Si je regarde en arrière

Comment j'en suis venu à rafler ? C'est une longue histoire dont j'ai moi-même parfois du mal à recoller les morceaux. Regarder en arrière me fait peur, voir comment je me suis perdu en chemin... Dès ma naissance j'étais différent, mais je ne crois pas avoir toujours été aussi mauvais. Je suis un chasseur au service de la pire vermine alors que je ne crois même pas en leur guerre. Elle ne représente pour moi qu'une excuse me permettant de voyager à découvert et aller de crime en crime.

Si je dois aller au fond des choses, alors je dois admettre que tout a vraiment commencé lorsque j'étais élève à Poudlard. Comme tout descendant de sang pur qui se respecte, j'avais intégré la maison des Serpentards, certes. Mais j'étais un sorcier en herbe d'une puissance tout à fait ordinaire, ce qui l'était moins, en revanche, c'était ma personnalité dixit mes camarades. Oh oui, déjà à l'époque je leur foutais la trouille, pourtant je ne leur demandais rien. Je restais assis prostré dans mon coin, solitaire, regardant, scrutant même, pendant que les autres flânaient. Je n'avais pas d'amis, et parfois j'enviais l'aîné des Weasley qui était mon exact opposé. Mais peu importe celui-là, son histoire ne m'intéresse pas.

Reprenons. Je scrutais les autres oui, mais pas seulement... J'aimais me cacher dans les si nombreux recoins qu'offrait le château pour observer et respirer. Oui, respirer. C'est que très tôt, dès l'incident avec ma cousine, je compris que j'avais un nez hors du commun. Hélas, comment les autres auraient-ils pu comprendre mon comportement ? Eux qui ne vivaient, ne ressentaient et ne communiquaient que par leurs autres sens ? Comment auraient-ils pu comprendre que par mes inquisitions dans leurs affaires personnelles, ne se cachait pas un comportement de sociopathe, mais une forme d'expression destinée à les comprendre, à les savoir, à les faire mien comme eux apprenaient à se connaître autour d'un feu de cheminé.

Je leur faisais peur donc, à tous y compris les Serpentards. Quelques uns, par esprit purement clanique, avaient essayé de m'approcher au cours de mes premières années avant de finir par m'éviter comme les autres. Ce qui effraie est rejeté. Ainsi, je me retrouvais être le souffre-douleur de ma promotion. Contre eux tous je ne représentais plus une grande menace. On me ficha à peu près la paix lorsque je fus pris dans l'équipe de Quidditch. Mais cette position d'asocial m'apportait toutefois une satisfaction qui allait m'être bien utile dans le futur : je devenais à la fois le nez le plus singulier, mais aussi le meilleur sorcier à la course à pieds. Je peux courir très longtemps, et presque aussi vite qu'un loup. Ceci, couplé à mes bases en magie, font de moi un piètre duelliste mais un excellent rafleur. Que dis-je ? Le meilleur rafleur.

Je m'égare... J'étais dans ma 6ème année quand le directeur Albus Dumbledore décida de procéder à un échange entre académies. Ainsi, de nouvelles têtes firent leur apparition dans ma promotion, et parmi elles se trouvait la femme qui changea ma vie. Je n'aime pas me la rappeler mais aujourd'hui fera exception. C'était une petite blonde, venue de Russie. Une vraie poupée Russe d'ailleurs. Elle était belle ça oui ! Sa peau pâle, ses yeux océans, ses courbes raffinées, ses mains fines, ses cheveux d'or et son corsage délicat. Mais ce n'était pas ce qui la rendait irrésistible à mes yeux, non. J'étais, sous mon apparente froideur, plus délicat que les autres garçons. Ce qui me l'a rendait si désirable, c'était son odeur. Une odeur incroyable, il y avait du... et du... Non c'était indéfinissable. C'était une senteur de merveille. Plus tard je compris que c'était l'odeur de la peur exacerbé que je lui inspirais. En tout les cas, ce fut elle qui me rendit accroc.

Je la suivais partout, volais ses affaires à chaque fois que l'occasion se présentait. Et elle ? Elle se retournait sans cesse sur ses pas, surveillant si j'étais là, et j'y étais comme toujours, je ne voulais pas lui manquer. Elle se plaint un jour à cette vieille chouette de McGonagall, sans doute pour attirer plus encore l'attention sur elle. La vieille fit son enquête et découvrit mes trésors : sa cravate, une plume, une boucle d'oreille, un short et toute sorte d'affaires pour lesquelles je m'étais donné tant de mal. Je savais bien qu'ils allaient me renvoyer si je continuais, alors je décidais de prendre mon courage par le cou et de me lancer, avec honnêteté et franchise pour tenter de me sortir de ce pétrin.

J'allais la voir pendant le dîner dans la grande salle. Elle était à la table des serdaigles quand je me tins devant elle. J'étais gauche et balbutiant mais ne cédais pas à la panique. Alors je lui confessais tout. À quel point je pensais à elle, à quel point elle m'obsédait, combien je l'aimais et désirais son odeur. La première et la dernière fois que j'osais parler à voix haute de mon étrange penchant. Je lui dis que je voulais qu'elle soit mienne, que je la protégerais de tout, que nous partirions loin pour ne vivre que de nous même. Je lui promis que lorsqu'elle se flétrirait, j'enfermerais son odeur dans un flacon pour que jamais elle ne me quitte... Et ils ont ri à mes mots qu'ils trouvaient si pathétiques. Et elle... elle se liquéfia sur place, me prit pour un monstre et me hurla de la laisser tranquille ! Elle me jeta à la figure que je la dégouttais. Elle se jeta alors dans les bras d'un imbécile quelconque de Gryffondor. Stupide et courageux gryffondor qui me donna, soit dit en passant, une bien belle correction dès le lendemain.

J'aurais pu en rester là, passer à autre chose comme on dit, mais je ne suis pas homme à me laisser abattre. Une nuit savamment préparée, cela va de soi, je m'introduisis dans les dortoirs des filles de Serdaigle. Comment je fis ? La charade était simplette et il est facile de berner un escalier avec un parfum si vous voyez ce que je veux dire. Guidé par ses effluves sucrées, je découvris sa chambre et m'introduisis sous la tenture de son lit. Je la surplombais de toute ma taille. Comme elle était belle, calme et sereine. Comme hors d'atteinte, comme une statue. Et elle semblait toute entière m'être destinée, là, dans les draps où elle était nichée. Je la sentais depuis un moment quand elle ouvrit les yeux sur moi, des yeux rond comme des billes. Plus rapide que le vent, je plaquais ma main sur sa bouche, la stupefixais puissamment et l'emportais dans le plus grand secret.

J'étais effrayé quand je traversais Poudlard tenant mon fardeau contre mon torse. J'étais en nage, je respirais fort, et la bougresse était bien plus lourde qu'il ne m'était apparu de prime abord. Toutefois, avec force et détermination, je réussis à nous échapper, tel Roméo et Juliette, au nez (si je puis dire) et à la barbe de tous. Que se passa t'il ensuite à Poudlard ? Je l'ignore, je n'y ai plus jamais remis les pieds. Parti pour nous couper du monde, je volais un balai et filais je ne sais où, au hasard le plus total. C'est peut être la raison pour laquelle on ne nous retrouva pas. Je n'avais pas de plan, seulement un instinct. Et mon instinct de survie est sacrément aiguisé.

La tenant toujours groggy, nous trouvâmes une vieille masure abandonnée, sans doute le souvenir d'un garde chasse. Je fis de menus travaux décoratifs, ajoutait quelques barreaux et quelques chaînes ici et là, et y installa ma bien aimée où nous entamèrent une vie à deux. Au début, je dois avouer qu'elle se montrait un tantinet récalcitrante. Mais bien vite elle se mit à me réclamer sans cesse. Elle attendait toujours quelque chose de moi et j'étais heureux de répondre à ses caprices. De la nourriture, un seau d'eau pour se laver, du savon parfumé quelque fois, et sur ce dernier point, si vous saviez comme j'étais contre, son odeur naturelle était tellement enchanteresse. Mais l'amour nous fait faire bien des folies.

Parfois, je me laissais aller à la prendre dans mes bras. Je la détachais, serrais ses petits poignets blanc d'une main, et lui tenais fermement la taille de l'autre. Assis à ses côtés, le nez plongé dans son cou et dans ses cheveux... ce furent les plus merveilleux des instants. Alors je la réinstallais contre ses chaînes, et respirais chaque parcelle de son corps, des pieds jusqu'à la tête en passant par ses chevilles, son aine et ses seins. Mais je ne suis pas un de ses fous qui l'aurait pris par la force. Les plaisirs charnels ne m'intéressaient guère à l'époque. Les rares expériences que j'avais eu dans le domaine avaient été un fiasco. Ce que je désirais, c'était seulement d'exhaler sa peur.

Je vécus ainsi dans le bonheur pendant quelques temps. Mais un jour, je la serrais tant et si bien qu'elle s'endormit à jamais, son doux visage contre mon cœur... Sur le coup ça ne me chagrina guère, jusqu'à ce que je m'aperçoive, quelques minutes plus tard, qu'avec sa vie s'échappait aussi son doux parfum.

J'en fus malheureux, triste et contrarié au possible. Non sans un profond chagrin, je la laissais là et partis loin, errant de village en village, vivant de peu et terminant mon instruction moi-même. Je la cherchais partout, son odeur. Je crus la découvrir souvent, en vain. Des mirages mis sur ma route sur lesquels se déversaient ma peine et ma rage.

C'est ainsi qu'à force d'enlever et de pister, j'acquis la réputation de meilleur nez d'Angleterre, et de sorcier à abattre. Dans les journaux on me qualifiait de sociopathe, de marginal, d'érotomane ou encore de séducteur fou. Personne ne comprenait. Puis l'époque a changé, les priorités politiques aussi. Le poste de rafleur me fut proposé au hasard d'une rencontre aux embrumes, me permettant à la fois de faire parti intégrante de la société et de courtiser des jeunes femmes en fleur à ma guise. Une façon de joindre l'utile à l'agréable tout en poursuivant ma quête mortuaire.