Certains doivent se dire que Tsuna est OOC, mais ce n'est pas vraiment le cas vu ce qui lui est arrivé. Mais vous verrez bien par vous-mêmes !
Merci à BlackCerise pour la review, et merci à ceux qui prennent le temps de me lire.


Chapitre 3 : Break

« Peu importe ce qu'il m'arrivera,

Plus rien ne compte pour moi,

Tu représentais ma raison de vivre,»

La seconde d'avant, je tremblais de fureur. La seconde d'après, je me retrouve sans voix. Je ne suis pas même sûr d'avoir bien compris ce que Mukuro vient de me demander. De plus, il garde cet air sérieux qu'il n'a que lorsqu'il affronte Hibari-san. Serais-ce la preuve qu'il l'est vraiment ?

-« C'est absurde ! » je lui dis alors. « Je ne ferais jamais ça ! »

-« Dans ce cas tu ne connaîtras jamais le nom de celui qui a tué ta chère Kyoko. »

-« C'est du chantage… » dis-je, dégoûté.

-« J'appelle ça un échange de bons procédés » rétorque-t-il d'un ton tranchant.

Nous nous affrontons du regard pendant quelques minutes. Je pèse le pour et le contre, articulant avec soin chaque détails pour les emboîter parfaitement. Cependant, il y a cette voix, petite, et ténue, qui me murmure que je sais très bien ce que je veux en réalité. Ce que je désire, c'est voir la personne qui a tué Kyoko périr.

-« Très bien ! » dis-je. « Maintenant, dis-moi son nom ! »

Le sourire de Mukuro revient flotter sur ses lèvres. Il plisse les yeux. Il ne semble pas encore assez satisfait.

-« Jure-le-moi, » dit-il soudain. « Tu pourrais très bien changer d'avis par après, alors je veux que tu me le jures. »

Décontenancé, je croise les bras, également outré. Cela fait rire l'autre qui le remarque.

-« Tu exagères » dis-je pour toute réponse.

-« Je veux ta promesse ou je ne te dirais rien. »

Lui donner ma promesse, c'est m'engager personnellement. Je grimace. Je n'en n'ai pas la moindre envie. Il rêve depuis assez longtemps de posséder mon corps, et il attend très patiemment. Pourquoi diable veut-il se presser maintenant ? Je lui lance un regard noir, mes muscles me faisant mal à force d'être si tendus. Diverses émotions défilent : haine, colère, rage, soif de vengeance, dégoût, aversion, crainte. A nouveau, la petite voix s'éveille pour me dire qu'elle souhaite exterminer l'enfoiré qui a mis un terme à la vie de la jolie Kyoko. L'image de son corps sans vie rejette tous mes doutes, et c'est d'une voix assurée, glaciale, que je lui réponds :

-« Moi, Sawada Tsunayoshi, Vongola Decimo, jure de tenir ma promesse. Je te donnerais mon corps si tu me donnes le nom du meurtrier de Kyoko. »

Cette fois, avec un large sourire qui ne dévoile aucune dent, Mukuro s'avance vers moi en me tendant la main. Sous un masque de pierre, je la lui sers en n'attendant plus qu'une seule chose : le nom. Mais il semble prendre tout son temps, savourant sa victoire, me laissant trépigner sur place.

-« Allons-y » dit-il en tournant les talons.

Frustré, et dans un accès de colère, je l'interpelle :

-« Le nom, Mukuro ! »

Il se tourne à demi vers moi avec un sourire exquis que j'aurais aimé voir disparaître pour de bon. Il tire sur son gant et son visage devient plus cruel l'espace d'un instant.

-« Ne sois pas si pressé…Je vais t'amener jusqu'à lui, Tsunayoshi-kun. »

Il reprend alors sa marche en direction de la route. Exaspéré, je me demande si je n'aurais pas mieux fait de lui coller une raclée pour obtenir ce nom. Avec regret, je lance un dernier regard au banc avant de le suivre.

Nous marchons en silence. Arrivés dans la rue où nous étions il y a peu, il me demande si nous devons prendre un taxi ou si je compte rappeler le chauffeur. Je choisis de prendre un taxi pour la seule raison que Mukuro aurait préféré la limousine. Je vais donc trouver un chauffeur qui me regarde des pieds à la tête avant de hocher lentement la tête. Il ne se rend pas compte que sa cigarette vient de lui tomber de la bouche. Nous embarquons donc, sous la conduite d'un chauffeur rendu blême par les regards insistants du gardien. Avec un sourire satisfait, je m'accoude à la fenêtre.

Après quelques indications un peu vagues, Mukuro commence à diriger le chauffeur lentement mais sûrement dans un quartier de banlieue. Je hausse les sourcils lorsqu'il recommande de rentrer via une ruelle sombre. Il rétorque que c'est par là que passe les chefs de clan du quartier. Je ne réponds rien, sachant pertinemment que, malgré les apparences, Hibari et Mukuro partageaient souvent les informations dont ils disposaient l'un et l'autre. J'espère tout de même ne pas tomber dans un traquenard qu'ils se seraient tendus mutuellement.

Les bâtisses sont anciennes, cela se voit à la peinture écaillée, aux volets de bois arrachés de leurs gonds, aux portes de bois pourrissantes avec de nombreux verrous, neufs quant à eux. Il n'y a presque personne dans les rues. Ceux que nous croissons fuient en vitesse. Depuis le parc, il s'était déjà écoulé une heure de trajet et je commençais à trouver le temps long. Nous débouchons sur un square tagué de mots provocants où une bande de jeunes semblent attroupés. Ils paraissent plus méfiants que dangereux. Certains rabattent leurs capuches par réflexe semble-t-il. Nous passons devant eux et seuls leurs yeux nous suivent jusqu'à ce que Mukuro indique au conducteur de tourner à droite.

Nous débouchons sur un cul-de-sac. Le chauffeur l'annonce lentement. De la sueur perle sur son front. Je lui tends la somme qui lui est due, ce dont il s'empare avec convoitise. L'argent fait bien des miracles. Nous le quittons pour continuer tout droit, jusqu'au mur qui barre la route. Je me tourne vers Mukuro pour lui demander ce que nous faisons là, lorsqu'il passe au travers du mur. Surpris, je constate qu'il a disparu. Je me tourne de tous les côtés avant d'entendre sa voix me demander ce que j'attends. Je me tourne vers le son de sa voix pour découvrir que seule la moitié de son corps est visible, l'autre étant de l'autre côté du mur. Il me fait signe de le suivre, et je passe lentement la main dans le mur qui n'en n'est pas un. Une illusion. Forcément, il l'avait deviné contrairement à moi qui étais focalisé sur l'identité de l'assassin. Je le rejoins de l'autre côté où je cligne des yeux.

Il règne une forte lumière à l'intérieur. Nous ne sommes plus dans une rue, mais dans ce qui semble être une base militaire. Mukuro ne parait pas m'attendre et il continue d'avancer sans crainte. Avec un dernier regard pour l'étrange illusion de l'entrée, je décide de le suivre. Nous entamons une petite marche avant de commencer à monter une pente. Le silence qui règne en ces lieux est interrompu de temps à autre par le cliquetis des tuyaux métalliques qui grouillent au plafond. J'ai l'impression que plus je m'enfonce au cœur de ce labyrinthe, plus ma résolution s'endurcit. Nous arrivons devant une porte concave encastrée de lumières aux différentes couleurs. Nous nous arrêtons le temps que Mukuro effleure l'air du bout des doigts. Il crée une illusion très puissante, au point que les particules d'oxygène vibrent autour de nous. Nous passons la porte sans plus de difficulté.

Je découvre un autre couloir, moins clinique que le précédent, plus spacieux. Il est pourtant évident qu'il n'a pas été entretenu depuis longtemps. A nouveau, Mukuro ouvre la marche. Nous avançons jusqu'à une porte automatique. A l'intérieure, il y a une salle des commandes avec trois écrans géants plongés dans la pénombre. La salle semble déserte. Vu la technologie, la construction de ces lieux date un peu. Il y a tout de même des traces de pas dans la poussière.

-« Il n'y a personne ici » dis-je. « Combien de salle y'a-t-il en tout ? »

Mukuro qui inspectait des panneaux de contrôle se tourne vers moi.

-« Il y en a une cinquantaine. »

Je grimace. Pas question de les visiter une par une! Agacé, je décide de remédier à la situation de façon spectaculaire.

-« Les salles se longent toutes ? » je lui demande.

-« Vingt-cinq à droite, vingt-cinq à gauche, en effet » répond distraitement le gardien en retournant à ses découvertes.

La flamme de la volonté s'illumine à mon front et je ne tarde pas à enfiler mes gants qui s'abreuvent de ce feu. Devant cette lumière, Mukuro me regarde et semble comprendre puisqu'il se déplace juste derrière moi. Je place l'une de mes mains en avant, l'autre en arrière, et une déflagration dévaste tout. Les murs semblent fondre sous la pression du feu pour ne laisser qu'un trou béant. Satisfait, je laisse disparaître les flammes sauf celle de mon front qui continue d'illuminer la pièce d'ombres dansantes, menaçantes.

-« Alalala…Tu en fait toujours trop… » lance Mukuro dans mon dos.

Je l'ignore et m'avance dans la brèche ainsi créé. J'observe les salles d'un œil attentif : ici il y avait une chambre, là un labo, plus loin une bibliothèque… Nous traversons ainsi tout, jusqu'à ce que, presque arrivés à la fin, je distingue un mouvement discret. Une ombre silencieuse qui tente de s'échapper. Je l'observe se mouvoir sans le moindre bruit. Elle se tourne dans notre direction. Alors seulement, je me lance à sa poursuite. Surprise, elle tente de fuir, et d'étranges lianes surgissent du sol pour venir m'empêtrer les jambes. Rageur, je les tranche d'un coup grâce aux X-Gloves recouverts de flammes orangé. D'autres viennent s'enlacer autour de mon corps, de mes bras, de ma gorge. Je me débats avec violence, et me retrouve piégé. Piégé ! J'observe la personne qui se trouve en face de moi et découvre avec surprise un visage connu.

-« Vongola Decimo… Je ne pensais pas te voir ici. Ton attaque m'a fait du mal tu sais ? »

Les lianes m'empêchent de respirer convenablement. Je jette un œil à ma boîte Vongola mais la végétation l'a elle aussi recouvert. En désespoir de cause, je cherche Mukuro des yeux, sans succès. Furieux, je fais face à mon opposant.

-« Qu'est-ce que tu fiches ici… Kikyo… ! » dis-je en avalant mes mots.

L'homme aux longs cheveux verts désordonnés ne ressemble plus à celui que j'ai connu. Ses vêtements sont déchirés, plissés, son visage est couvert de crasse, et ce qui ressemble à une cicatrice déforme ses traits. J'aurais pu le confondre avec un sans domicile fixe dans la rue. Je donne une nouvelle secousse pour essayer de me dégager, sans succès.

-« Ha ha ! Je te retourne la question ! Que fais-tu dans cette base des Millefiore ? Que cherches-tu ? »

-« Je suis venu parce qu'on…m'a dit…que l'assassin de Kyoko…était ici… » dis-je en sentant le souffle me manquer.

Visiblement, Kikyo est surpris. Il semble réfléchir en marchant de long en large tandis que j'observe la scène en espérant trouver quelque chose, n'importe quoi, pour me sortir de cette situation. Reborn qui me disait d'emmener un gardien, et parmi tous, il choisit Mukuro ! Il doit être caché par une illusion en train de manger du pop-corn et de savourer le spectacle !

Kikyo se met soudain à rire. Un rire de dément. Il esquisse des pas de danse ridicules en fredonnant, puis il s'approche de moi à grandes enjambées et saisit mon visage. Il a un sourire qui me fait frémir. Cet homme est fou.

-« L'assassin de la rouquine ? Cette idiote que tu aimais ? Je ne sais pas vraiment, mais l'entendre crier après toi était merveilleux ! Tsu-kun ! Tsu-kun ! Elle n'a pas arrêté ! »

Un froid glacial pétrifie mon cerveau. Mes membres se retrouvent engourdis et bien que mon souffle s'étrécisse à chaque respiration, c'est sans difficulté que je lui demande :

-« C'est toi qui l'as tué… ? »

Kikyo recule de plusieurs pas. Il chasse une chose que lui seul semble voir avant de se concentrer à nouveau sur moi.

-« Tout dépend. Qui était-elle ? Une connaissance ? Un membre de ta famille ? Ta petite amie ? »

Il n'y a rien à en tirer. Cet homme est devenu fou. La mort de Byakuran l'a détruit. C'était prévisible. Les liens se resserrent encore autour de moi et une certaine angoisse commence à m'étreindre. Angoisse et colère, car il me fallait savoir maintenant que la vérité était si proche de moi.

-« Je veux juste…savoir… » dis-je en tirant contre les plantes qui tentent de m'étouffer.

Kikyo me dévisage longuement. Il semble réfléchir. Je ne lui prête pas attention, luttant contre ces affreuses plantes qui cherchent ma mort. Je me refuse à abandonner, pas alors que je suis si proche de mon but. Kikyo allume alors une flamme de la volonté qu'il insère dans une boîte dont sortent de nombreux velociraptors, des dinosaures disparus depuis longtemps. Leurs yeux jaunes se tournent vers moi. La végétation se met à recouvrir le sol en rampant, puis les murs, donnant l'impression que nous sommes en pleine jungle entourés de lézards géants. Les lianes me soulèvent du sol et m'amènent jusqu'à Kikyo. Dans un coin de mon esprit, je sais déjà ce qu'il va se passer.

-« Je suis surpris que Mukuro t'aies dit où je me trouvais. Je me demande ce qu'il avait à y gagner. Enfin, peu importe… » dit-il tandis qu'un tic nerveux agite ses épaules. « Maintenant que tu es là, je vais pouvoir venger Byakuran-sama ! »

Il crie ses dernières paroles avec une voix rendue aigue par la folie. Je commence tout doucement à me lasser de son petit jeu, de plus, si je continue de rester sans rien faire, je finirai vraiment pas mourir.

Je libère plus de flammes, assez pour solidifier les lianes qui m'entourent et m'en débarrasser. Kikyo me regarde la bouche grande ouverte. J'époussette mon manteau en m'avançant vers lui. Un des dinosaures me fonce dessus, mais d'un geste nonchalant, je l'abas sans sourciller. Le second finit de la même manière. Quant au troisième, je le solidifie à nouveau pour arriver à la hauteur de mon adversaire.

-« Tu as tué Kyoko ? » je lui demande, surpris par le propre timbre de ma voix qui résonne cruellement à mes oreilles.

Kikyo jette des coups d'œil inquiets autour de lui, il lève les mains au ciel et se met à divaguer tout seul au nom de Byakuran. Je le saisis par la gorge et le soulève pour le lancer contre le mur qui se fracasse sous l'impact. Il se relève, les yeux exorbités, du sang coulant de son menton. Il l'essuie avec stupeur, puis il se met à rire.

-« Byakuran-sama nous avait dit que nous étions plus que des humains, pourtant je suis en train de saigner ! Je saigne comme un humain ! Ha ! Ha ! Et les autres sont morts, tués… Byakuran-sama… Mais maintenant, je vais te tuer Vongola ! Comme j'ai tué cette petite humaine ! Je vais te tuer ! Je vais… »

Kikyo n'a pas le temps de finir sa phrase car je lui défonce la mâchoire avant d'attraper son visage pour l'enfoncer par terre et lui donner un autre coup de poing qui fait gicler son sang jusqu'à se répandre en fines gouttelettes sur mon visage. Je ne me contente pas que d'un coup. Je continue de l'assommer férocement, sans sourciller, sentant une rage froide m'envahir. Des milliers de lianes surgissent autour de nous, elles s'emparent de moi et recouvrent ma bouche, mes yeux, mon corps. Sauf qu'à la dernière minute, j'ai le temps d'utiliser ma boîte Vongola. Un rugissement suivit d'une lumière éclatante me libère de la végétation devenue poussière. Nuts, un grand lion du ciel se jette sur moi. Je le saisis d'une main et en une fraction de seconde, il se transforme en une arme qui s'agrippe à mon bras.

-« Qui a tué Kyoko ? » dis-je d'une voix sourde.

Mon arme est braquée sur Kikyo, le visage ensanglanté, qui rampe lamentablement à terre, s'agrippant aux débris de mur pour se relever. Il est terrifié, le sang lui coule le long du menton dans une cascade rouge, ses pupilles sont dilatées par la peur, et il tremble lorsqu'il m'entend dire « Opération X ». Les lentilles se synchronisent, et des écouteurs m'envoient des informations d'une voix neutre. Je commence à emmagasiner de l'énergie dans l'arme rendue brûlante sous la pression des flammes. Kikyo se relève, trébuche, et se hisse du mieux qu'il peut. Il décide alors d'utiliser l'ouverture sanglante. Sans succès. Il n'a plus assez de volonté pour réussir ce coup de maître.

Il se tourne pour me regarder, comprenant enfin qu'il ne peut pas lutter. Sa peur disparaît, et sa haine revient en force, augmentée par la folie. Il se remet debout, ses jambes tremblent, mais sa voix est ferme. Il écarte les bras.

-« C'EST MOI ! C'EST MOI QUI AIE TUE CETTE FILLE ! J'AI TUE TA BIEN-AIMEE COMME TU AS TUE LE MIEN ! JE L'AI TUE, TU M'ENTENDS ?! JE L'AI… ! »

Il hurle, hurle de toutes ses forces, un sourire immonde sur le visage. C'est la dernière image que j'ai de lui. Car le X-Burner ne laisse pas une trace de sa présence. Il ne reste plus rien. Un trou béant dans le mur qui a causé des ravages un peu plus loin, dévastant ce qui ressemble à un vieux monument. Nuts réapparaît à mes côtés, me léchant doucement la main. Je le rappelle dans sa boîte sans y regarder.

Je m'avance un peu. Il ne reste vraiment rien de lui, pas une seule molécule. Le néant. Rien.

Suis-je censé ressentir de la joie ? Est-ce que je devrais être heureux maintenant ? Je penche la tête. Je regarde sans vraiment les voir mes mains couvertes de sang. Est-ce qu'on est content après s'être vengé ? Est-ce qu'on ressent quelque chose ? Moi je n'éprouve rien. Suis-je devenu si froid, si dur, au point de ne plus rien ressentir ? Je ne sais pas. Je sais juste que je me sens vide, nauséeux, froid aussi. Je frisonne.

J'ai vengé Kyoko.

Le regard vide, je vois Mukuro dans un coin, le sourire aux lèvres. Je ne lui prête aucune attention et quitte la pièce sans me retourner. Je décide de rentrer à pied. Je ne sais pas pendant combien de temps je marche, encore et encore, mon pied frappant le béton sans relâche, avançant à travers la ville. Perdu dans ce vide absolu je m'avance lentement vers la base des Vongola. La nuit tombe et je marche encore, sans être fatigué, sans avoir faim, sans rien.

Je ne me rends pas compte qu'arrivé au grand portail d'entrée, il y a des hommes qui se mettent à crier que je suis de retour, peut-être blessé, et qu'il faut prévenir les gardiens. Les gardiens ! J'ai envie de rire et de pleurer. Des gardiens qui gardent leur boss incapable de les protéger en retour. Incapable de faire quoi que ce soit.

Je continue d'avancer dans l'allée sans accorder d'attention aux autres. La douleur ma paralyse trop. Si Kyoko est morte, ce n'est pas à cause de Kikyo uniquement. Si j'avais été plus fort, j'aurais pu arriver à temps et la protéger. Si j'avais été plus ferme, plus dur, j'aurais laissé la Varia tué Kikyo. Alors, jamais il n'aurait attaqué Kyoko. Elle serait toujours vivante. Non, en réalité, celui qui l'a tué, c'est moi.

Arrivé dans mon bureau, je m'assis lentement. La porte s'ouvre à la volée et des bruits de pas résonnent dans toute la pièce. Je lève un regard vide. La plupart des gardiens sont là, essoufflés, les visages inquiets. Reborn arrive peu après, aux côtés d'Hibari qui doit être là sur sa demande. Ils se mettent à parler en même temps, causant un bruit insupportable auquel je ne réponds pas. Voyant qu'ils parlent dans le vide, ils finissent par se taire. Ryohei s'avance un peu plus que les autres, les sourcils froncés.

-« Sawada, tu as trouvé le meurtrier de Kyoko ?! »

Je plonge mes yeux dans les siens.

-« Oui. C'était Kikyo. »

A nouveau, ils se mettent à parler, déblatérant sur le comment du pourquoi. Ils semblent se rendre compte que quelque chose cloche lorsque Ryohei pose ses poings sur le bureau.

-« Est-ce que tu l'as tué ? Est-ce que tu as tué Kikyo ? »

D'une voix dépourvue de sentiment, les mains posées sur mon grand fauteuil noir, les jambes croisées, couvert du sang d'un autre, je réponds : « Oui ».

A cet instant, Ryohei m'attrape par le col et tout se passe à une vitesse hallucinante il me donne un coup de poing qui m'envoie valser contre le mur, Gokudera se jette sur lui, Yamamoto aussi en voyant que Ryohei veut encore s'en prendre à moi, tandis que Lambo se précipite à mes côtés. Ryohei se débat en criant, tandis que, sonné par le coup, je me remets debout avec l'aide de Lambo. Gokudera et Yamamoto semblent avoir du mal à le retenir.

-« Pourquoi ?! Pourquoi t'as fait ça, Sawada ?! » hurle-t-il soudain. « C'était à moi ! A moi de le faire ! Jamais Kyoko n'aurait souhaité te voir faire ça ! C'était mon devoir ! »

-« Non, parce que c'est moi le véritable meurtrier. »

Un silence de mort tombe tel un rideau sur la scène. Sous le choc, Gokudera et Yamamoto lâchent Ryohei qui ne se bat plus. Leurs visages semblent alarmés. Chrome s'approche timidement, la voix tremblante, serrant ses mains sur son arme.

-« Boss… »

Lambo s'est reculé de trois pas et semble pétrifié. Reborn s'avance jusqu'à mon bureau. Il fait quelques pas avant de redresser la tête.

-« Qu'est-ce que tu veux dire par là, Tsuna ? »

-« Si je n'avais pas empêché Xanxus de tué Kikyo, elle ne serait pas morte » dis-je de cette même voix froide en observant le monde tel un spectateur extérieur. « Si j'étais arrivé à temps, elle ne serait pas morte. Si je vous avais donné l'ordre de la protéger, elle ne serait pas morte. J'ai commis trois erreurs, à trois reprises. Sans cela, Kyoko serait toujours vivante. Alors je pense que c'est moi contre que tu devrais te venger, Ryohei. »

Personne ne prononce un mot. Reborn analyse la scène, prêt à intervenir au cas où. Ryohei secoue la tête, dans un état encore pire que le KO. Hibari renifle avec dédain dans son coin et se décide enfin à dire quelque chose.

-« Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? Tu t'es vengé de celui qui a choisi de la tuer. Si tu ne te sens toujours pas mieux après ça, tu n'as qu'à tuer d'autres personnes. »

-« N'importe quoi ! » s'exclame Gokudera. « Garde tes idées tordues pour toi ! »

Hibari lui dédie un sourire qui découvre ses dents. Un air carnassier sur le visage signifie qu'il vaut mieux ne pas pousser trop loin Hibari.

-« Pourquoi tu ne nous as rien dit ? » demande soudain Ryohei.

-« Ce n'est pas la première fois qu'il fait ça, » remarque Reborn. « Alors je l'ai envoyé avec Chrome, mais visiblement, c'est Mukuro qui a pris sa place. Je suppose qu'il n'a pas jugé devoir nous avertir. »

-« C'est parce qu'il se débrouillait très bien tout seul. »

Nous nous tournons vers le coin droit de la pièce. Mukuro se tient le dos appuyé contre le mur, les bras croisés sur son torse, un léger sourire aux lèvres. Personne n'est surpris car il a pris l'habitude d'apparaître quand on s'y attend le moins.

-« Enfoiré… » lance Gokudera à son intention.

Toujours debout, j'écoute distraitement les voix devenir des sons lointains. Les insultes fusent, la colère gronde, le mépris réplique, et pour finir, j'observe leurs visages déçus. Combien de temps ils passent là, à parler pour ne rien dire, je n'en n'ai aucune idée… Je me souviens juste devenir plus attentif lorsqu'une main se pose sur mon épaule. Je tourne ma tête vers Yamamoto, dont les yeux sont emplis de compassion.

-« Tsuna, tu nous écoutes ? »

Je plisse les paupières.

-« Non, » dis-je d'une voix rauque.

Ils échangent des regards entre eux. Hibari soupire et quitte la pièce. Les uns après les autres, ils sortent, chacun avec un dernier mot à mon attention, et aucun n'est vraiment plaisant à entendre. Ils sont, soit pleins de colère, soit pleins de tristesse. Reborn est le dernier à partir. Il m'observe attentivement et puis il me tourne le dos.

-« Maintenant que tu t'es vengé, tu dois te remettre de sa mort. Tu ne peux pas laisser les choses ainsi. Commence par te débarrasser du sang qui te couvre la figure, et ensuite, va te coucher. On dirait que tu vas tomber raide mort, idiot. »

Il part sur ses dernières paroles. J'oscille sur place. Il y a en moi désormais un trou béant qui va en grandissant. Je cligne des paupières.

N'ayant rien d'autre à faire, je décide de suivre les conseils de Reborn.

Il est temps de renoncer à ces sentiments.

Il est temps.

Je quitte la pièce en titubant un peu.


To be continued in « Welcome to Hell »…