La geôle

Plus d'insultes ni de cris. Mes os sont encore douloureux d'avoir trop frappé la porte de mes deux poings. Le temps s'effile et à défaut de connaître la course du soleil, les jours qui rétrécissent et le temps qui change, je sens chaque soir un peu plus la chaleur étouffante faire place à une douce tiédeur.

Ils m'ont retiré d'un monde qui n'était pas pour moi, ou plutôt qui était trop beau pour le déchet que je suis devenu. Je regarde inlassablement les aiguilles de l'horloge, vestige humanisant dans le capharnaüm dans lequel je vis désormais. Des vieux meubles dépareillés et des souvenirs en boite autrefois correctement étiquetés. Toute une vie dans quelques boites. Bien sur je les ai jeté, renversé, détruite, avant de les ranger encore et toujours pour tromper l'ennui. J'ai essayé de retrouver un peu de moi-même à travers de vieux morceaux de papiers et de bois aux couleurs fanées. L'endroit regorge aussi de vieux livres que j'ai appris à connaître par cœur depuis ma plus tendre enfance, mais je n'ai pas le courage de me replonger dans leurs pages.

Dans quelques heures, ou dans quelques minutes selon le moment du jour ou de la nuit, on me fera manger avant de me laisser croupir à nouveau comme une bête infecte. Je suis une erreur de parcours que l'on dissimule au fond d'une armoire en priant pour que le monde m'oublie. Je leur en veux. Je voudrais les crever mais je n'en ai pas la bravoure, pas pour eux. J'ai donné tout ce que j'avais dans la bataille qui m'a amené ici. Je n'étais déjà pas heureux, aujourd'hui je suis anéanti. Les chuchotements et les allées et venues que j'entends parfois ne soulèvent plus en moi le moindre espoir. Tout ça me paraissait tellement surréaliste, c'est aujourd'hui ma réalité. J'ai passé un pied au travers de la cage, je dois maintenant payer mon audace.

Entre deux éclats de lumière artificielle, je retrouve ma léthargie et pense à elle, ma jolie fiancée du moment. Je me demande si je lui manque, si elle s'inquiète, ou juste si elle s'est aperçue que je n'étais plus là. J'imagine tout ce que je lui dirais si je sortais, et le pouvoir qu'elle aurait de faire renaître la vie en moi si seulement elle m'accordait ses bras. Et puis la sensation que si elle savait pourquoi mes parents m'ont enfermé ici, elle me rejetterait elle aussi, heureuse de son sursis. Quoi qu'il advienne, je ne la reverrai plus, tant pis. Je suis un déchet. Je fini par m'endormir sur le vieux canapé qui me sert de lit, trop mort pour pleurer, mais encore trop en vie pour mourir. Demain sera comme aujourd'hui, je suis leur honte, je leur fait peur. Ils me cachent. Ils ne me laisseront jamais sortir.


NB : Voilà, second chapitre en ligne, c'est le plus court. Pour répondre à mes deux reviews (Merci à vous ! ), oui la dernière date est très rapide et décousue, c'est voulu. Ce qui s'est passé cette nuit là sera l'objet du chapitre 6. ;)