Une vocation

Je m'ennuyais atrocement en cette nuit longue et fraîche qui avait fait suite à mon échappé d'Azkaban. J'étais en effet à nouveau en cavale depuis quelques semaines, ayant eu la chance de bénéficier de la fuite des Mangemorts pour me carapater à mon tour. Je n'étais pas l'un des leurs, seulement un dommage collatéral mais ce détail ne faisait aucune différence pour les autorités. Les Mages Noirs m'avaient libéré sans le vouloir, et eux seuls semblaient accorder un peu d'importance à mes talents. Je ressassais la conversation que nous avions eu, et il me semblait de plus en plus évident qu'ils étaient ma seule chance de vivre en paix, mais pour cela encore devais-je leur apporter la preuve de mon allégeance.

Mon esprit était accaparé par ces sombres pensées mêlées de solitude. Il me revenait en tête les persiflages de sorciers plus fortunés qui n'avaient de cesse de me toiser avec leurs airs condescendants. Trop de jours s'étaient écoulés pendant lesquels j'avais tenté de me ranger du côté des hommes honnêtes en repoussant leur proposition. Le résultat était bien médiocre. Ne supportant plus le tiraillement de mes muscles depuis trop longtemps au repos, les suppliques de mon souffle ne désirant que l'ardeur d'une course et de mon âme réclamant sa part de sang, je pris enfin la décision qui me dardait tant.

Je quittais ma bicoque, plus noir et silencieux que la nuit elle même. Discrètement, je transplanais dans un village sorcier quelconque et choisis une maison au hasard. Je profitais pleinement des senteurs émanant du doux foyer, si tranquille et paisible. J'ouvris le portail grinçant comme si le vent s'y insérait doucement, puis m'avança sans bruit à pas réguliers sur le chemin menant au perron. Une, deux, trois marches avant que la porte ne s'ouvre d'un Alohomora inaudible, les imprudents devaient encore ignorer le retour de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Il n'y avait que trois odeurs : un homme, une femme et un jeune adolescent retiré de Poudlard pour les vacances, ou Cracmol ? Le foyer était doux et cossu, il y régnait une atmosphère de paix tellement étrangère au tout nouveau rafleur que je m'apprêtais à devenir.

Guidé par mon sens olfactif, je montais à l'étage sans même visiter le logis sans intérêt à mes yeux. Après tout, j'étais à présent un faiseur de tombe, pas un pilleur. Ils ne le savaient pas, mais ces gens étaient déjà mort. Je pris un moment pour moi, fermant mes yeux un instant, respirant profondément pour me guider vers la chambre parentale dont la porte était entrouverte. Plus agile qu'un chat, je me faufilais dans la pièce et, sans perdre une seconde, tuais l'homme encore endormi d'un Diffindo sous la gorge.

Tandis que le sang se répandait sur le drap, trop exalté par l'ivresse, je m'approchais de la victime suivante en oubliant toute discrétion. La femme sortit tendrement de son sommeil, encore toute innocente des méfaits se jouant sous son toit et alors que la tiédeur du sang de son époux commençait à se rependre sous elle. Elle me vit, sursauta, prit peur, s'affola, vit son mari et enfin hurla. L'espace d'une seconde je fus désemparé. Je ne voulais tellement pas ça. C'était à contre-cœur que je la fis taire d'un Avada Kedavra afin de ne pas rameuter tout le quartier. Elle mourut sans même m'avoir offert le plaisir de faire monter l'horreur à ses yeux, de me permettre de sentir les pores de sa peau suinter de panique pendant que je faisais durer son supplice... Mais lorsque je pris la décision de lui infliger le sort de mort, je me devais de faire un choix.

Je me retournais alors vers le jeune garçon athlétique d'une quinzaine d'année, typiquement le genre de jeune sorcier qui ne m'aurait pas même adressé un regard à l'époque de Pouldard. Je n'eus pas à regretter une seule seconde mon choix tandis que l'ado, les yeux exorbités d'horreur, prit la fuite. Ce soir, la chasse ne faisait que commencer...