XI
Oublier
Note de l'auteur : Pas mal d'émotions dans ce chapitre 11. Chacun a droit sa réplique, Chekov, Miria, Sulu, Bones, Spock, Jim et T'Prylla. Bonne lecture!
Base stellaire 8, point de vue de l'Enseigne Pavel Andreievich Chekov.
Il n'y avait rien de mieux qu'une bonne permission. À part peut-être l'espace. Et même si les conditions n'étaient pas idéales, je n'allais pas laisser un simple contretemps gâcher mon séjour. Honnêtement, quand nous étions descendus sur la base, je m'étais attendu à voir autre chose que le plafond de ma chambre, mais finalement, je n'allais pas m'en plaindre. J'étais réaliste, je savais que ma route ne recroiserait pas celle Miria avant très longtemps. C'est donc sans aucune culpabilité, que nous n'avions pas quitté notre lit depuis deux jours, sauf peut-être pour nous doucher et manger.
C'est ainsi que cet après-midi-là, deux coups à ma porte me tirèrent de ma sieste. Cela devait finir par arriver, vu que je n'avais pas pris la peine de donner de mes nouvelles. Hikaru devait me croire mort, à force. C'était justement lui qui m'attendait derrière le battant. Je n'avais pas eu le temps d'enfiler autre chose qu'un boxer, et ma tenue sembla le laisser perplexe. Je l'invitai à s'installer dans le petit salon, en lui demandant de ne pas faire de bruit, d'un geste de la main. À côté, Miria dormait encore.
« Tu n'es pas seul ? » Chuchota-t-il.
« Non. »
« C'est donc ça qui t'a retenu enfermé ici. J'imagine qu'elle vaut le détour, pour avoir réussi à te mettre le grappin dessus. Je commençais à croire que tu ne t'intéresserais jamais à personne. » Railla-t-il.
« Tu n'as pas idée. » Répondis-je, mystérieusement, sans en dire plus. « Qu'est-ce qui se passe ? » Demandai-je, car il avait une mine soucieuse malgré le ton humoristique de la conversation.
Il s'assit dans le canapé et je pris place à côté de lui. Il semblait tout-à-coup très sérieux.
« Je n'ai pas tous les détails, mais j'ai entendu dire que monsieur Spock aurait presque battu à mort un autre Vulcain. » M'apprit-il.
« Ce n'est pourtant pas son genre. Ce n'est sûrement qu'une rumeur stupide. »
« Apparemment, l'autre aurait essayé de… enfin, de… » Hésita-t-il.
« De quoi ? » Le pressai-je.
Il murmura quelque chose d'inaudible.
« Pardon ? »
« Il a tenté de violer le Capitaine. »
« Quoi ! » M'écriai-je, oubliant complètement Miria, en me relevant. « Où est-il ce kazak, ce podonok, ce sobaka, ce svoloch ?! Je vais le… »
« Pavel ! » Me stoppa Hikaru, en me prenant par les épaules. « Il est déjà salement amoché, ok. Le Docteur McCoy le garde à l'abri dans un lieu tenu secret, le temps qu'il soit rapatrié sur Vulcain. De plus, Kirk va bien. Spock l'a sorti de là à temps. Ça ne sert à rien de te mettre dans cet état ! »
« Qu'est-ce qui se passe ? » Demanda soudainement, une voix endormie.
Je me retournai vers l'entrée de la chambre. Sur le seuil, se tenait Miria enroulée dans un drap. Mon ami l'observa, bouche bée, durant de longues secondes, avant de poser les yeux sur moi.
« Tu couches avec une Klingonne ?! » S'exclama-t-il, avant d'éclater de rire. « Si je m'attendais à ça de toi ! Tu joues dans la cour des grands, mon gars. » Me charria-t-il, en me tapant dans le dos. « Hikaru Sulu. Je travaille avec Pavel. » Dit-il, finalement, en s'avançant vers elle, une main tendue.
« Miria. » Répondit-elle, simplement, en bataillant pour ne pas laisser tomber le tissu qui la recouvrait, avant de le saluer.
« Je pense que je vais vous laisser. » Conclut-il, en se dirigeant vers la sortie. « J'étais juste venu te mettre au courant des derniers événements, mais je vois que tu es plus qu'occupé. »
Je le raccompagnai à la porte.
« Donne-moi des nouvelles du Capitaine et de monsieur Spock, dès que tu en auras. » Chuchotai-je, avant de le laisser partir. »
Il m'assura qu'il le ferait, puis s'éclipsa.
« De mauvaises nouvelles ? » Me questionna mon amante, quand je la rejoignis.
Je cherchai mes mots, un instant. Incertain quant à la marche à suivre. Il était évident que Kirk n'aimerait sûrement pas que les Klingons apprennent sa mésaventure. Et pour ainsi dire, je ne la connaissais pas suffisamment, pour être sûr qu'elle n'irait rien raconter.
« Il s'agit de quelque chose que je ne dois pas savoir ? » Demanda-t-elle, en retournant dans la chambre.
Je lui emboîtai le pas et l'observai se rallonger, après s'être débarrassé du drap.
« Disons que cela concerne… un ami et… »
« Ne te tracasse pas. Je comprends. J'espère juste que ce n'est pas trop grave. Je n'ai pas envie que tu sois préoccupé par autre chose que ce que nous avons prévu de faire jusqu'à ce que l'on puisse décoller d'ici. » Dit-elle, en s'étendant lascivement sur le lit, dans une invitation à laquelle je ne résistai pas.
…
Base stellaire 8, point de vue du Commander Spock.
Je regardais Jim dormir. Il était beaucoup plus fatigué qu'il ne voulait bien l'admettre. Je l'avais finalement convaincu de s'allonger un instant. Moins d'une minute après, il sombrait dans un sommeil agité. Je m'étais efforcé d'ériger une barrière entre ses rêves et mon esprit. Il n'apprécierait pas que je puisse les voir. Je n'en avais aucune envie, de toute manière. Mais, les émotions que ses songes provoquaient chez lui, elles, je ne pus pas y échapper et resserrai ma prise sur lui, en le gardant contre moi. Il n'y avait rien d'autre à faire.
Deux coups légers se firent entendre, à la porte. Mais, je ne voulais pas me lever. Quand la personne s'autorisa à entrer, en l'absence de réponse, je devinai que c'était certainement McCoy. Ce qui se confirma, quand le médecin pénétra discrètement dans la chambre. Il vit que j'étais réveillé, et me demanda comment allait Jim d'un signe de tête dans sa direction. J'haussai les épaules, en réponse. Une mimique très humaine, mais qui traduisit parfaitement mon incertitude. Il s'assit sur le bord du lit et observa mon T'hy'la qui remua légèrement. Il repoussa délicatement une mèche blonde en arrière, un air soucieux sur le visage.
« Les cauchemars sont un moyen, pour le subconscient humain, de s'exprimer. Ça n'a rien d'anormal. Il va s'en remettre, ne t'inquiète pas. » Chuchota-t-il, en posant une main sur mon bras.
Il ne se permettait jamais de me toucher, en dehors des examens médicaux. Mais, je ne me dérobai pas. Son geste m'apaisa quelque peu, à ma grande surprise. J'hochai simplement la tête, montrant que j'avais compris.
« Préviens-moi quand il se réveillera. » Dit-il, avant de se lever.
« Je n'y manquerai pas. » Répondis-je, alors qu'il quittait la pièce.
J'enlevai mon uniforme et m'allongeai ensuite contre le dos de Jim, en embrassant sa nuque au passage, avant de décider de dormir également.
…
La nuit commençait à tomber, quand j'ouvris les yeux. Dans mes bras, Jim semblait plus détendu. Sa respiration était régulière. Je déposai un baiser sur sa joue, quand on frappa de nouveau à la porte. Sûrement McCoy qui revenait prendre de nos nouvelles. J'enfilai rapidement mon pantalon, puis allai ouvrir. Mais, c'est T'Prylla qui se présenta à moi et quand son regard tomba sur mon torse nu, avant de se détourner vivement, je manquai de lui refermer le battant au nez. Cependant, je n'en fis rien et me précipitai sur un des t-shirts de Jim, qui traînait sur le canapé, en retenant un juron. Une fois décemment habillé, je l'invitai à entrer.
« Veuillez m'excuser. Je m'attendais à un autre visiteur. » Dis-je, en l'incitant à s'asseoir.
« Ce n'est rien. Le doré vous sied au teint. » Railla-t-elle, d'un ton pourtant tout à fait neutre, en désignant le vêtement que je venais d'enfiler. « Comment va le Capitaine Kirk ? »
« Le Docteur McCoy saurait sûrement mieux vous répondre que moi. »
« Mieux qu'un T'hy'la ? Cela m'étonnerait beaucoup. Comment se sent-il ? Si vous préférez. »
« Jim est un homme qui ne supporte pas d'être faible. Pas par fierté, mais parce qu'il pense qu'il n'en a pas le droit. Mais, il est également doté d'un esprit solide, qui ne se brise pas facilement. Je sais qu'il s'en relèvera. Pour le moment, il a besoin de moi. » Répondis-je, honnêtement.
« Et qu'en est-il de vous ? »
« J'ai retrouvé mon contrôle. Et, si je ne me retrouve plus en contact avec Sinak, tout se passera bien. » Lui assurai-je.
« Il a commis un des pires affronts aux yeux de notre société. Et le fait que votre compagnon soit Terrien ne minimisera pas la punition que l'on lui réserve. Je déplore que ce genre de chose se soit produit sous mon commandement. Je serai plus sélective à l'avenir. J'aurais dû voir sa santé mentale discutable, son instabilité. »
« Ce n'est pas votre faute, T'Prylla. Il n'est pas le seul à véhiculer des préjugés sur les humains. Ce n'est pas forcément le signe d'une quelconque instabilité. De plus, vous ignoriez que nous nous connaissions, ainsi que son obsession envers moi. » Contrai-je.
« Vous pensez, que depuis tout ce temps, il vous convoitait ? » S'interrogea-t-elle.
« C'est la seule explication logique, après plusieurs heures de réflexion. Mais, cet intérêt étant en désaccord avec ses convictions, il s'est changé en haine, au fil des années. »
Elle acquiesça simplement, n'ayant rien à ajouter.
« Je tenais aussi à vous prévenir que vos parents seront certainement mis au courant, quand Sinak sera rapatrié sur Vulcain. »
« Je m'y attendais. Je saurai les rassurer. »
Elle s'éclipsa, après m'avoir salué et je rejoignis bien vite Jim. Il m'attendait, bien réveillé, assit sur le lit.
« J'ai entendu votre conversation. Je ne voulais pas vous interrompre. » Dit-il.
Il semblait contrarié.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Lui demandai-je, en m'installant à ses côtés.
« Je refuse d'être un poids pour toi. »
« Ce n'est pas le cas. »
« Alors, laisse-moi également m'occuper de toi. J'ai vu bien pire que ça, tu sais. Il n'est pas nécessaire que tu t'oublies pour m'épargner. » M'assura-t-il, d'un air déterminé.
« Justement, tu ne m'as jamais reparlé de l'attitude de ton oncle. J'ai peur que cette agression ait fait remonter certains souvenirs que tu avais occultés. Je veux que tu saches que tu peux te confier à moi. Arrête de croire que les Vulcains sont au dessus de ce genre de choses. Tu en as eu la preuve hier. Il n'y a rien que je ne puisse entendre, ou comprendre. Je ne te jugerai pas. Tu n'es pas faible, Jim. Ni devant Sinak, ni devant personne. Et je sais pourquoi tu agis ainsi. Mais tu as le droit de te le permettre avec moi. Je ne cesserai jamais de t'aimer, quoi que tu fasses. Alors, autorise-toi à souffler quand nous sommes seuls. » Répondis-je, en l'obligeant à me regarder dans les yeux.
En retour, il m'embrassa amoureusement.
« J'ai l'impression de sentir encore ses mains sur moi. Efface-les, je t'en prie. » Susurra-t-il, contre mes lèvres.
Sans lui demander s'il parlait de Frank ou de Sinak, je le fis basculer sur le lit.
« Pourquoi portes-tu mon uniforme ? » Me questionna-t-il, alors qu'il me le retirait.
« C'est une longue histoire. Ça peut attendre. » Répondis-je, avant de m'emparer de sa bouche et de me noyer dans la chaleur de son corps, jusqu'à ce qu'il oublie le monde en dehors de cette chambre.
