IV
Pas sans toi
Note de l'auteur : Chapitre 4, où l'intrigue avance, où Sinak mérite encore des gifles, où Miria ne perd pas de vu son objectif, où on sent venir les emmerdes à 3 km et où Spock va vous faire pleurer. Bonne lecture et merci pour vos reviews!
Je poussai la porte de l'hôtel à la volée et me précipitai dans la galerie. La plupart des commerces étaient fermés à présent, mais il y avait encore du monde. Nous nous mîmes à courir en zigzaguant entre les passants. Beaucoup se retournèrent sur notre passage, intrigués par notre comportement. Spock passa devant, ouvrant la route vers notre destination. Je le suivis tant bien que mal, mais il me devança rapidement. Quand il s'en rendit compte, il ralentit sa foulée et tourna la tête vers moi.
« Cours ! » Lui criai-je, à une dizaine de mètres derrière lui. « Tu iras bien plus vite seul. »
Il revint sur ses pas, agrippa ma main et me tira à lui, puis se remit à sprinter, mais à un rythme plus adapté au mien, sans lâcher mes doigts, sous les regards éberlués des personnes que nous manquâmes de bousculer sur notre passage.
« Jamais sans toi. » Pensa-t-il furtivement, et ce fut comme si des ailes me poussaient dans le dos.
Nous bifurquâmes brusquement à droite, dérapâmes sur le carrelage poli, repassâmes en toute hâte devant le bar et le restaurant qui nous avaient accueillis quelques heures plus tôt, jusqu'à enfin tomber sur un ascenseur. Spock écrasa le bouton d'appel en s'arrêtant juste avant de percuter le mur. Je me rattrapai à son épaule, pour m'éviter le même sort. Les portes s'ouvrirent après d'interminables secondes. Nous pénétrâmes dans la cabine précipitamment et je demandai le niveau des laboratoires. Je profitai de l'accalmie pour reprendre mon souffle, puis volai un baiser à Spock, alors que l'adrénaline se distillait dans mon sang. Il avait raison quand il disait que j'étais accro à l'action. Je ne vivais que pour ces moments et ceux où nos corps et nos esprits se fondaient l'un dans l'autre.
Une fois à l'étage indiqué, nous marchâmes rapidement dans l'environnement aseptisé, jetant un œil derrière chaque vitre pour voir si T'Prylla s'y trouvait. Nous l'aperçûmes enfin, penchée sur un microscope, malheureusement assistée par Sinak. À la vue du Vulcain, une montée de violence me serra la gorge. Mais, l'urgence de la situation reprit bien vite le dessus. Nous entrâmes dans la pièce, sans même prendre la peine de frapper. Ils relevèrent en même temps la tête vers nous, ainsi que d'autres de leurs congénères présents sur les différents postes de travail.
« Que se passe-t-il ? » Demanda-t-elle, à la vue de mon front en sueur.
« Une tempête ionique, gigantesque, qui fonce droit sur nous. Mon ingénieur en chef l'a détectée sur nos radars. » L'informai-je précipitamment.
Elle ne paniqua pas, évidemment, mais la pointe d'inquiétude qui s'alluma brièvement dans son regard ne m'échappa pas.
« Je dois m'entretenir avec mes officiers, dans moins d'une heure. Joignez-vous à nous. Nous allons vous aider à gérer cette crise. Il n'y a pas que des Vulcains sur cette base et les réactions de certaines personnes risquent d'être incontrôlables. »
Sinak sembla ouvertement contrarié, ce qui était surprenant, même si je me gardai bien de faire le moindre commentaire.
« Le Commodore n'a pas besoin de l'assistance de pauvres humains incapables de se tenir. » Cracha-t-il dans notre direction.
« Je sais aussi m'exprimer par moi-même. » Répliqua T'Prylla. « Votre proposition est la bienvenue, Capitaine. Je vous suis. » Ajouta-t-elle, en se dirigeant vers la sortie.
Nous lui emboîtâmes le pas, mais juste avant de quitter le laboratoire, je me tournai vers l'énergumène qui s'était de nouveau permis de nous insulter.
« Faites attention, Sinak. J'arrive à voir vos émotions sur votre visage. »
Il ouvrit la bouche pour me répondre, mais je lui claquai la porte au nez avec contentement. En repassant devant la vitre, je pus apercevoir son expression honteuse, sous les regards réprobateurs de ses pairs.
« Bien envoyé. » Pensa Spock, alors que nous prenions tous les trois l'ascenseur.
…
Une fois attablés dans le bar bondé, nous attendîmes patiemment mon ingénieur et mon médecin en chef, en discutant de la situation et des mesures à prendre, dans un coin un peu à l'écart. Les portes s'ouvrirent soudainement sur Koloth, sa femme et sa belle-sœur. Je les avais quelque peu oublié et me fis la réflexion que ce serait peut-être une bonne chose de les mettre au courant, pour qu'il puisse gérer leurs hommes. J'échangeai une brève œillade avec Spock qui hocha simplement la tête.
« Koloth ! » L'interpellai-je.
Il vint vers nous, avec les deux femmes, et je les invitai à s'asseoir. J'eus juste le temps de leur faire un résumé de la situation, avant que Scotty et Bones ne débarquent, pile à l'heure, et étonnement accompagnés de Chekov. Après m'avoir expliqué qu'ils étaient tombés sur lui par hasard et qu'il avait insisté pour venir, ils prirent place tous les trois à notre table. Dire que nous formions une réunion des plus étranges était un euphémisme. Quatre Terriens, deux Vulcains et trois Klingons entrent dans un bar… on eut dit le début d'une blague. Mais l'heure n'était pas à la plaisanterie et l'Écossais nous fit rapidement un topo sur les informations qu'il avait récoltées à bord du vaisseau. Cela ne s'annonçait pas bien du tout. D'après ses calculs, dans un peu moins de 120 minutes, la tempête allait nous frapper de plein fouet, sans que nous ayons la moindre chance de nous en protéger. Bien sûr, la base était équipée de boucliers, en cas d'attaque, mais si les lever devrait quelque peu limiter les dégâts, ils seraient tout de même considérables. Il n'y avait pas réellement de moyens efficaces de se prémunir de ce genre de phénomène magnétique. Nous n'avions plus qu'à faire en sorte que chacun se mette à l'abri, dans un endroit sûr, et à prier pour qu'on s'en sorte à peu près indemne. L'orage approchait à plusieurs milliers de kilomètres-heures, rendant toute évacuation impossible. Même s'il y avait assez de navettes de secours, elles n'étaient pas équipées pour la vitesse de distorsion, seraient rattrapés en peu de temps par la tempête et ne nous pouvions pas embarquer tout le monde sur nos vaisseaux. Autant se suicider. Nous allions devoir la jouer fine, pour éviter tout mouvement de panique, réussir à les convaincre qu'ils seraient plus en sécurité sur la base. Les Vulcains devraient être facilement gérables et Koloth saurait se faire obéir. C'était pour les membres de ma propre espèce que j'avais peur. Pas spécialement pour ceux qui travaillaient ici, quand on vit longtemps dans l'espace on finit par développer un certain sang-froid. C'étaient les voyageurs qui m'inquiétaient le plus. La base stellaire 8 était très prisée des touristes, grâce aux nombreuses infrastructures et aux hôtels de luxe qui finançaient le centre de recherche. La plupart de ces gens vivaient sur Terre le reste du temps, économisant le reste de l'année pour pouvoir se payer un peu de détente dans des lieux exotiques et dépaysants. En d'autres termes, des civils. Sans aucune formation, ni aucun recul. J'arguai donc le fait qu'il serait probablement beaucoup plus simple si chacun s'occupait des siens. Décision qui fut approuvée rapidement.
Nous nous répartîmes donc les tâches. T'Prylla nous quitta pour retourner au labo, pour renvoyer les hommes sous ses ordres – autant Vulcains que Terriens, elle avait beaucoup insisté là-dessus – dans leurs quartiers, pour qu'ils n'en sortent plus jusqu'à ce que le pire soit passé. Koloth finit par s'éclipser également, pour réunir son équipage et organiser son hébergement dans un des nombreux hôtels. Juste avant de partir, Miria se pencha sur l'oreille de Chekov pour lui murmurer quelque chose d'inintelligible qui le fit rougir d'une manière que je qualifierais d'adorable. On pouvait dire qu'elle ne perdait pas le Nord celle-là. Pour notre part, nous avions du pain sur la planche. Je chargeai Bones, Scotty et Pavel quand il reprit ses esprits, de regrouper le reste du personnel de bord et de confier la responsabilité d'un certain nombre de civils à chacun. Nous ne serions pas trop de 400 pour maîtriser plusieurs milliers de touristes, femmes et enfants compris. Le but étant de les raccompagner calmement dans leurs chambres et de bien vérifier qu'ils s'y enferment pour la nuit, pour ceux qui n'y seraient pas. L'heure nous faciliterait la tâche, puisque beaucoup d'entre eux devaient déjà dormir, la nuit étant déjà bien avancée.
« Et vous ? Qu'allez-vous faire ? » Nous demanda Bones.
« Spock et moi allons remonter sur l'Enterprise. »
« Ce n'est pas prudent, Capitaine. Dans très peu de temps, les téléporteurs vont commencer à déconner. » Répliqua Scotty.
« Et d'ici demain ils seront probablement hors-service. C'est donc notre seul créneau pour glaner le plus d'informations possible dans l'ordinateur de bord et pour descendre le maximum de matériel qui pourrait nous servir. Nous ne pouvons pas compter uniquement sur l'équipement de la base et prier pour qu'il fonctionne encore d'ici que la tempête passe. Je comptais également envoyer un message subspatial à Starfleet, tant que les communications sont opérationnelles, pour qu'ils nous portent assistance si nous venions à réellement nous retrouver bloqués ici, sans aucun moyen de repartir, même si j'espère ne pas en arriver là. Nous devrons pallier à d'éventuelles pénuries, si les synthétiseurs de nourriture nous lâchent et nous ne pourrons pas tenir éternellement. Je sais que je dresse un tableau très noir, mais autant être paré au pire. »
« Essayez de faire vite, dans ce cas, Jim. Je n'ai pas envie de vous savoir prisonnier du vaisseau alors que l'ampleur de l'orage annonce un risque qu'il soit carrément détruit, comme c'est déjà arrivé par le passé. » Répondit Leonard.
« Ne parlez pas d'un tel malheur ! » S'écria Scotty. « L'Enterprise en mille morceaux flottant dans le vide intersidéral, quelle vision cauchemardesque ! »
Nous lui lançâmes, tous les quatre, un regard offusqué.
« Et il serait bien sûr regrettable de vous perdre également dans l'explosion. » Ajouta-t-il précipitamment.
« Regrettable ? » Répétai-je ironiquement, en levant les yeux au ciel.
Pour toute réponse, il haussa les épaules, d'un air désolé.
« Bref, vous savez ce que vous avez à faire. On reste en contact tant que c'est possible, avec nos communicateurs. Je veux des nouvelles de vous trois, toutes les demi-heures, pour connaître l'avancée de l'opération. Pour ma part, je vous préviendrai dès que nous serons de nouveau sur la base. Rompez. »
…
Spock et moi nous dirigeâmes vers l'aire de téléportation d'un pas pressé. Je savais que cette idée puait les ennuis à plein nez, je n'étais pas stupide. Mon compagnon aussi, même s'il ne tenta pas de m'en dissuader, sachant que c'était inutile. Ce que nous allions faire allait peut-être déterminer la survie de tous les occupants de la station dans un avenir proche, ça en valait la peine. À deux, réunir tout le matériel que je comptais embarquer, nous prendrait une bonne heure, mais je ne voulais mettre personne d'autre en danger. Dans l'idéal, j'y serais allé seul, mais un certain Vulcain de ma connaissance aurait été capable de se menotter à moi pour être sûr de m'accompagner. Je n'avais donc même pas pris la peine d'essayer de le convaincre.
« Et tu as bien fait. Cela aurait été une perte de temps. » Pensa-t-il, en suivant le cours de mes réflexions, tout en entrant les coordonnées du vaisseau dans l'ordinateur de la base. « Je n'ai émis aucune objection, car je suis d'accord avec toi sur le principe. Mais, ne crois pas une seule seconde que tu aurais pu me laisser derrière. »
Un sourire se dessina sur mes lèvres, alors qu'il me rejoignait sur les plots de téléportation. Parfois, je me demandais jusqu'où il serait prêt à aller pour moi et cela m'effrayait un peu.
« Tu n'as pas à avoir peur. Parce que tu ferais la même chose pour moi. C'est ce qui fait la force du lien qui nous unit. L'abnégation totale et absolue. »
« Quitte à te faire passer avant tout le reste ? Le serment que j'ai prêté quand je suis devenu Capitaine, l'équipage ? »
« Tu ne ferais jamais une chose pareille. Tu es quelqu'un d'intègre. » Répliqua-t-il, alors que nous disparaissions pour nous matérialiser dans la salle de transport de l'Enterprise sans encombre.
« Pourtant, parfois, je me rends compte que je laisserai brûler le reste de l'univers si ça pouvait te sauver la vie. Quand je suis…mort, je sais que tu m'as menti. Je ne t'en ai jamais reparlé, parce que cette promesse que tu m'as faite n'avait plus lieu d'être. Mais, tu ne comptais pas continuer sans moi, je l'ai compris. » Pensai-je sans oser le regarder dans les yeux.
Il prit tendrement mon visage dans ses mains pour m'obliger à soutenir son regard.
« Si tu sautes, je saute. » Affirma-t-il à voix haute. « Voilà jusqu'où j'irai pour toi. Là où tu nous mèneras, même si c'est à une mort certaine. Du moment que tu penses que ça en vaut la peine, je serai toujours à tes côtés, comme une ombre. Tu seras ma lumière sur cette route et si un jour tu t'éteins, je refuse simplement de continuer à avancer dans l'obscurité. Mon chemin jusqu'à toi n'a été que blessure. Nous sommes tous les deux biens abîmés par la vie et j'ai parfois l'impression que tu es le seul à me comprendre. Je suis, et je resterai l'enfant de deux mondes, Jim. Je ne serai jamais ni totalement l'un des leurs, ni totalement l'un des vôtres. Je n'ai ma place nulle part. »
« C'est d'avoir revu l'autre abruti qui t'a remis ces idées stupides en tête ? » Répliquai-je.
« Sinak n'a rien à voir là-dedans. Ces pensées ne m'ont jamais quitté. Elles sont mon fardeau depuis que je me suis aperçu que je n'étais pas comme eux. Et crois-moi, ils me l'ont bien fait comprendre. Le souvenir que je t'ai montré n'en est qu'un parmi des centaines. »
« Ta place est avec moi, Spock. Tu n'as plus à la chercher ailleurs. » Lui assurai-je, en caressant sa joue.
« Je le sais et j'en suis plus heureux chaque jour qui passe. Mais, si demain tu n'es plus, je ne pourrais pas retourner à cette existence vide de sens, d'âme errante en quête d'un foyer. Je ne le supporterai pas. Accepte-le, simplement. De mon côté, je sais très bien que c'est de ça dont tu as parlé avec l'autre moi. Même si je ne t'ai jamais questionné, comme tu le souhaitais. Je suis conscient de ton besoin d'être rassuré, que voir qu'il y avait survécu a dû te faire penser qu'il en serait de même pour moi. Puis, tu t'es aperçu qu'il n'était qu'une coquille vide, qui n'avait aucune honte à extérioriser son humanité parce que ça lui rappelait qu'il avait été aimé par son Jim Kirk. Tu as regardé mon avenir dans les yeux et tu l'as refusé. Ce souvenir empoisonne ton subconscient depuis des mois. Même si tu es dans le déni, moi j'arrive à le sentir, et ce, même si la découverte du Docteur McCoy, à propos de tes nouvelles capacités, a grandement apaisé tes craintes. Tu ne dois pas comprendre, mais juste accepter que je ne peux simplement pas vivre dans un monde où tu n'existerais pas. Accepter le fait que c'est aussi ton cas et le prendre pour ce que c'est réellement. À savoir, la plus belle preuve d'amour que nous puissions nous donner. » Dit-il d'une voix douce en collant son front au mien.
Je n'avais pas la force de répondre et savais qu'il avait raison. À la place, je l'embrassai comme si ma vie en dépendait. Il me rendit mon éteinte, m'accueillit dans le creux rassurant de ses bras. Puis, il me relâcha doucement. Nous avions du travail devant nous et peu de temps pour l'accomplir.
