Nous avons dépassé la moitié de l'histoire ! Si je vous dis que les choses peuvent encore empirer, me croirez-vous ? Je ne sais pas comment finira cette histoire… Une chose est sûre, je n'aime pas beaucoup être en POV Mukuro. Son esprit détraqué me dérange… (dixit l'auteur dépravée)

Merci à la review anonyme (qui doit être Jayn ou Elodie?), merci à ceux qui lisent! Désolé du retard, j'étais malade Bonne lecture!


Chapitre 7 : Cold Inside

« La froide nuée m'assaille

Celle provoquée par ta voix

Me pétrifie d'un émoi

Aussi étroit que les mailles, »

Deux jours plus tard, Tsunayoshi faisait son retour dans le monde de la mafia. Il remplissait parfaitement son rôle de Boss, personne ne pouvait s'en plaindre. La seule chose qui inquiétait bon nombre de partisans, c'était le froid glacial qui émanait de sa personne. Certains imputaient cela à la vengeance, d'autre à sa maladie. Pour ma part, je savais qu'il était terni par le noir le plus profond. Rien ni personne ne pourrait le sauver désormais.

L'âme de Tsunayoshi était brisée. A travers mes pouvoirs, je distinguais parfaitement les replis de son cœur déchiré entre son sacrifice et sa terreur. Il se noyait lentement dans un méandre sombre de devoir et d'obligation qui l'étouffait. Son seul refuge était ce calme intérieur depuis que je lui donnais la marche à suivre. Il n'avait plus besoin de se poser de question sur le bien et le mal, sur la futilité ou l'utilité d'une guerre, non, car il savait que je protégerais ses amis. En échange, il parlait en mon nom, en toute discrétion, et petit à petit, il commença à entreprendre les changements que je désirais.

C'est ainsi que Hibari Kyouya quitta les Vongola en nous rendant son anneau du Nuage. Même si au moment de remettre son anneau, il avait hésité et qu'il m'avait dévisagé longuement, Tsunayoshi-kun avait été implacable. De même, les jeunes filles inutiles quittèrent le manoir, tout comme de nombreux adjoints médiocres que je remplaçai aisément par des mafieux de premier ordre. Puis le reste de la clique des gardiens était partie en traînant les pieds avec des regards de chiens battus. Enfin, vint le tour de l'arcobaleno.

Ce fut probablement mon plus grand coup de maître. Tsunayoshi le convoqua au Japon, sur le toit de l'ancien lycée de Namimori. Là, il lui expliqua qu'il était sur le point de détruire la mafia, et de faire sombrer les Vongola. Ils se disputèrent violemment. Durant un instant, j'ai pensé que Tsunayoshi n'irait pas jusqu'au bout. Finalement, il s'était raffermi, avait répété qu'il était le Boss, et qu'en tant que tel, il renvoyait définitivement l'arcobaleno qui refusait de le suivre dans son sombre dessein. Sans un mot, le tueur à gage avait quitté le toit. Voilà comment j'avais obtenu le champ libre.

De retour en Italie, je bois avec le plus grand calme une tasse de café, accoudé au balcon de pierre de la chambre de Tsunayoshi-kun. A côté de moi, assis sur une chaise face à une table de métal peinte en blanc, ce dernier mange sans entrain un tiramisu. Son regard vide ne laisse deviner aucune saveur. Qu'il aime ou déteste ce dessert, il le mange parce que je le lui ai dis, rien de plus. Avec un soupir, je poursuis mon réquisitoire.

-« Peu importe ce que tes gardiens en pensent, il nous faut intervenir pendant la réunion d'intronisation de la famille Shimon. Les Boss des mafias les plus imposantes seront présents. Il nous suffira de les éliminer d'un seul coup pour prendre le contrôle de la mafia. Les autres nous suivront. Il ne restera plus qu'à les achever d'un coup traître. »

-« Tu as promis de ne pas blesser mes amis, » dit-il d'une voix lourde d'ironie.

-« Tes précieux gardiens resteront en vie, j'y veillerais, » dis-je en grimaçant. « Quant aux Shimon, tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. C'est le toi d'il y a dix ans qui sème la zizanie dans notre futur. A cause de toi, j'ai été obligé de modifier pas mal de plan. »

Il ne répond pas, se contentant de me fixer sans réellement me voir. Il est en train de réfléchir.

-« Tu connais de nombreuses choses sur notre passé, notre futur, et notre avenir, » dit-il au bout d'un instant. « Tu avais calculé que je céderais à tes caprices. »

-« Bien entendu, » répondis-je avec un demi-sourire.

-« Ce n'était pas une question. »

Il trempe sa cuillère dans la sauce du tiramisu. Décidemment, son cœur est devenu bien sombre. La naïveté de son visage s'est volatilisée à la lueur de mes intentions. Il a beau m'obéir, il n'hésite pas à tenter de contourner mes projets. Vraiment, la seule chose qui l'oblige à suivre mes ordres, c'est la peur de faire du tord à sa précieuse famille. Il doit terriblement regretter sa vengeance.

-« Quoi qu'il en soit, » dis-je après avoir repris une gorgée de café. « Nous attaquerons lors de la cérémonie car il n'y aura pas de meilleur opportunité avant un long moment. Débrouille-toi pour que tes subordonnés ne fassent pas d'idioties. Il ne faudrait pas qu'une petite erreur mette mon plan en péril. »

-« J'ai compris, » réplique simplement Tsunayoshi.

Je l'observe par-dessus ma tasse. Son aura s'est teintée. Ses yeux semblent vides d'émotion, si bien que je me surprends à penser qu'il est peut-être mort le jour où j'ai eu finis de lui voler ce qui lui restait de précieux. Il ne fait aucun doute que la mort de Kyoko l'a transformé, mais je suis le seul responsable de son état actuel. Une transformation qui sied fort bien à mes plans.

Je souris en reposant ma tasse, effleurant son épaule d'un geste. Il tressaille discrètement mais sans aucune intention de s'enfuir. Il sait ce qui l'attend, il s'y plie, car je suis le maître de ce jeu.

Enma n'est autre que le leader des Shimon, cependant, il n'a jamais été officiellement accueilli en tant que tel dans la mafia. D'où mon idée de lui présenter une cérémonie d'intronisation dans le pur style Vongola afin de lui trancher la gorge comme il se doit. De plus, je serais en mesure de mettre un terme à la plupart des mafias.

Voilà ce que je me répète tandis qu'une musique s'élève depuis le quatuor à cordes. Habillé dans une veste noire finement lignées de blanc, une chemise blanche et une cravate du même goût, j'observe les visages autour de moi. Devant moi, à ma droite, tout proche, Tsunayoshi-kun est vêtu d'une longue cape blanche, et d'un costume de la même couleur. Seule sa chemise est noire. Il salue patiemment les dirigeants des familles, les Cosa Nostra, les Zhu Tae, les Brandovisk, les Tutti Frutti, les Rivo del cabarero, les Mishiga, les Tangu, et bien d'autres. Tous à parader avec des armes et des hommes de mains, tous sans savoir que d'ici peu, ils disparaîtront de ce monde. Je réprime mon rire pour suivre Tsunayoshi-kun dans la foule.

Dans la salle en forme de dôme aux alcôves bien gardées, il y a aussi d'autres gardiens Vongola, et d'autres hommes de mains que j'ai discrètement placé. C'est bien simple, je suis en mesure de faire disparaître de la carte tout ce beau monde dés que l'occasion s'en présentera. Avant toute chose, il faut attendre, patienter. Enma n'est pas encore arrivé.

La nuit tombe lentement. On allume les chandeliers, les lustres de cristaux au diamètre hallucinant, puis on apporte des coupes de champagne aux convives. Je contemple d'un air sceptique les peintures romantiques des murs, préférant de loin le style réaliste. Observer les anges pleurer sur le corps d'Orphée me dégoûte profondément. Je détourne les yeux au moment où des acclamations s'élèvent. Enma Kozato vient d'arriver. Il fend la foule avec grâce, bien que le tremblement de ses mains soit perceptible, marchant sur le tapis de soie rouge et or sans oser trébucher. Il est suivi par sa famille, composée comme il se doit de six gardiens. Il marche directement vers Tsunayoshi-kun, un léger sourire sur les lèvres.

Je m'avance pour rejoindre à mon tour Tsunayoshi-kun. Ils se serrent la main, souriants, heureux de se retrouver, et au moment où je m'y attends le moins, alors que je lui avais promis de ne rien faire, le sang gicle. Il éclabousse les autres invités aux sourires figés, se mêle au champagne et tâche les vêtements d'un blanc si pur. Hébété, je ne peux qu'observer la scène dont je n'ai été que le déclencheur Tsunayoshi-kun dont les flammes de la volonté illuminent mieux que toutes les chandelles, termine d'arracher ce qui, de loin, parait être un organe d'Enma avant de le lancer au visage d'un autre mafieux. Ce dernier sursaute, muet.

Les yeux fauves devenus aussi torves que ceux de la mort se posent sur moi.

-« Alors ? On y va ? » demande simplement le Boss des Vongola avant de se mettre à tuer son plus proche voisin.

Stupéfait, je donne des ordres dans mon oreillette tandis que la panique gagne la salle. Les invités se précipitent vers la sortie au moment où les coups de feu commencent à résonner. Des cris se mêlent à ce tambour incessant et des déflagrations font trembler les lustres qui finissent par s'écraser sur la foule. Les gens se précipitent vers les différentes sorties et se heurtent à un mur. Des membres de la famille Vongola avaient pour ordre de les barricader dés l'entrée de la famille Shimon. C'est donc dans une frayeur grandissante que les convives cherchent un moyen d'échapper aux balles, aux flammes, et aux boîtes-armes.

Je me jette moi-même dans cette masse grouillante et tranche les fils de ces pitoyables vies. Je rejette ma stupeur pour m'en remettre à mon sang-froid, saignant des corps, arrachant des boyaux, mon trident griffant sans relâche. Sixième voie, troisième voie, sixième voie, cinquième voie… Je jongle sur mes différents pouvoirs, la bague Vongola lançant des éclairs furieux alors qu'elle se plie à ma volonté de destruction. Un éclair blanc sur ma droite, c'est Tsunayoshi-kun qui se bat férocement contre les membres de la famille Shimon, fous de rage depuis la mort d'Enma. En un clin d'œil il disparaît de ma vision.

Les mitrailleuses cinglent la foule prise au piège, la panique gagne de plus en plus ce cercle clos et d'un seul coup, c'est le silence. Avec un temps de battement, je reprend mon souffle et constate que la salle est jonchée de cadavres. Il ne reste que les combattants aguerris, les Parrains les plus puissants face aux Vongolas couverts du sang de leurs pairs, et deux ou trois mourants en train de ramper vers un abri provisoire. Je me retrouve très vite aux prises avec la gardienne du Nuage des Shimon, une femme puissante dont le nom ne m'est pas resté en mémoire. Car après un bref sourire, je lui tranche la gorge. Aussitôt, quelqu'un d'autre prend sa place, un homme cette fois, dont la carrure me dépasse de plusieurs mètres. J'ai juste le temps de me souvenir qu'il fait partie de la famille des Brandovisk. Un terrible coup de poing que je tente de parer avec mon arme me fait voler à travers la salle. Je passe à travers une immense fenêtre qui se brise sous l'impact. J'atterris rudement sur le sol après une roulade désespérée. Du sang coule le long de ma joue et ma vision est réduite à mon œil maudit de peur que des débris de verre ne me rende borgne.

Je relève la tête au bruit sourd d'une chute. Il s'agit de mon adversaire à la force herculéenne. Il sort une bague de sa poche, l'enfile, et ouvre une boîte arme du type soleil dont il tire une énorme massue. Je ricane. Décidément, ce n'est pas gagné.

Avec un grognement, l'homme soulève son arme et se décide à m'attaquer. Heureusement pour moi, je suis nettement plus rapide et donc, en mesure d'éviter de justesse une sévère commotion cérébrale. J'essuie dans un geste inutile le sang qui coule le long de ma joue. Je dégaine mon arme pour parer un nouveau coup qui fait craquer mes os. Encore un peu et ce coup frontal m'aurait véritablement écraser. Les russes ne sont pas humains. L'avantage, c'est que je ne suis pas humain non plus.

Avec une grimace, j'active la cinquième voie qui me procure un sursaut de force suffisant pour que je repousse son attaque. Visiblement surpris, l'homme me dévisage durant le temps que je pivote, active la première voie, et l'envoie valser à travers le jardin. Cet instant de répit, je le mets à profit pour observer la configuration des lieux. Il fait nuit, un avantage réel pour moi, en revanche le manque d'éléments de décors est affligeant : sans lui, je n'ai ni cachette ni protection.

Le mafieux de Brandovisk ne perd pas de temps en m'envoyant une déflagration de flammes jaunes qui m'éblouit assez pour que je sois surpris de le voir à mes côtés. Sa massue s'écrase sur mon épaule que je sens céder. J'étouffe un cri de rage et je pourfends son corps. Il observe sa blessure avant de rire. Bien entendu, l'attribut des flammes du soleil est la guérison. Cette escarmouche ne lui laisse aucune séquelle, tandis que moi, mes forces sont réduites de moitié. Si Byakuran n'avait pas détruit ma boîte-arme, je n'en serais pas là. Et cette petite empotée de Chrome qui a gardé la boîte Vongola !

J'esquive un second coup visant ma tête et grince des dents en sentant la douleur de mes os brisés. L'homme rit en faisant prendre de l'élan à sa massue. Je recule de plusieurs bonds avant de voir l'arme lancée à toute vitesse dans ma direction. Concentrant ma volonté, je place la bague Hell devant moi et projette assez de flammes pour stopper un véritable monstre, procédé qui semble sidéré mon adversaire. Tant mieux ! Voilà le moment que j'attendais, celui de l'incertitude qui me permet d'utiliser les illusions et d'insérer le doute dans l'esprit des ennemis. Avec un sourire caustique, ma bague scintillant avec une effervescence soudaine dans les ténèbres, j'observe la toile de la distorsion de l'univers s'étendre sur ce déchet, le prendre dans ses fils jusqu'à l'étouffer.

La masse monumentale du colosse s'effondre à terre dans des râles pathétiques, ses mains grattant sa gorge jusqu'au sang, les yeux presque blancs. Puis, peu à peu, le silence revient. Ce n'est qu'à cet instant que je saisis le sens de cette absence de tirs. Le combat est terminé ici, mais aussi dans le manoir. Sans plus sourire, je m'approche de la carcasse et plante mon trident dans sa cervelle. Un léger soubresaut agite le corps lorsque je retire mon arme. Je détourne les yeux pour me tourner vers le bâtiment.

Il y a des bribes de fumée qui s'échappent depuis des ouvertures nouvellement crées, comme si un architecte fou avait refais la façade. J'aperçois des membres Vongola, mitraillettes à la main, en train de fumer une cigarette en contemplant les dégâts. Ils me hèlent avec de grands signes et je les rejoins en soupirant. J'ai plus de blessures qu'eux, ce qui n'est guère flatteur, mais visiblement, ils ne semblent se préoccuper de ce détail. Chacun raconte que les ordres ont été exécutés à la lettre et qu'il ne reste aucun survivant. Pas un seul invité n'a été capable de s'enfuir précisent-ils avec de l'orgueil. En revanche, ils n'ont pas osé pénétrer dans le manoir depuis la fin des hostilités.

D'une démarche lente et progressive, je m'avance vers les portes barricadées que les hommes de main sont en train de dégager. Derrière ses portes auparavant peintes de nacre et de dorure, les cadavres s'amoncellent en un tas sanguinolent qui repeint l'entrée dans un rouge vermeil écoeurant. Sautant par-dessus ce tas de chiffons sans vie, je plisse les yeux face à la lumière crue qui se déverse encore dans la salle. Mes semelles écrasent sans distinction des organes ou des corps, laissant des traces de sang sur le tapis. J'ouvre enfin la porte du dôme.

La lumière des lustres grésille faiblement, la plongeant parfois dans le noir complet qui dissimule ainsi, l'espace de quelques secondes, l'horreur évidente du massacre. Les corps sont maintenant tous vides de vie. Il n'y a aucun survivant, comme si quelqu'un s'était chargé de faire taire les lamentations des blessés. Dans un recoin sombre, quelques tireurs d'élites Vongola semblent se cacher, la mine décomposée, le teint pâle. Il y a tellement de cadavres qu'il est impossible de compter. Peu importe, car ici, dans ce qui était un lieu splendide et décadent, plein de richesse et de magnificence, le gratin de la pègre vient de s'éteindre. Il n'y reste plus que la famille Vongola pour régner sur le monde obscur de la mafia.

Un sourire satisfait sur les traits, j'enjambe les entrailles des uns, les bras des autres, les têtes, les jambes, les dos, marchant jusqu'à cette silhouette immobile qui se tient au milieu du dôme. Ce sourire disparaît très vite lorsqu'elle se tourne. Sawada Tsunayoshi, Decimo Vongola, devenu en une nuit la personne la plus puissante du monde croise mon regard et cela me saisit d'effroi. Lui qui ne voulait pas tuer ses amis tiens dans sa main droite le restant d'un corps, un corps qui n'est autre que celui d'Enma Kozatô dont les entrailles traînent à terre, sectionnées nets par, probablement, un X-Burner. Et dans ce regard que je ne parviens pas à quitter, il n'y a aucun remord, aucune culpabilité.

Alors qu'il était habillé d'un blanc immaculé, Sawada Tsunayoshi est maintenant méconnaissable. Le bas de son pantalon est rouge jusqu'au genoux, comme s'il avait pataugé dans une mare de sang. Sa veste immaculée est teintée de rouge le long des manches, mais aussi en des tâches aussi bien larges que minuscules sur son torse. Ses gants dégoulinent de cruor dans un bruit lent et répétitif et il est difficile de voir l'emblème des Vongola tant la surface est couverte de sang séché. Le pire, c'est ce visage angélique à l'apparence autrefois si naïve qui reste de marbre, taché de rouge, et ce regard qui ressemble désormais au mien.

Sans voix, je m'approche à pas lent, en faisant le moins de bruit possible. J'ai l'impression que si je fais le moindre geste brusque, le moindre faux mouvement, il risque de m'attaquer sans crier gare, de m'attaquer pour tuer. Il n'y aura aucune hésitation, aucun sentiment, aucune pensée derrière ce geste, je le sais. Ce n'est qu'un réflexe que je ne dois pas déclencher. Alors je continue de marcher sans le quitter des yeux une seule seconde.

La lumière clignote, et je me retrouve à ses côtés. Il ne parait pas surpris de me voir soudain si près. Au contraire, il me sourit, sans joie. Il soulève les restes d'Enma et me les désigne. L'expression du cadavre est pleine de tristesse, mélancolique.

-« Il n'étais pas mort, » dit simplement Tsunayoshi d'une voix qui se veut neutre mais où je décèle une note d'amusement. « Je pensais l'avoir tué du premier coup mais il était encore capable de se battre. »

D'un geste brusque, il lance le cadavre au loin. Le bruit mat résonne dans le dôme tandis que le sang projeté m'éclabousse. Je dévisage Tsunayoshi telle une bête curieuse. Quelles sont ces ténèbres aussi sombres que les miennes ? A partir de quel instant sont-elles apparues ? Voilà bien une chose qui ne faisait pas partie de mon schéma. Il semble suivre le fil de mes pensées.

-« Il valait mieux les tuer tous, » dit-il avec sérieux. « Ils auraient été une gêne par la suite. »

-« Habituellement, c'est moi qui tiens ce genre de discours » dis-je enfin.

Il sourit à nouveau d'un air affectueux qui provoque en moi des vagues de peur et de colère. Je me détourne de lui, agacé par ses réactions imprévisibles qui troublent mes plans.

-« Quoi qu'il en soit, tu as fait du bon travail » dis-je en retournant vers la sortie.

Je balaie le manoir hanté par la mort avec satisfaction. Oui, la mafia vient de s'enfoncer six pieds sous terre. Il ne reste plus qu'un dernier coup à jouer pour qu'elle disparaisse à jamais. Une série de pas précipités dans mon dos m'indique que Tsunyoshi m'a rattrapé.

-« Je les tues aussi ? » demande-t-il avec le plus grand sérieux du monde.

Perplexe, j'observe les tireurs apeurés dans le coin de la pièce. Je fronce les sourcils, parce que, à nouveau, c'est une réaction imprévisible.

-« Je n'en vois pas l'intérêt… » je rétorque sèchement.

-« Et bien, nous allons détruire la mafia, non ? » dit-il comme un enfant qui récite sa leçon. « Nous avons accompli un premier coup d'éclat, et il ne reste que quelques petites familles. Autant commencer à détruire celle-ci. »

Les tireurs, à portée de voix, échangent des regards inquiets. Visiblement, je ne suis pas le seul à m'interroger sur le comportement du Decimo. Le sang de sa tenue est le même que cette profonde noirceur, une tâche qui s'élargit lentement, détruisant l'innocence et la pureté. Je m'arrête brusquement pour la saisir par le bras.

-« Je te signale que tu parles de tes hommes ! » je siffle férocement.

-« Ce sont les tiens » dit-il simplement. « Ils sont donc destinés à mourir. »

Un mouvement vif, des coups de feu, et puis le destin qui s'écroule lourdement. Les tireurs ayant entendu les propos de Tsunayoshi ont tiré sur nous. Après tout, ce n'était déjà que des ordures que j'avais repêché dans un trou un rat il n'avaient aucune loyauté pour le Parrain, aucun honneur, aucune fierté. C'est ainsi que je vis enfin à quel point j'avais plongé cet enfant naïf et idéaliste dans un monde où les lumières ne sont plus qu'un lointain souvenir. Je vis les coups partir en vrille, les os se disloqués, la chaire se tuméfié, et alors que ses hommes étaient à terre, je le vis ramasser l'une de leurs armes. Il tire, une rafale longue et douloureuse qui ne semble pas l'affecter. Sa tenue se pare un peu plus de rouge tandis que son âme se noircit encore. Enfin, l'arme tombe à terre et le silence revient.

Il me regarde alors d'un air surpris.

-« Ca ne va pas ? » demande-t-il. « Ce sont tes blessures ? »

Il délaisse les corps pour s'approcher de moi. Il tend une main vers mon épaule que je repousse d'un claquement sec. Son visage est déçu, peiné. Il frotte sa main en baissant les yeux. Pour ma part, je ne dis pas un mot, car rien ne me vient à l'esprit. Nous sortons de ce monument sans échanger une parole de plus. Le reste de nos hommes nous suivent en haussant les sourcils. Ils ont compris que leur Boss n'est plus le même et qu'il ne fallait pas le contrarier, pas là, pas maintenant.

Nous rentrons donc dans les voitures tandis que des flammes se mettent à consumer les restes du manoir suite à mes directives. Le moins d'indice nous laisserons, le mieux ce sera. A la sortie du domaine, nous récupérons les utilisateurs de la brume dont une jeune femme. En apercevant Tsunayoshi, elle esquisse un mouvement, puis, saisie d'un froid glacial, elle plaque ses bras autour d'elle.

Sur le chemin du retour, je tente de cerner mes pensées, ne sachant quelle logique donner aux agissements de Tsunayoshi. Quel a été le déclencheur ? A quel instant ? Etais-ce quand je combattais hors du bâtiment ? Ou bien étais-ce avant cela ? Soudain inquiet, je regarde Tsunayoshi-kun. Quelque part, au fond de moi, mes entrailles se nouent en pensant que j'étais peut-être allé trop loin. Je risquais de créer un être immonde, une caricature d'humain en continuant ainsi. Ce qui, à la base, n'était pas mon but premier. Ce que je désirais, c'était une poupée docile et simple à manipuler.

Un regard froid et interrogateur se pose sur moi. Je souris, crispé, agacé.

Je ne tenais pas les fils d'une jolie poupée obéissante, non. C'était la laisse d'un chien dangereux sur le point de mordre son maître.


To be continued in « Break me down »…