VI

Espoir

Note de l'auteur : Espoir et désespoir dans ce chapitre 6. Bonne lecture et merci pour vos reviews!


Le chemin jusqu'au hangar me parut interminable. M'efforcer d'avancer à un rythme tranquille alors que le temps nous était compté me demanda un gros effort. Je m'exhortai également à respirer calmement, même si la situation me stressait énormément. Spock me tenait la main, soutien indéfectible, et je ne voulais pas, par des actes déraisonnés, mettre à mal ses statistiques sur nos chances de survie.

Nous arrivâmes enfin à destination et ouvrîmes les larges portes des docks. L'immense salle nous accueillit dans un silence assourdissant, vide de l'effervescence habituelle des allées et venues des ingénieurs. Je suivis mon compagnon jusqu'à la navette rescapée du désastre, dont il déverrouilla le sas, avant de s'y engouffrer prestement. Il tenta, en premier lieu, d'allumer le tableau de bord. Mais, puisque notre chance légendaire s'était définitivement fait la malle aujourd'hui, rien ne se passa. Il se glissa sous la console de commande et força le capot pour mettre le câblage à nu. Il bidouilla les circuits quelques secondes, puis les lumières s'allumèrent dans l'habitacle. Je me hâtai alors de pianoter sur l'ordinateur de bord pour vérifier l'état général du petit vaisseau, vite secondé par Spock qui s'était rapidement relevé. Les nouvelles n'étaient malheureusement pas très bonnes. Le système de gouverne en avait pris un coup et cela rendrait la navigation chaotique si nous ne trouvions pas un moyen de réparer les dégâts. Bien entendu, j'avais descendu le gros des outils avec l'attirail de Scotty tout à l'heure, ce qui nous laissait peu de matériel à notre disposition. Mais, nous allions devoir faire avec.

Base stellaire 8, point de vue du Docteur Leonard McCoy.

L'orage était passé depuis presque une demi-heure maintenant et la panique initiale commençait à se dissiper parmi les civils. La plupart d'entre nous s'occupaient d'évaluer les dégâts et de rassurer les gens. Pour ma part, je m'étais assigné la lourde tâche d'aller de chambres en chambres, pour vérifier qu'il n'y avait pas de blessé. Jusqu'à maintenant, rien qui nécessitait plus que ma trousse de secours que j'avais toujours avec moi. Des égratignures dues à des chutes, de légères contusions, aucune perte à déplorer, rien de dramatique fort heureusement. Nous avions vainement tenté, contre toute logique, de joindre l'Enterprise, en sachant pertinemment que ça ne donnerait rien. Mais, ne pas avoir de nouvelles de Jim et du gobelin me mettait dans un état d'angoisse que je m'efforçais de ne pas montrer à mes patients. Malgré tout, la vision du vaisseau encore entier, par une des nombreuses baies vitrées de la station, me rassura quelque peu. Au moins, il y avait un espoir qu'ils aillent bien, en partant du principe que rien de vital n'était tombé en panne et qu'il n'y avait pas de fissure trop importante dans la coque. Nous n'avions rien d'autre à faire qu'attendre et je m'occupai donc des blessures superficielles, même si on n'avait pas vraiment besoin de moi. Ça apaisait les voyageurs et ça m'occupait l'esprit. Nyota faisait une infirmière agréable, puisqu'elle avait insisté pour m'accompagner, même si ce n'était pas son domaine. Il ne fallait pas de diplôme pour mettre des pansements et appliquer des pommades. Sans compter les fameux bisous magiques qu'elle posait sur les bobos des enfants. Cette femme était un ange.

« C'est ta copine ? » Me demanda un garçon qui devait avoir huit ans, alors que je désinfectais une plaie sur son genou.

« Oui. » Répondis-je simplement, en souriant.

« Tu vas te marier avec elle ? »

Mon flacon d'antiseptique, heureusement fermé, m'échappa des mains.

« Harry ! Laisse le Docteur tranquille. Ce ne sont pas tes affaires. » Le gronda sa mère.

« Mais maman ! S'ils s'aiment il faut qu'ils se marient ! » Insista-t-il.

Je me relevai, mal à l'aise.

« Bien. J'en ai terminé. Si ça ne vous embête pas, je vais vous laisser pour continuer mes consultations. » Dis-je à la femme.

« Merci, Docteur. Et mademoiselle. Ne faites pas attention à ce que dit mon fils, il est trop curieux. Bonne continuation. » Me répondit-elle

« Il n'y a pas de problème madame. Ce n'est qu'un enfant. Portez-vous bien. » Conclus-je, en sortant de la pièce précipitamment.

Nyota me rattrapa au milieu d'un couloir et m'obligea à m'arrêter.

« Je peux savoir ce qui te prend ? Pourquoi ça te mets dans un tel état ? » Me questionna-t-elle.

« Tu en as envie ? »

« Pardon ? » S'exclama-t-elle.

« Tu as très bien compris. » Contrai-je.

« Qu'est-ce que ça peut faire ? Puisque apparemment ce n'est pas ton cas. »

« Ne crois pas un seul instant que le problème vient de toi. » Tentai-je de la rassurer.

« Par pitié ! Ne me fait pas le coup de : c'est pas toi, c'est moi. » S'emporta-t-elle.

« J'ai déjà été marié, Nyota. » Lui avouai-je, en la fixant dans les yeux. « Et ça m'a détruit. Elle m'a jeté plus bas que terre et m'a piétiné. Je me suis engagé dans Starfleet parce que j'étais ruiné ! J'ai une fille aussi, Joanna. Je ne l'ai pas revue depuis le divorce. Elle vit avec sa mère. Tu l'aimerais beaucoup, je pense. »

J'avais conscience de mon discours quelque peu décousu, que les informations arrivaient toutes en même temps et pas forcément dans le bon ordre.

« Leonard. Reprends ton souffle. » Dit-elle doucement. « Je comprends tes craintes. Je suis désolée de m'être emportée. Je ne suis pas spécialement pressée de rendre quoi que ce soit aussi officiel entre nous. » M'apaisa-t-elle.

« Oui, mais j'ai bien vu que depuis que Jim et Spock se… »

« Spock est un Vulcain. Sa survie dépendait de leur mariage. Ils ont dû rapidement s'adapter à une situation surréaliste, surtout Kirk. Ils ont tout de même attendu un an, ensuite, pour s'unir sur Terre. Nous, on a le temps, Léo. Rien ne nous presse. Je ne suis même pas sûr d'en avoir envie. Et je serai ravie de rencontrer ta fille, un jour. » Insista-t-elle.

« Tout va bien, alors ? » Demandai-je, incertain.

« Oui. » Dit-elle, avant de m'embrasser.

« Je t'aime. » Murmurai-je, en appuyant mon front contre le sien.

« Je t'aime aussi. »

USS Enterprise, navette de secours, point de vue du Capitaine James T. Kirk.

Spock m'avait obligé à rester tranquillement assis dans un coin, pour économiser l'oxygène, le temps qu'il s'occupe des réparations, après que l'on ait fouillé le hangar à la recherche d'outils. Cela faisait déjà une bonne heure et demie qu'il était dessus et je commençais sérieusement à perdre patience. Je savais, au fond, que cette navette était foutue. Mon compagnon aussi en était conscient, je pouvais le percevoir. Mais, nous refusions de laisser tomber. Jusqu'à notre dernier souffle d'air.

Une seconde heure passa ainsi, au rythme des cliquetis réguliers des instruments dont se servait Spock. Je préférai faire comme si je ne voyais pas qu'il reproduisait les mêmes manœuvres, comme si cela allait fonctionner miraculeusement la deuxième fois. Mais, j'étais à bout. Il nous restait peut-être une soixantaine de minutes, avant de commencer à suffoquer, pour moi en tout cas. L'air conditionné en panne, il faisait une chaleur à crever dans l'habitacle. Et je sentis le calme légendaire de mon compagnon s'effriter lentement.

« Spock. »

« Je suis sûr que je vais y arriver. »

« Arrête. » Dis-je simplement, en m'approchant de lui.

« Je pensais que tu ne croyais pas au scénario perdu d'avance. » M'attaqua-t-il.

« Oui. Mais une personne, que je pensais être un connard fini, m'a un jour dit qu'il fallait accepter la mort, quand elle était inévitable. » Contrai-je.

Il ne trouva rien à redire.

« Au moins, nous sommes ensemble. »

Il jeta le tournevis électronique qu'il tenait, dans un fracas métallique, avant de me plaquer au sol, sans préavis. Il passa sa main sur ma gorge, dans un geste possessif. Je me perdis dans ses yeux havane, puis agrippai ses cheveux pour le tirer à moi et l'embrasser à perdre haleine. Cela ne lui prit qu'une poignée de seconde pour me déshabiller. Le relief du sol en fibres d'acier m'écorcha le dos, alors qu'il m'allongeait sous lui. Je lui arrachai presque son t-shirt, avant de retourner dévorer sa bouche. Comme si une folie s'était emparée de nous, cette étreinte n'avait aucun sens, tout en étant la plus logique des choses à faire. Et, tandis que nos corps se mêlaient une dernière fois, son esprit trouva le mien, dans une fusion mentale d'une intensité particulière. Amour et désespoir se mélangèrent dans un patchwork d'émotions. Ma tête tourna, alors qu'il allait et venait en moi, ma respiration devint laborieuse et je ne sus pas si c'était le plaisir qui me fit perdre mon souffle ou si l'oxygène commençait à manquer. Ma peau couverte de sueur me donna une impression de fièvre, quand je vins entre nos ventres. La force de ses bras autour de moi, alors qu'il succombait à son tour, dissipa la tristesse qui enserrait mon cœur. Et, lorsqu'il se glissa à mes côtés, pour me laisser respirer le plus librement possible, les larmes que je retenais au début ne vinrent pas. J'étais en paix. J'avais lâché prise, comme quand je m'étais résigné à mourir pour sauver mon vaisseau, il n'y avait pas si longtemps, alors que Khan fonçait vers la Terre.

« Khan. »

Le nom résonna dans mon esprit, comme un écho. Mon cerveau, quelque peu ralenti par le manque d'oxygène essayait de pointer quelque chose d'important.

« Khan ! » M'écriai-je, en me redressant brusquement, combattant tant bien que mal un violent vertige.

Spock me regarda comme si j'étais devenu fou. Ce qu'il devait croire, vue les circonstances.

« Je ne suis pas en train de délirer. » Lui assurai-je, en me rhabillant rapidement. « Viens avec moi, je sais exactement ce que nous allons faire ! » Le pressai-je, en lui agrippant le bras, pour l'aider à se relever.

« De quoi parles-tu ? Quel est le rapport avec Khan ? » Me demanda-t-il, en remettant ses affaires.

« Plus tard les questions. » Répondis-je, en me précipitant dehors.

Qu'importe de rester calme, à présent. C'était notre dernière chance. Je me jetai presque sur le turbolift, suivi de près par Spock. Une fois au pont E, dans les quartiers des officiers, je me ruai sur un synthétiseur de tenue et programmai deux combinaisons intégrales. Puis, je m'empressai d'en enfiler une et de me coiffer d'un des casques qui se remplit d'oxygène dès que j'enclenchai le système de survie autonome. J'inspirai profondément, manquant de tomber dans les vapes. Mais, mon compagnon me retint et s'assura que j'allais bien, avant de m'imiter, face à mon insistance.

« Ces combinaisons ne nous donneront qu'une heure ou deux de répit, tu le sais bien. Donc, vas-tu enfin me dire quel est ton plan ? »

« Pardonne-moi si mes pensées ne sont pas très claires, ça ira très vite mieux. Je dois avant tout vérifier une chose. »

J'appuyai sur le communicateur sur le col de ma tenue.

« Kirk à Scott. Vous m'entendez ? »

Après de longues secondes de silence, je réitérai mon appel.

« Capitaine ? C'est vous ? »

« Scotty ! C'est bon de vous entendre ! » M'exclamai-je.

« Vous allez bien ? » S'inquiéta-t-il. « Et l'Enterprise ? »

Je manquai d'éclater de rire.

« Oui et non. C'est une longue histoire. »

« Le vaisseau est dans un sale état, c'est ça ? Je le savais ! »

« Scotty ! J'ai besoin que vous fassiez quelque chose pour moi. C'est très important. » Tentai-je de le ramener à la réalité.

« Tout ce que vous voudrez. »

« Vous allez vous rendre au sas de décompression, en face des spatiodocks. Programmez une ouverture pour dans… disons 10 minutes et sortez. »

Avant même d'entendre la fin de ma phrase, Spock me lança un regard de compréhension, juste avant de secouer la tête de gauche à droite.

« C'est notre seule chance et tu le sais ! » M'écriai-je

« Capitaine ! Vous me recevez toujours ? Je suis en route. Mais pourquoi voulez-vous que je fasse ça ? » M'interrogea mon ingénieur.

Je fixai Spock avec détermination.

« Nous allons tenter un saut spatial. »