Et hop ! POV Mukuro !
On s'approche de la fin. J'espère que vous aimez l'intériorité de personnages tordus, parce qu'avec moi vous êtes servis. Cette histoire n'est définitivement pas pour les enfants…
Merci à Nightmaresaretrues! Ca fait plaisir de se dire que y'en a encore quelques uns qui suivent l'histoire! :')
Chapitre 10 : Unhappy Refrain
«Donnez-moi le temps et tous ses pouvoirs,
Avec des « si » on refait le monde,
Moi je ne vois qu'une seule chose à revoir,
Ce passé souillé, chose immonde, »
Les cliquetis des aiguilles de l'horloge emplissent la pièce. De retour au manoir Vongola bien malgré moi, je reste assis dans l'un des fauteuils rembourrés et profond. La riche pièce est trop étincelante et me fatigue les yeux. Etalé sur le lit, il lit la presse. Il y a quelque d'hypnotisant à le regarder juste vêtu d'une large chemise, les jambes repliées. Mais c'est également une chose dangereuse à partir du moment où ses yeux se tournent vers vous. Il faut donc les éviter. Néanmoins, je ne suis pas dupe : s'il prend une pose aussi lascive, c'est justement pour que je croise son regard. Il serait ridicule de tomber dans ce piège grotesque.
La blessure de la balle guérit mal et me fait souffrir. Je suis presque persuadé que ça l'amuse et qu'il a demandé à ce que le médecin fasse son travail à moitié. A moins qu'il ne veuille que je garde une cicatrice. A vrai dire, je ne comprends pas ce qu'il veut et c'est tant mieux. Essayer de comprendre me donnait la migraine.
Je soupire. J'avais tout. Je tenais presque le monde de la mafia dans le creux de ma main, et voilà que tout commençait à se dégrader. C'était un désastre. Oh bien sûr, il continue de garder la main mise sur ce que j'ai fais et il poursuit le plan. Mais rien n'est pareil. Il faut désormais que je surveille constamment mes arrières. Impossible de déchiffrer ses pensées. Impossible de prévoir ou de calculer ses actions. Sa venue à Barcelone en était la preuve : il n'en faisait qu'à sa tête et selon ses envies. Il y a encore quelques temps, il obéissait sagement. Qu'est-ce qui avait changé ? Encore cette question… Toujours la même. Je ne vois pas pourquoi je continue de me la répéter car je ne trouve pas de réponse.
-« Dis… »
Du coin de l'œil, je suis en mesure de le voir. Il a redressé la tête et fais la moue. Comme un enfant. Surtout, ne pas croiser ses yeux.
-« Tu ne fais plus rien avec moi… »
Je regarde fixement la commode en bois laqué où trône un chandelier et attends qu'il précise sa pensée. Mais le temps s'écoule et rien ne vient. Juste le cliquetis de l'horloge. Puis le bruit d'une page que l'on froisse, que l'on chiffonne. Un choc à l'arrière du crâne, puis la boulette de papier tombe à terre et rebondit sèchement avant de rouler au pied de la commode. Je serre les poings mais ne me tourne pas.
-« Tu préfères coucher avec des putes ?! » s'exclame-t-il avec une soudaine haine qui n'a plus rien d'enfantin.
Je réfléchis lentement à une réponse qui devrait éviter d'envenimer les choses.
-« Je te rappelle que je suis blessé. »
-« Quand c'était moi qui étais blessé, ça ne changeait rien » réplique-t-il du tac au tac avec une colère grandissante.
Je sens la migraine revenir. Je ne comprends rien, rien du tout. Je m'étais penché sur le syndrome de Stockholm il y a quelques jours, et ça ne m'avait pas donné de réponse. Je ne comprends pas. Je sais juste qu'il faut rester calme. Je respire profondément.
-« Je n'aurais pas dû le faire » dis-je.
-« Mais tu l'as fait ! » hurle-t-il. « Refais-le ! »
Un nouveau coup d'œil : il s'est redressé sur le lit et semble prêt à en venir aux mains. Je ne pourrais pas gagner. Plus maintenant. Il me faut ruser.
-« Est-ce que ce ne sera pas bientôt l'anniversaire de Kyoko ? »
Pas de réponse. Sans oser le regarder, je poursuis :
-« Je me disais que nous devrions aller sur sa tombe et y poser des fleurs. Pour lui prouver que tu penses toujours à elle. »
-« Elle est morte, Mukuro. Morte. Il n'y a plus rien. Juste un tas de chair dégueulasse qui se fait bouffer par des bestioles. »
A nouveau je suis désarçonné par sa réplique. Je l'entends s'approcher de moi. Que faire ? Quitter la pièce ? Prétexter un appel urgent ? Il passes ses bras autour de moi et enfouis son visage dans ma nuque. Trop tard. Au moins je ne peux pas voir ses yeux.
-« Tu devrais quand même aller poser des fleurs sur sa tombe » je tente.
-« Tu n'as plus envie de moi ? »
Décidément, il est têtu. Mais oui, il n'y a rien à désirer dans quelque chose qui n'a rien de docile et d'humain. Absolument aucune envie. Je ne peux pas le lui dire.
-« Si, bien sûr. »
-« Moi j'ai envie de toi. »
-« Je suis toujours blessé. »
-« Ca m'est égal ! » gronde-t-il à mon oreille et je perçois combien ce terrain est glissant.
-« Mais mon bras est beaucoup plus faible » dis-je lentement en réfléchissant bien. « Je ne pourrais pas te donner le même plaisir que d'habitude. Mes assauts seront moindres. »
Il semble réfléchir. Ses cheveux me chatouillent la nuque et son souffle frôle ma peau. Je dois réprimer un frisson. Son étreinte se resserre et c'est d'une voix plus douce, presque un murmure qu'il reprend.
-« Alors tu n'as qu'à rester allonger, et…et c'est moi qui ferais tout… »
Je me retiens de rire. Il doit être en train de rougir comme une midinette timide alors qu'il y a encore quelques instants il me haranguait pour que je le viole. Sa voix minaudant s'est tue et il resserre un peu son étreinte. C'est écœurant. Et puis je serais obliger de voir ses yeux, de voir son visage. C'est hors de question. Il me faut réussir à m'en sortir.
-« Pas question que je te sois soumis » je dis d'un ton qui se veut catégorique.
-« Tu ne le seras pas ! » pépie-t-il.
-« Bien sûr que si puisque je dois me contenter de rester allonger. Si c'est ça que tu aimes, tu peux toujours te trouver un macchabée. »
Je ponctue cette phrase d'un rire moqueur. Il défait lentement son étreinte.
-« Tu préfères les femmes… »
-« Ca n'a rien à voir ! » je m'exclame, à bout de patience.
Je me lève, trouvant prétexte à cette colère pour avoir la chance de quitter cette maudite pièce.
-« Puisque tu ne veux rien entendre, je te laisse à tes délires ! » dis-je en posant ma main sur la poignée.
Dans le couloir, je me retourne dans un large mouvement afin d'avoir assez d'impact pour claquer la porte. C'est une erreur. Je le vois un bref instant, juste avant que tout se referme. Un instant fugace durant lequel mes yeux plongent dans les siens. Son regard est vide, si vide. C'est un néant sans fond. Et moi je ne ressens que la douleur et je suis obligé de fuir ces yeux morts. Vite, il faut quitter le couloir et me réfugier ailleurs.
Dehors, il fait frais. Pas froid, mais frais. L'air me brûle les poumons et je me sens vivant. Depuis ce jour à l'église, j'ai l'impression que je suis condamné. Depuis ce jour… Peut-être bien que c'était ce jour là que tout a changé. Je maîtrisais tout. Qu'est-ce qui changé ? Je ne le maîtrise plus. Je m'appuie contre le mur et respire profondément. Qu'est-ce que j'ai fais de lui… Voilà. C'était ça la réelle question qui me hantait. Je voulais le briser. C'était chose faite. Je l'ai brisé et il n'y a plus rien de l'ancien Sawada Tsunayoshi. Son regard… Son regard…
C'est le son du cliquetis qui me ramène soudain à la réalité. Un coup d'œil et je ne peux m'empêcher de sourire. Quelle ironie que de le voir ici.
-« Je pensais que tu ne voulais plus jamais revenir ici » je dis sans un regard pour l'arme braquée contre ma tempe.
-« Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. »
Il y a un silence. Les oiseaux chantent joyeusement, ignorants du malheur des hommes, ignorants de la tragédie qui se joue juste à côté de leurs nids. Je me demande vaguement si je vais mourir aujourd'hui. C'est fort probable.
-« Les autres familles m'ont engagées. Tu devines pourquoi ? »
-« Il est devenu trop dangereux. »
-« En effet. Je me demande si c'est réellement ce que tu espérais obtenir en montant tes stratagèmes pervers. Es-tu satisfait, Rokudo Mukuro ? »
Je ne réponds pas. Il connaît déjà la réponse. Et dans son regard, je peux voir combien sa haine envers est moi est tenace.
-« Je ne suis pas le seul à avoir été engagé. Les autres aussi. Néanmoins, de par ce qu'il a fait par le passé, Tsuna ne peut pas être abattu ainsi. Mais le souci, c'est que tu ne peux plus le contrôler. Ce qui s'est passé à Barcelone le confirme. Néanmoins, même si ça m'arrache les dents de le dire, tu es encore le seul à pouvoir le garder calme. C'est pourquoi on a pensé que c'était à toi de finir le travail. »
Je glisse ma main sur mes yeux. Envie de vomir. Cette saloperie de société mafieuse qui veut m'utiliser… Et en même temps, c'est mon jouet, ma créature, et c'est donc normal que ce soit moi qui doive le détruire. Je me rends compte que je suis secoué d'un fou rire. Tout cela n'est que pure folie.
-« Je suis venu te prévenir » dit l'ancien arcobaleno. « Tu dois avoir une semaine devant toi. Pour ma part, j'aimerais bien éviter d'avoir le sang de cet imbécile sur les mains. A toi de voir ce que tu veux faire. »
Je laisse ma main retomber mollement et le regarde partir en rangeant son arme d'un geste vif. Je suis lasse, si lasse. Efforts ruinés, avenir faussé, mise en danger, et compte à rebours temporel avant de voir ma meilleure arme détruite. Meilleure arme ? Non. Il n'est plus une arme, il n'est rien de tel. Il ne l'a certainement jamais été. Alors quoi ?
Laissé seul contre le mur, je n'ai pas la moindre envie de retourner à l'intérieur, pas la moindre envie de voir qui que ce soit, de parler, d'échanger, de faire toutes ces petites choses dont le social nous oblige et nous assomme. Il me faut un plan, une idée, quelque chose, un peu d'imagination ! Il est encore temps de sauver la mise. D'abord : comprendre, analyser. Ca va vite devenir compliqué, je ne comprends rien à sa façon de faire. Autrefois si facile à analyser, à prévoir, maintenant si imprévisible. Il faut trouver le moment où tout a basculé.
La mort de Kyoko est certainement l'un des points de rupture. C'était pour ça que j'avais été en mesure de mettre au point mon plan. Il était fragile, brisé émotionnellement, et prêt à tout pour expier sa douleur. J'en avais profité. Mais maintenant la simple évocation de sa mort semblait à peine l'affecter. C'était le début de tout, mais ce n'était pas ça qui l'avait changé.
Dans ce cas, quand il avait perdu sa volonté, lorsqu'il a perdu au jeu du chat et de la souris ? A ce moment il s'était résigné à tout pour protéger sa famille. A ce moment-là, il avait finit de tout perdre. « Tout pris. Tu m'as tout pris. » Ce sont ses propres mots. Ca, et l'image qu'il me restait tel un prurit, cette image de lui souriant sous moi, comme s'il était finalement heureux d'être là alors que j'abusais de lui, alors que je finissais de lui arracher ce qui était sa vie. Ce devait être là, la source de quelque chose car par la suite, il était déjà dangereux, comme lors de La Nuit du Démon Blanc. Ou alors il était devenu ainsi après avoir commis ce crime. A vrai dire, je ne pensais pas tuer Emma Kozato. J'avais promis à Tsunayoshi de protéger ses amis. Pourtant, il l'avait tué de ses mains. Alors quoi ? C'était où ? Où était ce moment fatal qui l'avait fait plonger ? Quelque part entre ces deux séquences, il y a la réponse, j'en suis certain.
Lorsqu'il prend ma main, je sursaute. Plongé dans mes pensées, je n'ai pas pris la peine de rester concentré sur mon environnement. Sa main est chaude. Ou plutôt, c'est la mienne qui est glacée. Depuis combien de temps suis-je ici, à perdre de précieuses minutes dans des réflexions qui ne donnent aucune solution ? Assez longtemps pour qu'il finisse par s'inquiéter visiblement. Il commence à s'excuser dans un murmure. Assez, assez. Entre ces deux moments j'ai perdu de vue ce que je désirais faire de lui, j'ai perdu quelque chose en lui prenant tout ce qu'il avait, et ainsi, j'ai perdu ce futur brillant que je me destinais.
-« Tu es presque nu » je dis d'une voix mécanique. « Tu vas attraper froid. »
-« Tu es fâché ? »
A nouveau ce changement, entre l'enfant naïf et pur, entre le sociopathe qui n'a pas peur de se couvrir du sang des autres, il change de rôle sans que je puisse suivre le cheminement de son comportement. Mais n'est-ce pas l'un des ces rôles que je souhaitais voir en lui ? Ah oui… Oui… Finalement, depuis le début, j'ai bel et bien obtenu ce que je voulais. Mais alors que je pensais n'obtenir que l'un des deux, j'ai les deux entités réunies en une seule qui échangent régulièrement leur place. Idiot ! Idiot !
J'éclate de rire. C'est plus fort que moi. Stupidité sans pareil ! Finalement, qui de lui ou de moi a foiré sur ce parcours ? Moi qui n'avait pas cerné mes propres désirs et lui qui n'a pas su choisir quelle forme prendre, à deux, perdus dans mon propre jeu. J'avais oublié que je devais diriger le navire pour devenir le guetteur qui reste en observation. Et le navire, sans cap, avait continué sa route au gré des courants et des vents. Moi, observateur de sa décadence, lui, observateur de mes désirs. Pas étonnant que le jeu finisse si mal.
Sa main presse la mienne plus fort, comme un avertissement. Mon rire s'arrête. Alors quoi ? Que faire maintenant ? Nous sommes deux parias de la société, deux criminels, deux traîtres. Il n'y a plus grande chose à faire. Alors nous restons là, bêtement. Plus qu'une semaine. Une semaine et il devra mourir. Une semaine et je serais certainement moi aussi tué.
Je fixe le cadran de l'horloge avec ennui. Il est 5 heures du matin. A côté de moi, sa respiration calme et tranquille est la seule musique qui accompagne mes réflexions. Il est pelotonné contre moi, comme un petit animal cherchant la chaleur de sa mère. J'aimerais m'en dégager mais je suis déjà au bord du lit. Alors j'attends. J'attends le terrifiant moment où ses ignobles magnifiques yeux finiront par s'ouvrir.
Voilà deux jours depuis l'avertissement de Reborn, et toujours aucune solution. Epuisé, j'avais fini par éliminer les idées une par une, car aucune n'étaient possibles, ou fiables. Il ne restait rien que le mensonge et le huit clos. Certains avait eu vent de ce qui allait se passer, et ils avaient quitté nos rangs. D'autres vendaient des informations et il avait fallu les éliminer. Le grand manoir se vidait de ses habitants et j'étais condamné à supporter sa présence.
Il me devient insupportable. Ses sautes d'humeur, son ennui que je partage, ses plaintes, ses désirs, ses pulsions meurtrières, ses niaiseries, et tout ce qui construit cette double identité commence à me rendre fou. Quelque fois, j'aimerais lui couper la gorge pour ne plus l'entendre. C'est malheureusement devenu impossible.
Il a toujours été plus puissant que moi quelque part, et je le savais. C'est pour cette raison que je devais ruser et échafauder des plans. J'ai déjà essayé de le trahir à plusieurs reprises. Alors j'ai patiemment attendu le moment propice. Dorénavant, je ne peux plus le manipuler et tout est bien plus compliqué. Surtout que ses sautes d'humeur pourraient me faire passer un mauvais moment. Non, à la place, il va falloir que je ruse et que j'élabore l'un de mes fameux plans. Sauf que rien ne me vient à l'esprit, et le temps passe.
A côté, il remue et murmure quelque chose dans son sommeil. Agaçant. Tout m'irrite chez lui. Si seulement je pouvais simplement m'en débarrasser, si seulement je pouvais à nouveau le manipuler comme bon me semble… Ah… Il y a peut-être un moyen, même si l'idée m'écœure au plus haut point. Une idée, c'est mieux que rien.
-« Je peux te poser une question ? »
Il tourne ses terribles superbes yeux, cette lueur inquiétante braquée sur moi. Un grand sourire de joie se découvre. Nous sommes en train de déjeuner dans la véranda. Il fait un peu frais, mais le soleil d'Italie réchauffe agréablement cette pièce. La lumière nous baigne, nous, créatures de ténèbres.
-« Vas-y ! Tu peux me poser toutes les questions que tu veux ! »
Bien entendu que je peux. Tout échange futile semble le combler de joie. Parler du temps, de la politique, du passé en commun, des oiseaux bavards, des autres familles mafieuses… N'importe quoi du moment que le silence n'existe plus pour quelques minutes.
-« Qu'est-ce que tu ferais si je te disais que j'allais mourir ? »
Il écarquille les yeux. Moi-même je me sens coupable en le voyant devenir blême, comme frappé d'une terrible vérité. Puis, son regard redevient vide, néant, rien. C'est d'une voix glacée qu'il me répond :
-« Tu n'as pas le droit de mourir Mukuro. Je te l'interdis. »
-« C'est bien joli, mais si je devais mourir à cause d'une maladie, ou parce que le monde entier essaye de me détruire… Qu'est-ce que tu feras ? »
Il pose sa tasse de café sur le socle avec violence même si son visage reste de marbre.
-« Je trouverai une remède, ou alors je tuerai le monde entier. »
-« Tu devras tuer tes précieux amis si tu fais ça… »
Il grimace, et une lueur d'humanité traverse ses yeux. Il frisonne et passe ses bras autour de lui, comme si un vent froid soufflait brusquement.
-« Tu les tuerai pour moi ? »
Il me jette un terrible regard. Un regard qui demande grâce. Mal à l'aise, je détourne les yeux.
-« Tu as dit qu'il ne te restait que moi. Mais tu me laisseras mourir si ce sont tes amis qui se dressent devant toi ? »
Je constate soudain que du sang perle au coin de sa bouche. Il se mord les lèvres avec violence. Troublé, je persiste. Il faut que j'en aie le cœur net.
-« Donc tu me laisserai mourir si c'était eux. Et toi qui disais que j'avais tout ton am…. »
-« Je ne te laisserai pas mourir ! »
Il a renversé la table et s'est jeté sur moi, m'attrapant violemment l'épaule, celle-là qui reste douloureuse. J'essaie de ne pas croiser son regard. Impossible de savoir à quoi il ressemble, mais sa voix tremblante m'indique qu'il est certainement sur le point de pleurer.
-« Je ne te laisserai pas mourir, mais je ne les tuerai pas non plus. Je les blesserai, d'accord ? Je les frapperai fort et assez pour leur briser des os, mais je ne veux pas les tuer. S'il-te plait… »
Il presse ses lèvres contre les miennes et le goût du sang se répand dans ma bouche. Comme son baiser me parait trop long, je le repousse et j'essuie ma bouche d'un revers, geste qu'il remarque aussitôt.
-« Ce sont mes lèvres ou mon sang qui t'écoeure ? » dit-il d'une voix à nouveau froide. « Ca ne te dégoûtait pas avant, quand tu me frappais jusqu'à ce que je baigne dans mon sang puis que tu me violais en prenant ton pied. »
-« Tu penses que tu seras capable de me protéger face à tous tes amis sans les tuer ? » je poursuis en ignorant difficilement sa remarque.
Il s'assit sur mes genoux, face à moi, et penche la tête en faisant mine de réfléchir. Puis il affiche un grand sourire stupide.
-« Si tu as une bonne stratégie, je pourrais oui ! »
-« Même si les ex-arcobaleno s'en mêlent… ? »
Il se fige. Ne pas regarder ses yeux…
-« Pourquoi tu me poses ces questions ? On va essayer de te tuer ? »
-« Oui. »
-« Pourquoi ? »
-« A cause de toi. »
Je pensais que la réponse lui ferait peur, lui donnerait un sentiment de culpabilité, qu'il se mettrait à geindre, mais non. Il se contente de me sourire. Et ce sourire n'a strictement rien d'angélique. Mes genoux commencent à en avoir assez de le supporter.
-« Ils veulent me venger, ou bien ils veulent essayer de me récupérer parce que je fais un bon jouet ? » demande-t-il d'une voix chargée d'amertume. « Ou alors ils pensent que je suis dangereux ? Ou alors ils savent que tu ne sais plus me contenter, peut-être, ou bien ils ont peur parce que ton plan pourrait devenir réalité ? C'est quoi, la bonne réponse ? »
-« On s'en moque » dis-je, à la fois agacé et pétrifié devant son changement d'attitude. « Ils vont nous tuer tous les deux, surtout s'ils s'y mettent tous ensemble. »
Le sourire de Tsuna s'élargit et je lis comme un signe de victoire sur son visage.
-« Et alors ? »
C'est bien ça. Il se fiche complètement de mourir. Evidemment vu que je lui ai tout pris. Or, tout à l'heure, il voulait m'empêcher de mourir. Je suppose donc que si nous mourrons à deux, c'est pour lui le scénario parfait. L'inverse, par contre…
-« Enfin, c'est ce que je suppose, mais Reborn avait l'air de penser que tu serais utile. Peut-être qu'ils vont se contenter de me tuer et de faire des expériences sur toi. Après tout, tu es quelqu'un de spécial, même parmi les Vongola. Et comme tu n'as pas de descendance… Oui, je suppose qu'il serait mieux pour eux que tu restes en vie. »
Tout sourire disparut, c'est désormais le trouble que je lis sur son visage. La peur, l'angoisse, et surtout, un sentiment infime que je décèle malgré tout : la déception. Ha ! Comme si j'allais me laisser mourir avec lui ! Il pouvait toujours courir s'il espérait pareil scénario !
-« Je ne veux pas que tu meures » murmure-t-il en se blottissant contre moi.
-« Dans ce cas, pourquoi tu ne mourrais pas pour moi ? »
Impossible de voir son visage, je dois imaginer. Pourtant, je n'y arrive pas. Il est devenu trop imprévisible. Il met quelques minutes avant de se redresser pour planter ses yeux dans les miens. J'ai envie de reculer, mais le dos collé à la chaise, ça m'est impossible. Parce que, quand je regarde ses yeux, je ressens de la culpabilité, et une infinie pitié pour ce que je lui ai fais. Atroce, ridicule, pitoyable pantin dont je me suis joué.
-« Mukuro… Tu essaies de te débarrasser de moi ? »
-« Peut-être bien… »
-« La ferme. Je n'attendais pas de réponse, enfoiré » dit-il sur un ton monocorde qui tranche avec la suite de ses propos. « Tu m'as roué, dupé, salis, avilis, entaché… et maintenant tu veux me jeter comme un jouet dont tu ne veux plus ? Tu n'es pas un enfant que je sache. C'est toi qui as fait de moi ce que je suis. Tu voulais mon pouvoir, le pouvoir des Vongola, tu l'as. Tu m'as tout pris en échange. Tu as même mon cœur. Tu le sais, hein ? Ha oui, je sais que ça te dégoûte. Toi tu voulais juste t'amuser avec moi. J'étais soit ton arme, soit ton sextoy, au choix. Tu as oublié que j'étais humain, et du coup je ne le suis plus. Ca ne sert à rien d'être humain quand on se fait prendre de force tous les jours. Ca ne sert à rien d'être humain pour tuer. » Il caresse lentement mon visage sans même ciller. « Je te l'ai dis, tu m'as tout pris. Si tu me jettes maintenant, je vais faire quoi ? Les autres le savent, alors ils veulent me tuer. Et toi, tu tiens tellement à ta misérable vie que tu veux me donner l'ordre de me suicider ? Ne me fais pas rire. Maintenant, avec tout ce que tu as fait, tu m'as sur le dos pour toujours. »
Il me dévisage. Il attend. Et moi, rongé de remords, je suis incapable de dire quoi que ce soit. Je me contente de rire. N'est-ce pas risible après tout ? Mais dorénavant, je sais. Dans tout ce monologue, Tsunayoshi m'a donné la clé de réponse qu'il me manquait pour parfaire mon plan. Alors oui, c'est ridicule ! Je suis grotesque, il est pathétique, et toute cette grande farce prendra fin d'ici peu ! Parce que oui, maintenant, je sais quoi faire.
Il se penche sur moi et m'embrasse à nouveau pour stopper mon rire. Puis il se penche à mon oreille avec un sourire cruel.
-« Dis, Mukuro, tu sais, moi je… »
Oui je sais. Et je commence à être contaminé.
Mais bientôt, toute cette mascarade prendra fin.
To be continued in « Perfect Little Secret »…
