Auteur : Crazyitachi-la-malade-de-Shaka~

Un peu plus d'attente que d'habitude, j'ai un peu de mal à faire le découpage narratif pour cette fic, y'a tellement de trucs, c'est difficile...

Bonne lecture et encore merci de vos reviews :)


Luka

Chapitre 7

Les jours dont on se souvient

Il y avait de ces évènements dans sa vie qu'on n'oubliait jamais.

Pas nécessairement des tragiques mais parfois il y avait des jours on l'on avait été si heureux que rien ne pouvait effacer cela dans la mémoire. Pour Grimmjow, il se souviendrait éternellement du jour où son père avait levé la main sur sa mère pour la tuer et, après l'avoir regardé un moment alors qu'il venait encore de le battre, s'était suicidé d'une balle dans la tête. Aussi cruel que cela pouvait paraître, c'était le souvenir de sa liberté.

Et aujourd'hui Ichigo ne se doutait pas qu'il aurait lui-aussi un souvenir comme celui-là. Il n'imaginait pas qu'à la fin de la soirée, il regarderait le calendrier en se disant que jamais il ne pourrait oublier.

« Ton costume est prêt, Ichigo. »

Le jeune homme leva la tête de son livre et rejoignit son père dans la salle d'essayage où le tailleur attendait pour qu'il passe sa création. Ichigo avait une certaine classe avec cet habit. Du haut de ses seize ans, le jeune homme en imposait. Tant par son port noble qui n'avait rien à envier à Aizen que par son caractère tempéré qui en séduisait plus d'une. Mais le fils d'Aizen n'était pas à caser et ce soir la communauté le saurait.

Tous les ans, il était de coutume qu'une des personnalités du business les plus importantes organisent une soirée de grande envergure afin de fêter le nouvel an. L'ambiance était bien entendu à l'apparat et sous le signe de l'hypocrisie et Sôsuke avait tout fait pour reculer l'échéance le plus possible pour épargner à Ichigo la découverte de ce monde de paillettes où même le vrai a des allures de mensonges. Mais son fils avait maintenant l'âge adulte presque et il fallait enfin faire des présentations officielles.

Ichigo Aizen n'était du reste plus un cœur libre et ils le verraient tous en compagnie de sa charmante cavalière, Inoue Orihime. La jeune femme n'avait pas encore été présentée à ce monde, Ichigo non plus, et les deux jeunes gens espéraient que les choses se dérouleraient sans encombres. Le fils savait que Grimmjow n'était jamais loin de lui pour le veiller mais il avouait que ces derniers temps l'homme semblait plus distant. Etait-ce parce qu'il ressentait une trop forte différence d'âge ? Il avait presque 28 ans et lui seulement 16… Peut-être le considérait-il comme un gamin.

« Eh bien voilà qui vous va à ravir, Monsieur Aizen ! »

Ichigo acquiesça, encore parfois troublé d'être nommé avec autant de déférence que son propre père.

« Vous avez fait un travail magnifique, murmura Ichigo en s'observant dans le miroir. C'est vraiment beau… »

Il fallait dire que ce costume noir mettait absolument sa silhouette en valeur.

« Tu es fin prêt pour ce soir, Ichigo, intervint la voix fière de Sôsuke. Inoue ne devrait plus tarder à sortir du maquillage. »

Le fils acquiesça. Il rejoignit le couloir, assez anxieux tout de même. Il savait que son père plaçait beaucoup d'espoir en lui et il ne voulait absolument pas le décevoir. Ce soir, il se devait d'adopter une attitude presque princière, digne de celle du nom d'Aizen qu'il portait. Il sursauta en entendant un rire amusé derrière lui.

« I-Inoue ? bredouilla-t-il.

-Tu avais l'air si sérieux, excuse-moi…

-C'est important pour moi et pour nous ce soir, se justifia-t-il.

-Oui, mais tu seras parfait. Tu es toujours au top niveau, sourit-elle. Ton père ne peut qu'être fier de toi. »

Elle accompagna ses paroles d'un délicat baiser sur les lèvres qui mit Ichigo mal à l'aise. Le jeune homme appréciait beaucoup Inoue, elle était douce et d'une patience d'or avec lui qui était si réservé. Les démonstrations d'affection, dire ce qu'il avait sur le cœur… ça n'était pas ses points forts. Il avait le cœur sur la main, c'était indéniable cependant jouer au chevalier était bien plus simple que de rester humain. Et parfois, Inoue se demandait si Ichigo avait conscience de son comportement.

« Détend-toi, Ichigo, murmura-t-elle en l'enlaçant. Tu es intelligent, tu es posé, tu es même très beau, les gens ne pourront que t'admirer. »

Le jeune homme se retourna avec un sourire calme. Il caressa la joue de sa petite amie du bout des doigts avec un regard qui aurait presque pu dire qu'elle était tout son univers. Mais les mots n'étaient pas le fort d'Ichigo. Un point commun qu'il avait avec Grimmjow, avait noté Inoue à force de côtoyer le garde du corps.

Ils rejoignirent l'entrée du manoir quelques minutes plus tard aux côtés du maître de maison. Aizen connaissait tous les invités par leurs noms et prénoms, une prouesse physionomique qu'Ichigo ne pouvait que saluer. Il avait tout de même reconnu les Espada les plus importants dans la marche de l'entreprise. Il ne partageait pas d'atomes crochus avec les subordonnés directs de son père mais se força à leur sourire poliment lorsqu'ils s'inclinaient bien bas pour le saluer.

Après le discours traditionnel de l'hôte avant l'ouverture du buffet, Sôsuke était demeuré avec son fils et sa potentielle bru une heure environ, histoire de lui montrer subtilement comment détourner les questions dérangeantes qui leur seraient nécessairement posées.

Le lycéen était bien parti pour rejoindre les grandes écoles, aussi, le sujet qu'on abordait surtout avec lui était celui-ci. Inoue aimait beaucoup le contact humain et malgré les dires des mauvaises langues, elle était largement assez intelligente pour se lancer dans une grande carrière de médecine. Ce n'était donc pas là-dessus que les vicieux auraient pu les coincer lors d'une conversation.

Parfois des pères soucieux de trouver un bon parti à leur fille insistaient pour savoir si le jeune homme allait bel et bien se marier avec la charmante Orihime. Ichigo s'était trouvé choqué la première fois et c'était son père qui avait répondu avec une froideur toute diplomatique que son fils avait tout son temps avant de prendre ce genre de décisions. Par la suite, le couple décida de répondre à chaque fois de cette manière.

En observant tout autour de lui, Ichigo se rendit très vite compte qu'il était traité avec beaucoup plus d'égards que les Espadas. Il essayait de comprendre le pourquoi de cette différence car, pour ce qu'il en savait, ils étaient tous tributaire d'une branche importante de l'entreprise de son père alors que lui ne possédait rien de particulier. Certes il était le fils d'Aizen, mais il n'avait encore aucun pouvoir contrairement aux Espadas qui possédaient chacun leur propre service et donc recrutait pour eux.

Pourtant, on ne cessait de l'aborder lui, le novice, en insistant sur les « Monsieur Aizen » qui finissaient par lui ressortir par les yeux.

Il y avait forcément quelque chose qu'il ignorait. C'était évident. On devait penser qu'il prendrait la suite de son père et donc on le brossait dans le sens du poil. Il le comprenait, mais quelque chose de plus clochait.

Pourquoi se sentait-il en dehors du coup, seulement rassuré lorsque sa petite amie lui caressait la main ou lorsque son père lui posait une main sur l'épaule ? Etait-ce ce milieu qui avait poussé son père à se forger cette carapace de glace sans émotions ni expressions ?

« Ichigo, tu ne te sens pas bien ? demanda la rousse inquiète. Tu trembles…

-Non non, c'est juste un peu stressant tout ça. Tu veux danser un peu ? »

La jeune fille acquiesça avec un sourire ravi. Elle aimait profondément Ichigo. Depuis le jour à l'hôpital où ils s'étaient simplement tenu la main, ils avaient tous les deux commencé à se voir différemment. Au départ, ils aimaient juste être ensemble sans les autres et au fur et à mesure, ils avaient réalisé qu'il y avait un quelque chose de plus.

Et c'était naturellement qu'ils s'étaient dit qu'ils formaient un couple. Un couple assorti du reste.

« Tu sais bien danser, Ichigo, murmura-t-elle abasourdie.

-Je crois que je suis le seul de tout notre lycée qui a eu l'extrême joie de suivre des cours d'étiquette ! » soupira-t-il exaspéré avant de sourire à l'air amusé de sa petite amie.

Tout en dansant la valse, Inoue guettait les regards autour d'eux. Ichigo était totalement inconscient des gens qui le surveillait littéralement. Il devait avoir remarqué les moins discrets oui, mais certainement pas son garde du corps. Grimmjow le dévorait des yeux et si personne ne l'avait vu, Inoue si.

Elle n'était pas bête, juste étourdie. Mais quand il s'agissait de comprendre les autres, elle avait passé sa vie à faire des compromis pour les rendre heureux. Et quand elle voyait l'homme aux cheveux bleus, elle décelait de la douleur et de la jalousie. En était-il seulement conscient ? Certainement pas, sinon il aurait mieux caché la chose.

« Un problème, Inoue ? Tu as l'air préoccupée ?

-Oh non, rien du tout. Je me disais encore que tu étais vraiment un garçon gentil. »

Le jeune homme détourna le regard, gêné. Il appréciait les démonstrations d'affection de sa petite amie, mais en public cela le dérangeait toujours.

« J'essaie… d'être prévenant et agréable avec toi, sourit-il.

-Je t'en remercie. »

La danse terminée, ils hélèrent un serveur pour avoir un verre, serveur qui se pressa pour l'apporter au fils du maître des lieux dans les plus brefs délais. Légèrement blasé de ce comportement, Ichigo soupira. Il prit la main de sa cavalière dans la sienne et la frotta du bout des doigts amoureusement. Ils devaient rester prudes au cas où des journalistes voudraient les mettre en une d'un journal.

Orihime posa sa tête sur l'épaule de son compagnon, dans ses pensées. Parfois, elle se demandait si Ichigo avait conscience de sa manière d'agir. Il la traitait en princesse, toujours aux petits soins pour elle, s'assurant que tout se passait bien. Quand on se moquait d'elle ou qu'on lui parlait vulgairement, il la défendait. Quand elle paraissait triste, il la prenait dans ses bras et lui assurait que tout irait mieux. Ichigo aidait tout le monde, elle un peu plus que les autres, mais elle avait l'impression de rester dans la catégorie de ceux qu'il voulait protéger.

Pas son égale qui partageait son cœur et ses sentiments.

« Ichigo, si nous sortions un peu prendre l'air ? suggéra-t-elle.

-Oh oui, si tu veux. Viens, le balcon est par là…

-Je sais, rétorqua-t-elle amusée, je viens ici souvent, tu te rappelles ? »

Le jeune homme se passa une main derrière la tête, gêné. Oui, à force de vouloir être le chevalier servant, il devait donner l'impression à la jeune fille qu'il la prenait pour plus étourdie qu'elle n'était… Il prit quand même la tête pour la conduire jusqu'à l'extérieur qui était désert. Ils s'accoudèrent à la rambarde de pierres et Inoue voulait se lover contre son compagnon quand une voix les interrompit.

« Ichigo, la soirée se déroule-t-elle bien pour toi ? demanda Sôsuke en les rejoignant.

-Oui, Papa. Inoue et moi sommes un peu déboussolés, mais tout se passe bien.

-J'en suis ravi. J'ose espérer que le choc des milieux ne te met pas de trop mal à l'aise, Inoue. » reprit-il d'une voix douce.

Le jeune homme fronça un peu les sourcils à ce ton qu'il n'appréciait guère chez son père.

« Grimmjow n'est pas avec vous ? fit-il remarquer subitement.

-Oui, répondit Ichigo. Nous ne risquons rien ici alors il a dû se promener un peu…

-Tu sembles en froid avec lui ces derniers temps, non ?

-Je ne crois pas non... »

Inoue lança un regard suspicieux à son petit ami. Etait-il si naïf ? Même elle avait remarqué qu'il y avait quelque chose d'étrange entre les deux hommes. Grimmjow ne regardait plus Ichigo comme son ami ou comme un garde du corps. Et sur le moment, elle se demanda si son potentiel beau-père ne posait pas ses questions justement pour 'sonder' son fils.

Aizen commença une nouvelle phrase mais Gin arriva soudain avec un air grave qui mit la puce à l'oreille d'Ichigo. Il avait appris à se méfier des extravagances du second de son père cependant cette expression sérieuse lui semblait plus dangereuse.

« Kuugo est là, murmura-t-il. C'est inattendu, Aizen.

-J'arrive de suite. »

Le visage du maître des lieux s'était instantanément fermé et les deux jeunes gens se regardèrent avec un air étonné. Sôsuke les salua ensuite avec égard en s'excusant et rejoignit son second qui occupait déjà l'invité surprise.

« Qu'y a-t-il ? résonna la question d'Inoue. Ton père avait l'air contrarié…

-Je sais pas… Il a l'air un peu sur les nerfs en ce moment à cause du travail. »

Après un court silence, Orihime secoua la tête.

« Je vais aux toilettes, commença-t-elle.

-Je t'accompagne…

-Ichigo, coupa-t-elle avec un sourire. Je sais encore où ça se trouve.

-Oui euh… désolé.

-Ce n'est pas grave. »

Le jeune homme se passa une main sur le visage. Il avait l'impression d'être un crétin. Enfin, ce devait être dû à la nervosité de la soirée. Il avouait sans peine qu'il s'inquiétait un peu de son avenir s'il lui fallait prendre la suite de son père… Il se posait tellement de questions ce soir-là qu'il avait l'impression que sa tête allait exploser. Et avec la chaleur étouffante par-dessus l'émotion de découvrir un monde de paillettes, il était sincèrement perdu.

« Berry a l'air à la ramasse… ?

-Grimm ! » souffla Ichigo soulagé.

Le lycéen allait appuyer sa tête sur l'épaule de son ami mais ce dernier s'écarta brusquement. Il crut voir un instant quelque chose comme de la gêne et il ne comprit pas. Grimmjow n'avait jamais bronché toutes les fois où ils s'étaient enlacés depuis l'enfance pourtant…

« Les medias, expliqua-t-il devant l'air choqué de son protégé. Si ton père voit ça sur un journal, ça va jaser.

-… D'accord…

-Dis-moi c'qui va pas. »

Ichigo baissa les yeux. Par où commencer ? Il aurait bien voulu débuter en demandant directement à Grimmjow pourquoi il semblait un peu plus distant ces derniers temps, mais il préféra partir sur ce qui aurait semblé le plus logique.

« Tu fais partie de ce qu'on appelle l'Espada de Papa, n'est-ce pas ?

-Ouais. J'suis l'responsable du Corps de protection.

-… Je voulais savoir pourquoi… pourquoi tous les autres me parlent comme si j'étais Papa. Syazel, j'ai l'impression qu'il me lèche les bottes, Nnoitra a l'air de vouloir m'étriper tout le temps… J'suis perdu, Grimm. »

Le garde du corps fronça les sourcils.

« Tu sais leur statut au sein de l'entreprise familiale ? Enfin, nos statuts, se corrigea-t-il.

-… Vous êtes les subordonnés directs de Papa, non ? Ces seconds.

-Non, pas que. »

Grimmjow se passa une main dans les cheveux.

« On est tous frères et sœurs. Sôsuke nous a adoptés un par un quand on était plus jeune.

-… Oh, souffla finalement Ichigo. Donc… on est frère tous les deux ? Ils sont jaloux parce que je suis le dernier ? »

L'homme soupira. Si c'était aussi simple. Il avisa l'air absolument déboussolé de son protégé et chercha longuement à comment répondre sans le blesser. Il lui fallait dire la vérité, mais il pêchait souvent au niveau de l'enrobage.

« Jaloux oui, mais pas pour cette raison. »

Ichigo fronça les sourcils, pas certain de vouloir entendre l'explication.

« Y'a deux types d'adoption, Berry. La simple qui offre quelques avantages fiscaux et modifie un poil les histoires de succession.

-Mais vous avez tous vos propres noms de famille, pas moi, coupa tout à coup Ichigo. Qu'est-ce que ça veut dire ?

-Que Sôsuke t'a adopté différemment… L'adoption plénière permet à celui qui devient parent de te donner son propre nom.

-Mais… comment je m'appelais avant alors ? »

Grimmjow ne répondit pas, se contentant de fixer le regard de plus en plus inquiet de son protégé.

« En m'adoptant, Papa a… fait de moi son vrai fils, c'est ça que t'es en train de me dire ?

-Tu es devenu son héritier légitime, ouais.

-Mais… mais nous sommes frères et sœurs, tous, ça doit pas changer grand-chose quand même, si ?

-Disons que si un jour tu veux épouser Hallibel, elle peut décider d'annuler son adoption et ça deviendrait légal. Toi, tu pourras jamais revenir en arrière. Y'a plus rien qui existait avant et aux yeux d'la loi, tu es la chair de Sôsuke. Pas nous. »

Ichigo se passa une main sur le visage pour accuser le coup. Après un long silence il murmura :

« Donc… je suis le fils légitime et les autres me voient comme leur supérieur… ?

-Quelque chose comme ça.

-Et ils ne m'apprécient pas parce qu'eux ont travaillé pour obtenir leur poste et moi j'arrive tranquillement et prend la place qu'ils auraient espéré ! s'exclama-t-il sombrement. Génial.

-Nan Berry… J'en voulais à Sôsuke d'avoir fait ça depuis le début mais…

-Tu le savais depuis le début ? coupa Ichigo d'un coup. Tu savais qu'on était frère et que nous n'avions pas le même statut ?

-J't'ai jamais considéré comme un petit frère, Berry, tu…

-J'étais quoi alors ? Ton client ?!

-Calme-toi, faut pas faire d'esclandre ici, Sôsuke va nous tuer sinan.

-Et depuis quand tu te préoccupes des regards, Grimmjow ? Depuis quand tu fais attention à ce qu'on va dire et de ce que ça pourrait faire ? »

Le ton agressif toucha l'homme malgré lui. Et il nota avec étonnement et inquiétude qu'Ichigo l'avait appelé par son prénom entier, ce qu'il n'avait quasiment jamais fait depuis des années. Grimmjow sentait que la situation lui échappait. Ichigo n'avait pas l'air d'avoir mal pris la révélation sur les frères et sœurs, sans doute s'en doutait-il déjà. Il avait peut-être plus de mal à accepter qu'on ne lui en ai rien dit.

« Quand j'étais petit et que Papa t'a frappé, c'était pour ça, hein ? s'exclama le lycéen.

-… Oui…

-Explique ! »

Le ton du plus jeune était sans appel et, l'espace d'un instant, Grimmjow crut voir une réplique de Sôsuke face à lui.

« Y'a rien à expliquer… Je voulais pas qu'il fasse ça parce qu'il avait aucun droit sur ton passé. Je lui ai dit que je te dirai tout, que tu avais peut-être envie qu'il reste quelque part une trace de ton passage avant tes neuf ans mais il s'est énervé.

-… Papa avait une raison de faire ça, non ?

-S'il en a une, il la cache bien. »

Ichigo semblait s'être calmé mais on sentait qu'il contenait sa rage.

« Mon frère, murmura-t-il tout bas. J'arrive pas à imaginer que tu sois mon frère… »

Grimmjow crut qu'on lui reprochait son mensonge. Que son protégé lui disait qu'il ne méritait pas d'être son frère. Il était bien loin d'imaginer la vérité. Il avisa le mouvement pour s'éclipser du jeune homme et le rattrapa subitement au bras.

« J'ai… b'soin d'toi, Berry. »

Ichigo aurait pu répondre quelque chose de cinglant, de blessant. Simplement pour soulager la douleur que ce mensonge venait de remuer, mais il n'était pas rancunier à ce point. Il n'en voulait même pas à Grimmjow parce qu'il savait que celui qu'il avait idéalisé toute son enfance était humain. Il avait besoin de faire le point car il avait l'impression que les choses lui échappaient.

Grimmjow qui s'éloignait de lui, était-ce à cause du mensonge qui le rongeait ? Etait-ce en rapport avec cette étrange lueur qui brillait parfois dans ses yeux turquoise ? Il y avait beaucoup de signes qu'Ichigo ne parvenait pas à décoder rien que chez son garde du corps. A cela il lui fallait gérer sa vie amoureuse, Inoue qui tentait de lui expliquer quelque chose qu'il ne comprenait pas… Essayer de parler à son père pour savoir pourquoi il avait tant de valeur à ses yeux. Sôsuke avait toujours été son père, le seul qu'il avait aimé et qui l'avait aimé comme un fils, son plus grand modèle… Pourquoi avait-il décidé de faire de lui, un gosse inconnu, son héritier légitime ?

« Moi j'ai… besoin d'espace, Grimm. Désolé. »

Quand il fut seul sur le balcon, le garde du corps baissa les yeux et serra les poings. Il allait payer les pots cassés pour Aizen ? Parce qu'il n'avait pas dit la vérité tout de suite ? Et ce regard quand Ichigo lui avait sorti qu'ils étaient frères… était-ce du dégoût ? ou de la honte ?

L'homme secoua la tête et se reprit, suivant son protégé dans la salle de réception. Quels que soient leurs rapports, il lui fallait tenir son rôle et continuer de protéger Ichigo. Et en le regardant saluant les invités avec des sourires polis, il réalisa qu'ils étaient loin d'être sur un pied d'égalité.

Ichigo avait rejoint sa chambre ensuite, troublé et ayant sincèrement besoin de faire le point sur sa situation. Il savait bien que le plus simple aurait été de poser directement les questions, mais prendre son père bille en tête ne mènerait à rien et dans l'état des choses, il était trop énervé pour être un as de diplomatie.

Il passa sa main près du cou et attrapa une petite chaîne, celle avec son médaillon d'enfance. Il ferma les yeux un moment en serrant le pendentif doré entre ses doigts. Il inspira et expira longuement, tentant de faire le calme dans sa tête. Il allait retourner dans la salle quand Inoue entra discrètement dans la chambre. Elle avait un air sérieux qui alerta son compagnon.

« Que se passe-t-il, Inoue ?

-Je dois… te parler. »

La jeune fille s'assit près de son petit ami qui passa un bras sur ses épaules avant de l'embrasser tendrement sur le front. Sur le front, nota-t-elle pensivement. Rarement sur la bouche, toujours des marques d'affection qui pouvaient passer pour celles qu'on réservait à sa meilleure amie, à sa sœur…

« Je suis égoïste, Ichigo… Je voudrais que tu ne sois qu'à moi.

-Je… Oui, je peux comprendre. Mais je ne te trompe pas, je…

-Non, je ne parle pas de ça, murmura-t-elle gênée. Je sais que tu… tu n'es pas entièrement dans notre relation. »

Le jeune homme hocha la tête, ne comprenant pas.

« Mais…

-Tu es un garçon parfait Ichigo. Tu es prévenant, agréable, attentionné. Tu ne dis rien de toi de peur d'alourdir mes épaules, tu me traites comme une princesse et j'en suis heureuse mais… mais je ne veux pas être cette princesse que tu protèges sans considérer comme… comme ton égal…

-Mais je ne pense pas que tu me sois inférieure ! s'exclama tout à coup Ichigo.

-Non non, tu me places sur un piédestal, tu m'honores comme… comme si j'étais un genre de déesse et je dois avouer que c'était vraiment touchant et flatteur mais après deux années comme ça… »

Elle secoua la tête en retenant la boule qui se formait dans sa gorge.

« Je ne veux pas Ichigo. Rester ta meilleure amie, ta princesse, être comme ta sœur, cela ne me dérangerait absolument pas.

-Mais tu ne veux pas qu'on soit… un couple alors.

-Tu ne me vois pas comme la seconde moitié d'un couple et je sais que tu n'y arriveras jamais avec moi. Tu as fait d'énormes efforts et je ne saurais jamais te remercier assez pour m'avoir fait sentir à ce point unique et royale… »

Elle posa une main sur la joue du jeune homme et la caressa avec une douceur presque douloureuse.

« Tu as essayé, Ichigo, je le sais. Tu n'as rien fait de mal, au contraire, c'est moi qui suis égoïste à faire ça maintenant… Mais on ne peut pas faire semblant. Tu m'aimes, mais pas comme si j'étais…

-Je vois, murmura Ichigo. Je… je ne comprends pas tout mais… mais… »

Le lycéen essayait de toutes ses forces de garder sa réserve, de rester maître de ses émotions. Il prit la main de la jeune fille dans les siennes, la serrant tendrement comme si cela lui donnerait des explications plus claires. Il avait aimé Inoue du plus fort qu'il pouvait, et il l'aimait encore ! Il ne comprenait pas ce qu'elle sous-entendait… Etait-il incapable d'aimer ? Cela l'inquiéta et n'en rajouta que plus à tout son magma de questions chaotique.

« Alors tu… Nous… »

Ichigo dressa l'oreille en entendant l'horloge du grand salon qui sonnait les douze coups de minuit. Encore six et ils changeraient d'année.

« Nous rompons ? souffla-t-il la gorge nouée.

-Si tu ne me détestes pas, nous resterons amis, ajouta Inoue tout aussi bas. Je… J'ai beaucoup d'affection pour toi… »

Elle se redressa et approcha ses lèvres du visage immobile d'Ichigo. Pendant un moment, accompagnée des cinq derniers coups, elle ne franchit pas la distance. Et alors qu'un retentissant « bonne année ! » résonnait en bas, elle baissa la tête et se recula, prête à partir. Son regard criait qu'elle était désolée mais raisonnablement, continuer ainsi lui faisait du mal et blessait aussi Ichigo inconsciemment.

« Je… te souhaite une bonne année, Ichigo… »

Le lycéen acquiesça d'un petit geste de la tête et on devina qu'il répondait « toi-aussi » en lisant sur ses lèvres. Mais quelque chose semblait brisé, ou peut-être qu'il avait besoin de faire le point.

Encore.

Il demeura seul un moment, à ne pas arriver à organiser ses pensées. Il y avait beaucoup de problèmes à faire face à la fois. Pourquoi son père l'avait adopté ainsi ? Pourquoi n'avoir rien dit et s'il avait une raison, quelle était-elle ? Et comment la lui faire dire ! Et Grimmjow avec son comportement étrange, qui n'osait plus l'approcher de la même manière. Etait-ce aussi à cause de cette foutue différence de statut social au sein de l'entreprise familiale Aizen ? Et Inoue qui le plaquait ! Pour une raison qu'il avait du mal à saisir. Il la considérait comme sa sœur ? Mais il n'embrasserait pas sa sœur comme ça non ? Il trouvait normal de s'occuper d'elle et de la rendre unique et…

Mais qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ?

Ichigo se redressa et voulut crier pour se libérer d'un poids, mais il n'osa pas. Il s'imaginait prendre un objet et le fracasser, espérant peut-être se soulager. Cependant il ne le faisait pas. Il se prit la tête dans les mains, il avait envie de pleurer mais il se retenait. Il ne voulait plus verser une larme, jamais. Inoue lui avait-elle reproché son silence sur sa vie d'avant ? Il ne disait jamais rien de ça parce qu'il n'arrivait pas à mettre des mots dessus.

Il avait besoin de parler pourtant. Etait-elle déçue parce qu'elle n'avait pas réussi à être cette personne spéciale à qui il aurait tout confié ?

Sans vraiment réfléchir, Ichigo prit la direction de la sortie du manoir. Il traversa sans se soucier des invités, ne remarqua pas le regard de son père qui le suivit jusqu'à qu'il s'engouffre dans la froideur hivernale de ce jour de nouvel an.

~ o ~

Ichigo avait déambulé dans les rues désertes sans se soucier de son environnement. Il ne savait pas ce qu'il faisait vraiment ou ce qu'il devait faire. Il était perdu et sur le moment il avait besoin de quelqu'un. Une personne qui ne lui avait jamais menti, caché quelque chose ou qui venait de le larguer pour des raisons qu'il avait du mal à saisir.

C'était presque par automatisme que le jeune homme s'était rendu dans le petit immeuble où vivait son meilleur ami. Depuis la mort d'Oscar, et après de longues discussions avec son père, Ichigo avait réussi à obtenir une pension pour permettre à Chad de vivre dans son studio d'étudiant. Le jeune homme avait décidé de payer toutes les autres dépenses et pour cela il travaillait d'arrache-pied.

Alors qu'il toquait à la porte, Ichigo s'aperçut tout à coup que ce qu'il allait faire était d'un égoïsme rare. Il savait que Sado devait être seul pour le nouvel an, et lui, il se ramenait juste pour chercher une épaule réconfortante ?

« Ichigo ? s'étonna la voix de Chad.

-Hein ? J'avais pas frappé à la porte, si ?

-Non, je t'ai vu arriver. »

Ichigo étouffa un rire et se passa une main sur l'arrière du crâne.

« Bonne année ! s'exclama-t-il en donnant une tape sur l'épaule du géant. Et bonne santé ! »

Chad hocha la tête au comportement étrange de son ami et répondit comme il se devait avec un sourire. Il invita Ichigo à entrer et installa un coussin par terre. La salle à manger était aussi la pièce à vivre, le salon, la chambre et la cuisine. Il y avait une autre salle, celle de bain, avec les toilettes et l'électroménager.

« Tu veux quelque chose ?

-Non non ! Je venais simplement voir comment tu te portais… »

Ichigo voulut ôter son manteau mais réalisa tout à coup qu'il n'avait même pas passé une écharpe avant de sortir par des températures négatives.

« Je te demandais si tu voulais boire quelque chose.

-Oh ? Euh pardon ! Je suis un peu à la ramasse ce soir ! expliqua-t-il en tentant de ne justement pas repenser à ce qui venait de lui arriver. Je prends ce que t'as !

-Chocolat chaud ?

-Parfait ! »

Après un court silence entrecoupé des bruits de vaisselle, Ichigo soupira et se laissa tomber sur le sol, allongé. Le coussin sous la tête, il regarda le plafond avec un air pensif. Et il ne réalisa que le chocolat était arrivé que quand Chad lui tapota l'épaule.

« Merci, Chad ! Il sent bon dis donc…

-ça te réchauffera, tu as l'air frigorifié.

-Ah ? Fait un peu froid oui, répondit-il distraitement.

-Pourquoi tu es venu au fait ? »

Ichigo but une gorgée brûlante pour se donner le temps de méditer la réponse. Il ne voulait plus parler de ses petits problèmes. Par rapport à passer le nouvel an seul dans sa chambre avec un portrait de son dernier parent défunt et une bougie, ce qu'il vivait n'était rien. Il garderait tout pour lui et il ne devait pas s'étaler comme ça.

« Ichigo ?

-Hm ? Je venais simplement voir comment tu allais pour le nouvel an ! »

Le mexicain ne répondit pas et observa longtemps son vis-à-vis. Il savait comment fonctionnait Ichigo et plus il feignait la joie, plus cela signifiait qu'il voulait cacher quelque chose. Il avait bien remarqué toute l'année dernière, avec Inoue. Elle aussi savait quand on lui cachait quelque chose, mais elle ne pressait jamais le problème. Et là, soir de nouvel an alors qu'il devait sans doute assister à une soirée de son père et ce, avec théoriquement sa cavalière, il venait chez lui ?

« Tu n'as même pas de manteau, constata-t-il.

-J'ai juste oublié !

-Alors qu'il neige dehors ? »

Ichigo blêmit légèrement et détourna les yeux.

« Y'a la fête de Keigo, il arrête pas de m'envoyer des sms, ça te dit d'y aller ?

-…

-Pour se changer les idées ! suggéra Ichigo. Ça pourrait être sympa. »

Le métis fronça légèrement les sourcils à ce comportement et, comme il ne répondait pas, Ichigo finit par le regarder avec un air étonné.

« Hé, Chad ?

-On sait quand tu fais semblant, Ichigo.

-Que…

-Je vois quand tu mens pour nous protéger.

-Mais je mens pas, bafouilla Ichigo. Je…

-Tu sors sans manteau quand il neige, alors que tu dois assister au nouvel an de ton père et avec Inoue. Et en plus, ton garde du corps ne te suit même pas. »

Le lycéen aux cheveux orange se mordit la lèvre. Il aurait dû le savoir, n'est-ce pas. Ses amis étaient loin d'être aveugles et vu leur passé respectif, ils étaient plus matures que la moyenne, voyaient mieux les choses.

« Que voulais-tu en venant ?

-… »

Ichigo demeura résolument silencieux, son chocolat chaud dans les mains. Sado ne le pressa pas pour qu'il parle. Il attendit patiemment en le regardant simplement, essayant de deviner le train de pensées qui passait dans la tête aux mèches orange. Il se demanda si Ichigo opterait pour lui parler franchement ou s'il fuirait. Ce n'était pas que le fils d'Aizen ne faisait confiance à personne, il voulait simplement épargner aux autres ses problèmes.

« Je vais y aller, je… »

Ichigo se redressa et avait déjà la main sur la poignée quand des doigts se refermèrent sur ses épaules. Et tout à coup, en sentant son ami derrière lui, le lycéen se rendit compte à quel point Sado était grand, et à quel point son ombre le surplombait.

« Chad… ? demanda-t-il étonné. Que…

-Inoue ne t'a jamais poussé parce qu'elle était trop gentille et savait que cela te blesserait. Mais moi, je sais que c'est ne pas parler qui te blesse plus. »

Cette phrase fut suivie d'un long silence où Ichigo lâcha progressivement la poignée. Il demeura immobile, craignant de se retourner. Le métis était peut-être le plus pacifiste des géants, mais son regard était lourd à supporter, surtout quand il était inquiet. Le jeune homme se mordit la lèvre et finit par murmurer :

« Désolé si… si j'fais égoïste… Mais y'a une heure, juste pour la nouvelle année, j'ai appris que mon garde du corps était mon frère… Que mon père m'avait adopté d'une manière spéciale qui faisait de moi son putain d'héritier… alors qu'il me connaissait pas quand il m'a adopté. Et j'sais qu'il me dira jamais rien parce qu'il est plus borné que moi… Et… je sais même plus qui j'étais avant qu'il m'adopte, je sais plus mon nom d'avant, je… »

Sado resserra sa prise sur les bras en un geste rassurant d'encouragement. Ichigo baissa alors la tête en retenant une boule dans sa gorge.

« Et… et Inoue… m'a plaqué. J'sais même pas pourquoi parce que je l'aime ! Je l'aime vraiment et… et elle me dit que je la traite en princesse que… que je l'adore et pas que je l'aime… »

Pendant un long moment, Chad écouta Ichigo parler tout bas. Il ne répondait pas, il laissait simplement son ami s'ouvrir enfin à quelqu'un d'autre que son père ou son garde du corps. Quand il sentit qu'Ichigo s'était soulagé de ce poids, il passa un bras sur les épaules et le conduisit lentement jusque sur le lit où ils s'assirent tous les deux.

Le lycéen aux cheveux orange ne disait plus rien et gardait les yeux perdus dans le vague, clairement dans ses pensées. Sado lui tendit son chocolat encore chaud qu'il but sans se faire prier par petites gorgées.

« Tu veux rester ici ce soir ? »

Le plus jeune acquiesça lentement.

« Merci, souffla-t-il. Merci… »

Une tape sur l'épaule. C'était le « de rien ». Le métis darda son regard sur son ami, Ichigo avait presque l'air fragile à cet instant et il n'avait qu'envie de le réconforter. Le jeune homme était toujours opérationnel, en permanence sur le qui-vive et même s'il n'aimait pas le monde d'hypocrisie et de faux sourires de son père, il portait un masque pour feindre la joie qui ne trompait personne.

Une main sur l'épaule.

« Je suis là, Ichigo… »

Il se prit la tête dans les mains, laissant son ami continuer de passer la sienne dans son dos pour continuer de le réconforter. Ichigo ne pleura pas. Il ne pleurait plus depuis longtemps de toute manière.

Quelques heures plus tard, après un réveillon dans une ambiance mélancolique, les deux amis s'étaient couchés. Sado avait répandu plusieurs couvertures épaisses sur le sol pour faire comme un matelas et avait insisté de très longues minutes pour laisser le lit à son invité. Ichigo avait fini par déclarer forfait en découvrant à quel point le métis pouvait être plus têtu que lui.

Ils s'étaient endormis en se souhaitant mutuellement une bonne année mais Chad attendit d'être sûr qu'Ichigo soit réellement assoupi. Là, il se releva et prit son téléphone portable avant de sortir de l'appartement passer un coup de fil. Il ne désirait pas que son ami entende.

« Aizen Sôsuke.

-Bonsoir, Monsieur.

-Sado ? s'étonna faussement le père. Quelle surprise. Bonne année à toi.

-Vous aussi, Monsieur.

-Que puis-je faire pour toi ? »

Le jeune homme pensa intérieurement qu'Aizen le savait forcément. Il savait presque tout de toute manière.

« Ichigo est avec moi.

-Je sais. Rentrera-t-il demain ?

-Je ne sais pas.

-Tu t'occupes de lui. »

La phrase n'était pas une question et Chad n'eut aucun mal à comprendre que s'il s'occupait mal de son ami, le père ne serait pas loin pour réparer les pots cassés. Ou au besoin, manifester son mécontentement.

« Je vous prévenais simplement, bonne nuit.

-Bonne nuit à toi, Sado. »

Le métis raccrocha alors et retourna dans son appartement. Il se coucha cette fois-ci avec l'intention de dormir et, quand son regard croisa la silhouette d'Ichigo emmitouflé dans ses couvertures, il ne put retenir le sourire qui s'afficha sur son visage.

~ o ~

Grimmjow s'était très vite aperçu qu'Ichigo n'était plus dans le manoir. A un moment il partait dans sa chambre après lui avoir révélé certains secrets et quelques temps plus tard, plus personne. Etait-il sorti ? Etait-il troublé au point d'avoir voulu s'enfuir prendre l'air ? Il y avait quelque chose d'autre et le garde du corps l'avait remarqué quand il aperçut Inoue seule dans les couloirs à la recherche de son manteau. Elle semblait sur le point de pleurer mais quand il l'avait abordé, son expression s'était métamorphosée en fausse joie.

Exactement le même genre de mimiques qu'Ichigo et cela inquiéta l'homme.

Il ne tarda pas à savoir qu'elle devait partir. Elle invoqua une raison assez crédible mais le garde du corps savait voir les mensonges. Il s'était passé quelque chose entre elle et son protégé et si cela ne le regardait pas (du reste, il ne voulait rien savoir) Ichigo semblait avoir disparu pour cette raison.

Grimmjow attrapa sa propre veste et s'apprêtait à sortir discrètement, cependant Sôsuke devait, comme toujours, avoir une longueur d'avance car il le retint. Visiblement, le maître des lieux savait déjà où était parti son fils et il avait pris soin d'envoyer Illfort surveiller de loin. Les deux hommes savaient reconnaître quand leur protégé commun avait besoin d'espace.

Alors l'homme aux cheveux bleus s'était contenté de grogner, agacé d'être mis sur la touche. D'une certaine manière, cela lui permettrait de faire le vide aussi. Juste une mise au point. Il sentait qu'il avait de plus en plus de mal à voir Ichigo comme le frère qu'il avait vu grandir et au-delà du fait que le jeune homme ne devait sûrement pas nourrir ce genre de sentiments pour lui, il y avait Sôsuke derrière. Et il se doutait qu'avoir un fils gay ne serait pas du meilleur effet pour la lignée…

Enfin ce n'était que des suppositions et pour y réfléchir, Grimmjow décida de passer le nouvel an enfermé dans ses quartiers.

Les invités partirent au compte-goutte à partir de deux heures du matin. Et, vers cinq heures, il n'y avait plus personne hormis Hinamori et son équipe de domestiques pour nettoyer et rendre le manoir parfaitement propre pour le matin. Sôsuke discutait encore de quelques détails avec Gin, notamment à propos des informations qu'ils avaient pu glaner çà et là auprès d'une bouche déliée par l'alcool, quand Grimmjow redescendit voir ce qui se passait.

« Grimmjow. »

L'intonation indiquait clairement que le patron avait une discussion, de préférence sérieuse, à avoir avec son subordonné. Il lui demandait simplement de l'attendre. Mains dans les poches, le responsable du corps de protection leva les yeux. Ichigo n'était toujours pas revenu et s'il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter, il savait qu'Illfort était tout à fait à même de protéger le fils Aizen.

« Il semblerait qu'Ichigo est été un tant soit peu… Sôsuke réfléchissait au mot. Troublé par une nouvelle ce soir.

-… »

Grimmjow darda un regard suspicieux sur son supérieur. Aizen allait-il lui reprocher d'avoir dit à Ichigo qu'il n'avait pas le même statut ? Et d'abord, comment avait-il pu l'apprendre ?

« Je suppose que Mademoiselle Orihime n'est pas totalement étrangère mais comme qui dirait, les affaires de cœur de mon fils sont personnelles et je ne désire pas en découvrir les tenants et les aboutissants. »

Derrière cette phrase odieusement complexe après tant d'heures de fête, fallait-il comprendre que les amoureux s'étaient disputés ?

« Bref, Ichigo m'a dit qu'il passerait les vacances avec ses deux amis, Tatsuki étant partie à un tournoi à l'étranger. »

Grimmjow fronça les sourcils et rétorqua du tac-au-tac, inquiet.

« Inoue m'a dit qu'elle partait avec son frère ! »

Sôsuke esquissa un sourire amusé.

« Voyons Grimmjow, Ichigo désire simplement être tranquille. Ce mensonge n'a rien de bien méchant.

-… Alors il reste avec Chad j'suppose ?

-Exact. Je ne sais pas quand il rentrera. »

Le garde du corps acquiesça. Il réalisa tout à coup que si Illfort restait assigné à la protection d'Ichigo, ce qu'il allait sans doute faire, cela lui permettrait de prendre de la distance aussi. Il ne le voulait pas mais il savait qu'il en avait besoin, au moins pour respecter la volonté d'Ichigo et rester professionnel.

L'idée de se dire qu'Ichigo allait passer des vacances sans lui était assez étrange à admettre pour tout dire mais peut-être qu'elle n'était pas mauvaise.

~ o ~

Le jeune homme se réveilla à l'odeur de café et de pain. Il s'étira mollement dans son lit et se rendit compte tout à coup qu'il n'était pas chez lui. Ouvrant les yeux d'un coup il tomba sur le visage concentré de Chad qui buvait sa boisson chaude en regardant les images de la télé. Ichigo entendit seulement alors le son presque inaudible.

« Oh, bonjour Ichigo. »

Il répondit d'un « salut » un peu ensommeillé et se redressa dans le lit. Il prit son téléphone sans vraiment réfléchir et retint une exclamation horrifiée en voyant l'heure. 11 heures du matin ! Grimmjow et Sôsuke allaient le tuer en s'apercevant qu'il n'était pas au manoir ! Il composait déjà le numéro de son père quand Sado lui expliqua calmement qu'il avait appelé l'homme la veille pour le prévenir que son fils était avec lui et qu'il risquait de passer quelques jours avec lui.

« Tu as dit qu'on était avec Inoue aussi ?

-J'ai pensé que ça serait plus crédible. Etant donné que tu es ici pour fuir un peu. »

Ichigo se mordit la lèvre. Non il ne fuyait pas réellement, il avait juste besoin d'air. Il avait désiré être normal depuis qu'il avait compris que ce qu'il vivait était l'enfer et il se retrouvait successeur direct d'un multimilliardaire qui engageait/adoptait des gens par nombre. Il y avait de quoi trouver ça étrange non ?

Inconsciemment, sa main se porta à sa poitrine où tombait lourdement son médaillon doré. Il le serra dans sa main, observé attentivement par le métis silencieux. Après un moment, il soupira et jeta un coup d'œil à l'écran de télévision, c'était les informations. On parlait des accidents dus à l'alcool dans la nuit, charmant pour commencer l'année.

« J'ai des habits un peu petits pour moi dans mon placard, si tu veux prendre une douche ou te changer. »

Ichigo remercia son ami encore une fois et accepta la proposition. Il allait commencer par se réveiller un peu sous l'eau, ça lui paraissait un bon départ. Après… après il réfléchirait à ce qu'il ferait mais en attendant, il décida simplement qu'un blackout s'imposait. Au moins pour faire le point.

Et alors qu'il laissait l'eau passer sur son visage, il pensa simplement qu'il se souviendrait de ce jour toute sa vie.


Bon, pour vous prévenir mais le GrimmIchi ça sera pas tout de suite, soyez un peu réalistes, autant Grimm vient juste de se rendre compte qu'il est attiré par Ichi mais Ichigo peut pas du jour au lendemain voir son garde du corps/ami d'enfance/héros comme un potentiel copain quand même...Y'aura d'abord quelques révélations dans l'intrigue avant!

D'où ma proposition pour vous rassasier un peu d'ici les fameux yaoi GrimmIchi, ça vous dit du ChadIchi? (allez un grand black baraqué super sexy à la voix suave, ça peut pas laisser indifférent? =w=)

Et dernière note, j'ai commencé la publication d'une nouvelle fic qui risque de malmener certainement le rythme de parution de Luka... ;)