dégagea l'enfant de l'étreinte de son subordonné et le prit contre lui, s'asseyant sur un fauteuil dans le salon du restaurant. Ichigo était recroquevillé sur lui-même et ne disait pas un mot. Son père entoura son corps de son bras tandis que son autre main se posait sur celles crispées autour de la clé de la voiture.
« Tu peux lâcher, Ichigo, tout ira bien. »
Il détendit progressivement ses doigts à mesure que la voix rassurante lui murmurait que tout allait s'arranger. Quand la clé fut libérée, Sôsuke la tendit presque tout de suite à Grimmjow qui demeurait spectateur. Il aurait voulu aider le collégien lui-aussi… Mais pour le moment, il avait des comptes à rendre à ses hommes.
Le seul moment de la soirée où Shaolon s'était éloigné de la voiture était quand il était parti interroger le faux maître d'hôtel. Il y avait eu alors un très court lapse de temps avant qu'Illfort ne prenne position sur le toit pour surveiller tout ce qui se tramait, y compris au sol. Leur ennemi avait-il été jusqu'à sacrifier sciemment l'inconnu déguisé pour pouvoir poser cette bombe ?
Grimmjow avait horreur des bombes. Elles étaient bruyantes et laissaient beaucoup de dégâts mais ce qui l'énervait le plus, c'était qu'on ne pouvait pas savoir qui était visé. Il attrapa tout à coup un serveur et lui demanda d'apporter de l'eau ainsi que quelque chose de sucré pour requinquer l'enfant.
« Là Ichigo, tu te sens mieux ? » murmurait la voix de Sôsuke.
Le collégien ne tremblait plus mais il ne parlait toujours pas, se blottissant contre son père qui lui caressait doucement les cheveux.
« Papa…
-Rassure-toi, ça n'arrivera plus. »
Le serveur choisit ce moment pour revenir avec l'eau fraiche et une pâtisserie. Ichigo refusa d'abord de boire ou de manger mais son parent l'encouragea fortement.
« Tu es remis ? »
Le plus jeune eut alors un air effrayé et il enfouit son visage dans le cou de son père.
« Je veux pas voir ! Je veux pas savoir ! »
Grimmjow serra les dents et les poings. Il bouillonnait de colère. Une chose était sûre, le commanditaire avait joué son coup pour tuer ou intimider, le second s'avérant presque plus utile. Et surtout sans dire qui, du roi ou de l'héritier était visé.
Il fallut attendre l'arrivée de la police, que les témoignages soient récupérés et qu'Aizen explique sa version des faits avant de pouvoir rentrer. A ce moment-là il était déjà très tard et Ichigo s'était endormi dans un fauteuil après avoir été secoué des évènements. Il ne voulait rien entendre par réflexe de protection et son père savait déjà qu'il faudrait du temps pour qu'il surmonte cet énième traumatisme.
De retour au manoir, Hinamori étant passée les chercher, Sôsuke avait changé et couché son fils dans son lit sans qu'il ne fasse mine de se réveiller. Il rejoignit ensuite Grimmjow pour s'expliquer sur les évènements de la soirée. Le plus jeune des deux savait déjà qu'il en prendrait pour son grade mais il était préparé.
« Donc tu me dis que la voiture n'est restée sans surveillance que quatre minutes ?
-Vu Shaolon qui s'occupait du faux employé et vue l'heure à laquelle j'ai envoyé Illfort en observation, c'est ça oui. C'est extrêmement court pour poser une bombe reliée à l'ouverture centralisée.
-Un spécialiste ?
-Forcément, et qui obéit à quelqu'un qui n'hésite pas à sacrifier ses employés.
-On peut supposer que c'est du crime organisé donc, renchérit Aizen froidement.
-Pas confirmer par contre. Le gars qu'on a choppé a une fausse identité et tout ce qu'on a pu savoir, c'est que quand il s'est mis à parler, il est mort.
-Comment ça ?
-On a transféré le corps à Syazel mais on pense à un genre de capsule de poison.
-Commandée à distance ? »
Grimmjow fronça les sourcils. La menace d'un tel prototype était à prendre en compte avec des pincettes. Prendre un citoyen lambda et en faire une marionnette deviendrait un jeu d'enfant.
« J'attends l'autopsie pour être fixé. Et on a rien trouvé sur son téléphone, un modèle jetable et le seul numéro reçu était caché, intraçable. »
Aizen allait reprendre, et certainement pour faire part de son mécontentement quant au professionnalisme de son subordonné, lorsqu'Ichigo fit irruption dans le salon où ils étaient. Le collégien courut se réfugier contre père.
« La maison va pas exploser aussi, hein ? Personne fera ça ! Dis-moi que personne fera ça ! »
Grimmjow écarquilla les yeux et s'en voulut. S'il avait mieux briefé ses hommes, aurait-il pu éviter l'attaque d'un boomer aux doigts de fée ? Il secoua la tête, en colère contre lui-même et il quitta la pièce en coup de vent. Il avait vraiment besoin de passer ses nerfs.
Sôsuke lança un regard méprisant au courageux qui prenait la fuite et se concentra ensuite sur son fils.
« Non la maison n'explosera pas, je te le promets. Il ne nous arrivera rien ici.
-Mais quelqu'un a fait ça à la voiture ! s'exclama Ichigo inquiet. Pourquoi il pourrait pas faire pareil à la maison ? Qu'est-ce qui l'empêcherait ! »
Le père soupira et prit son fils dans ses bras pour qu'il se taise et se calme. Il rejoignit ses appartements et jugea que pour cette nuit, il dormirait avec l'enfant. Il lui faudrait au moins ça pour parvenir à se reposer sans avoir peur que tout ne s'envole en fumée.
CCC
Le lendemain matin, le garde du corps était assis à la table de la cuisine et fixait sa tasse de café. Il n'avait pas dormi de la nuit, tournant sans relâche ses pensées dans sa tête. Ce petit écart le taraudait et l'agaçait en répétant sans relâche qu'il n'avait pas bien fait son travail. Il aurait dû envoyer Illfort là-bas plus vite, ou répéter à Shaolon de ne pas relâcher sa surveillance.
Il n'était pas vraiment fautif, mais le résultat était le même. Et voir Ichigo apeuré à l'idée que la maison n'explose était une vision dont il ne voulait plus jamais être témoin.
Il entendit un bruit et dressa l'oreille mais il ne montra aucune réaction lorsque l'on poussa la porte et qu'Aizen entra. Il était déjà habillé et tenait son éternel thé dans ses mains. Le maître des lieux le jaugea un moment et déclara :
« Je suppose que tu as réfléchi cette nuit.
-Ouais.
-Et tu es parvenu à quelle conclusion ? Que je suis un genre de monstre qui t'utilise pour que tu te sacrifies pour mon fils ?
-J'ai tort ? »
Aizen étouffa un rire moqueur.
« Tu comptes pour Ichigo.
-J'dois comprendre quoi ?
-Que tu es loin d'être de la chair à canon. »
Grimmjow demeura silencieux un long moment et finit par répondre :
« Il va mieux ?
-Dès qu'il aura pu remercier son « héros » de lui avoir plus ou moins sauvé la vie, ça devrait être parfait.
-Son héros ?
-Te défiler pour aller passer ta rage sur un sac de sable comme hier ne passera pas deux fois.
-Me défiler ? »
Le garde du corps écarquilla les yeux devant l'air absolument furieux d'Aizen.
« Tu t'es enfui parce que tu n'étais pas capable de regarder en face les conséquences de ton erreur. Il était terrorisé et rappelle-moi ce que tu as fait ? lança-t-il avec ironie mêlée de venin.
-Je…
-Ichigo t'idéalise et hier soir, tu l'as laissé. S'il y en a un qui peut être énervé contre l'autre, de nous deux, ça serait moi. Car j'ai dû expliquer à mon fils que si son « héros » l'avait abandonné ce n'était pas parce qu'il était méchant mais parce qu'il était simplement humain. »
Le maître des lieux savoura un instant l'air troublé de son fils adoptif avant de quitter la cuisine. Seul, Grimmjow eut de nouvelles pensées à tourner dans sa tête et il ragea de n'avoir pas su voir ces choses plus tôt. L'aide d'Aizen, car c'en était bien au final, n'avait fait que mettre en exergue ses faiblesses et cela l'énervait.
Maintenant, il n'aurait plus qu'à s'expliquer auprès de son Little Berry.
Je vous remercie d'avoir lu et n'hésitez pas à donner vos avis!
