reply anonymes

(je l'avais pas fait depuis LONGTEMPS mais là, je fais un effort!)

Kaprice80 : merci :) je suis de retour pour vous jouer un mauvais tour… (ahem)

Yayuhe : merci beaucoup, j'espère que la suite te plaira !

Latufortuna : il ne faut pas avoir peur ! je n'insulte jamais mes reviewers, surtout quand ils critiquent ! (il y a eu une exception mais c'est la seule depuis 2008 !) Je ne répondrai pas à tes questions, pas de spoil, mais ne t'inquiète pas trop, les fins désastreuses sont plutôt rares chez mwa !

Ayu : Merci ! bon chapitre ^^

Lolopixelle : yeah, je trouve ça génial aussi xD j'abandonne jamais des fics ! Et comme j'ai dit à Latufortuna, je fais rarement des fins entièrement tristes, même De Profundis Clamavi a bien fini ! Merci de ta review et bonne lecture !

Yuri : Merci :D j'espère que la suite te plaira !

Si j'ai oublié quelqu'un dites-moiiiiii :)


Auteur : Crazyitachi-la-malade-de-Shaka~

Warning : de la violence envers les roux, je sais, c'est vraiment affreux, je ne sais pas dans quel monde on vit…

ANNOOOOOOONCE !

Je remercie la personne qui a conseillé à Ficothèque Ardente de publier ma fic De Profundis Clamavi sur leur site!

Je ne connaissais pas comme site et cette nouvelle m'a flattée et fait extrêmement plaisir! Que la gentille personne se manifeste et je la remercierai en "personne" :D


Luka

Chapitre 9

Hearts a mess (de Gotye)

Ichigo étudiait. Encore et toujours.

Il ne plaisantait pas quand il promettait quelque chose, et pour se montrer à la hauteur, il était prêt à beaucoup. Ce soir-là il avait réussi à obtenir un cours particulier de droit avec un des professeurs de la Fac voisine. Il comptait utiliser ce cours pour connaître le maximum de bases, se renseigner de son côté et revenir auprès de Tia Hallibel et Coyote Stark, les responsables du juridique dans l'Espada.

Oui, Ichigo était quelqu'un d'organisé malgré les apparences. Et même si le droit ne s'avérait pas être sa tasse de thé, il supportait.

Le jeune homme grattait donc lors d'heures supplémentaires et il rentrait rarement des cours avant 20 heures maintenant. Aizen s'était enquis du pourquoi de ces horaires et il n'avait pu retenir un murmure étonné et une bouffée d'orgueil quand son fils lui avait dit pourquoi. Aucun de ses Espada, même les meilleurs, n'avaient poussé le zèle ainsi.

Toujours était-il que les retours à de telles heures n'aidaient pas Ichigo à passer inaperçu dans la rue. Et les altercations se faisaient drastiquement plus nombreuses. Ce qui au début blasait Ichigo devenait maintenant une source de soucis. Car il était bien le premier à dire qu'il savait se défendre mais la violence gagnait graduellement en puissance.

Les poings, les pieds, les matraques à la rigueur, il maîtrisait. Mais les taser, les poings américains cloutés et ce genre d'armes… ? Soit sa tête ne leur revenait vraiment pas ou ils avaient un compte à régler avec lui. Sans doute l'un avait été humilié et s'était forgé sa petite vendetta. Ce qui était fort possible car Ichigo avait un mal fou à retenir les visages.

Grimmjow avait conservé ses habitudes et n'envoyait plus de chaperons, Ichigo se demandait parfois s'il y avait encore des chaperons en réalité. L'impression d'être observé était devenue beaucoup plus discrète. Devenait-il parano ? A force de lire des documents sur l'entreprise Aizen, il pouvait bien.

Aizen Senior était le plus parfait des mafieux. Pas étonnant que son père dût se traîner une telle réputation.

Alors qu'il passait sa capuche pour cacher ses cheveux et qu'il avait pris une dégaine bien moins soignée en abandonnant ses vêtements préférés, il avisa son comité d'accueil quelques 200 mètres plus loin. Il soupira, se demandant si ça s'arrêterait un jour mais ne rebroussa pas chemin pour autant.

Il avait même pris l'habitude de travailler sur un petit disque dur crypté au cas où l'on parviendrait à voler ou casser son laptop lors d'une rixe. Mais jamais il ne réalisait qu'il n'aurait jamais dû en venir à ces extrémités.

« Alors, tu croyais qu'tu pourrais passer sans qu'on te voit ?! »

Ichigo ne releva pas, il marcha tout droit. Une chose était sûre, jamais on ne lui reprocherait le premier coup.

« Putain, j'te parle sale roux ! »

Le jeune homme esquissa un sourire. Encore ses cheveux ? Il allait finir par les teindre un jour… Il ne broncha pas alors qu'on l'attrapa au col et qu'un autre lui arrachait son sac pour fouiller dedans.

« Mate-le PC ! »

Ils étaient cinq, rien d'insurmontable. Et aucun n'était armé.

« Lâche-moi, je veux pas d'ennuis, tu sais, déclara calmement Ichigo.

-T'sais quoi ? J'm'en balance de c'que tu veux ! »

Le premier coup était parti. Le jeune homme l'évita d'un geste vif, élégant même, et rétorqua directement dans le ventre. Il distribua juste assez de coups pour étourdir son adversaire et l'assomma finalement. Généralement les autres fuyaient ou se jetaient sur lui à ce moment-là.

Cependant ce soir-là était un mauvais soir.

« Des couteaux, les gars ? Sérieusement ? »

Ichigo faisait le fier mais il n'était pas forcément plus rassuré. C'était dans ces moments qu'il se demandait ce que foutaient les gardes du corps qui étaient censés le coller H24. Enfin, après des échanges de coups plus rapides et bien plus dangereux, Ichigo parvint à mettre deux personnes de plus à terre. Mais non sans blessures. Il avait une légère entaille à la jambe et un ou deux bleus sûrement.

« Allez, je peux faire ça toute la nuit, ramenez-vous ! »

L'héritier Aizen encaissa encore quelques coups et parvient enfin à voler un des opinels de ses agresseurs pour rétorquer. Avec la lame sur la jugulaire de l'un, l'autre baissa son arme et s'enfuit sans demander son reste. Un bon coup à la tête et Ichigo était de nouveau seul dans la rue.

Il ramassa son laptop, réunit ses affaires qu'il jeta dans son sac et reprit le chemin du retour en boitant.

xOxOx

Arrivé au manoir, Ichigo avait pris la résolution de ravaler un peu sa fierté. Il avait décidé qu'il parlerait à son père et à Grimmjow de l'escalade de la violence dont il était victime. Cela l'embêtait car, après tout le temps qu'il avait passé à dire qu'il était capable de se défendre, il finissait par avouer qu'il ne pouvait plus le faire.

Au-delà de montrer une fausse inconstance dans ses décisions, cela lui donnait l'impression de régresser au stade de quand il était enfant et qu'il pleurait encore pour un rien. (Rien étant les sévices de son beau-père. Oui, l'objectivité n'avait jamais été le fort d'Ichigo.)

En tous cas, c'était armé de bonne volonté et de la réalisation d'avoir atteint ses limites qu'Ichigo se présenta à la porte du bureau de son père.

Il aurait toqué si les éclats de voix ne l'avaient pas interrogé.

« Aizen, on fait ce qu'on peut pour les tenir à l'écart mais ça va bientôt péter ! »

La voix de Gin. Ce devait être important, pensa Ichigo. Le jeune homme avait pu identifier le véritable poste de Gin dans Aizen Corp. : Vice-Président. Alors s'il annonçait un mauvais présage, il savait de quoi il parlait.

« J'ai vu l'type en prison d'mes propres yeux, il peut absolument rien faire ! grogna Grimmjow sur la défensive.

-Je dis pas que c'est toi, Chaton, coupa Gin d'une voix doucereuse, je dis simplement que quelqu'un n'a pas fait son travail aussi bien qu'il l'aurait fait s'il n'avait pas été occupé à poursuivre discrètement Ichi…

-Il suffit ! tonna Aizen. Taisez-vous. »

Ichigo fronça les sourcils, se demandant enfin ce qui s'était passé pendant ses huit mois d'absence. Grimmjow avait essayé de le suivre ? Malgré tout ce qu'ils s'étaient dit ? Il ne lui faisait réellement pas confiance pour s'occuper de lui-même alors ?

Le jeune homme se souvint qu'il était venu pour une raison, mais comment interrompre une conversation pareille ? Il y avait trop d'informations à glaner.

« Coyote, Tia, vos avis ? demanda Aizen d'une voix affreusement calme.

-Par où commencer… ? »

Ce devait être la voix de Stark pour être aussi basse. Ichigo n'arriva pas à saisir tout ce qui était dit mais il s'agissait d'une procédure juridique pour un certain Ginjou. Mais était-ce le père ou le fils ? Il savait que le père était en prison et il avait aperçu le fils lors de la soirée donnée pour le nouvel an.

Le jeune homme serait volontiers resté à écouter mais il détestait qu'on le surveille dans ses faits et gestes, la moindre des choses était de ne pas faire pareil. Malgré l'envie qu'il avait d'en savoir plus, ce qu'il venait de découvrir suffisait déjà pour quelques recherches. Après, il pourrait confronter son père ou Grimmjow pour plus de détails.

Il rejoignit donc sa chambre après un rapide détour par la trousse à pharmacie de la salle de bain et soigna l'entaille sur sa jambe. Ni les muscles ni les tissus adipeux n'avaient été atteints, il évitait donc les points de suture. Il plaça donc soigneusement des Steri-strip sur la coupure après avoir désinfecté et s'habilla pour dormir. Il n'avait pas faim ce soir-là.

xOxOx

Le journal des entreprises du lendemain titrait « Tia Hallibel, une femme de pouvoir ». Autant dire qu'Ichigo se jeta dessus dès qu'il l'aperçut. Et tout en suivant d'une oreille distraite le cours d'anglais, il survolait l'interview exclusive de la Responsable du Service Juridique de Aizen Corporation.

Les questions étaient assez bateaux et n'intéressaient pas Ichigo plus que cela. Une cependant, retint son attention.

Il est de notoriété publique que Monsieur Aizen père était en contact avec la pègre. Et l'on assiste aujourd'hui à une soudaine montée d'Aizen Corporation. Quelque chose à dire à propos de l'amende honorable de Monsieur Sôsuke ?

Quelle manière absolument puérile de poser les questions. Ichigo était outrée. Autant demander de suite si son père était un salaud capable d'exécuter des gens pour s'enrichir ! Il détestait qu'on s'attaque à sa famille et surtout, qu'on attaque son père en le comparant à un parrain, parce que son père l'avait sauvé. C'était un héros. Certes il était impressionnant, effrayant même, mais loin d'être un monstre sanguinaire ou le pingre diabolisé que certains donnaient à voir.

Je regrette que la réputation, hélas fondée, de Monsieur Aizen père ternisse encore aujourd'hui celle de son fils. En tant que Responsable Juridique, je veille personnellement à ce que notre société ne soit pas un repaire d'ex-mafieux ou de futurs parrains. Pour ce qui est de l'amende honorable, je vous affirme aujourd'hui, en exclusivité, qu'Aizen Corporation ouvrira bientôt une nouvelle branche entièrement dévouée aux innovations technologiques à but humanitaire. Je ne peux hélas pas en révéler plus mais prenez ça comme la preuve que nous travaillons d'arrache-pied pour bien nous démarquer de feu Monsieur Aizen.

La réponse d'Hallibel était parfaite. Ichigo admirait cela. Lui se serait sans doute emballé un peu, et inutile d'imaginer Grimmjow. Il aurait trucidé l'interviewer.

Rassuré, le jeune homme referma le magazine mais non sans noter dans sa tête qu'il fallait chercher ce qu'avait voulu dire l'interviewer par « soudaine montée de Aizen Corp. ».

xOxOx

Siège d'Aizen Corporation

Gin Ichimaru s'attarda un long moment sur l'interview de Tia Hallibel. Elle avait joué admirablement bien et son physique de femme fatale doublée d'une intelligence féroce permettrait de gagner quelques points. Bientôt la communication recevrait une tonne d'appels réclamant une entrevue avec Sôsuke ou lui-même et c'était exactement ce qu'il fallait.

Le Vice-Président était conscient du boulet qu'Aizen Corp. se traînait avec le père de son patron. Même mort on découvrait encore des cadavres dans les placards et expliquer leur présence était toujours délicat. Surtout quand d'autres cadavres un peu plus frais, venaient témoigner des erreurs de jeunesse du fils.

Tout était plus facile quand Ichigo n'était pas là et que Sôsuke se fichait de savoir qui lui servait de marche pour monter. L'enfant avait changé beaucoup de choses par sa simple présence et cela interrogeait encore Ichimaru. Une fois, il avait aperçu des papiers du Tribunal d'Instance dans le bureau de Sôsuke, et ils n'étaient pas liés à la société.

Gin soupira et se repencha sur la stratégie pour donner à la compagnie l'image d'une société propre et tournée vers un brillant avenir.

« Bullshit, lança Gin en s'amusant. C'est comme faire passer un loup pour un agneau ! »

Sôsuke était tout sauf un agneau.

Il se pencha sur ses stratégies pendant plusieurs heures jusqu'à construire une amorce de plan qu'il irait présenter à son supérieur. Il rassembla ses documents et rejoignit le bureau de Sôsuke d'un pas presque dansant.

« Aizeeeeeeen, lança-t-il en entrant, vous avez quelques minutes ? »

Sôsuke lança un regard polaire à son second. Depuis quand l'appelait-on ainsi ?

« Oui, Gin, entre. »

L'homme aux cheveux d'argent s'assit face au bureau de son patron. La salle en elle-même était très grande, bordée de baies vitrées laissant passer la lumière en abondance. Le sol était couvert d'une moquette fine et l'infrastructure était en métal, dans le plus pur design moderne. Le bureau lui-même était en bois, aux formes élancées et surmonté d'une plaque de verre.

« J'ai la certitude que c'est Kuugo Ginjou, pas son père. »

Aizen posa son crayon et haussa un sourcil, signe que son interlocuteur avait toute son attention.

« Les rumeurs comme quoi Ginjou père voulait faire appel et tout ça, c'est du bidon, commença Gin d'une voix grave. C'était une tactique pour cacher sa mort !

-Et nous nous sommes focalisés sur ces rumeurs…

-Laissant ainsi Kuugo tout le champ libre pour attaquer et développer son gang. »

Sôsuke se recula dans son siège, réfléchissant à l'impact que leur erreur aurait sur le futur.

« Ginjou cherche à devenir un gang important, le premier. Et pour ça, il récupère certains domaines laissés à l'abandon. Le problème est qu'il a réussi à cacher son intelligence admirablement bien et maintenant, il ne récupère que certains domaines.

-Ceux que j'ai abandonnés en voulant redorer le blason de la société.

-Bingo ! s'exclama Ichimaru. Ce qui crée d'autres problèmes. Ginjou père était très lié à votre père et lorsque la police arrête un membre du gang, ils n'hésitent pas à mentionner les liens entre Aizen et Ginjou, ce qui retombe directement sur votre réputation.

-Et les écraser serait prouver que leurs allégations nous dérangent comme si elles étaient un tant soit peu fondées. »

En résumé, alors qu'il n'avait rien fait, un petit voyou qui se prenait pour un grand chef arrivait à lui mettre des bâtons dans les roues en tendant à la presse exactement les os qu'elle demandait à ronger. Certes, Sôsuke n'était pas tout blanc et il ne se séparait des pas de son père que depuis peu, mais Ginjou avait admirablement bien joué son coup en appuyant là où ça faisait mal.

« Les solutions pour résoudre la crise ? »

Gin secoua la tête.

« Pour le moment, j'ai réussi à mettre en place une stratégie prouvant que depuis cinq ans, nous travaillons sur l'humanitaire. La branche de Syazel se penche sur les vaccins et les médicaments génériques moins chers encore et toujours plus efficaces en partenariat avec des ONGs telle que Médecins sans frontières, j'ai chargé Hallibel de la nouvelle branche scientifique pour 'l'industrie tournée vers le futur'. Ce qui regrouperait des systèmes pour éradiquer à très long terme, la pénurie d'eau ou de nourriture…

-Bref, rien de très concret.

-Certes, mais le Las Noches avance vite. Avec un immeuble HLM pouvant loger la moitié de la population la plus pauvre de la ville gracieusement, vous aurez la côte auprès des gens qui importent le plus.

-Ceux qui importent le plus sont les gens qui sont à la bourse, Gin.

-Voilà pourquoi je suis chargé de la médiatisation et vous vous occupez des finances, Aizen. »

Le chef d'entreprise esquissa un sourire amusé. Il prit les documents de Gin et les lut attentivement. Voilà qui allait indiquer la marche à suivre de la société pendant quelques temps. L'humanitaire. Il n'était certes pas un monstre, mais de là à se faire passer pour un bon samaritain ? Enfin, il fallait bien ce qu'il fallait pour pouvoir garder sa place au soleil.

Ils discutèrent encore quelques temps des différentes stratégies à adopter avant que Gin ne retourne finalement dans son bureau pour mettre en branle leur application. De nouveau seul dans son bureau, Sôsuke s'accorda un soupir. Il n'avait pas eu autant de problèmes depuis qu'il avait pris la suite de son père. Il décrocha son téléphone de bureau et composa le raccourci pour le numéro de Jaggerjack.

« Aizen ?

-Gin a la certitude que Ginjou Kuugo reforme le gang. Il va devenir de plus en plus dangereux. Fini pour les velléités de liberté d'Ichigo, tu réassignes quelqu'un à sa protection dès cet après-midi.

-Bien. »

xOxOx

A vingt heure ce soir-là, lorsqu'Ichigo quitta la bibliothèque, il s'étonna de voir Grimmjow adossé à la berline un peu plus bas dans la rue. Sa présence ici signifiait beaucoup de choses, à commencer par une réduction drastique de ses libertés. Il avait gagné le droit de rentrer seul depuis longtemps. Et si Grimmjow se permettait de bafouer ce droit c'était que la situation était grave.

Qu'est-ce qui pouvait effrayer son père et le garde du corps au point qu'ils renient ce qu'ils lui avaient promis ?

« Grimm ?

-Monte dans la voiture, Berry. »

Ichigo aurait presque voulu répondre au garde du corps qu'il n'était pas à ses ordres mais quelque chose dans la gestuelle de Grimmjow était anormal et cela l'inquiétait. D'ordinaire le fauve adoptait un port plutôt relax, certes toujours aux aguets, mais rarement ainsi crispé, à tapoter ses doigts sur ses bras croisés.

Ichigo ouvrait la portière à l'avant quand Jaggerjack la referma d'un coup. Le jeune homme, bouche-bée, darda un regard étonné sur son ami.

« A l'arrière. »

Le fils Aizen haussa un sourcil. Il voulait bien tolérer les excès de paranoïa du garde du corps, mais il n'aimait pas qu'on lui parle sur ce ton.

« Les vitres sont teintées, ajouta Grimmjow. Plus sécurisé. »

Ichigo obtempéra et s'installa sur la banquette arrière. Il attendit que la voiture démarre avant d'engager la conversation.

« Grimm, dis-moi ce qui se passe. »

Le plus âgé ne daigna même pas lever les yeux dans le rétroviseur central pour croiser le regard de son protégé. Il n'émit qu'un 'tss' agacé et accéléra subitement. Ce silence laissa Ichigo perplexe mais il n'attaqua pas directement. Grimmjow ne répondrait jamais sous la menace ou les cris de toutes manières, il fallait jouer plus fin. Seulement le jeune homme avait beau avoir récupéré quelques techniques de manipulations de son père, il n'était pas encore assez bon rhéteur pour avoir un Jaggerjack sur les nerfs.

« S'il te plaît, Grimm, répéta Ichigo tout bas en laissant l'inquiétude poindre volontairement. Est-ce que c'est grave ? »

Nouveau silence.

« Je comprends qu'il y a des choses que je ne dois pas savoir pour ma sécurité mais… Dis-moi juste en restant dans le vague ? »

Le garde du corps daigna enfin le regarder mais cette petite victoire ne rendit même pas le jeune homme fier de lui.

« T'occupe. On gère. »

Cette phrase eut le don d'agacer Ichigo mais il se contint. Après ces huit mois le plus âgé n'avait rien retenu ? Ou alors chassez le naturel, il revient au galop ? C'était donc là où ils en étaient, au point de départ. Ichigo avait été et serait toujours cet enfant timide, battu et fragile à qui on n'accorderait pas même le droit de grandir ?

C'était pourtant Grimmjow le premier qui lui avait dit qu'il avait le droit de se défendre en l'inscrivant à des cours d'aïkido, non ? Qu'était-ce donc ? Un moment de faiblesse devant ce qu'il avait considéré comme un caprice d'enfant ? L'héritier Aizen se renfrogna. Il avait montré plus d'une fois sa détermination et sa capacité à être autonome. Il n'avait plus pleuré depuis qu'il avait 8 ans et avait tenu parole.

Le jeune homme secoua la tête. Comment cette simple phrase de Grimmjow pouvait déclencher en lui un tel raz-de-marée introspectif ?

Parce que le regard que Grimmjow avait de lui comptait énormément.

Il soupira.

« Tu vas réassigner un garde du corps h24 ?

-Oui.

-Oui, Berry. » murmura Ichigo tout bas.

xOxOx

Les jours qui suivirent furent assez insupportables pour le jeune homme. Il voulait bien mettre de l'eau dans son vin, faire croire qu'il comprenait l'importance d'être protégé, mais on le mettait réellement à l'épreuve depuis quelques jours.

Quand il avait compris qu'on lui réassignerait un garde du corps, il avait presque espéré Grimmjow. Comme ça il aurait pu lui montrer en prenant son temps qu'il était calme malgré le stress ambiant. Cela aurait pu être l'occasion de lui prouver en direct qu'il avait grandi, qu'il était adulte. Il se doutait bien que pour un parent, leur enfant le resterait toujours, mais Grimmjow n'était pas exactement un parent. En tous cas, il ne le voyait pas comme ça.

Il était l'ami, il était le frère, il était même plus que ça. Son héros, pensa Ichigo avec une pointe de nostalgie. Petit, Grimmjow avait été tout son univers.

Et quoi ? Au lieu de ça, c'était Illforte qui était là à le surveiller tout le temps. Ce mec à l'allure de Barbie avec ses cheveux blonds tombant plus bas que les épaules. Ichigo ne remettait pas en cause ses capacités à cause de son apparence mais quand même… Illforte était loin de faire professionnel non ?

Et il était chiant comme la pluie.

Ce qui passait comme le charme de Grimmjow, son arrogance, ses manières rustres et ses réactions impulsives, était d'une lourdeur exaspérante chez le blond. Ichigo n'avait pas honte qu'on voit une voiture de luxe l'attendre dans la rue si c'était Jaggerjack adossé à la portière. Il était gêné voire mortifié si les jeunes filles se mettaient à glousser derrière lui, certes. Mais une blonde comme Illforte qui l'attendait… c'était juste humiliant.

Pourtant il pouvait comprendre la nécessité de telles mesures mais l'effort devait venir des deux côtés !

Et toutes les tentatives du fils Aizen pour ouvrir le dialogue de manière posée s'étant soldées d'un cuisant échec, le jeune homme décida ce jour-là, en entendant les vannes de Keigo sur Illforte, qu'il avait assez supporté sans rien dire.

Ce fut donc avec ingéniosité qu'il se glissa dans la foule et parvint à s'y cacher. Avec ses cheveux orange, il ne fut pas peu fier de parvenir à passer inaperçu. Il aurait pu rentrer au manoir seul, aller étudier à la bibliothèque mais il avait dans l'idée une solution plus expéditive.

Confronter son père au siège d'Aizen Corporation.

Et ils apprendraient tous les deux qu'Ichigo était peut-être leur protégé, mais qu'il était également adulte maintenant et que le prendre pour un gosse, ça allait deux minutes.

Il n'allait pas demander un rapport détaillé sur la situation, il ne voulait pas outrepasser ses droits si cela avait rapport avec la société. Mais si sa vie était en danger, il avait le droit de savoir en toute légitimité.

Ichigo était parvenu à prendre le chemin de l'entreprise Aizen et marchait dans les petites ruelles depuis une vingtaine de minutes quand les ricanements caractéristiques de racailles en mal d'action l'interpelèrent. Ce n'était pas vraiment le moment de le déranger et il était prêt à leur mettre une bonne dérouillée quand il avisa leur nombre.

Dix, c'était peut-être un peu beaucoup, même pour lui. Il avisa leur arsenal.

Surtout s'ils avaient des couteaux.

Ichigo pensait qu'à lui seul il pourrait en mettre cinq à terre sans trop de difficultés et avec des égratignures légères.

xOxOx

De son côté, Illforte cherchait activement le fils de son patron. Il n'avait absolument pas envie d'appeler Jaggerjack pour lui dire qu'il avait perdu son protégé. Surtout que ce dernier était vraiment à cran ces derniers temps et semblait perdre toute capacité de raisonnement lorsqu'il s'agissait d'Ichigo.

Le blond était peut-être antipathique aux yeux d'Ichigo, et forcément, comparé à Grimmjow qui était tant idéalisé, c'était compréhensible, mais il était loin d'être con. Et le GPS qu'il avait placé dans les affaires du jeune homme lui serait utile.

Quand il gara la voiture dans la ruelle, il s'attendait plutôt à trouver une sacoche éventrée avec un GPS gisant sur le sol. Pas à entendre les cris et les bruits caractéristiques d'une grosse bagarre. Il saisit son arme et s'élança vers son protégé.

Ichigo se battait bien, il devait l'avouer. Mais autant contre un seul, c'était dangereux.

« Tout le monde à terre ! cria le blond. J'veux personne qui bouge ! »

Tous se tournèrent vers celui qui était actuellement le plus fort : l'homme avec le flingue.

« J'veux qu'vous vous cassiez tous, j'suis bien clair ?! »

Quelques-uns avaient déjà fui mais d'autres avaient également sorti des armes. Illforte jura, c'était bien sa veine. Ichigo était sur la défensive, encore apte à se battre bien que trop pâle, et sur les 6 restants, deux avaient une arme à feu, trois des couteaux et le dernier une barre en métal.

Cela s'annonçait très délicat.

De son côté, Ichigo n'en menait pas large.

Il avait dégluti difficilement en voyant l'arme à feu pointée sur Illforte. Il était relativement loin des deux hommes les plus dangereux. Cependant il ne pouvait se permettre de rester inactif dans cette situation. Il pouvait prendre celui armé de la barre en métal et ensuite mettre à terre deux avec des couteaux. Il n'était pas sûr de pouvoir s'occuper du troisième.

Il jeta un œil inquiet mais déterminé à Illforte. Ils ne s'entendaient pas bien et la communication via les regards ne passaient pas aussi bien qu'avec d'autres. Si seulement Grimmjow avait été là, Ichigo et lui aurait pu réagir en tandem. Ou alors Grimmjow ne l'aurait laissé rien faire. Bref, ce n'était pas le moment de tergiverser.

Un regard et les deux hommes passaient à l'action.

Tout se passa à une vitesse étonnante. Dans le bazar le plus complet, Ichigo et Illforte se retrouvèrent bientôt face aux deux armés de pistolet. Ichigo était blessé à la jambe, la même que l'autre fois. Mais cette fois il se demandait si la lame n'avait pas été un peu trop profondément vu le sang qui maculait son pantalon et la douleur lancinante.

En face d'eux l'un des deux hommes était aussi mal en point et parvenait difficilement à tenir debout. Si on intervenait avec rapidité, il serait hors-jeu facilement. Ichigo pouvait sauter à l'abri pendant qu'Illforte s'occupait de celui-là.

Les deux hommes étaient sur le qui-vive et quand ils avisèrent l'adversaire prêt à s'évanouir, ils passèrent à l'action. Illforte mit à terre le premier sans souci mais quand Ichigo remarqua l'arme du second pointé directement sur le blond, prêt à tirer, quelque chose dérailla.

Ichigo ne sut jamais ce qui l'avait pris. Son sang ne fit qu'un tour, montant à sa tête, bourdonnant à ses oreilles. Il se rua sur le dernier homme et le frappa si violemment qu'il s'écroula sur l'instant. Mais le pire était qu'il ne s'arrêta pas là. Il asséna les coups sans réfléchir, comme s'il était possédé.

« Jamais ! Plus jamais ! Plus jamais ! »

Entre deux grognements de douleur, entre deux coups et le souffle court, il ne cessait de répéter cela. Il n'y avait plus le moindre danger et, sur le côté, Illforte était abasourdi.

En voyant Ichigo Aizen, ce jeune homme si élégant, qui avait le même port altier que son père et qui irradiait de bienveillance, comment imaginer un débordement pareil ? Il frappait avec un peu plus de violence à chaque fois sans s'arrêter ne serait-ce que pour respirer !

« Ichigo ! Ichigo ! »

L'héritier sursauta tout à coup et lâcha son opposant. Son visage était sanguinolent et tout boursouflé, réellement abîmé. Ichigo leva les bras, peinant à croire qu'il avait pu faire ça. Il jeta un coup d'œil à ses mains blessées par les coups et recula, haletant bruyamment.

« Mon Dieu… »

Le blond n'avait pas décroché un mot. Il sembla tout à coup revenir à lui.

« Putain, t'es blessé ! s'exclama-t-il. D'ici on n'ira plus vite si on va voir Syazel direct ! »

Ichigo redescendit sur terre également, aidé par la douleur qui lui déchirait la jambe. Il s'écroula sans pouvoir lutter et Illforte le porta comme il pouvait jusqu'à la berline.

xOxOx

Grimmjow traversait tranquillement le couloir quand Syazel passa devant lui comme une furie, portant sous le bras deux trousses à pharmacie.

« Ichigo ! »

C'est tout ce que le scientifique eut le temps de crier pour toute explication avant de s'engouffrer, suivi par Jaggerjack, dans l'ascenseur. Ils rejoignirent directement le parking où Illforte venait juste d'arriver. A la place passager, Ichigo était pâle comme un cadavre mais demeurait conscient. Il ne put retenir un gémissement de douleur quand Grimmjow le dégagea de la voiture pour le poser sur le sol.

Syazel déchira le pantalon du jeune homme sans sourciller et après une rapide inspection, rassura tout le monde en disant que ce n'était pas une artère ni un nerf. Il effectua les premiers gestes de secours, compresse et nettoyage des bords de la plaie et récupéra le brancard qu'Illforte avait été chercher.

« Berry, Berry, dors pas, hein… »

Ichigo lança un regard fulminant à Grimmjow. Il avait trop mal pour supporter l'inquiétude de son ami en plus. S'il avait été là, ils se seraient mieux débrouillés. Le jeune homme aurait voulu répondre mais ses yeux roulèrent dans ses orbites alors qu'une nouvelle vague de douleur le rendait nauséeux.

« Il va rentrer en état de choc, indiqua Syazel. Déplacez-le doucement sur le brancard. Illforte, va dégager la place, on se rend direct au sous-sol privé. »

Le blond acquiesça.

Deux heures plus tard, Ichigo se réveillait en sursaut. Il se redressa d'instinct mais la douleur le rallongea illico. Il souffla pour se calmer, se souvenant qu'il était arrivé jusqu'auprès de Grimmjow et Syazel donc en sécurité. Ensuite, il avisa son environnement.

Il était dans un grand bureau au sol couvert d'une moquette fine, grise. Toute une paroi était en verre aux armatures de métal et l'autre côté, à l'intérieur du bâtiment, était en bois verni. Il dormait lui-même sur un canapé spacieux et confortable. Il remarqua également un bureau plus loin, un énorme bureau en bois et en verre sur lequel était éparpillé quelques papiers et où trônait une photo de lui enfant.

« Papa ? »

Le jeune homme grimaça, la douleur était encore forte. On lui avait passé un nouveau pantalon, bien plus large et il sentait sur sa peau les points de suture et les compresses. Il avisa ses mains qui étaient bandées et légèrement boursouflées. Il avait dû frapper vraiment fort. Il avait aussi mal au crâne et en passant sa main délicatement sur sa tempe, il comprit qu'il devait avoir un sacré bleu.

Il tentait de se lever quand la porte s'ouvrit.

« Ichigo ! »

Sôsuke se précipita au chevet de son fils et l'encouragea à se rallonger. Ichigo ne l'avait jamais vu si inquiet et il obtempéra immédiatement, juste pour ne plus voir cet air perdu qui jurait avec le visage impérial de son père.

« J'ai eu si peur, Ichigo. Comment te sens-tu ? »

Le père caressait le visage et les cheveux de son fils avec une nervosité qui mettait mal à l'aise Ichigo.

« Je… J'ai un peu mal mais je vais bien, Papa, sourit-il avec peine. »

Aizen fronça les sourcils.

« Okay j'ai vraiment très mal mais je t'assure, c'est tout. »

Son père soupira enfin et la tension sembla quitter ses épaules d'un coup. Il embrassa quand même son fils sur le front.

« As-tu soif ou faim ?

-Non, bredouilla Ichigo, non… Je… Que s'est-il passé ? »

Sôsuke prit une chaise et la déplaça pour s'asseoir près de son fils. Il avait repris son calme mais gardait la main d'Ichigo dans la sienne.

« Je me souviens que je voulais fausser compagnie à Illforte… de l'embuscade dans la ruelle. Ils étaient nombreux et après je me souviens juste des pistolets et de ma jambe… »

Aizen acquiesça sombrement.

« D'après Illforte, tu t'es admirablement bien défendu jusqu'au moment où on a pointé une arme sur lui et qu'on a tiré. Tu t'es rué sur le tireur et tu l'as roué de coup.»

Ichigo se souvenait parfaitement maintenant. En entendant le coup de feu, en le voyant dirigé vers quelqu'un il avait eu l'image très nette de lui enfant. Il se voyait prenant une balle dans la tête et s'écroulant sur le sol. Il voyait très nettement son regard exorbité, les yeux pleins de larmes. Il avait craqué et perdu la raison un moment ensuite.

« Je… je n'en ai aucun souvenir, finit-il par articuler. Je… Papa, je… »

Aizen le rassura. Il n'y aurait aucun problème pour la suite, le ménage avait déjà été fait et il ne s'agissait plus qu'à Ichigo de se remettre de ses blessures.

« J'ai quand même quelques choses à te dire, Ichigo, reprit Aizen d'un ton plus autoritaire. Si tu as un garde du corps c'est pour te protéger. Tu n'essaies pas de le semer et encore moins de prendre les coups à sa place. »

Le jeune homme lança un regard étonné où pointait un peu d'inquiétude.

« Mais, Papa… l'homme en face aurait tué Illforte si je n'avais rien fait. »

Sôsuke aurait bien répondu qu'on s'en fichait. La vie de son fils était la seule qui importait et le monde entier pouvait bien mourir, tant que son fils était en sécurité, rien n'avait plus d'importance. Il caressa la main du jeune homme.

« Et toi tu aurais pu mourir en l'aidant. »

Ichigo eut un coup au cœur en voyant l'air absolument dévasté de son père. Il oublia alors la colère qu'il avait refoulé en étant materné jusqu'à étouffement, il oublia ce pourquoi il voulait venir à la base et se redressa bras ouverts pour venir se blottir contre son père.

« Je suis désolée de t'avoir fait si peur, Papa. »

Sôsuke répondit à l'étreinte en serrant plus fort, comme s'il pouvait garder ainsi son fils, son tout petit, contre lui pour toujours.

« Ichigo… Même si ce que tu as fait était dangereux, c'était un acte d'un grand courage. »

Il regarda son fils dans les yeux.

« Je suis extrêmement fier de toi. »

Le jeune homme sourit. Ah, son père et sa capacité à exprimer ses émotions.

« Je t'aime aussi, Papa. »

Les deux hommes discutèrent quelques minutes de la blessure d'Ichigo. Elle n'était pas mortelle ni critique. Ichigo avait eu la chance de n'avoir aucun nerfs ni artères de touchés. Il avait fallu suturer la plaie et il serait au régime antidouleur pendant un moment. Il aurait aussi du mal à marcher et c'était pourquoi Sôsuke lui avait fait apporter une béquille. Il se doutait que son fils refuserait le fauteuil roulant ou la canne.

Seulement, après les mondanités et en voyant son père reprendre son masque de froideur, Ichigo repensa à ce pourquoi il avait voulu venir. C'était le moment où jamais non ? Son père était encore un peu émotionnel, il était en plein dans le feu de l'action…

« Papa, je voudrais aussi te parler… de ce qui m'a conduit à vouloir semer Illforte. »

Le ton était donné. Ichigo avait hésité pour montrer qu'il ne voulait pas attaquer bille en tête. Car s'il y avait bien une chose qui ne fonctionnait pas avec Aizen, c'était jouer aux gosses capricieux ou les comportements qu'il considérait puérils. Il fallait la juste dose de naïveté et de détermination.

« Je t'écoute.

-Eh bien, je sais qu'il se passe des choses graves dans ton entreprise. Je sais aussi que je suis encore jeune et que tu veux me protéger. »

Sôsuke plissa les yeux.

« Mais j'aimerais qu'on me dise un peu pourquoi. Je me doute bien que tu ne peux ou ne veux pas tout me dire, et je comprends. Mais on m'agresse dans la rue et c'est de plus en plus violent et je finis par me demander si c'est vraiment juste à cause de mes cheveux… »

Une fois qu'il eut fini, Ichigo attendit que son père médite sa réponse. Il pensait avoir été assez responsable dans sa manière de présenter les choses, il avait donc un peu d'espoir…

« Rien ne m'oblige à t'en parler, Ichigo. »

Le jeune homme fronça les sourcils, attristé de ce début qui ne présageait rien de bon.

« Et moins tu en sais, plus tu seras en sécurité.

-Oh ? Alors le risque d'aujourd'hui c'était rien du tout ? ne put-il s'empêcher de rétorquer. Les flingues et tout le reste, c'était pour rire ? »

Peut-être n'aurait-il pas dû en rajouter autant car le visage de Sôsuke se ferma.

« Papa, tenta Ichigo en dernier recours, s'il te plaît… Je crois avoir prouvé que je ne suis plus l'enfant timide et effacé qui pleure pour rien…

-Ichigo, ce que tu as vécu n'est pas rien. Tu avais parfaitement le droit de pleurer.

-Et pourtant j'ai décidé que ne pleurerai plus pour être fort. Et je le suis. »

Aizen soupira et passa une main dans les cheveux de son fils, comme lorsqu'il était enfant. Avec un air tendre qui paraissait incongru tout à coup, il souffla :

« Oui, mais tu seras toujours mon tout petit. »

Ichigo comprit alors que la discussion serait bien plus ardue qu'il n'avait pu l'imaginer.

xOxOx

Jaggerjack n'en menait pas large. Mais juste avant de rétamer Illforte pour l'énorme faute professionnelle qu'il avait commise, il lui avait laissé le temps de s'expliquer. Et comme Aizen, il était resté bouche-bée en apprenant la prouesse d'Ichigo.

Le garde du corps parvenait difficilement à imaginer son protégé faisant preuve de la violence que décrivait Illforte. Pourtant, il ne trouvait pas ça impossible, contrairement à Aizen. Il sentait chez le jeune homme une rage latente qu'il utilisait d'ordinaire pour aider les autres, et il fallait bien que ça explose un jour. Mais de là à être capable d'être violent au point d'envoyer un homme dans le coma ?

C'était impossible.

L'homme se défoulait dans la salle de sport d'un des sous-sols, attendant de pouvoir enfin voir Ichigo. Sôsuke avait été très clair quant aux visites : seulement lui et Syazel. C'était la punition de Grimmjow pour son subalterne qui n'avait pas bien fait son travail.

Le fauve rageait. Il fulminait, il bouillonnait de l'intérieur. Et le sac en face de lui prenait tout de plein fouet. Mais à chaque coup porté avec toute sa colère, avec tout son dégoût de lui-même face à son impuissance, Grimmjow ne se sentait pas mieux. Au contraire. Il retournait à cet état d'impuissance de quand il était jeune. Prêt à en découdre avec le Ciel mais bien incapable d'en supporter la foudre.

Aizen avait été si impitoyable. Jamais il n'avait fait peur à Jaggerjack, ce jour-là il avait été terrifié. Quand on lui avait annoncé qu'Ichigo était blessé, il s'était précipité auprès de lui et quand il avait vu que Syazel s'en occupait bien, avait réclamé des comptes auprès d'Illforte.

Une fois le rapport terminé, Aizen lui avait annoncé qu'il pouvait préparer ses valises et quitter la ville. Une fois Illforte parti, il avait ordonné à Nnoitra de l'exécuter dans une semaine. Grimmjow n'avait rien pu dire, de toute manière, pourquoi s'interposer ? Mais le calme, cette attitude parfaitement maîtrisée et ce sourire délicatement esquissé alors qu'il parlait de l'exécution d'un de ses hommes… La pièce tremblait presque sous la pulsion de toute la superbe de l'empereur Aizen.

Grimmjow aussi s'était vu passer un savon. Mais il aurait amplement préféré qu'Aizen l'insulte d'imbécile et le rabaisse plutôt que de simplement le regarder comme si le fauve qu'il avait recueilli n'était en fait qu'un chaton inutile. L'homme avait bien le pouvoir de détruire les gens juste en les regardant…

Et la punition ultime, je t'interdis d'approcher de mon fils pour le moment.

Jaggerjack avait la furieuse envie de tout détruire. Il avait déjà bien commencé du reste. Lui qui avait tout fait pour garder un peu de distance avec Ichigo justement à cause de ce qu'il éprouvait pour lui, juste pour essayer de ne pas trop l'étouffer alors qu'il devait retrouver un garde du corps toute la journée ! Alors qu'il croyait bien faire en mettant de la distance, Aizen le traitait ainsi ?

Le pire… Le pire avait été le regard d'Ichigo. Lui en voulait-il de l'avoir laissé tomber ? Etait-ce bien ce qu'il avait lu dans les yeux d'ambre brillant de douleur ? Etait-il responsable de ça ?

Les regards effrayants d'Aizen n'étaient rien comparés à la douleur de se dire qu'Ichigo lui en voudrait. Ichigo était tout son univers ! Il était son frère, son ami et il l'aimait plus encore que tout ça. Et en essayant de ne pas vendre la mèche, en voulant garder encore de la distance, il avait causé plus de mal encore.

C'était son cv. Grimmjow Jaggerjack, survivant. Tendance à détruire ce qu'il aime.

« PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ! hurla-t-il finalement en assénant un nouveau coup. Putain putain putain… »

Un raclement de gorge le tira de son marasme intérieur. Il s'apprêtait à crier sur l'importun mais son visage passa de la plus grande brutalité à un air angoissé.

« Berry ! »

Sôsuke pouvait lui interdire de monter mais il ne pouvait pas empêcher son fils de descendre, visiblement.

« Grimm… »

Ichigo se tenait en appui sur sa béquille. Il avait l'air exténué mais semblait se porter plutôt bien sinon. Grimmjow l'aida à s'asseoir avec des gestes qui se voulaient doux mais trahissaient sa nervosité. Il ne tint pas deux secondes avant d'enlacer Ichigo en murmurant toutes les excuses du monde. Cela alla des « j'suis trop con j'aurais pas dû te laisser avec l'autre » au « je les tuerai tous » en passant par le mythique « j'ai tellement eu peur pour toi ».

Le jeune homme ne dit rien, répondant à l'étreinte étouffante. Quand il put enfin en placer une, ce fut simplement pour dire avec un sourire triste :

« Je ne t'en veux pas. »

Et ces mots furent comme une illumination pour Grimmjow. Si Berry, son si cher Berry, lui pardonnait d'être aussi nul, d'être ce fauve qui ne sème que destruction et est incapable d'aimer sans casser l'objet de son affection, alors il n'avait besoin de rien d'autre.

« Je t'aime tellement, Berry, putain… »

Si Ichigo prit ça pour une déclaration d'amour non fraternel, il n'en montra rien. Et sa réponse, ignorante de sa portée, déchira le cœur du plus âgé.

« Moi aussi, Grimm, moi aussi. »

Et agenouillé devant celui qui le domptait, le fauve étouffa la douleur qui l'étreignait.

xOxOx

Il devait être 20 heures maintenant. Aizen, Grimmjow et Ichigo étaient toujours au siège d'Aizen Corporation. Les deux premiers méditaient sur la marche à suivre avant de retourner au manoir. Ichigo, vite exclu des conversations, avait compris qu'on discutait de l'incident de l'après-midi, incident qui avait de nombreuses implications, et ne rien savoir de la situation l'agaçait prodigieusement.

Il avait essayé de parler à Grimmjow mais ce dernier ne cachait pas le fait qu'il ne pouvait rien dire. Et que s'il avait pu il n'aurait rien dit aussi. Pour la même raison aussi stupide que celle de son père pour te protéger.

Alors, seul dans un bureau, le jeune homme ruminait. Il était juste en face de celui de son père et pouvait discerner la gestuelle des corps à travers le verre brouillé. La discussion était animée et les éclats de voix, incompréhensibles, étaient également un bon indicateur.

Il était tranquillement occupé à s'énerver contre son père quand Gin traversa le couloir à pleine vitesse et entra dans le bureau sans frapper.

« Aizen ! Hinamori vient de m'appeler pour me dire qu'il y a une urgence extrême au manoir ! »

Aizen se redressa, alerte. Il ne se précipita pas pour autant, demandant plus de détails.

« Un homme du clan de Ginjou, il semblerait, est venu au manoir. Il était armé et transportait presque 1kg de drogue dans un sac. »

Aizen ne put s'empêcher d'adopter un air étonné. Quel était ce cirque ?

« Hinamori lui a ouvert, croyant que c'était un invité. »

Le chef d'entreprise haussa un sourcil.

« L'homme l'a menacée, elle l'a tué. »

De nouveaux problèmes en perspective. Si un meurtre avait lieu chez lui, même en état de légitime défense, la police rappliquerait et… Aizen réalisa tout à coup quelque chose.

-Gin… Le meurtre d'une mule de Ginjou dans mon manoir. C'est un coup monté ?

-Je vais voir avec mon indic' à la police, Aizen. Mais sûrement. »

Gin sortait déjà son téléphone.

« Je vous rappelle quand j'aurais des infos ?

-Oui, nous devons rentrer au manoir. »

Kisuke Urahara rêvait de faire tomber les Aizen depuis une éternité, avec un cas pareil, il avait la voie royale pour s'inviter chez lui et en découvrir un peu plus. Mais cela ne lui serait pas très utile pour savoir ses affaires, une perquisition au siège d'Aizen Corp. Serait bien plus intéressante.

A moins que… Aurait-il découvert l'existence d'Ichigo ?

Son regard tomba sur son fils qui se tenait dans l'encadrement de la porte, bien décidé à rentrer avec son père.

Il ne fallait surtout pas que Kisuke sache.


So, la suite suivra directement ce chapitre et sera beaucoup plus longue avec tout plein d'infos!
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez!