WARNING ! Devinez pourquoi ?
Voici un an que j'ai commencé cette histoire. J'en suis à la moitié à peine. C'est plus difficile à écrire que prévu.
Merci à ceux qui ont toujours le courage de me lire.
Chapitre 6 : Search and Destroy
«Je suis l'effroyable chasseur de la nuit,
Je suis l'infâme dévoreur d'impie,
Je suis celui qui prendra ta vie,
Mais ta douce candeur m'éblouit, »
Les jours qui passent sont monotones. Sans combat, sans négociation, sans meurtre, il n'y a que de la paperasse à compléter. Assis derrière le bureau de Tsunayoshi, je tapote du bout de mon stylo sur le papier, un coude posé sur le meuble. Le temps est radieux et je me retrouve bloqué dans cette pièce, des tonnes de feuilles à signer ou rédiger. Vraiment, ce n'est pas ce à quoi je m'attendais. Il est bien plus compliqué de déplacer les rouages de cette famille que de tuer tout ceux qui se dressent sur mon chemin. Entre les « oui » et les « non » je commence à perdre patience. Si je laisse les choses ainsi, je ne prendrais jamais le contrôle du monde.
Je me lève et contourne le bureau, jetant ma veste sur les épaules pour sortir lorsque le gardien de la Tempête fait irruption. Il a les sourcils tellement froncés qu'ils masquent presque ses yeux. Je pourrais en plaisanter s'il ne lance pas aussitôt un cri de rage que je traduis comme une insulte. Il s'approche dangereusement de moi, et au moment où je souris de cette petite distraction, deux autres gardiens viennent gâcher mon plaisir. Ils attrapent l'énergumène par le col de son veston qui craque. Ce dernier semble assez surpris car il se retourne pour dévisager les deux autres. Une fois qu'il les a identifié, il se remet à hurler.
-« Ca va pas, non ?! C'est un costume de chez Lucio ! Et je vous interdis de vous mettre en travers de ma route ! »
-« Désolé, désolé… » répond le gardien de la Pluie. « Mais vu la façon dont tu étais partis, on a pensé qu'il valait mieux te retenir avant que tu ne fasses une bêtise. »
Le colérique grince des dents et leur lance un regard noir avant de s'en prendre à moi.
-« Pourquoi t'es encore là, connard ?! »
Je me demande s'il faut que je l'ignore ou que je lui arrache la langue. Vraiment, les gens qui entourent le Boss sont tous des cas à part entière. C'est à se demander comment Tsunayoshi a fait pour conduire un tel groupe de minables. Enfin, il n'y a vraiment que lui pour croire que le monde de la mafia est aussi simpliste et qu'il suffit de donner une seconde chance à tout le monde. Bien que, dorénavant, il doit remettre ses opinions en question…
Un sourire rapide traverse mon visage, ce qui semble encore plus mettre en rogne le gardien de la Tempête. Il s'arrache à la poigne de ses collègues pour venir se planter en face de moi, accompagné de cette indécrottable odeur de cigarette.
-« Qu'est ce qui te fait marrer, enfoiré ? » lance-t-il d'un ton plein de menace.
En fait, on dirait un chat qui se gonfle pour paraître plus gros qu'il ne l'est. Il siffle et crache mais au final, il suffit de lui donner un coup de pied pour qu'il déguerpisse. A moins de lui lancer une pelote de laine histoire de l'occuper pour un temps. Pourquoi pas ? Il y a bien une affaire ou l'autre que je peux lui donner en guise de divertissement. Ce serait un répit, court certes, mais ce serait un répit quand même.
-« Mais rien » je réponds enfin. « Cependant, vu que tu es là, j'aimerais beaucoup te confier une petite mission. »
-« Rien à battre » balance le chaton. « Je veux savoir où est passé Jyuudaime, pigé ? »
Je lui dédie un sourire narquois tout en croisant mes mains sous mon menton. Ah, si seulement je pouvais me débarrasser de toute cette bande inutile.
-« Irie a besoin d'une aide intellectuelle afin de peaufiner un système SD-4 pour les nouvelles armes » dis-je en ignorant sa dernière remarque. « Etant donné que Spanner et Gianini sont occupés sur un tout autre projet, je pense que tu y trouveras de quoi t'occuper les nerfs. »
Le gardien de la tempête plaque ses deux mains sur la table dans un grand bruit sec. Il fulmine.
-« Ecoute-moi bien… » commence-t-il d'une voix menaçante.
-« C'est un ordre » dis-je d'une voix cinglante. « Tu ne veux pas désobéir à ton Boss tout de même ? »
-« C'EST JYUUDAIME LE BOSS, ESPECE DE RACLURE ! »
A nouveau, intervention du gardien de l'eau et du gardien du soleil. Je ne souris plus, cependant, je ne suis on ne peut plus amusé par cette situation exaspérante. Je prends un air affable avant de me lever pesamment. Sans un mot, je contourne l'énergumène et les gardiens. Je l'entends hurler après moi mais je ferme la porte sans regret à ses insultes. Les bruits étouffés, je soupire. Il est temps de prendre l'air.
Je marche en sifflotant un air italien. Quelque fois, je croise des subordonnés et je leur demande des nouvelles, on me présente des rapports, on requiert ma présence, on sollicite mon avis… Tout cela est d'un ennui ! Heureusement, le luxe de la demeure embellit un peu ce tableau trop terne. Encore amusé par le cinéma du gardien de la Tempête, je m'imagine aller voir Hibari dans sa salle privée. Et puis non, trop d'ennuis en perspective. L'idée d'être sermonné par l'arcobaleno ne m'enchante pas. Il se fera une joie de me rappeler l'exact rôle d'un parrain. Bref, il ne me reste plus qu'une distraction.
Sawada Tsunayoshi. Un homme très étrange. Le boss de la famille mafieuse la plus puissante depuis la disparition du clan Millefiore. Naïf, enfantin, stupide, il pardonne facilement ses ennemis. Rien ne le prédestinait à devenir ce qu'il est aujourd'hui. Ou du moins, ce qu'il était.
Je souris avec satisfaction. Car oui, celui qui gère la grande famille Vongola, désormais, c'est moi. Je suis en mesure de dominer le boss de cette famille, je le tiens par la peau du cou grâce à ma petite vidéo surfaite. Bien entendu, mis à part lui et moi, personne n'est au courant. L'arcobaleno a des doutes sur ma récente nomination temporaire, de même que la délicieuse petite Chrome. Ce n'est pas un problème, car Tsunayoshi-kun fera tout ce qu'il est possible pour qu'ils n'apprennent jamais la vérité. Il est entièrement en mon pouvoir. Personne ne sait que je tiens la maison Vongola dans le creux de ma main.
C'est vrai, et pourtant, il y a quelque chose de dérangeant. Une chose infime, un clou enfoncé de travers, une brindille sur le tas de bois, un virus dérangeant, un serpent qui se dresse dans l'ombre dés que je pose les yeux sur ce corps qui m'appartient. Ce corps pâle, frissonnant, à la fois glacé et brûlant, ce corps qui n'est qu'à moi. Il semble avoir aperçu ma présence. Il se tourne vers moi et me lance un regard douloureux. Peut-être est-ce ses yeux ? Si c'est le cas, il me suffira de les arracher.
Je me laisse tomber dans un fauteuil de cuir, sensation agréable, surtout avec cette vision étrange de voir l'homme le plus puissant du monde se recroqueviller sous votre simple regard. Délectable sensation. Je souris. Il enfouit son visage dans les draps de soie. Je pousse un soupir exaspéré. Il frémit. Je vendrais mon âme au diable pour continuer à jamais ce jeu exquis.
-« Oya » dis-je en entamant mon rituel monologue. « Ton travail est vraiment lassant. Pour toi, il ne fait aucun doute que ce devait être rassurant de compiler des feuilles de papier en de jolies colonnes, mais pour moi qui suis d'un tout autre niveau que toi, c'est affreusement ennuyeux. Il ne se passe pas un jour sans que je n'espère une attaque ou une conversation avec le premier ministre. Si au moins cela venait à se produire, je pourrais prendre possession de son corps et m'emparer du pays. Ajoutons à cela tes incapables gardiens et on atteint des sommets. Je me demande souvent ce qui t'a persuadé de les garder à tes côtés. Il ne fait aucun doute que tôt ou tard, tu aurais été tué par leurs faibles compétences. »
Des mots, faibles, murmurés dans l'oreiller. Je croise les jambes et lui demande de me répéter plus fort ce qu'il vient de dire.
-« Moi aussi » sont ses mots.
-« Quoi donc ? » je demande avec une infinie patience.
Il tourne faiblement sa tête vers moi. Ses yeux bruns irradient de défi. Cette lueur me surprend à chaque fois, et elle me plait. Malgré tout ce que je lui fais subir, malgré mon emprise, il continue à se rebeller. Tant mieux, c'est une occasion supplémentaire de lui apprendre combien je peux être cruel.
-« Moi aussi je me demande pourquoi je t'ai gardé comme gardien » dit-il d'une voix qui ne permet aucun tremblement. « Les monstres devraient rester en enfer. »
Un rictus déforme mes traits. Vraiment, cet homme est surprenant. Stupide. Et inconscient.
-« Si je suis un monstre, tu es ma proie » dis-je d'une voix glacée. « Très bien, jouons à ce jeu. »
Je me lève et m'approche de lui. Il se crispe sans pour autant perdre ce regard méprisant. Je l'attrape par le bras et le tire hors du lit. Il étouffe un cri et titube, nu dans cette pièce qui doit vaciller sous ses yeux. Il parait ivre, mais la douleur de ses traits dément ce faux-semblant.
Je m'approche de l'armoire et j'y prends des vêtements que je lui lance à la volée. Interdit, il contemple ces chiffons à ses pieds et me dévisage sans comprendre. D'un mouvement de tête, je l'incite à s'habiller. Pendant ce temps, je récupère des chaussures. Il enfile tout avec lenteur, grimaçant. Je tapote du pied, impatient. Lorsqu'il est prêt, je sors une clé USB de ma poche. J'aime cette expression mêlant colère, peur, et tristesse se peindre sur son visage à la vue de cet objet.
-« Jouons donc » dis-je en souriant. « Je suppose que tu reconnais cet objet ? »
Je lui présente la clé d'un geste théâtrale. Une grimace de dégoût se peint sur son visage. Non, cette expression là, je n'aimais pas la voir trop souvent sur son visage.
-« Bien sûr que tu le reconnais » dis-je précipitamment en rangeant ces précieuses données dans la poche de ma veste. « C'est à cause de lui que tu es obligé de tenir notre marché. Parfait ! Je suis un monstre dis-tu ? Tu as raison, mais il me faut encore le prouver car jusque là, je ne me suis pas vraiment comporté comme tel. »
Tsunayoshi devient aussi rouge qu'une pivoine, ses yeux dardant des éclairs.
-« Pas encore comporté comme tel ?! » s'écrie-t-il. « Comment oses-tu dire… »
-« Tu crois sincèrement que je me suis comporté comme un monstre jusqu'à maintenant ? Tu n'as pas idée de ce que sont les monstres, Tsunayoshi-kun. Moi oui. J'ai traversé les six étages des enfers. J'ai vu des monstres dont tu n'imagines pas la moindre parcelle. »
-« Tu es en train de minimiser tes actes ! » crie-t-il, horrifié.
Je réfléchis brièvement. Continuer cette conversation houleuse ne parait pas très judicieux. Il sera plus simple d'en venir aux faits. Surtout que le pauvre semble sur le point de s'effondrer. J'ai besoin qu'il tienne la route encore quelques heures.
-« Laissons cela de côté » dis-je enfin. « Je vais te donner une chance de récupérer cette fameuse clé, objet compromettant pour ta précieuse famille. Une seule et unique chance. »
Le regard de Tsunayoshi s'éclaire aussitôt. Il parait fébrile, et méfiant. Finalement, sa naïveté finit par l'emporter.
-« Tu vas me rendre la clé ? »
-« Non, tu vas la gagner, si tu en es capable » je réponds. « Ainsi, tu n'auras plus à craindre quoi que ce soit de cet enregistrement. Prêt à jouer ? »
Il semble peser le pour et le contre, cherchant s'il y a un piège. Bien entendu, il y a un piège, et bien sûr, il n'a presque aucune chance de gagner. Presque. Car on ne sait jamais avec Sawada Tsunayoshi. Mais il a pris sa décision. Son regard reprend espoir, il rayonne soudain de cette lumière que je lui ai volée. Il n'en sera que plus plaisant de le briser définitivement.
-« Qu'est-ce qu'il faut que je fasse ? » demande-t-il à brûle pourpoint.
-« C'est simple » dis-je. « Tu te caches jusqu'au coucher du soleil. Si je ne parviens pas à te trouver d'ici là, tu pourras détruire de tes propres mains la clé USB. En revanche, si tu perds, je la distribuerais au monde entier. »
-« Une simple partie de cache-cache ?! » s'étonne-t-il. « Je suis désavantagé » ajoute-t-il tout de suite après. « Tu es un illusionniste, tu pourras te cacher où bon te semble et attendre de me voir arriver. »
-« C'est vrai » dis-je avec un sourire. « Voilà pourquoi je suis un monstre. La partie commence. »
Tsunayoshi me dévisage en clignant des yeux, ébahis. Puis, pris d'une soudaine impulsion, il s'échappe de ses appartements et file dans le couloir. Ses pas résonnent en s'éloignant le plus vite possible. Je passe une main sur mon visage et rit tout haut. Cette journée sera moins ennuyeuse que prévu !
Je compte lentement dans ma tête jusqu'à cent. Une fois arrivé au bout du compte à rebours, je sors de la pièce, un sourire carnassier sur mes traits. Un jeu de cache-cache avait-il dit ? Il est tellement naïf. Un enfant pris dans les filets de ce grand monde. Je suis le chasseur, il est la proie, rien de plus. Ce n'est pas un jeu. C'est un défi. Un défi que je relève, que je vais remporter, et qui va me permettre de le détruire.
Je ris tout bas. Non, tout compte fait, il a raison. C'est bel et bien un jeu.
Les couloirs sont, bien entendu, vides. Il ne reste plus personne à cette heure dans les couloirs du boss. En revanche, il me suffit de débarquer dans le grand hall pour que j'y croise une foule de gens. Les gardiens, mais aussi les majordomes, les femmes de ménage, les auxiliaires de liaison, les agents, les membres de la famille du Cheval Ailé, des officiers… Tout ce beau petit monde fourmille en tout sens pour une raison qui m'est inconnue. Peu importe. Le duel continue, surtout que je pense avoir une idée du plan de Tsunayoshi. S'il crée un peu de pagaille, il lui suffira de se cacher au milieu de la masse compacte de ses subordonnés. Cette idée me parait soudain stupide : jamais Tsunayoshi ne se cacherait parmi ses gens. Il est bien trop gentil.
Je continue donc ma route en cherchant cette épaisse chevelure que je connais si bien maintenant. Rapidement, je me demande s'il est resté dans la demeure. Il peut très bien s'être réfugié dans le parc, ou même hors de du domaine. Impossible de le deviner sans chercher un peu. Soit, il est temps de s'amuser.
Je décide d'emprunter l'apparence de son gardien de la Pluie. Tout d'abord parce que Tsunayoshi l'apprécie, mais aussi parce qu'il fait partie des rares gardiens qui ne m'insupporte pas au plus haut point. Je me pare d'un sourire qui n'est ni cruel, ni stupide afin de rentrer au mieux dans la peau de mon personnage. Je quitte le domaine et commence à me promener dans les alentours. Il n'y a aucun risque que je croise le véritable gardien de la Pluie vu que je l'ai vu se rendre dans une salle de mécanique un peu plus tôt. La voie est libre.
Cependant, il me faut vite me rendre compte que Tsunayoshi n'est pas dans le parc. Je retourne donc bredouille au manoir, reprenant ma véritable apparence afin de ne pas éveiller les soupçons. Je passe à peine la porte que l'arcobaleno me tombe dessus.
-« T'étais passé où, Mukuro ? Un boss ne peut pas se permettre de disparaître aussi longtemps. »
Bien sûr, dans la précipitation, j'avais oublié que je me devais de remplir les fonctions de boss. Détail assez méprisant comparé à ma chasse.
-« Tu m'excuseras, arcobaleno, mais je n'ai guère le temps de jouer au secrétaire. Si tu as besoin de faire signer des papiers, demande à Chrome, elle sera ravie de t'aider. »
-« Hum ! » fit-il en me dédiant un regard noir. « Tsuna ne se défilerait pas, lui. »
-« Je n'en doute pas » dis-je en souriant d'un air affable. « Maintenant, si tu veux bien m'excuser… »
Je le laisse sur le pas de la porte, l'esprit trop agité pour me rendre compte qu'une funeste démangeaison derrière le crâne est due à ses pulsions d'assassin. Il me faut trouver Tsunayoshi.
Lorsque je consulte l'heure, je m'aperçois qu'il est déjà midi. Cette simple idée suffit à m'agacer au plus haut point. Où peut-il donc bien se cacher ? J'ai beau fouiller chaque recoin, chaque armoire, chaque endroit susceptible de pouvoir l'abriter, il n'y a nulle trace de lui.
Cette fois, je me décide à devenir sérieux. Il me reste encore largement de temps avant le coucher de soleil, mais malgré tout, j'ai la désagréable impression qu'il va falloir me hâter.
Je me sermonne tout seul en repesant qu'il ne faut jamais sous-estimer Tsunayoshi-kun. Par le passé, j'avais commis cette erreur trop souvent. La dernière leçon ne m'avait pas suffis apparemment. J'avais pourtant bien préparé mon idée prendre Tsunayoshi dans mes filets au moment où il était le plus vulnérable, devenir le Parrain, commencer à conquérir le monde. Oui, mais voilà, j'en étais resté à la deuxième étape de mon plan pourtant si parfait. Car il était très difficile de se jouer de l'arcobaleno, des Vongola, et des Vendicare. Il me fallait me glisser sournoisement derrière leur dos pour réussir à convoquer les autres familles mafieuses, ou du moins, c'est ce qu'il me semblait. En attendant l'instant propice, je devais jongler entre les gardiens, les Vongola, les arcobaleno, la Varia, les ennemis, les autres familles, les anciens de Kokuyo, et bien entendu, Tsunayoshi-kun. D'ailleurs, le temps passait et je n'avais toujours aucune idée de l'endroit où il était.
J'avais cherché, j'avais espionné, j'avais épié, j'avais même pris diverses apparences pour m'enquérir de nouvelles sur Decimo, sans succès. Et plus le temps passait, plus ma colère enflait. Ce n'était pas possible ! Je ne pouvais pas échouer ! Je suis un maître de la Brume, je manie les illusions à la perfection, je me dissimule mieux que quiconque…. Alors où est-il ?
Peu importe mes ruses, mes plans, mes compétences en cet instant, l'idée effroyable de perdre mon seul et unique moyen de pression sur Tsunayoshi me rendait fou de rage. J'avais moi-même provoqué cette malencontreuse situation. J'en étais responsable. Responsable de mon propre échec ! Ce dessein ironique me rend fébrile. Il me faut trouver cet incapable de Decimo, et vite !
Malheureusement, un tintement sonore m'indique qu'il est sept heures. Le soleil ne va pas se tarder à se coucher. Un soudain déclic se fait dans ma tête. Riant tout seul de ma propre bêtise, j'effraie quelques personnes avant de faire demi-tour. Je remonte les marches du hall, traverse les couloirs comme une flèche, renversant au passage une domestique rondouillette, et ouvre brusquement la porte de la chambre où tout a commencé. D'un pas ferme et décidé, je brise d'un coup sec le loquet de la penderie dont les larges portes s'ouvrent avec fracas. Surpris, tétanisé, Tsunayoshi me dévisage avec terreur. Recroquevillé dans la penderie, il ressemble à un animal pris au piège. Le chasseur vient de gagner la partie.
Nous nous dévisageons en silence. Je sens monter en moi l'ivresse de la victoire, savoureuse saveur se dégustant sans modération. Les grands yeux de Tsunayoshi s'enflamment brusquement, peut-être à cause de mon sourire narquois, peut-être parce qu'il se sait perdu, quoi qu'il en soit, il se précipite sur moi, ses flammes dorées léchant mon visage. Encore un peu et il m'envoyait dans le décor. Je le saisis par la nuque et le propulse en avant. Il chancelle, trébuche un simple coup de coude le fait tomber. Bien entendu, il n'est pas au meilleur de sa forme. Voilà plusieurs jours qu'il jeûne et que je le maltraite du mieux que je peux. Lui-même semble étonné.
Il tente de se relever mais je le plaque d'un coup de botte, visage contre terre. Sa mâchoire crisse sous le parquet, du sang coule le long de ses dents, mais ses yeux restent les mêmes. Jusqu'à ce que je lui glisse la clé USB sous le nez.
-« Tu te souviens de notre pari ? »
Tsunayoshi perd alors toute conviction. Le souffle coupé, son visage se vide de toutes couleurs tandis qu'il murmure d'une voix rauque :
-« Tu ne vas pas faire ça… »
-« Oh, mais contrairement à toi, je tiens mes promesses. N'avions-nous pas convenu que si tu perdais je mettrais notre enregistrement en ligne ? Je connais un très bon site qui… »
-« Tu mettrais tout le monde en péril pour tes ambitions ?! » s'écrie-t-il, désespéré. « Chrome et les autres… Tu ne peux pas leur faire ça ! »
-« Voyons, Tsunayoshi-kun… »
Je pose un genou au sol et passe une main dans ses cheveux. Il se sait pris au piège. Il me supplie de ne pas l'abattre. La différence entre le gibier forestier et le gibier humain, c'est que l'un des deux est en mesure d'implorer la pitié, de quémander des compromis. Futilité que tout cela. Il n'y a pas d'échappatoire pour le gibier.
-« Tu sais bien que je suis un monstre » je lui susurre langoureusement.
Nos yeux se croisent. A cet instant précis, il comprend. Je retire mon pied de son visage, faisant tourner la clé USB dans les airs avec enchantement, un sourire satisfait sur les lèvres. Il est vaincu. Ah, décidemment, ce jeu aura été divertissant !
Je m'éloigne, l'esprit joyeux, en quête d'un ordinateur pour poster la vidéo.
-« Je ferais ce que tu veux… »
Six mots. Six mots sortent de sa bouche et m'arrêtent en plein élan. Je me tourne lentement, incertain. Ais-je bien entendu ce qu'il vient de dire ? Tsunayoshi n'est plus qu'une masse informe, un débris replié, un jouet cassé. Je ne vois pas son expression car il a le visage tourné, juste assez pour que je distingue son oreille droite, sa mâchoire, le début de son nez, sa nuque. Cette magnifique pose réveille le poison qui sommeille en moi. Intrigué, je retourne sur mes pas.
-« Pardon, je n'ai pas bien entendu ? » dis-je avec amusement en fourrant mes mains dans mes poches, l'observant alors qu'il reste assis par terre.
-« Je ferais ce que tu veux… Alors, en échange… » Il déglutit mais sa voix se brise à ses derniers mots. « Ne fais pas de mal à mes amis. »
D'abord ébahis, je me mets à rire, d'un rire ignoble que je ne me connais pas, léger, honnête. J'aurais dû m'y attendre ! Il pense toujours aux autres avant de penser à lui ! Cet imbécile venait de toucher le fond !
Une fois mon rire calmé, je m'accroupis derrière lui, passant un bras autour de ses épaules. Je cale mon visage dans le creux de son cou. C'est avec ravissement que je ne constate aucune réaction. Je pousse ainsi plus loin.
-« Tu détruiras la mafia si je te le demande ? »
-« Oui. »
-« Tu m'aideras à m'emparer du monde ? Les Vongola me seront utiles pour changer. »
-« Oui. »
-« Tu chasseras l'arcobaleno ? Il va nous gêner. »
-« Oui. »
-« Tu tueras si je te le demande ? »
-« Oui. »
Je réfléchis quelques instants. Il n'y a aucune hésitation dans ses réponses. Bien, enfin, nous en sommes là. Tsunayoshi est brisé. Tout ce qu'il me reste à faire, c'est de le remodeler comme bon me semble.
-« Tu me donneras ton corps en entier ? »
-« Oui. »
Un sourire fugace, un léger tremblement, et les ténèbres : tout se mélange. J'arrache les boutons de sa chemise et lui enlève violemment chacun de ses vêtements. Je le renverse en avant et sans plus attendre, je glisse deux doigts entre ses fesses. Son corps se cabre et se crispe mais pas un son ne sort de sa bouche. Ho ! Parfait ! Il va vraiment me laisser jouer avec lui comme bon me semble ! J'imprime un mouvement de va et vient et déjà ses bras tremblent. A quatre pattes sur le tapis, ce n'est plus ni un boss ni un gibier. C'est juste un jouet avec lequel on peut prendre un peu de bon temps.
Il frémit et s'effondre à moitié. Bien entendu, il est brisé. Le souffle saccadé, il essaie à tout prix de ne pas me regarder. Vraiment futile. Je le fais aussitôt pivoter et écarte ses jambes. Ses yeux croisent les miens et il détourne aussitôt le regard en retenant ses larmes, la honte ravageant ses traits. Je passe ma langue sur mes lèvres, conquis par cette vision.
Je défais mon propre pantalon et le pénètre sans crier gare. Tsunayoshi retient à grand peine ses cris qui se transforment en gémissement sous mes assauts. Il se cache le visage dans ses bras. Bah ! Peu importe ! La prochaine fois, je le forcerais à regarder son expression dans un miroir !
Comme à son habitude, il jouit très vite. Ce n'est pas pour autant que je m'arrête mais souvent, il s'évanouit à mi-parcours. Il n'y a alors plus aucun intérêt à le persécuter. Mais pas cette fois-ci. Si ça se trouve, il commence à avoir l'habitude. C'est encore mieux.
Avec un grand sourire cruel, j'écarte encore plus ses jambes et le ramène sous moi. Recroquevillé, il parait terrifié, et tellement soumis ! Oui, vraiment, avoir en sa possession la plus grande puissance de ce monde à la sentir frémir contre soi, il n'y a pas de plus grands délice !
-« A-Attends… ! »
Comme si j'allais écouter ! Etant donné qu'il a retrouvé la parole, je lui presse la bouche de l'une de mes mains tandis que je reprends possession de lui, encore plus profondément, encore plus puissamment. Ses cris se retrouvent étouffer et il ne lui reste plus que ses larmes pour tout réconfort. Au final, peut-être est-ce aussi parce qu'il s'en veut de ressentir du plaisir. Peu importe. Car dorénavant, ce sera son seul exécutoire.
Malgré tout, pour une raison que j'ignore, quelque part, alors que je pouvais enfin apercevoir le plaisir tant attendu, une image s'imprima à mon esprit. Une image détestable. Celle de Tsunayoshi souriant de mes caresses et murmurant mon nom.
Ecoeurant.
To be continued in « Cold Inside »…
