Retour du POV Tsuna ! Pour les quatre derniers chapitres, on va alterner les voix des personnages.

Je suis désolée si je brise l'image des personnages pour certains, mais ils sont désormais très loin de ceux créés par Amano. Je les traite comme des hommes, et pas comme des enfants. Comme je l'avais dis au début, cette histoire n'est pas classée M pour rien.

Je reprends la publication maintenant que ma santé va mieux et que mes costumes sont terminés. En revanche, je ne corrige plus les chapitres. Pas le temps, et puis c'est pas comme si beaucoup de monde lisait donc bon, j'men fous 8'D


Chapitre 9 : Walk with me

«I can go into darkness

I can go into Hell

I can go on forever

But only with you, »

Des jours qui passent et ne se ressemblent pas. Chaque jour, je le vois s'éloigner de moi, s'approcher, puis s'éloigner à nouveau. C'est adorable, mais c'est aussi frustrant.

Etendu sur le lit, j'avale des raisins tout en feuilletant le journal. Ils ne parlent plus des policiers assassinés à l'église. Comme prévu, il suffisait d'un peu d'argent pour apaiser les mœurs. Quel monde…amusant. On peut tout faire, vraiment tout, du moment qu'on a de l'argent et du pouvoir. Enfin, le pouvoir sous différente forme bien entendu. Nous, c'est celui de la peur. C'est bien plus efficace que le pouvoir politique parce que, au moins, nous n'avons à faire bonne figure face aux autres. Nous sommes dans l'ombre, là où tout est permis.

Je jette un œil à droite et le vois, lui, assis au bureau, en train de téléphoner avec je ne sais qui. Il passe son temps au téléphone depuis peu. Il parle beaucoup, donne des ordres, exige des renseignements, veut des explications, marchande… Rien d'intéressant. Je préfère quand il est à court d'appel téléphonique. Alors là, il cherche des choses à faire, des excuses, tout pour ne pas rester juste là sans bouger, face à moi. Il est comme ça depuis l'église. C'est bizarre. C'est drôle aussi. Jeu du chat et de la souris. Qui chasse ? Je ne sais pas, je m'en fiche.

Je roule sur le lit, lasse de la lecture. Je le dévisage en finissant de manger les derniers raisins, balançant les jambes dans les airs. Je n'ai plus qu'à attendre. Un coup de téléphone, deux coups de téléphone, trois coups de téléphone, griffonner sur un papier, quatre coups de téléphone. Bla bla bla. C'est barbant mais je ne cède pas et continue de le fixer.

Finalement il frisonne. Je réprime un sourire. Encore un peu. Allo ? C'est moi. J'ai besoin de savoir quelle est la situation à Barcelone. Oui. Très bien. Tu continues comme ça. On va avoir besoin de plus de main d'œuvre ici. Vois ce qui est possible. Il raccroche. Il soupire. Il se retourne. Bingo.

-« Ca avance bien ? » je demande avec un air innocent.

Il fronce les sourcils. Bien sûr que ça t'agace, hein ? Mais moi ça me fait rire. C'est mon hobby, ma passion. Voir, tester. Il ne me reste plus que ça de toute façon.

-« Ca irait plus vite si ce n'était pas une bande d'incompétents » râle-t-il. « Je pense que je vais devoir me rendre moi-même à Barcelone. »

Voilà de l'inédit, de l'inattendu. Il s'en va, il veut s'éloigner et il vient de trouver la meilleure des excuses. La bande d'incompétents la lui a fournie. Incompétents, crétins, inutiles, zéros finis ! Je finirais par les tuer eux aussi.

-« Ca prendra une semaine tout au plus. D'ici là, tu resteras au manoir. Ne sors pas, et ne prends pas d'initiative. »

-« Je vais m'ennuyer ».

Il soupire. Oui, et bien je m'ennuie qu'est-ce que j'y peux ? Si mon seul passe-temps s'en va, forcément que je vais compter les secondes en attendant son retour. En plus ça veut dire que je ne peux rien faire. Pas de mission. Rien faire. Non, je vais définitivement m'ennuyer.

-« Emmène-moi ».

-« Pas question. Il faut que quelqu'un reste ici au cas où les politiciens jugeraient judicieux d'organiser une descente à la base le temps que je m'absente. Si tu restes, ce sera dissuasif. »

-« Ca m'est égal, je vais m'ennuyer. »

-« Invite l'arcobaleno et tes précieux amis ».

-« Très drôle… »

Il sait bien que Reborn ne veut plus me voir. Quant aux autres, je n'ai pas envie d'entendre leurs remontrances. J'ai fais tout ça pour eux mais ils s'en fichent. Trop loin. Tu es allé trop loin. Tu aurais dû demander notre aide. Tu aurais dû refuser dès le début. Etcetera. Ennuyeux tous ces blablas inutiles. Inutiles parce que c'est trop tard. C'est fait, d'accord ? Je ne peux pas le défaire. Puis j'ai failli devenir fou à force de « si ». Ou bien je le suis déjà.

-« Tu n'as pas peur que je m'enfuie si tu n'es pas là ? » je tente.

-« Tu tiens vraiment à ce que je t'attache pendant une semaine… ? »

Oui ? Oui. Je veux. Mais si je te le dis, ça va forcément te faire grimacer, ou alors tu vas essayer de partir encore plus longtemps. Donc motus.

-« Je ne partirais pas, je n'ai nulle part où aller. »

-« Je sais. »

Ah, cette lueur dans ses yeux ! Ah oui ! Remord. Tu as du remord au final, probablement, certainement, parce que maintenant, tu sais. Et ça te dégoûte, et tu crains, et du coup, tu t'enfuis là où tu peux : au téléphone, aux réunions, au combat, aux tortures, à Barcelone. C'est hilarant à observer ! C'est adorable ! Mais ta pitié, je n'en veux pas.

-« Tu reviendras quand ? »

Il s'est levé et commence déjà à sortir un sac où il range soigneusement des vêtements. Il ne me regarde plus. Dans une semaine, il me dit. Je le sais, tu viens de me le dire. Moi je voudrais entendre que tu reviendras vite, le plus vite possible. Sinon je vais m'ennuyer. L'ennui est atroce.

Il a fini son bagage. Il téléphone pour prévenir les pilotes qu'il doit partir. C'est pratique d'avoir un jet privé. On sonne et, on arrive à l'aéroport, et pouf ! On décolle ! Tout est préréglé, formaté et conditionné. C'est très simple et l'on comprend parfaitement pourquoi tous ces hommes politiques et ces grands personnages riches ne jurent que par le jet privé.

Voilà, son sac est terminé. Il le tient dans sa main et me regarde. Je me redresse, attendant un dernier mot, un dernier baiser, ou bien une dernière moquerie. Il tourne les talons et quitte la pièce. Il s'arrête près de la porte et sans se retourner, il dit : « Ne fais pas l'imbécile en mon absence. » C'est tout. Il s'en va. J'attends encore, puis je me lève brusquement. A la fenêtre, je le regarde, mon nez collé contre la vitre. Il échange quelques mots avec le chauffeur, puis il monte en voiture. La terrible machine démarre et l'emporte au loin. J'efface la buée de la vitre et regarde encore et encore le point noir disparaître. C'est tout. Il est parti.


Rues et rues. Je déambule sans but ni logique. Personne ne m'a dit que je devais rester enfermé, cloîtré, prisonnier. Personne ne m'a mis de chaîne. Il ne m'a pas mis de chaînes. Il a juste demandé aux hommes de me dire de rester là. Inutile. Si ce n'est pas lui, alors c'est rien. J'ai été obligé de nettoyer le sang de ma veste grise. Ennuyeux. A la place j'ai mis ma veste marron. Lui il ne l'aime pas cette veste. Il n'est pas là donc il ne peut rien dire. Tant pis pour lui. Je m'habille comme je veux. Tant pis ! Si ce n'est pas lui alors c'est rien. Néant. Vide. Noir. Futile, futile.

Il me fuit de toutes façons. Je n'ai besoin que de lui. Il ne me reste que lui. S'il fuit, alors il faudra que je le pourchasse. Je devrais me transformer en chasseur, en loup. Avant j'étais le pantin, le chien. Mais s'il fuit, alors tout change. Je vais devoir changer s'il continue. C'est lui qui m'y force.

Depuis quand ? Depuis quand je ne dépend plus que de lui ? Depuis qu'il m'a violé ? Depuis qu'il m'a fait perdre ma dignité ? Depuis qu'il m'a interdit de revoir les autres ? Depuis qu'il m'a forcé à tuer ? Je ne sais plus. Ce n'est pas important. Tout ce que je sais, c'est que sans ça, je ne serais plus. Plus quoi ? Je ne sais pas. Ca me fait peur d'y réfléchir. Une distraction. Vite.

Dans le magasin, j'attrape des oranges. Je les paie en observant le vendeur. Il ne cherche que le profit, il me juge sur mon apparence, pèse ma fortune, me classe dans une catégorie. Il ne sait pas que c'est à moi qu'il paie son tribut pour que mes hommes protègent sa boutique. Je lui souris. Pauvre gars à la petite vie minable. Mais lui il a tout. J'en suis jaloux.

L'orange est acidulée, sucrée, juteuse. Le jus coule le long de mon menton et je l'essuie d'un revers de manche. Elle aurait le goût de cendres que ça me serait égal. Cette orange n'a pas d'importance. Rien n'a d'importance. Moi, lui, les autres, le pays, le gouvernement… Rien n'a d'importance. Si on disparaît, rien ne change. Le temps continue d'avancer. Il faut manger pour vivre. Pourquoi je vis d'ailleurs ? Je ne meurs pas, personne n'arrive à me tuer. Parfois, j'aimerais laisser la balle me toucher, mais l'instinct de survie est plus fort. Alors je tue, c'est moi qui vis, et les autres qui meurt. Cependant, si je devais mourir, rien ne changerait. Du moment que lui, il vit, alors son projet se poursuivra, et rien ne changera. Seulement, s'il parvient à son but, alors le monde changera. Et alors sa mort deviendra importante pour un bref instant.

C'est ce qu'il cherche lui. Je l'ai compris. Il veut une mort qui compte au moins un minimum aux yeux du monde. Je ne sais pas pourquoi. C'est pourtant quelque chose que tout le monde cherche. Une mort de gloire, une mort qui restera dans les mémoires. C'est ce que je devrais souhaiter je suppose. Non. Rien que d'y penser, j'ai envie de vomir. Ecoeurant.

Cependant, si c'est ce que lui, il souhaite, alors je suis d'accord. Je n'ai plus qu'à le hisser au sommet et tout faire pour qu'il obtienne ce qu'il désire. Je ferais tout ce qu'il me demandera, les meilleures choses comme les pires. Au point où j'en suis, ça m'est égal. Rien n'a d'importance, sauf lui. Il n'y a plus que lui, le reste n'est rien.

Plein de monde, foule sur la place Cibeles. J'observe de loin ces corps collés les uns aux autres et qui ne semblent pas s'en préoccuper. Présences humaines qui se cherchent sans le savoir, renifleurs de derrière, colporteurs de sexe et d'argent sous le couvert de la foi et des bonnes intentions. On critique les politiciens et les forces de l'ordre en général alors que dans cette masse compacte, il y a autant de gens pire qu'eux. Des violeurs d'enfants, des hommes qui battent leurs femmes, des assassins, des prostituées droguées, des fous aux idées dangereuses, des traîtres, des jaloux, des brutes, des fascistes, des hommes, des femmes, tout comme moi, lui, nous. Tous avec leur grain de folie, tous avec cette graine de mal plantée dans le cœur. La question est toujours de savoir jusqu'à quel point cette graine évolue : a-t-elle germé ? A-t-elle poussé ? Jusqu'où vont ses racines ? Quelle taille fait cette monstrueuse plante ? Et la question majeure est de savoir si l'on peut arracher ce début de pousse. Peut-on arracher la graine d'ailleurs ? Et retirer le mal qui ronge les Hommes ? Je laisse ça aux philosophes et aux gens qui croient au pouvoir de l'éducation. Pour ma part, je connais très bien la réponse.

Détour par une petite ruelle sombre où un homme revend de la drogue à des passants intéressés, où un homme sodomise sa femme dans ce qu'il croit être la discrétion, où un homme tend son couteau vers moi pour obtenir de l'argent mais qu'il se retrouve avec du plomb dans la main. Les silencieux c'est le bien. C'est le plus beau des cadeaux qu'il m'ait fait, certainement. Mais si l'objet est silencieux, la victime ne l'est qu'une fois la balle entre les deux yeux. Pourtant, le silence est agréable.

Retour à la lumière et à la foule. Il y a trop de monde, vraiment. Nouvelle ruelle ? Non. Je risque de me faire remarquer au final, et il se fâchera. Pas le but.

Rues bondées, rues ensoleillées, il n'y a que des rues et des gens, des rues et des ennuis. Marcher. Il faut marcher parmi cela pour aller. Aller. Aller vers mon but. Quel but ? Je n'ai plus que lui, je n'ai plus rien, que lui, que lui, rien que lui. Encore ! Encore ! Mais où est-il ?!

Cachés dans le centre ville, les tripots se jonchent et se jalonnent. Il y en a pour tous les goûts : des femmes asiatiques, des nordiques, des roumaines, des jolies, des petites, des grosses, des aguicheuses, mais aussi des transsexuelles, des hommes barbus, des hommes en cuirs, des femmes enceintes, des petites vieilles, des squelettiques, des masochistes… Et dehors, des curieux hésitent, des habitués entrent et sortent, de la musique perce les oreilles, différentes pour chaque genre de bordels. Nuisance nécessaire pour que le monde continue de fonctionner parait-il. L'être humain, roi des animaux, maître de la perversion.

Souffle court, plus de mouvement, plus de bruit. La rétine se déchirant, je ne peux pas me détacher. Plus de temps, plus de vie, plus d'émotions, plus que le néant. Et là ! Là ! Là devant, en face, juste là, lui ! Avec elle ! Lui et elle ! Lui l'embrassant, elle l'embrassant, tout les deux bouche contre bouche à jouer à la sangsue. Il parle, elle rit, il effleure ses cheveux, elle rougit. Assez ! Assez ! Ca suffit !

Des cris. Hurlements et bousculades qui me ramènent à la réalité. Des gens sortent des tripots, alertés par le vacarme de la foule qui crie en espagnole « Au meurtre » ! Dans ma main, le métal est glacé. Je considère l'arme. Ah oui. J'ai tiré. La foule commence à se retirer et je le vois, lui, sur ses gardes, stupéfait. Et elle, à terre, son sang rampant sur les pavés de pierre. J'avance. Il me voit. Il recule. Parfait.

Néant, rien, si je ne l'ai pas lui, je n'ai rien. Non, non, non. Je dois l'avoir. Il doit rester à moi, uniquement à moi. Ridicule. Si moi je n'ai rien que lui, il ne doit avoir que moi. Voilà. C'est simple ! Je l'ai lui, il m'a moi. C'est tout ce qu'il faut, c'est tout ce qui est nécessaire. C'est idiot que je n'y aie pas songé plus tôt !

Arrivé à ses côtés, il me dévisage. La fille gémit encore. Une deuxième balle dans la tête cette fois finit de la réduire au silence. Maintenant j'ai toute son attention à lui. Il fronce les sourcils et ouvre sa grande bouche, celle-là même qui était encore collé à celle de la pute il y a quelques secondes. Je pointe mon revolver vers sa bouche en songeant que si je vise correctement, je peux probablement le rendre muet et le garder vivant. Pas forcément très vivant cela dit. Mais il se tait. Il a peur. Je peux le voir sur son visage, moi qui passe mon temps à le déchiffrer.

-« Tu as couché avec elle ? » je demande d'une voix monocorde.

Il regarde brièvement la fille. Oui, c'est bien de cette salope morte que je parle. Ou alors il y en a d'autre ?

-« Oui. Mais il y a plus importa… »

Le déclic du revolver l'interrompt. Il grimace. Agacé peut-être ?

-« Elle était bonne ? » je demande.

-« En quoi…. »

La balle va se ficher dans son épaule droite. Son regard change alors du tout au tout. C'est mieux. Oui. Ne regarde que moi, tu es à moi, je suis à toi, c'est tout ce qui compte. Même si tu dois me détester ou me craindre, ça m'est égal.

-« Elle était bonne ? » je répète.

-« Bien meilleure que toi si c'est que tu veux savoir. »

-« Tu as payé combien ? »

Il me dévisage, cherchant l'erreur, cherchant un indice, probablement par peur que je n'essaie de tirer une autre balle. Uns autre balle ce serait le début d'un combat dont il ne sortirait pas vainqueur.

-« 370 euros. »

-« Donc tu as payé pour l'avoir elle ? »

Il ne répond pas. Bien entendu que l'on paie pour avoir du sexe dans un bordel. Bien entendu que l'on paie les femmes qui donnent leurs corps avec compensation. Pas besoin de réponse, c'est juste histoire d'enfoncer le clou. Tu la paies, elle.

Des bruits de sirènes résonnent au loin et les grands babouins hurlent dans leur langue. Il n'y a plus beaucoup de temps.

-« Tu la connaissais déjà d'avant ? » je poursuis.

-« Ce n'est pas la première fois que je venais, en effet… »

-« Tu ne viendras plus ici, » dis-je soudain. « Ni ici, ni nulle part ailleurs. Plus de prostituées. Et maintenant, tu ne me laisseras plus là-bas. Tu sais bien que maintenant tu n'as plus rien contre moi. »

Et moi je n'ai plus rien pour moi, je songe. C'est là tout le bonheur du monde. Je range mon arme et m'avance en lui donnant l'ordre de m'accompagner. Nous allons rentrer. Rentrer là-bas. Rentrer ensemble. Rentrer dans notre petit monde à deux. Si je n'ai plus rien, alors lui non plus ne doit plus rien avoir. Ainsi, je l'aurais lui et il m'aura moi.

Mon septième sens typique des Vongola m'avertit soudain d'une menace. Je pivote, la flamme de la volonté activée, et je pare le coup mortel. Son arme ridicule qui s'apparente au trident manque malgré tout d'effleurer ma joue. Les yeux brûlants à la fois de rage et d'inquiétude, il me dévisage. Je lui souris. Vraiment, il est adorable !

-« Tu veux essayer de me tuer… ? »

Il ricane de façon amère.

-« Tu es en train de te transformer en loup alors que je voulais un caniche » dit-il. « Tu deviens un problème, Tsunayoshi-kun. »

Je le deviens ? Ou je l'étais déjà ? D'aussi loin que je me souviens, j'ai l'impression d'avoir été une source de problème pour tout le monde. Pour mes parents, pour mes enseignants, pour mes amis, pour lui. Sa phrase n'a aucun sens. Je suis un problème. Je ne le deviens pas.

-« Je n'ai pas envie de mourir » je lui dis. « Même pas pour toi. J'ai envie de vivre, c'est l'instinct de survie. Donc je vais vivre, et tu vas vivre avec moi. »

Toujours en souriant, je pose ma main sur son arme qui se brise dans un craquement sonore. Derrière lui, des policiers arrivent en courrant. Il le remarque aussi.

-« Ce n'est probablement pas le moment de tenir cette conversation » dit-il avec un mélange de colère et de dépit.

-« Pourquoi ? Tu penses qu'ils vont nous gêner ? Je peux les tuer dans ce cas. »

-« Surtout pas. C'est une affaire de juridiction entre nos deux familles mafieuses. Nous ferions mieux de partir. »

Malgré la dispute, il reste froid et calculateur. Comme toujours. Nous nous enfuyons d'un commun accord, les policiers sur les talons qui tirent des balles lorsqu'ils le peuvent. Je pourrais voler, aller plus vite, mais une course avec lui est exaltante. Et puis il souffre à cause de la blessure, et du sang se répand sur sa chemise, coule probablement le long de son aisselle jusqu'à ses reins. Si je volais avec lui, je ne pourrais pas profiter du spectacle.

Au détour d'une rue, il m'arrête et me désigne une voiture. Nous nous dirigeons vers elle pour monter dedans. Elle démarre en trombe alors que j'ai à peine refermé la portière. Le chauffeur se tourne vers nous. Il parle italien avec un fort accent.

-« Les flics sont déchaîner. Vous avez buté une donzelle ? C'est pas cool de foutre la merde chez nous. »

-« Vos flics ne sont pas assez bien payé » grimace Mukuro en posant une main sur sa blessure.

-« Personne n'est assez bien payé » ricane le conducteur.

-« Il m'agace » dis-je à Mukuro en japonais.

-« Pour une fois, sois un brave garçon et ne t'en mêle pas » me répond-t-il.

Je fronce légèrement les sourcils. Maintenant, c'est lui qui m'agace. Si l'autre m'énerve je devrais pouvoir m'en débarrasser. C'est facile. Mais il ne veut pas. Alors tant pis. Ou alors je le tue quand même ? Je peux tout faire. Mukuro ne pourra pas m'arrêter. Le faire ? Ne pas le faire ?
-« Z'êtes blessé ? » demande le conducteur.

-« Pas vraiment… »

-« Foutez pas du sang sur ma banquette, hein. C'est du cuir. »

Maintenant j'ai vraiment envie de le tuer…

Le chemin est long, pénible. Je jette régulièrement des coups d'œil à Mukuro qui observe un peu trop consciencieusement la route. Quelques gouttes de sueur perlent sur son visage et sa poitrine se soulève régulièrement. Il souffre de la blessure. Je me retiens de sourire alors que dans ma tête, je m'amuse follement. Il souffre ! Il souffre par ma faute ! Après moi, c'est lui ! Chacun son tour ! Un coup, deux coups, trois coups, quatre coups, cinq coups, six coups… Combien encore ? Il en reste ! Et puis l'odeur du sang, le sien, pas le mien ! Ah oui ! J'aimerais tellement…

La voiture s'arrête brusquement. Mukuro sort dignement mais il titube un peu avant de retrouver des forces. Chute de tension peut-être ? Je me mords la lèvre pour ne pas pouffer de rire. Le chauffeur commence à se plaindre qu'il y a du sang sur sa moquette. Agaçant. Bruit nocif. Plus pour longtemps. Voilà ! Maintenant, c'est vraiment plein de sang. Mon bras aussi. L'odeur est écoeurante. Bah tant pis. C'est pour ça qu'on a un teinturier.

Je me tourne et vois Mukuro qui s'est arrêté sur les marches de la demeure. Il est livide. Mais ce qui me fascine, c'est son visage. Plein d'émotions que je ne comprends pas. Avant j'aurais compris. Peut-être. Peut-être pas. Mais c'est un beau visage.

Un visage que j'aime.


To be continued in « Unhappy Refrain »…