Et pouf ! POV Tsuna ! Ainsi qu'un dernier bon gros warning pour scène hot sans l'être.
Je pense que vous allez détester la fin de ce chapitre. Mais bref, il en reste encore un après pour me justifier. J'ai beaucoup souffert en décrivant l'intériorité de Tsuna.
Chapitre 11 : Perfect Little Secret
«Si jamais tu ouvres cette boîte de Pandore
Ce sera comme si tu m'offrais la mort,
Je préfèrerais que tout reste muet
Dans un silence maudit des plus secrets.»
La la la la la laaaa ! La la la la la laaaa ! La la la ! Tout va bien ! Tout va très bien ! Je roule sur le lit et m'esclaffe, puis j'étends mes muscles et roule à nouveau en riant. La maison est à moi, moi seul, alors je peux enfin donner libre cours à ma joie. Je pouffe de rire, le nez enfouis dans les coussins aux plumes d'oies. La tête de Mukuro me revient sans cesse en mémoire et je ne peux pas m'empêcher de me moquer. Cet air mesquin, mauvais et triomphant qu'il avait eu ! Quelle bonne blague ! Je ricane en silence et roule sur le dos, les bras écartés.
Il est sorti. Il a prétexté un rendez-vous avec des pontes de la politique et il est sorti. Comme si j'étais dupe. Je sais bien ce qu'il est parti faire. Je suis parfaitement au courant. Et c'est pour ça que tout va bien, terriblement bien, stupidement bien. Bien, bien, bien !
J'éclate en sanglots ridicules. Je roule sur le côté et étouffe ma voix dans les oreillers. C'est mal, mal de pleurer. Si je pleure, il en sera heureux, si je pleure, il me fera encore plus de mal. C'est un signe de faiblesse. Cessez de couler, maudites larmes ! Ca suffit ! Ca ne sert à rien en plus. J'ai déjà bien assez pleuré par le passé sans que ça me soit d'une aide quelconque. Mais elles coulent et je ne peux rien y faire.
C'est parce que je commence à craquer, je le sais bien. Je suis peut-être bien fou, peut-être pas, cela dit je commence à me poser trop souvent la question. Quand je devais simplement lui obéir, je ne réfléchissais pas. Je n'avais pas le choix. C'était eux ou mes amis. Aaah, mais ils étaient aussi mes amis. Et leur sang qui gicle. Et l'odeur de la mort. Et leurs yeux vides, vides, néant, rien. Plus rien, je n'ai plus rien sauf ces larmes stupides qui ne veulent pas disparaître.
Tout ça, c'était sa faute ! Depuis le début, tout début, manipuler, comploter, conspirer, manigancer et planifier, puis détruire encore et encore ! Ca je pouvais le faire ! Mais depuis qu'il essayait de m'éloigner, depuis qu'il avait pris peur, je réfléchissais à nouveau. C'était douloureux. Je réfléchissais sur mes actes, je revoyais mes faits et gestes, et surtout, je sentais. Ressentir la peur, la peine, la jalousie, la joie, le désir, la colère… Et en même temps, je ne me sentais plus comme avant, quelque chose était cassé. J'ai l'impression d'étouffer…
Je me lève brusquement et ouvre toutes les fenêtres pour avoir de l'air. Voilà qui est mieux. Le vent souffle fort et balaye mes larmes. Le grondement de l'orage me donne envie de crier et c'est ce que je fais. Puis je ris comme les enfants et à nouveau je m'effraie. Tant pis ! Je suis certainement fou ! Qui pourrait m'en blâmer ? Certainement pas lui, il est la cause de tout : de mon déchirement, de ma douleur, de ma joie, de mon avilissement, de ce néant immense qui a remplacé ce quelque chose de brisé. Depuis ce jour-là, à l'église, depuis ce jour-là il ne m'avait pourtant plus causé que de la haine. Il m'avait détesté à ce moment. Et depuis il m'éloignait, et depuis je réfléchissais.
Si jamais il s'en va, je n'ai plus rien. Il ne peut pas partir. Qu'est-ce qui me retient de mourir, franchement ? Je me penche à la fenêtre et regarde le vide. J'ai peur. Trouillard !
Je passe mes jambes et m'assieds sur le rebord de la fenêtre. Mon cœur bat la chamade. En bas, la pelouse est balayée par le vent. Si je tombe, je ne serais qu'une botte de paille emportée et je ne serais pas abattu mais brisé. Une mort en vaut une autre. Le bruit devient terrible. Probablement parce que les courants d'airs se battent dans la chambre. Si je tombe, je meurs. Une rafale plus forte me fait perdre l'équilibre et je bascule en arrière, mon dos heurtant brusquement le sol. Voilà, c'est fini. Je ne suis pas mort, je suis vivant. Mais qu'est-ce que ça change au final ?
Je me relève et ferme les fenêtres, puis je sors dans les couloirs. Tout est vide. Moi-même, je suis vide.
Je constate que mes larmes se sont arrêtées. J'essuie mes joues humides avec satisfaction. Je ne dois pas fléchir. J'ai pris ma décision. Si je ne l'ai pas lui, je n'ai plus rien. Je ne peux pas être rien. Alors il me suffit de m'accrocher à lui. Il est à moi, je suis à lui. Peu importe qu'il me fasse mal, peu importe que je le fasse souffrir. J'ai pris ma décision quand j'ai appris que les mafieux voulaient nous abattre. Il ne reste que cette solution. Je n'ai plus rien.
Le souvenir de ma vie d'avant m'effleure mais je le chasse avec résolution. C'est fini, fini. Il n'y a plus de famille aimante, plus d'amis pour la vie, plus de mentor, plus d'amoureuse, plus de famille. J'ai tout perdu. Même si je répète que c'est sa faute, c'est faux. Je le sais, mais si je devais le dire tout haut, je deviendrais complètement fou. Je préfère qu'il culpabilise, même si ce n'est probablement pas le cas.
Du bruit ? Du bruit. Je me dirige vers la source. Il est rentré. Il a l'air blasé, mais lorsqu'il lève les yeux et qu'il me voit, il sourit. Ca faisait longtemps. Un sourire. Il sort de sa poche une enveloppe et la lève pour la mettre en évidence.
-« Que dirais-tu d'un voyage au Japon ? »
Je souris. Tout se déroule comme prévu. Victoire au goût amer.
-« D'accord. »
Son sourire s'agrandit et il redevient ce roublard qui s'amusait à me tendre des pièges par le passé. Je descends le rejoindre lentement. Il m'annonce que nous partons demain très tôt. Je lui dis que je suis d'accord. Il dit qu'il faudrait faire les valises et je lui réponds que nous avons encore le temps. Il passe sa main gantée dans mes cheveux et se penche pour m'embrasser. D'accord, si on a le temps, partie de jambes en l'air. Ainsi soit-il.
Il déboucle ma ceinture et enlève mon pantalon si vite que je me demande si ce n'est pas un numéro de magicien. Il me retourne et me plaque contre le mur. Bien entendu, il ne veut pas me voir. Il a pris l'habitude de ne plus croiser mes yeux. Puis, sans autre forme de procédure, il insère un doigt. J'ai l'impression d'être une jument en gestation et qu'il est le vétérinaire qui vérifie si tout va bien. Il n'y a pas vraiment de plaisir à ça. Il prépare juste le terrain pour m'enfoncer plus gros par la suite. Forcément, s'il n'a pas de vaseline sur lui mon véto… Il faut bien qu'il s'y prenne autrement.
La tête plaquée contre le mur, j'écarte les jambes pour le laisser faire. Résister n'est pas une solution avec lui. A la place je réfléchis. Je refais mon plan. Parfait ? Parfait. Il insère un deuxième doigt et ça devient moins confortable. J'aurais préféré la vaseline. Ou le lit. Le mur n'est pas confortable.
Mais ses mouvements de va-et-vient finissent par m'exciter quand même. Pas sûr que la jument s'excite avec le véto, elle. Je me mords la lèvre inférieure. Je suis juste un jouet, et le pire, c'est que je suis un jouet qui répond à ses attentes. La dernière fois j'avais envie de lui. Qu'il me prenne de force même. Mais là, j'ai juste envie que cela finisse. Je sais bien pourquoi il fait ça. C'est encore pire. J'aurais préféré ne jamais découvrir son plan.
Il me pénètre. Enfin ! Je pousse un soupir de soulagement. J'espère pas trop audible. Sinon il va s'énerver. Ou croire que j'en avais très envie. Peu importe. Je me penche en avant, le dos plié. Qu'il fasse ce qu'il veule. C'est sûrement la dernière fois. La dernière fois et je ne peux même pas voir son visage. Mes entrailles se déchirent sous la pression de sa queue qui s'enfonce en moi. Profond. Trop. Il y va en une seule fois. Ca ne m'empêche pas de bander. Je ferme les yeux et me répète combien je suis immonde. Tant pis ! J'en ai envie. Même si ce n'est que du sexe. Au moins il est avec moi. Même si je ne suis qu'un jouet. Il commence à remuer du bassin et la douleur me submerge. Franchement, un lubrifiant ça n'aurait pas été du luxe. Mais je gémis quand même. Pour le plaisir d'entendre ma voix plus que pour le plaisir en lui-même. Non, c'est faux. Pour que lui entende ma voix. J'aimerais qu'il me retourne, qu'il se colle à moi contre le mur et m'embrasse tout en me faisant l'amour. Joli phantasme, ridicule phantasme alors qu'il me s'agrippe à mes hanches et s'agite de plus en plus. Mais au moins j'en éprouve du plaisir. Je ferme les yeux et j'imagine que je ne suis pas un jouet. Comme ça j'oublie, et il n'y a plus que le plaisir à attendre, qui vient soudain alors qu'il m'écarte encore plus les jambes et s'écoule lentement jusqu'au sol. Fini le plaisir.
Bon, alors voilà. Il ne me reste plus qu'à attendre qu'il finisse. Comme le jouet que je suis.
Retour sur cet Eden perdu, terre de mes rêves et de mes illusions. Il y fait plus froid qu'en Italie. Normal, le froid de l'hiver est plus mordant sur l'île de Kyushu. Dans le taxi qui nous emmène, je souffle sur mes doigts engourdis. J'ai la futile envie de passer devant mon ancienne maison. Pincement au cœur inoffensif. D'un coup d'œil je le dévisage. Il sourit. Il a retrouvé le sourire depuis ce jour-là. Il est redevenu comme avant. Ca me donne envie de vomir.
Pourquoi c'est si simple pour lui ? Il peut tout balayer d'un geste de la main et aller de l'avant. Mais moi, impossible ! Jamais, jamais plus… Il n'y a rien à faire, rien dedans, rien dehors, rien du tout. Bloqué, un rat dans la cage en métal qui sait ce qui l'attend ! Cruauté des êtres humains qui détruisent tout, moi avec. Nausée. Migraine.
-« Arrêtez la voiture. »
Je vomis tripes et boyaux. On me regarde comme un monstre. C'est ce que je suis. Le taxi s'en va. Les taxis japonais n'aiment pas les vomisseurs. Ils aiment ce qui est propre et normal. Stéréotypé. Tout doit rentrer dans sa petite boîte étiquetée.
-« Ca va mieux ? »
Rien ne va, rien n'ira plus jamais mieux. Je ne veux pas de ta compassion maintenant que tu as élaboré ton petit plan parfait pour te débarrasser de moi. Tu n'en n'avais pas avant, alors pas maintenant. Je peux marcher la tête haute même si c'est inutile. Je peux faire semblant d'aller de l'avant comme tous ces gens. Je peux tuer homme, femme, enfant si on me le demande. Je peux écarter les cuisses quand tu en as envie. Mais ta putain de pitié pour quelqu'un que tu condamnes, tu peux te la garder.
Les gens qui vivent et passent près de nous. Nous qui avançons à pied désormais vers la destination qui se trouvera être celle de la fin. Je sais tout, mais je ne te dirais rien. Je sais ce que tu comptes faire, et je vais le retourner contre toi. Tant pis, tu ne me laisses pas le choix.
Rues, avenues, maisons, bâtiments, voitures, vélos, et des gens, des gens partout. Puis tout se vide et nous arrivons dans des endroits déserts. Petit district d'une grande ville, ici, il n'y a personne à cette heure. Personne, sauf lui. Il est maigre, fin, le teint pâle parce qu'il ne sort jamais, des cheveux roux et des lunettes. Il nous fait signe de la main. Irie Shoichi qui travaillait pour les Vongola nous sourit faiblement. Je peux lire la peur dans ses yeux.
-« Bonjour Rokudo Mukuro, Sawada Tsunayoshi » dit-il avec un excès de politesse.
-« Tout est prêt ? » demande abruptement Mukuro.
Il hoche la tête et me lance un regard nerveux. Il nous fait alors signe de le suivre et nous entrons dans le bâtiment délabré qui s'avère être en parfait état à l'intérieur. Probablement une autre illusion. L'intérieur est trop lumineux. Tout me brûle les yeux. Nous entrons dans des couloirs qui s'ouvrent sur d'autres couloirs. Le chemin se termine en arrivant dans une salle immense. Immense est euphémisme mais je n'ai pas d'autres mots. A l'intérieur, un laboratoire, et une machine gigantesque de forme ronde, de couleur grisâtre, reliée par des milliers de câbles à des générateurs. Je la connais. Il la connaît. Nous la connaissons. Elle nous a sauvé par le passé. Je reste de marbre alors que j'aimerais rire.
Mukuro et Irie parlent plus loin à voix basse. Idiot. Il ne sait pas. Il ne se doute même pas. Tant pis. Tout est réglé. Je ne peux plus rien faire. Tant pis. Je ne ressens déjà plus rien. Vide. Mukuro s'approche, un air calculateur, comme toujours.
-« On doit retourner dans le passé et changer ce qui s'est passé. On retourne à la nuit du Démon Blanc » dit-il avec sarcasme. « On trouvera un autre moyen, plus discret, de liquider les mafieux, histoire de ne pas se retrouver avec les meilleurs assassins collés à nos talons. Ca devrait arranger les choses. »
Je le regarde et décide ne penser à rien. Si je pense, il le verra. Il saura. Il observe mon visage et détourne très vite les yeux. Peur ? Dégoût ? Honte ? Ou simplement de la lassitude face à mon manque de réaction ? Il tourne les talons et fait signe à Irie.
La grande machine s'ouvre en fracas, lentement. L'intérieur irradie de lumière. C'est brûlant. Mais Mukuro me pousse soudain vers ce four. J'avance en plissant les yeux. Gravir les marches s'avère un ultime effort pour résister à la fuite. Tout peut s'arrêter. Ici. Là, maintenant, je peux tout lui dire. Mais non. Je sais ce qu'il compte faire en réalité. Je serre les poings et entre dans la monstrueuse machine. Tant pis. Tant pis.
Je prends place, lui aussi. Irie commence à lancer les commandes et la porte de la machine se met à trembler, puis en grognant, elle se referme petit à petit, en prenant son temps, le temps d'un dernier regard d'Irie. Il m'interroge. Sur un léger signe de tête, je lui confirme ma résolution. Il fronce les sourcils, décidé lui aussi, mais, alors que la lumière termine de m'aveugler, la dernière chose que je vois de lui est ce sourire malheureux. Puis tout devint lumière et la bête se mit en route.
Lorsque j'ouvre les yeux, la lumière a disparu. Il fait même plutôt sombre. Je frotte mes paupières et me relève en regardant autour de moi. Dans ce qui semble être une usine désaffectée, je suis seul. Parfait. Comme prévu aussi.
Je me hâte de quitter l'endroit pour me retrouver à l'air libre. Je suis en mesure de me situer de là et de m'engouffrer dans les rues. Je dois me dépêcher. Vite, vite, vite, plus vite, encore plus, pour devancer le démon qui a, lui aussi, son plan machiavélique en tête. Mais je ne le laisserais pas faire. Non. Non. Hors de question. Je dois aller vite.
Mais je suis distrait. Dans cette ville que j'ai bien connue, il y a plein de souvenir. Nostalgie. J'ai peur de croiser quelqu'un. Il ne faut pas. Je ne sais pas comment je réagirais. La simple pensée de Kyoko me donne la nausée. Non ! Elle ne doit pas me voir ! Plus personne ! Plus que lui ! Rien que lui ! Alors je me dépêche comme jamais.
Devant cette maison – ma maison – je m'arrête un instant. Je peux voir ma silhouette à la fenêtre. Un autre moi, qui n'est pas moi. Lui qui n'a rien perdu, lui qui a encore tout. Je détourne les yeux pour ne pas devenir encore plus fou. Puis j'entre dans la – ma –maison.
Elle est dans la cuisine. Elle chantonne comme elle le faisait avant. Avant quoi ? Il n'y a pas d'avant ici. Nous sommes revenu dans le passé, loin, très loin. Et elle chante encore sans se faire de souci. Cette femme – ma mère – n'entend pas ma venue. Je connais la maison. J'évite les marches qui grincent. Et j'entre dans la pièce que je voulais.
Là, par terre, il dort. Je m'approche doucement et pose ma main sur lui. Il ouvre les yeux en reniflant la morve qui lui coulait du nez.
-« Keski chpass ? » marmonne-t-il en se frottant les yeux.
-« J'ai besoin de quelque chose que tu possède » je lui dis doucement.
-« Tuna ? » demande-t-il d'une voix endormie.
-« Je te donnerais des bonbons en échange » je lui promet.
Je mets ma main dans ma poche et lui présente les friandises. Il semble s'éveiller un peu plus.
-« Je veux ! »
-« Alors prête-moi ça… »
-« Ca ? Mais c'est à moi! » pépie-t-il tout en essayant d'attraper les bonbons.
-« Je te le rendrais » dis-je sans hésiter à mentir. « Je n'en n'ai pas besoin pour longtemps, et puis je te donnerais encore plus de bonbons après, d'accord ? »
Il réfléchit, puis il regarde les petits papiers roses, verts, jaunes que je tiens dans la main et sa gourmandise l'emporte. Il me remet ce dont j'ai besoin et je lui donne ce que je lui dois. Je m'apprête à partir.
-« Tuna ! Tu sembles pas comme d'habitude! »
Je ne me retourne pas. Pas besoin de créer encore plus de trouble dans ce passé.
-« C'est ton imagination Lambo. »
Je quitte l'endroit avec une envie furieuse de vomir. Je veux rester. Je veux retourner à ces instants. Je me dégoûte. Mais c'est fini. Il faut que je continue. Pas le choix. C'est tout.
Alors je continue. Inlassablement. Je suis pris au piège de toute façon. Il faut en finir.
Je me rends là où il est. Je sais bien où il est. Juste derrière cette – ma – maison. Il m'attend. Enfin il attend l'autre moi qui va bientôt sortir pour se rendre à l'école. Il est patient. Moi aussi. Je me positionne lentement. Il ne doit pas me voir. Mais là, il est concentré. Mais aussi sur ses gardes. Mais il ne sait pas que je suis ici. Il pense que Irie m'a renvoyé à la Nuit du Démon Blanc. Il pensait certainement que ça allait altérer le temps et que ma double présence dans un lieu clos ferrait que je m'autodétruirais. Ca, et puis ce qu'il fait maintenant. Il l'attend – moi – et il va changer notre histoire. Mais non. Je ne peux pas. Alors je pointe l'arme sur lui. Des bruits de pas et des voix m'indiquent que lui – je – sort de la maison et qu'elle – ma mère – lui dit de ne pas oublier son repas. Je verrouille la cible. Il avance, probablement en train de sourire, je ne sais pas, je l'imagine car je vois son dos. Elle – ma mère – lui – me – crie qu'il va être en retard. Des bruits de pas qui se rapprochent. Lui qui avance avec nonchalance, avec assurance, avec son immonde et bien-aimé sourire. Je fais feu.
Il y a une grande explosion. Tout le quartier tremble. Mon cœur aussi. Je pleure et hoquette tandis que j'aimerais avoir quelque chose dans l'estomac pour vomir. L'autre – moi – est caché par la fumée qui s'est répandue. Probablement à terre, tétanisé par la peur. Il faut que j'en profite.
Je fonce dans la fumée. Jambes tremblantes. Pas très efficace. Mais il est là. Au milieu du champ de tir. J'attrape son corps inanimé. Je regarde ma montre qui soudain s'agite. Je disparais lentement.
Dans une salle sombre et froide, je le revois. Il sourit. D'un sourire haineux. J'aime. Je souris aussi.
-« Comment tu as su ? » demande-t-il.
-« Je te connais, je sais tout. C'était facile quand j'ai vu que tu avais téléphoné à Irie. »
-« Et pour la montre ? »
-« C'est moi qui avais suggéré l'idée il y a quelques années. »
-« Et le canon ? »
Je frémis. Son sourire reste le même mais ses yeux changent. Ils deviennent vitreux.
-« J'ai trafiqué ça avec Irie sur les bases des plans de Byakuran. C'est en partie lui qui avait compris le système du voyage dans le temps grâce au fait qu'il voyage dans les univers. Il redoutait le canon des 10 ans et il voulait le modifier pour en faire une arme afin que, lorsque nous l'utiliserions, cela se retourne contre nous. Sur cette base, j'ai demandé à Irie de le modifier pour que non seulement il te renvoie 10 ans plus tard, mais aussi pour qu'il te blesse. Il a juste eu besoin de l'échanger à Lambo. »
Son sourire s'agrandit. Pas le mien.
-« Je pensais que tu serais déjà mort » dis-je.
-« Tu n'as pas pensé que le voyage modifierait le temps de propagations des dégâts ? Il y a des effets tu sais, à envoyer les gens d'une époque à l'autre. »
-« Donc, tu es en train de mourir à retard ? »
-« Pour un sale rat comme toi qui complote un plan pire que le mien, tu es assez lent à la détente. Mais c'est tant mieux. Au moins je peux avoir des réponses. »
-« Tu as d'autres questions ? »
Son visage devient plus pâle et sa chemise se tâche de sang. Le temps le rattrape. Mais il continue de sourire comme si de rien n'était.
-« A partir de quand est-ce que tu as compris ce que je voulais faire ? » demande-t-il.
-« Dès le début. Je savais que tu allais y venir. Tu étais pris au piège. Il ne te restait plus que ça comme solution : modifier le temps. Et pervers comme tu es, j'ai compris que tu irais quand même le chercher. Mon moi d'il y a 10 ans. Tu espérais en faire quoi au juste ? Un autre monstre ? »
Il n'y a pas de colère dans ma voix, juste de la constatation.
-« Tu dis ça… Mais qu'est-ce que tu as ramené avec toi, hein ? »
Je ne réponds pas. Sa respiration devient difficile. Je m'approche de lui et pose mes mains sur son visage.
-« Je ne te laisserais pas faire. »
Puis je lui enfonce mon pouce dans son œil maudit. Il ne crie pas. J'en suis un peu déçu. Mais il m'enfonce son trident dans le torse. Je considère l'arme avec surprise.
-« Je ne te laisserais pas faire non plus » dit-il avec un sourire.
Le goût du sang me monte dans la bouche.
-« C'est trop tard » je lui dis.
La montre clignote à nouveau. Je commence à disparaître tandis que ses yeux s'éteignent lentement. Il ne peut plus changer de corps. Il ne peut plus me poursuivre désormais. Je suis enfin libéré. Libéré.
Puis sa bouche bouge. Ses lèvres se joignent et se défont. Un son, faible, distant. Des mots que je n'aurais jamais voulu entendre. Et de mes lèvres à moi, un hurlement muet qui disparaît avec moi.
To be continued in « Flashback »…
