IX

Folie

Note de l'auteur : Ce chapitre m'a bouffé de l'intérieur. J'ai eu un mal fou à l'écrire, c'est très difficile pour moi ce genre de scènes et encore, là ça va, c'est pas allé trop loin. Je m'excuse d'avance si certaines choses vous choquent. Bonne lecture et merci pour vos reviews!


Nous avions décidé de déjeuner avec T'Prylla, pour faire le point sur la situation. Nous devions avant tout remettre les systèmes de communication sur pied, pour nous assurer que les renforts étaient bien en route. J'avais dans l'idée de mettre mes meilleurs ingénieurs sur le coup, avec Scotty à leur tête, pour le garder occupé et qu'il oublie un peu l'état de l'Enterprise. Nous nous attablâmes tous les trois, dans ce restaurant vulcain qui nous avait accueilli le jour de notre arrivée.

« Je tiens à m'excuser, pour la scène de cette nuit. Nous étions épuisés, inquiets et nous avons légèrement perdu le contrôle. » Commençai-je.

« J'avoue que cela m'a laissé quelque peu perplexe. N'êtes-vous pas le Capitaine de ce vaisseau ? »

« Si. »

« Alors, pourquoi certains de vos officiers se permettent de s'adresser à vous de manière irrespectueuse ? »

« C'est plus compliqué que ça… » Tentai-je, en cherchant mes mots.

« Ce genre de situations se produit, car les relations qu'entretiennent Jim et le Docteur McCoy, sont avant tout personnelles. Ils sont amis depuis le jour de leur entrée à l'académie. Leur lien est bien trop évolué pour que leurs grades respectifs prennent une plus grande importance. Ce qui a pour conséquence que, si la plupart du temps, ils arrivent à rester à leur place, face à des événements trop chargés émotionnellement, leur amitié prend le dessus. Mais, cela n'arrive jamais avec les autres membres d'équipage. » Expliqua Spock.

« Je n'aurais pas dit mieux. » Lui accordai-je.

« Vous faites donc passer votre ami, avant l'intérêt général ? » Demanda-t-elle, d'un ton réprobateur.

« Bien sûr que non. Déjà parce qu'il ne me laisserait jamais faire une chose pareille. Cet équipage est ma seule famille. Et aucun de ses membres n'est plus important qu'un autre. Certains, comme Spock ou Leonard, ont une place particulière dans mon cœur, mais je ne sacrifierai pas le vaisseau pour eux. Ma propre vie, sans hésiter, mais pas celles d'autres personnes sous mon commandement, sous aucun prétexte. » Lui assurai-je.

« Les humains sont décidément bien compliqués. Jongler entre vos émotions et vos responsabilités ne doit pas être simple. »

« Disons que je fais du cas par cas. Je m'adapte en conséquence. Le Docteur McCoy a son caractère, mais je prends de bien meilleures décisions quand lui et Spock se permettent de me dire ce qu'ils pensent réellement. Me garder dans le droit chemin fait également partie de leurs attributions. »

« Je vois où vous voulez en venir. » Dit-elle, alors qu'un serveur venait prendre notre commande.

Le repas se déroula dans une ambiance beaucoup plus détendue, après cette explication. Elle fut reconnaissante de notre aide et accepta volontiers que mes hommes leur prêtent main-forte. Peu après le dessert, je m'éclipsai. J'avais rendez-vous avec Bones, pour les résultats de mes analyses. Il me restait encore une bonne demi-heure pour m'y rendre, mais je voulais d'abord passer à la bijouterie où Spock m'avait acheté mon cadeau. Je tenais à lui rendre la pareille, mais je n'avais pas vraiment d'idée.

Une fois dans la boutique, je parcourus les rayons à la recherche d'inspiration.

« Bonjour. Puis-je vous aider ? » M'aborda un vendeur.

Je lui expliquai mes intentions en quelques mots.

« Vous cherchez donc quelque chose qui vous représente, pour le lui offrir en retour. » Résuma-t-il.

« C'est ça. Mais, je ne pratique aucune religion et il n'y a pas vraiment de symbole qui représente l'humanité. »

« Que pensez-vous de l'humanisme ? » Me demanda-t-il.

« Que ça me correspond. » Répondis-je, avec un grand sourire. « Vous êtes génial. »

Il ouvrit une vitrine et me tendit un pendentif dans le même argent que le mien. Quand nous avions débuté l'exploration spatiale, le sigle de l'humanisme avait été fusionné avec celui de Starfleet. Car la distribution équitable du savoir et de la connaissance en était un des fondements. Un atome stylisé, en son centre, venait compléter le tableau. L'ensemble était minimaliste, tout en courbes et je savais que ça plairait à Spock.

« Je le prends. » Dis-je avec enthousiasme.

Mon paquet en mains, je fis rapidement un crochet par notre chambre, pour le dissimuler dans mes affaires, avant de me presser vers le laboratoire. J'avais pris du retard et Bones allait me faire une scène si je ne me dépêchais pas. Je m'engouffrai hâtivement dans l'ascenseur, puis pénétrai dans le complexe scientifique aux murs d'un blanc immaculé. La plupart des labos étaient vides, car c'était encore l'heure du déjeuner. Au détour d'un couloir, je manquai de bousculer Sinak.

« Capitaine. Puis-je vous parler ? » Me demanda-t-il sans préavis.

Je fus si surpris, qu'il ne me vint pas à l'esprit de lui dire non. Il me conduit dans un bureau, pour discuter tranquillement. Je le suivis sans résister. Mais, à la première insulte, je me jurai de lui refaire le portrait. Il referma la porte derrière nous et se tourna vers moi, chercha ses mots quelques secondes.

« J'aimerais comprendre pourquoi vous vous être lié à un Vulcain. »

Sa question me laissa sans voix. Je ne voyais pas en quoi ça le concernait, mais décidai de lui répondre quand même, trop curieux de savoir où il voulait en venir.

« Ce qui me plaît chez Spock, c'est son honnêteté, sa franchise. Je sais qu'il ne me mentira jamais. Son respect pour moi et ma manière d'être, même si je suis différent de lui. Il ne me ferait pas de mal intentionnellement. »

Il prit le temps de la réflexion.

« Vous êtes Capitaine de vaisseau et promis à une grande carrière dans la fédération. Jeune et sûr de vous. Un bon parti, en sommes. »

Sa phrase m'embarrassa sans que j'arrive à cerner pourquoi. Quelque chose, dans le ton de sa voix, ne me plut pas du tout. Je ne trouvai donc rien à répondre.

« Il serait beaucoup plus intéressant pour vous, de vous unir avec un vrai Vulcain, je pense. Et plus digne de votre statut. »

Je restai figé sur place. J'avais peur de comprendre ce qu'il était en train de dire. Il interpréta mal mon silence et continua.

« Je pourrais provoquer Spock dans un duel à mort, vous savez. Son respect de nos traditions le pousserait à accepter et il n'aurait aucune chance contre moi, j'en suis certain. »

On nageait en plein délire, là. Ce type n'avait pas réellement l'intention de…

« En attendant. » Reprit-il, en interrompant mes pensées. « Je pourrais vous montrer ce que vous avez à y gagner. »

Son ton m'indiqua qu'il ne parlait probablement ni d'argent, ni de statut. Le pas qu'il fit ensuite vers moi, me coinçant entre lui et le bureau, me conforta dans mon impression.

Base stellaire 8, point de vue du Commander Spock.

Je venais de quitter T'Prylla et hésitais entre rejoindre Jim au laboratoire ou l'attendre dans notre chambre. Je n'étais pas sûr de vouloir me retrouver de nouveau en face du médecin si tôt après sa tirade de ce matin. Cela m'avait plus perturbé que je ne voulais bien l'admettre. Mais, la vie est parfois étrange et c'est ainsi que je tombai par hasard sur lui, dans la galerie. Il était seul et cela m'interpella.

« Jim n'est pas avec vous ? » Lui demandai-je.

« On devait se voir au centre de recherche, mais j'ai eu une urgence. Il a dû me rater, car il n'était pas à l'heure. » M'apprit-il. « J'étais en route pour aller le retrouver. »

« Je vous accompagne. » Dis-je, en lui emboîtant le pas.

Nous allions monter dans le turbolift, quand un cri raisonna fortement dans ma tête, percuta violemment mes barrières mentales. Je plaquai ma main sur mon front, en fermant les yeux, sur le coup. On appelait mon nom et la voix paniquée était celle de Jim. McCoy me prit par les épaules et me secoua un peu, essaya de comprendre ce qui se passait.

« Il faut qu'on aille immédiatement le rejoindre. Il y a un problème. » Résumai-je, urgemment, en pénétrant dans la cabine qui n'alla pas assez vite à mon goût.

Leonard ne m'avait jamais vu perdre mon contrôle. Exception faite de la fois où j'avais frappé Jim sur la passerelle, il y a une éternité. Il me regarda donc avec inquiétude, danser d'un pied sur l'autre et respirant difficilement. La détresse de mon T'hy'la me serra la gorge. Je ne laissai même pas les portes s'ouvrir complètement avant de m'y faufiler et parcourus le couloir au pas de course en regardant à travers chaque vitre, le médecin sur mes talons. Mais, aucune trace de lui. Seulement quelques scientifiques qui me regardèrent comme si j'étais fou, surtout les Vulcains. Je n'en avais cure. Au détour d'un couloir, j'entendis un bruit de verre brisé, à peine perceptible pour un humain. Cela venait de derrière une porte de bureau. Sans hésiter, je l'enfonçai presque et me précipitai dans la pièce. Le spectacle qui s'offrit à moi mit à mal toutes les barrières que j'avais pu ériger entre mon esprit et le monde extérieur. Khan avait été directement responsable de la mort de Jim et j'avais voulu lui faire subir le même sort. Mais, les mains de Sinak sur le corps de mon T'hy'la dont l'uniforme était déchiré, et sa bouche, incapable de formuler autre chose que des insultes, qui prenait la sienne de force, alors qu'il se débattait en vain, bloqué contre le meuble derrière lui, déclenchèrent chez moi l'envie irrésistible de lui faire mal. De le voir souffrir, longtemps, jusqu'à ce qu'il me supplie de l'achever. Mon champ de vision se rétrécit, je ne vis plus que Sinak. J'entendis à peine McCoy, alors qu'il criait en se précipitant sur Jim, pour le tirer de là. Je fis simplement un pas vers le Vulcain, avant de perdre le peu de contrôle qu'il me restait.

Base stellaire 8, point de vue du Capitaine James T. Kirk.

J'avais hurlé son nom en pensée et il était venu. Mais, j'en vins presque à le regretter, quand il ceintura Sinak pour le soulever et le faire retomber brutalement sur le bureau. Le meuble émit un craquement sinistre. Ou bien était-ce un os. Impossible à dire. De ses poings, il le frappa ensuite, encore et encore, jusqu'à ce que ses phalanges soient maculées de vert. Le scientifique essaya bien de se défendre et de reprendre le dessus, mais sans succès. Spock ne lui laissa pas une seconde de répit. Je n'osai pas bouger. Bones non plus, après qu'il m'ait agrippé pour me tirer de là. La seule fois où j'avais vu mon compagnon dans une telle rage, c'était contre moi, sur la passerelle. Mais, quelque chose me dit qu'il ne s'arrêterait pas cette fois. Je me penchai à l'oreille de Leonard.

« Va chercher T'Prylla. Je vais faire ce que je peux pour le calmer, en attendant. » Chuchotai-je.

Il hocha simplement la tête, avant de partir en courant. J'appelai Spock, mais il ne réagit même pas. Je devais trouver un moyen d'atteindre son esprit. Je fermai les yeux en tentant d'oublier le bruit des coups répétés et me concentrai, avant de dire son nom de nouveau, mais par la pensée. Rien ne se passa. Je réitérai, avec plus de force, jusqu'à sentir de nouveau sa présence dans ma tête. Le silence retomba sur l'office. J'avais enfin capté son attention et rouvris mes paupières, pour tomber sur ses iris noirs de colère. En travers du meuble, Sinak semblait inconscient. Quand Spock s'approcha de moi, je compris qu'il n'était pas vraiment revenu. Il avait juste déplacé sa pulsion sur moi. Changé la nature de celle-ci. Ses orbes havane se firent brûlants. La dernière fois que j'avais eu l'occasion d'être confronté à se regard, c'était lors de son Pon Farr. Je ne pouvais pas le laisser faire ça ici. Il fallait absolument que l'on sorte de là. C'est à ce moment-là, que Bones revint, accompagné de T'Prylla. Il avait dû lui résumer les événements, car elle ne fit aucun commentaire en entrant.

« Emmenez-le dans un endroit où personne ne pourra le voir ainsi. Croyez-moi, il vous en sera reconnaissant. Plus vite, vous lui donnerez ce qu'il veut, plus vite il retrouvera son contrôle. Je m'occupe de Sinak avec le Docteur McCoy. » Me dit-elle simplement.

Je m'empressais de suivre son conseil et pris Spock par la main pour le traîner dehors, en lui assurant par la pensée, que nous allions dans un lieu plus tranquille. Il me suivit sans résistance.

Ce n'est qu'une fois la porte de notre chambre refermée, que Spock s'anima de nouveau. Il me plaqua brutalement contre un mur. La douleur dans mon dos me fit grimacer, mais je ne me dérobai pas. La réflexion de Spock, ce matin, me rappela à son bon souvenir et j'espérai malgré tout que j'allais m'en remettre. Il dégagea quelque chose de profondément bestial à cet instant, s'empara de ma bouche, dans un baiser sauvage, meurtrit mes lèvres, comme pour effacer les traces de Sinak. À ce moment précis, il me marquait comme étant sa propriété, même si je savais qu'en réalité il ne me voyait pas comme ça. Il ne prit même pas la peine de m'emmener jusqu'au lit. À la place, il me jeta presque au sol, avant de me débarrasser du t-shirt lacéré de mon uniforme, ainsi que du reste de mes vêtements. Ce n'est qu'une fois nu devant lui, qu'il consentit enfin à devenir un peu plus doux. Ses mains, encore couvertes de sang, laissèrent des traînées vertes sur ma peau pâle, alors qu'il me caressait. Il ne sembla même pas s'en rendre compte. Pour ma part, je ne m'en préoccupai pas. Son esprit s'insinua dans le mien, me contamina, le brasier de son excitation s'infiltra dans mon corps, me consuma de l'intérieur. J'entrepris de le déshabiller à son tour. Son épiderme brûlant attisa mes sens, quand il se glissa entre mes cuisses. Il posa mes mollets sur ses épaules avant de se pencher sur moi, pour m'embrasser de nouveau. Sa langue domina la mienne, impétueuse. De ses mains, il s'empara de mes poignets et les plaqua au-dessus de ma tête. L'entrave était plus douloureuse que les fois précédentes, car il s'appuya sur ses avant-bras pour se redresser. Puis, il me pénétra d'un coup de reins abrupt. La brûlure de son membre forçant la barrière de mes muscles fit monter mes larmes, l'espace de quelques secondes. Mais, il s'immobilisa, le temps que la douleur passe. Il avait dû la percevoir par notre lien et je fus rassuré de voir qu'il commençait déjà à redevenir lui-même et à se préoccuper de moi. Mais très vite, il se mit en mouvement, me prit à un rythme quelque peu brutal. Et, presque honteusement, je ne pus empêcher le plaisir de monter dans mon bas-ventre, ni des gémissements impudiques et des paroles indécentes de passer ma gorge. Mes mains s'engourdirent sous le poids de son corps, mon dos m'élança, alors que je me cambrais contre lui, le sol dur irrita mes omoplates, les tendons de mes cuisses s'étirèrent quand il se pencha sur moi pour dévorer mes lèvres. Mon érection délaissée devint douloureuse et j'en demandai plus, sa folie s'infiltra dans ma conscience. Il relâcha un de mes poignets meurtris, pour s'emparer de mon membre d'une poigne ferme, le caressa durement. Il se pencha à mon oreille, alors que je me laissais envahir par l'orgasme.

« Je tuerai le prochain qui osera poser la main sur toi. Tu n'appartiens qu'à moi, Jim. » Susurra-t-il, d'une voix sourde et profondément grave, avant de planter ses dents dans mon cou, alors que je venais au creux de sa paume.

Mes cordes vocales furent mises à mal par les cris que je ne pus retenir, alors qu'il allait et venait en moi, impitoyablement, jusqu'à ce qu'il se tende contre mon corps, en me serrant un peu plus contre lui. Il s'effondra ensuite sur mon torse, m'étouffa quelque peu. Mais, rien n'aurait pu m'obliger à l'éloigner de lui. Je refermai mes bras de nouveau libres de leurs mouvements dans son dos. Mes doigts dessinèrent des arabesques apaisantes entre ses omoplates. Son souffle redevint peu à peu régulier. Je mis quelques secondes à comprendre qu'il s'était endormi et passai une main dans ses cheveux, avant d'embrasser son front. Puis, je me dégageai tant bien que mal, me relevai difficilement, avant de réunir mes dernières forces pour le soulever jusqu'au lit, fort heureusement, à deux mètres de là. Je me laissai tomber dessus en l'entraînant dans ma chute, avant de rabattre le drap sur nous et de sombrer à mon tour.


NB : Vous pouvez trouver le symbole de l'humanisme dont parle Jim sur ma page facebook consacrée à mes fics : Star Trek Recommencement. Ainsi que sur le site internet associé.