II
Club privé
Note de l'auteur : Un chapitre 2 sur un ton très humoristique. J'avais envie de rigoler. Bonne lecture!
Le transport des membres d'équipage qui voulaient descendre sur la base s'était déroulé sans encombre. J'allais pouvoir enfin rejoindre Spock. Nous nous étions donné rendez-vous dans un restaurant qui servait des spécialités vulcaines. J'avais envie de lui faire plaisir, ainsi qu'à T'Prylla qui souhaitait déjeuner avec nous. J'avais ensuite pour projet de retrouver Bones et Scotty, dans un bar, histoire de se détendre un peu.
Mon compagnon et sa cousine étaient déjà attablés quand j'arrivai sur place. Dans l'établissement, décoré sobrement mais avec goût, régnait un calme reposant par rapport à l'agitation du vaisseau. Des compatriotes de Spock composaient la majorité des clients, mais je repérai tout de même deux ou trois Terriens qui devaient certainement travailler dans le centre de recherches scientifiques. Je pris place en face de mon mari. Le Commodore était assise à sa droite.
« Tu m'as manqué, là-haut. Dès que j'ai prononcé le mot « permission », j'ai eu l'impression de me retrouver au milieu d'une colonie de vacances. » Pensai-je, en souriant.
Spock se contenta de lever les yeux au ciel. Un léger rire m'échappa. T'Prylla ne sembla pas offensée de ne pas être intégrée à notre échange, ce qui me changea de Leonard qui avait tendance à se vexer dans ce genre de situation.
« Pour mon peuple, c'est tout à fait normal. » Me précisa mon compagnon.
J'hochai simplement la tête, pour lui signifier que j'avais compris et m'emparai de la carte. Elle était multilingue, ce n'était pas le problème. Seulement, le seul plat dont je reconnus le nom, fut la soupe de plomeeks et réitérer l'expérience ne me tenta pas du tout.
« Aide-moi à ne pas paraître ridicule devant notre hôte, s'il te plaît. Conseil-moi quelque chose que j'ai des chances d'aimer. » Demandai-je silencieusement à Spock, l'air de rien.
« Choisis le Pok tar. Ça devrait te plaire. » Me répondit-il.
Je suivis son conseil et nous passâmes commande.
« Avez-vous pu commencer à examiner la sonde ? » Questionnai-je T'Prylla.
« Pas encore. Nous avons eu une longue discussion. J'étais intrigué par votre couple atypique. Vous formez la deuxième union vulcano-humaine et le hasard a voulu que ce soit avec le fruit de la première. La vie est bien ironique, parfois. Spock m'a parlé de votre complémentarité particulière. »
« Cela nous sert dans notre travail. N'en déplaise aux mauvaises langues qui pensaient que nous serions incapables de rester efficaces, car trop impliqués émotionnellement. Mais, il s'avère que nous prenons de bien meilleures décisions à deux. Je suis parfois… »
Mon compagnon me lança un regard ironique, sachant déjà ce que j'allais dire.
« … souvent trop impulsif. Spock me tempère. Mon instinct, couplé à sa logique, nous ont déjà sorti de bien des situations à première vu inextricables. » Lui expliquai-je.
« Je n'en doute pas. Vous êtes différent des humains que j'ai eu l'occasion de côtoyer. Vous semblez avoir… absorbé notre culture. Puisque je dois travailler au contact de vos semblables, je peux vous affirmer que nombre d'entre eux, au mieux, nous acceptent comme nous sommes, au pire, nous tolèrent. Mais, aucun ne nous comprend. Des liens, autre que professionnels, ne sont pas envisageables. Mais, vous deux avez réussi l'exploit de vous adapter l'un à l'autre. C'est remarquable. » Dit-elle, sur un ton très scientifique.
Mais, son avis était positif et, en ce qui me concernait, c'était le principal.
« J'aime bien ta cousine. » Pensai-je, sincèrement.
« Il me semble que c'est réciproque. » Me répondit Spock.
Et j'en fus soulagé.
…
Après un repas agréable, nous laissâmes T'Prylla à son travail, pour aller retrouver Bones et Scotty. Ils m'avaient indiqué un bar, non loin du restaurant d'où nous sortîmes. Le couloir que nous empruntâmes se trouvait sur la bordure extérieure de la base. Le mur de droite était donc une immense baie vitrée qui donnait sur l'espace. Une vue imprenable. C'est en observant l'Enterprise dans son spatio-dock, que je remarquai un vaisseau Klingon amarré juste à côté. Tout en avançant, je me fis la réflexion qu'il risquait d'y avoir certaines tensions entre mon équipage et le leur et en eus rapidement la confirmation. Arrivés à proximité du pub, des éclats de voix nous parvinrent. Un groupe de curieux s'était formé devant l'entrée et je jouai des coudes pour nous ouvrir un passage. Devant le spectacle qui s'offrit à nous, j'eus juste envie de disparaître dans un trou. Mes hommes en étaient venus aux mains avec des Klingons. Pas besoin d'être devin pour déduire que certains mots avaient dû être échangés jusqu'à ce que la situation s'envenime. Dans la cohue, je repérai Bones qui ceinturait un Scotty hors de lui, dans une tentative vaine de le calmer. Ils commençaient à s'en prendre au mobilier, je devais y mettre un terme.
Je m'avançai au milieu du chaos, d'un pas décidé, Spock me suivant de près. J'allais ouvrir la bouche, pour essayer de ramener le calme, quand Chekov, qui ne m'avait pas encore remarqué, trop fixé sur son objectif, se précipita sur un Klingon, armé d'une bouteille d'un alcool quelconque dans l'intention manifeste de lui briser sur le crâne. En m'apercevant enfin, de surprise, il trébucha et m'envoya une bonne rasade de liquide ambré au visage.
« Aye yai yai ! Désolé Keptin ! » S'écria-t-il, en s'emparant d'une serviette en papier qui trainait sur une table. Il se mit en tête de m'essuyer le visage. Je la lui arrachai des mains pour le faire moi-même.
Un…deux…trois.
« Avez-vous tous perdu l'esprit ?! » Hurlai-je, par-dessus le vacarme.
Cela eut pour effet de calmer instantanément l'ambiance.
« Monsieur Scott, je vous avais chargé de faire en sorte que tout se passe bien. Vous avez une explication ? » Demandai-je à mon ingénieur.
« Ce sont eux, Capitaine. » Accusa-t-il, en pointant les Klingons du doigt. « Ils ont commencé par vous insulter. Ils ont dit que vous n'étiez qu'une lavette, un dictateur, un fanfaron qui se prend pour un dieu. »
« C'est tout ? »
« Non, monsieur. Ils vous ont comparé à une larve. Ces espèces de chenilles à poils bleus. » Ajouta-t-il.
« Je vois. »
« Et puis, ils ont dit que… »
« C'est bon Scotty, j'ai compris. »
« Bien, monsieur. »
« C'est donc après qu'ils m'aient insulté que vous les avez frappé. » Déduis-je.
« Non, Capitaine. » Répondit-il, l'air gêné.
Je le regardai d'un air mi-vexé, mi-interrogateur.
« Non ? »
« Non. Je n'ai rien dis. Vous nous aviez ordonné d'éviter les ennuis. » Se justifia-t-il.
« Oui, c'est vrai. » Acquiesçai-je.
« D'ailleurs, il n'y avait pas de quoi en faire un drame. À notre âge, on n'est pas assez bête pour être choqué par de petites insultes. »
J'essayai vraiment de ne pas le prendre mal.
« Quoi ? C'est vrai non ? » Dit-il, devant mon expression déconfite.
« Et qu'ont-ils fait, pour que vous montiez sur vos grands chevaux ? »
« Ils ont osé dire que l'Enterprise était une poubelle, monsieur ! » S'écria-t-il, scandalisé.
« Je vois… » Répondis-je, à deux doigts de m'énerver pour de bon. « Et, c'est alors que vous en êtes venus aux mains ? »
« Oui, monsieur. » Affirma-t-il, visiblement fier de lui.
« Vous vous êtes battus avec les Klingons parce qu'ils avaient insulté l'Enterprise, et non parce qu'ils avaient dit de moi… »
« Eh bien, Capitaine, c'est une question de fierté ! »
« Hum hum. » Grognai-je.
« Qu'est-ce qui se passe ici ? » Intervint une voix tonitruante.
« À qui ai-je l'honneur ? » Demandai-je, en me tournant vers l'individu.
« Capitaine Koloth. Et vous êtes le Capitaine Kirk, si je ne m'abuse. »
« C'est exact. Vos hommes ont délibérément provoqué les miens. Ils se sont donc défendus. J'étais en train de mettre un terme à l'altercation. » Lui expliquai-je.
Il sembla contrarié par la situation.
« Sortez ! Tous ! Je ne veux plus vous voir ! » Cria-t-il à ses subalternes.
Ils disparurent bien vite, sans demander leurs restes.
« Je ne m'excuserai pas pour leur comportement. Chacun a le droit d'exprimer son opinion. Si votre équipage ne sait pas se tenir… » Dit-il, en ramassant une chaise renversée pour s'attabler.
Il était accompagné de deux Klingonnes qui s'assirent avec lui.
Respirer. Ne pas perdre mon calme. Garder le contrôle de mes émotions. Spock chercha mes doigts et les caressa des siens, m'apaisa.
« Ne réponds pas à ses provocations. »
« J'étais venu ici pour me détendre et voilà le résultat. Il vaut mieux essayer d'instaurer une entente cordiale. »
Je m'installai donc en face du Klingon, imité par mon compagnon. S'il parut étonné, il accepta tout de même la proposition silencieuse d'entamer une conversation. Bones, Scotty et Chekov nous rejoignirent, décidé à faire front avec moi, si nécessaire. Les autres préférèrent s'éclipser. Un serveur s'empressa de nous apporter des boissons. Je n'avais jamais été spécialement attiré par leur espèce. Leur faciès buriné, comme sculpté par un artiste épileptique, manchot et imbibé l'alcool, ne m'avait jamais inspiré confiance. Mais, je dus avouer que les deux femmes avaient un charme certain, des traits plus doux et des yeux saisissants. Leur ressemblance était frappante. Interceptant mon regard curieux, Koloth me les présenta.
« Voici Keelia, mon premier officier, officier scientifique et épouse. Et Miria, sa sœur, un de mes navigateurs. »
Je le fixai, surpris. Mon ingénieur camoufla un gloussement dans une quinte de toux, Bones sembla trouver tout à coup le plafond fascinant et le jeune Russe plongea le nez dans son verre.
« Nous n'avons donc plus qu'à former un club privé. » Ironisai-je.
« Lequel ? » S'interrogea le Klingon.
« Celui des Capitaines qui se marient avec leur commandant en second. Pour l'instant nous ne sommes que deux membres, mais je suis sûr qu'il y aura très vite d'autres candidats. »
Le regard de Koloth passa de moi à Spock, durant de longues secondes. Puis, il éclata de rire, en tapant du poing sur la table, fit trembler les verres. Au moins, la glace était brisée. Nous allions pouvoir passer l'éponge sur l'altercation et repartir sur de meilleures bases. Du moins, je l'espérais.
