V

Désolidarisé

Note de l'auteur : Chapitre 5 quelque peu angoissant, avec une nouveauté puisqu'il y a un passage du point de vue de Bones avec Nyota. Bonne lecture et n'oubliez pas que j'aime les happy end ;)


C'est en sueur, pour ma part, que nous arrivâmes au bout de notre tâche. Il ne nous restait plus qu'à retourner une dernière fois sur la passerelle pour récolter toutes les informations qu'aura pu regrouper l'ordinateur de bord, sur un disque, avant de redescendre enfin. Les portes du turbolift s'ouvrirent sur le pont et Spock se précipita immédiatement sur sa console. Je le suivis, au cas il aurait besoin d'aide, quand mon regard fut attiré vers l'écran principal. Ce que j'y vis me terrifia sans que je puisse me contrôler. La tempête était en vue, ce qui voulait dire que nous avions mal évalué le temps qu'il nous restait. Je me tournai vers mon compagnon qui avait relevé la tête en percevant une émotion aussi violente chez moi. Il en vint rapidement aux mêmes conclusions.

« Laisse tomber ce que tu fais, s'il y a une chance que tout ceci n'est pas servi à rien, c'est maintenant. Retournons en salle de téléportation pour commencer à envoyer le matériel à Scotty et Bones. » Dis-je urgemment.

« Tu as raison, allons-y. » Répondit-il, en revenant sur ses pas. L'ascenseur me sembla presque trop lent, jusqu'à ce qu'il s'ouvre de nouveau sur le couloir du pont G. Nous courûmes vers la pièce encombrée de toutes sortes de valises et de caissons. Je m'emparai de mon communicateur.

« Kirk à Scotty. »

« Ici Scotty, Capitaine. »

« Tenez-vous prêt, nous allons effectuer le premier envoi. »

« Reçu. »

Je fis un signe à Spock, après avoir déposé le maximum de matériel sur la plateforme. Il entra les coordonnées de la base et les différents objets disparurent. Dans la foulée, l'ingénieur me recontacta.

« Tout c'est bien déroulé. Paré pour la suite. »

« Très bien. »

Je répétai l'opération, empilant comme je le pus tout ce barda pour qu'un troisième voyage ne soit pas nécessaire. Malgré tout, il restait le dispensaire de campagne de Bones, qui n'avait de portatif que le nom, vu que la caisse faisait un bon mètre cinquante de haut, pour au moins un de large. Il contenait les modèles réduits d'à peu près tout ce que l'on pouvait trouver dans l'infirmerie, y compris un lit de camp pliable. Il y avait bien entendu un petit hôpital sur la station, mais je savais que Leonard serait rassuré d'avoir son matos sous la main en cas d'urgence. Je décidai de l'envoyer seul. À mon signal, Spock dématérialisa le tout.

« Scotty ? C'est toujours bon ? »

« Oui, Capitaine. Vous pouvez continuer. »

Mon compagnon vint me prêter main-forte pour déposer mon fardeau sur un plot. Puis, lança la procédure. La lourde boîte disparue quelques secondes puis réapparut, avant de s'évaporer pour de bon. C'était mauvais signe, nous devions nous dépêcher. Spock entra une dernière fois les coordonnées en toute hâte avant d'enclencher le retardateur. Je grimpai à mon tour sur la plateforme, en attendant qu'il me rejoigne, quand Scotty me rappela.

« Jim ! Le dernier chargement … désolidarisé en plusieurs morceaux ! … restez à b… oi qu'il arrive… »

Il y avait déjà des parasites sur la ligne et la communication fut coupée. Mais j'avais compris l'essentiel du message. Spock avait stoppé sa course à mi-chemin et me lança un regard affolé.

« Descends de là ! » Cria-t-il.

Je me jetai au sol juste à temps. Des étincelles jaillirent de la console de commande, alors que les plots émettaient un bruit des plus inquiétants. Puis, tout s'éteint brusquement. Nous étions coincés pour de bon.

« Mais au moins, nous sommes entiers. » Relativisa mon compagnon.

Base stellaire 8, point de vue du Docteur Leonard McCoy.

C'est impuissant et anxieux que j'observai Scotty tenter de joindre de nouveau Jim. J'espérai de toutes mes forces qu'il ait entendu l'avertissement. Nous attendîmes d'interminables secondes que quelque chose se passe. Fort heureusement, aucun corps déchiqueté n'apparut devant nous. Mais, cela ne changea rien au fait qu'ils étaient maintenant prisonniers d'une boîte de conserve en plein orage magnétique. Je priai pour qu'il n'y ait pas trop de dégâts, même s'il fallait être réaliste. En attendant, nous n'avions pas d'autre choix que de rejoindre le reste de l'équipage, à l'abri. Le matériel resterait entreposé dans l'aile de téléportation. Il ne serait pas mieux protégé ailleurs de toute manière. Nous reviendrions voir s'il était toujours en état de fonctionnement, une fois la tempête passée. Après avoir échangé un regard inquiet avec l'ingénieur, mais sans faire le moindre commentaire, nous nous mîmes silencieusement en route vers l'un des hôtels.

Je partageai ma modeste chambre avec Nyota, bien évidemment. C'était une femme forte, mais la situation l'angoissait grandement, comme la plupart d'entre nous. Seul un fou ne serait pas effrayé. Pour ma part, je ne savais pas grand-chose de ce genre de phénomène, mais elle, en connaissait manifestement un rayon. Et rien de ce qu'elle put m'en dire ne me rassura. Ces fronts ioniques restaient rares et assez méconnus. S'en protéger était problématique, malgré les avancées dans ce domaine. La procédure se limitait à se terrer et attendre si vous étiez sur une planète ou une base et effectuer une manœuvre d'évitement aussi vite que possible si vous vous trouviez sur un vaisseau. En d'autres termes, nous allions simplement subir notre sort, tels des enfants apeurés. Ce que je supportais difficilement.

Je pénétrai dans la pièce sobrement meublée et m'effondrai sur un fauteuil en soupirant. Nyota vint s'asseoir sur mes genoux.

« Ce pli soucieux sur ton front ne me dit rien qui vaille. » Murmura-t-elle à mon oreille.

« Jim et Spock ne sont pas redescendus. »

« Quoi ? » S'exclama-t-elle, en relevant la tête.

« Le téléporteur les a lâché avant qu'ils puissent s'en servir pour eux-mêmes. Et mon dispensaire portatif est foutu, en miettes. » Lui expliquai-je, en me laissant aller de lassitude dans le dossier.

« Il n'y a rien que l'on puisse faire ? »

« Non. À part prier pour que le vaisseau résiste bien. » Conclus-je, résigné.

« Je suis sûr qu'ils s'en sortiront, comme toujours. » Dit-elle, rassurante, en se blottissant comme moi.

« J'espère. » Soupirai-je, en l'encerclant de mes bras.

Je passai ma main derrière sa tête et fis glisser l'élastique de sa queue-de-cheval. Ses cheveux noirs s'écoulèrent comme de l'encre, entre mes doigts, avant de cascader sur ses fines épaules. J'adorai les sentir me chatouiller le visage quand je l'embrassais. J'happai ses lèvres puis me relevai pour la porter jusqu'au lit et l'y déposai en douceur, avant de me pencher sur elle. La robe de son uniforme remonta sur le haut de ses cuisses fuselées et je tirai dessus pour la lui retirer complètement. Sa peau foncée contrastait avec le blanc immaculé des sous-vêtements qu'elle avait décidé de porter ce jour-là. Et je la trouvai magnifique, alors que je me perdais dans la chaleur de son corps, passionnément, tandis que dehors, l'orage approchait.

Nous nous étions quelque peu assoupis, quand les couinements paniqués du tribble de Jim me réveillèrent en sursaut. L'animal s'agitait dans sa cage. Je repoussai le drap et me levai pour aller le chercher, puis le calai contre mon torse nu en retournant me coucher. Nyota tendit la main pour l'installer sur un oreiller, entre nous deux, et le caressa pour l'apaiser. Une légère secousse fit trembler les murs. La tempête venait de frapper la base. Nous nous serrâmes un peu plus l'un contre l'autre.

USS Enterprise, point de vue du Capitaine James T. Kirk.

Nous nous étions réfugiés dans les quartiers de Spock. Le seul endroit où je me sentais un tant soit peu en sécurité, même si techniquement, ils n'offraient rien de plus que les autres pièces. Nous étions blottis sur son lit, alors que le vaisseau était ébranlé. Les cloisons vibrèrent de manière inquiétante, des livres tombèrent de sa bibliothèque personnelle. Cela me rappela les tremblements de terre qui secouaient parfois San Francisco.

« Vous en avez sur Vulcain ? » Lui demandai-je silencieusement, pour me changer les idées.

« Comme sur la plupart des planètes de classe M, oui. »

« Tu as donc un peu l'habitude, toi aussi. Je n'ai jamais aimé ça. Je sais que là ça n'a pas grand-chose à voir, mais les sensations sont sensiblement les mêmes. »

« Ça va passer. » Répondit-il simplement, en me serrant un peu plus contre lui.

Ce n'est qu'un peu moins d'une heure après, que tout redevint calme. Entre-temps, les lumières s'étaient éteintes, passant sur l'éclairage de secours. Divers objets jonchaient le sol, mais le rangement serait pour plus tard. Nous devions avant tout lancer un diagnostic complet du vaisseau. Spock s'assit à son bureau, moi sur un fauteuil à côté de lui. Son ordinateur semblait fonctionner, même s'il mit du temps à se remettre en marche. Mon compagnon pianota rapidement, tandis que j'attendais anxieusement les résultats, inquiet pour ma Dame de fer. Quand ses mains s'immobilisèrent subitement, je compris que quelque chose n'allait pas.

« Quoi ? »

« Le téléporteur est hors-service, comme nous le savions déjà. Les autres dégâts sont facilement réparables, comme l'éclairage… »

« Mais ? »

« Les systèmes de survie ont été endommagés. » Dit-il sombrement.

« À quel point est-ce grave ? »

« Cela fait environ 10 minutes que l'air conditionné a cessé de fonctionner. »

« Tu veux dire… »

« …que nous respirons nos dernières réserves d'oxygène. À deux, dans un vaisseau prévu pour plus de 400 membres d'équipage, il nous reste… » Il calcula mentalement. « 3,30 heures, avant que cela devienne un vrai problème. Au-delà de cette limite, nous commencerons à manquer d'air. »

« Les navettes sont-elles opérationnelles ? » Demandai-je, en cherchant une solution.

« Une seule semble encore en état. Mais, je ne pourrai confirmer que nous pouvons l'utiliser qu'en me rendant sur place. » M'apprit-il.

« Ce n'est pas comme si nous avions d'autres options. » Dis-je en me levant. « Nous devons trouver un moyen de sortir d'ici. »

Je me précipitai dans le couloir. Mais, Spock me rattrapa par l'épaule et m'obligea à m'arrêter.

« Ne cours pas. Nous allons marcher vite, mais faire en sorte de respirer le plus calmement possible. »

« Tu as raison. Nous devons économiser l'oxygène. » Répondis-je, en reprenant ma route vers le turbolift beaucoup plus lentement, malgré mon agitation, et priai pour que cette navette puisse nous ramener sur la base.