Et voici le dernier chapitre en POV Mukuro. La route fut longue, mais vous voici arrivés au terme. Merci encore d'avoir suivis jusqu'au bout.


Chapitre 12 : Flashback

«Je t'ai détesté

Tu m'as aimé

Tu m'as haïs

Je t'ai chéri »

Assis sur une chaise en osier, la chaleur du printemps filtre par la fenêtre de la véranda, ouverte pour aérer. Le long rideau de satin blanc est se balance avec les légers courants d'airs qui entre dans la pièce. Il n'empêche nullement le chant des oiseaux de pénétrer, ni les parfums des mimosas et de la lavande. Le ciel, est d'un bleu magnifique.

En face de moi, il remue le contenu de sa tasse. Du thé amer avec cinq morceaux de sucres. Le thé doit être froid depuis longtemps maintenant, mais il semble avoir oublié ce détail. Ses grands yeux me fascinent depuis le premier jour où je l'ai vu. Des yeux à la fois magnifiques et tordus.

-« Raconte-moi tout encore une fois » demandais-je d'une voix calme.

J'avais bien compris son récit, son histoire. Mais j'aimais bien l'entendre parler. Il paraissait plus vivant quand il parlait. Il commença d'ailleurs par sourire. C'était sans joie bien sûr, mais c'était une imitation de vie.

-« Encore une fois ? » demanda-t-il.

-« Encore une fois » je confirmais. « Je veux être sûr d'avoir bien compris. »

Il n'était pas dupe je pense, mais ça m'était égal. Ca nous était égal. Il recommença alors son histoire qui, il parait, a aussi été la mienne. C'était long. C'était doux. Jusqu'à ce qu'il parle de la mort de sa bien-aimée. A partir de là, j'avais souvent l'impression qu'il devenait quelqu'un d'autre. On aurait dit un fou. Il me raconta sa vengeance, comment en échange j'avais abusé de lui, comment j'avais pris le pouvoir, écarté les autres, détruit les autres mafias, puis commencé à conquérir le monde. Comment aussi il était devenu trop dangereux et que des tueurs à gage nous avaient laissé un délai pour trouver une solution. L'éliminer lui en gros. Puis comment j'avais essayé de le trahir en l'envoyant dans le passé.

-« Tu dis donc, que si deux personnes de temps différents sont à la même époque, cela cause l'autodestruction de la personne ? » dis-je pour la forme.

-« Oui, disons que le temps ne supporte pas qu'on vienne former des incohérence dans son planning. Soit il aurait effacé l'élément perturbateur, moi, soit pris de panique, mon autre moi aurait essayé de me tuer, en proie à la folie. Le temps est une chose complexe, je ne la comprends pas très bien non plus. »

-« Assez pourtant pour contrer ce plan. »

-« C'est parce que Irie m'a aidé. Lui et les travaux de Byakuran. Ils comprennent mieux le temps que moi. Irie que j'ai forcé à collaborer m'a envoyé finalement à la même époque que toi. Dans un endroit assez éloigné pour ne pas que je me voie. Comme ça j'ai évité le piège que tu me tendais. »

-« Et tu es devenu le chasseur à ce moment là » conclus-je.

-« Je n'ai eu le choix » dit-il sur un ton brusque. « C'était comme ça, c'est tout. Pas le choix, tu comprends ? »

Dans ces moments, quand il s'emportait d'un seul coup, le regard pétrifié, je préférais ne pas le contredire. Parce que, après tout, il était un peu fou.

-« Byakuran avait des plans, des bons plans. L'un d'eux consistait à nous tendre un piège. Il espérait en fait que l'arcobaleno, Reborn, tomberait dedans, enfin je crois. Il voulait modifier le canon des 10 ans pour le transformer en une arme. Une arme que personne ne verrait active. Si, par exemple, Lambo s'était tiré dessus pour faire venir son moi de 10 ans plus tard, il se serait aussi blessé, mais nous ne l'aurions pas vu puisqu'il aurait été transporté dans le futur. Il serait mort lentement puisque, visiblement, les blessures se forment plus lentement à cause du voyage temporel. Mais il serait mort dans le futur, et alors son moi de 10 ans plus tard aurait disparu. »

-« Comme mon moi de 10 ans plus tard. »

Il sourit avec une légère démence.

-« Oui. Ton toi de 10 ans plus tard est mort. J'y ai veillé. Je voulais être sûr qu'il était mort. Mais il ne l'était pas encore. Alors j'ai du l'empêcher de changer de corps en lui crevant son œil maudit. »

-« Et il t'a planté » fis-je. « Mais la montre t'a ramené à temps. »

-« Oui, la montre ! La montre était une idée de Spencer. Irie l'a en partie conçue parce que Spencer n'était pas d'accord. Mais c'était une bonne idée. La montre était réglée sur le temps que nous passions dans une époque. Lorsqu'elle signalait la fin du temps imparti, elle nous ramenait à l'époque contemporaine. C'est comme ça que je t'ai ramené avec moi. »

-« Et après, tu es reparti dans le passé pour achever mon autre moi. »

-« Oui. »

Il fronce les sourcils et remue sa tasse à nouveau. Une crispation à sa mâchoire m'indique qu'il rumine quelque chose.

-« Qu'est-ce qu'il y a ? »

-« Je me demande pourquoi il est retourné à cette époque… Il devait avoir peur de Reborn peut-être, mais j'étais vraiment… Toi-même, tu es jeune » dit-il en me regardant.

Je me contente de sourire. Je n'ai pas le choix. Lorsque le fameux canon des 10 ans a touché sa cible, c'est moi qui suis apparu. J'ai été enlevé au laboratoire où j'étais enfermé. Le canon n'a pas fonctionné sur l'âge de l'autre, mais sur l'époque même. 10 ans avant cette époque, je n'avais que 6 ans. Et c'est là qu'il m'a ramassé et ramené dans son temps contemporain comme il dit. Désormais, j'ai 15 ans. Et il m'a raconté toute cette histoire pour que je comprenne enfin.

La vérité, c'est que j'ai été kidnappé par cet homme un peu fou. Mais j'ai aussi été sauvé de ce laboratoire immonde. Alors je ne me plains pas, pas vraiment.

-« Toi aussi tu m'as ramené malgré mon âge » dis-je.

-« Je n'avais pas le choix. Pas du tout. Tu ne comprends pas. Si je ne t'emmenais pas, même si je tuais celui du futur, l'histoire resterait la même. »

-« Et maintenant ? »

Et maintenant ? Oui, voilà. Il était bien avancé. Je pouvais voir qu'il s'en voulait et qu'il m'en voulait aussi. Son histoire aurait du changer, mais non. Il est le même, et le monde où il vit est le même. Il se remet en question. Parfois je le trouve très bête. Ce n'est pas très grave, parce que je pense que ça fait partie de sa personnalité. Sauf que là, il se morfond.

-« J'ai demandé pourquoi rien ne changeait » dit-il lentement. « Mais il parait que ça ne va pas changer. Ca va rester comme ça. Comme ça et c'est tout. »

Cet homme un peu dingue parait soudain très petit, abattu et sur le point de disparaître. Je ne pense pas que quelqu'un savait ce qu'il espérait vraiment. J'ai connu Reborn au début. Je me souviens qu'il lui a demandé aussi ce qu'il voulait. A cette période, il a répondu qu'il voulait qu'on nous laisse tranquille et qu'en échange, il laisserait le monde tranquille. Reborn avait demandé s'il serait capable de me tenir en laisse. Je me souviendrais toujours de sa réponse et de l'expression de son visage même si je n'avais que 7 ans :

-« C'est lui qui me tiens en laisse, tu le sais bien. »

Quand je le regarde, j'en doute. Il m'a en grande partie élevé. Et il passait beaucoup de son temps à crier et à me courir après. En fait, je crois que je ne le comprends pas du tout. Je sais juste qu'il me traite bien et qu'il se débrouille pour que l'on ne vienne pas nous assassiner. Je crois aussi, même si je ne veux pas l'admettre, qu'il espère quelque chose de moi en retour. Quelque chose que cet autre moi aurait dû lui donner. Quand il me regarde je me demande souvent d'ailleurs lequel de nous deux il voit. C'est horripilant.

Il boit une gorgée de thé et constate qu'il est froid. Il se lève pour aller le réchauffer. Je reste seul dans la véranda. Je regarde les nuages dehors. D'ici une semaine ce sera la fin des vacances et il faudra que je retourne en cours. Cette idée me parait bien ennuyeuse. Rester ici à la maison est ennuyeux aussi pourtant. En cours, je pourrais quand même retrouver mes deux amis. C'est toujours mieux que rien. Ici le temps semble fixe. A l'école, le temps avance lentement, mais il avance.

Il revient avec sa tasse de thé et se remet à touiller. C'est parce qu'il est figé dans le passé que le temps dans cette maison est figé. Il ne change pas, n'avance pas, ne pourrit pas. Et quelque part, il est brisé cet homme un peu fou. Mais il est gentil dans le fond. C'est bien ce qui est dommage.

-« Tu veux un thé ? »

Je secoue la tête. Il continue de remuer, fixe comme un automate. Dans ce monde où rien ne bouge, je vais devoir bientôt le quitter. Encore quelques années avant de partir à l'université. Je sais combien cette idée le ronge. Je pensais que c'était son côté mère-poule. Depuis que j'ai entendu l'histoire, je pense que c'est autre chose. Sa réponse inlassable « je n'avais pas le choix » m'inquiète parfois. Pas le choix. Est-ce qu'il dira qu'il n'avait pas le choix que de me garder enfermer après le lycée ? Franchement, je n'en sais rien.

Il a des pouvoirs, et il est fort. Il m'a appris à me défendre et je le sais. En comparaison je ne fais pas le poids. Il pourra facilement me garder ici. Moi, je n'ai pas d'œil maudit. Je suis un garçon comme les autres. Mais pas pour lui. Je suis l'autre.

-« Tu sais » dit-il. « Il y a plusieurs univers, hein. Des univers parallèles. Je pense que dans d'autres univers, tout ça n'est pas arrivé. Dans un autre univers, je suis toujours avec mes amis, ma famille. Kyoko est vivante et nous avons un enfant. Personne n'est mort. Et tu es juste le gardien de la Brume. Tout est parfait dans ce monde. »

Je n'y crois pas trop à son monde parfait mais je me contente de sourire. Il se fait du mal tout seul.

-« Dans un autre monde je suis un homme comme les autres » poursuit-il. « Dans un autre encore, je suis quelqu'un d'intelligent, peut-être un médecin. Dans un autre je suis peut-être un mafieux au sale caractère et toi tu es mon…. »

Il s'arrête, se perd, se fige. Il comprend enfin qu'il se blesse. Il lève sa tasse et bois, se brûle, renverse sa tasse et son contenu sur la table. Il ne fait aucune geste pour nettoyer. Il reste prostré.

-« Dans un autre monde je suis toujours ton jouet et tu es mon maître » dit-il tout bas. « Mais dans ce monde, il n'y a pas de mafia et rien que tu veuilles détruire. »

Je grimace. Je n'ai pas envie d'en entendre plus.

-« Le thé ça tâche, il faudrait nettoyer. »

-« Dans un autre monde, je ne t'ai pas tué » continue-t-il. « Et tu ne m'a pas tué. Dans ce monde là, tu ne m'as pas dit tes derniers mots… »

Il balaie la tasse qui s'explose contre la véranda, effrayant les oiseaux qui s'amusaient dans les arbres. Je ne bouge pas, habitué à ces excès de colère. Je ne sais pas de quoi il parle et ça m'est égal. J'ai bien compris qu'au fond, il était obsédé par cet autre moi. Et ce qu'il cherche en moi, c'est juste cet autre que je ne suis pas.

Je pousse un soupir et je me lève pour aller chercher de quoi ramasser les débris. Il ne bouge pas d'un pouce tandis que je nettoie la porcelaine. Quand je reviens avec un torchon pour essuyer son thé affreusement sucré, je constate qu'il a l'air désespéré. Je nettoie lentement le thé.

-« Dis… »

-« Quoi ? »

-« …non rien… »

Il ravale ses mots. Mais je sais déjà ce qu'il veut me demander je crois. Et je suis heureux qu'il ne pose pas cette question. Parce que pour moi, il est juste cet homme un peu fou qui a pris soin de moi et qui m'a sauvé. Un homme qui a aussi tué celui que j'allais devenir. Il est aussi connu comme le Démon Blanc et parfois, je peux apercevoir ce monstre. Mais souvent je ne vois que lui : Sawada Tsunayoshi, un homme brisé qui a tout perdu dans la vie.

Il tend timidement la main vers moi et je le laisse faire.

Tout perdu, ou presque.


Bibliographie

Sources

-Katekyoshi Hitman Reborn !, manga de Akira Amano

Titre des chapitres

- Dearly Beloved, de Yoko Shimomura

-The Weight of the World, Saliva

-Break, Three Days Grace

-Welcome to Hell, Sum41

-Chain, Back-On

-Search & Destroy, Thirty Seconds to Mars

-Cold Inside, Hurt

-Break me Down, Alter Bridge

-Walk with me, Neil Young

-Unhappy refrain, de WOWAKA.

-Perfect Little Secret, de Snow Patrol.

-Flashback, de Akiakane.

Recueil de poèmes

-Euphémisme,

-Mâchoire carrée, D. Timeds

-Jet de papier, D. Timeds


Derniers mots

C'est l'une des fanfictions qui m'aura pris le plus de temps, et elle aura été compliquée à écrire. D'habitude je ne vais pas aussi loin dans la profondeur des personnages, mais je crois que c'était nécessaire. Plonger dans l'esprit presque détruit de Tsuna fut un plaisir d'écriture et une torture morale.

Contrairement à une autre de mes fictions, je voulais ici une fin immorale. Il n'y a, d'ailleurs, pas de véritable amour dans cette histoire. Mukuro aime Tsuna comme on aime un jouet, ou un chien. Il se sent responsable de lui à la fin, mais cela ne va pas plus loin. Quant à Tsuna, il a haïs Mukuro a juste compte, jusqu'à ce que, privé de tout, il ne lui reste plus que lui. C'est devenu alors un amour obsessionnel, aveugle, un amour pourri qui rend fou. C'est parce que justement il n'y avait pas d'amour que cette histoire finit ainsi. Quant à ce qui suivra, libre à vous de l'imaginer…

Je n'écris pas pour obtenir des reviews, même si j'aime beaucoup avoir les avis des lecteurs car c'est toujours intéressant d'avoir un point de vue différent. N'hésitez donc pas, après avoir lu ces ultimes lignes à donner votre opinion, vos critiques. Mon but est certes, de me faire plaisir en écrivant, mais aussi de vous faire plaisir. Plus je progresse, plus nous y gagnons, non ?

Pour conclure, je tiens à remercier les rares personnes qui ont commenté : Blackcerise, Jayn, Elodie et Nightmaresaretrues. Merci d'avoir pris un peu de temps pour écrire, ça m'a vraiment fait plaisir.

Merci aussi aux lecteurs qui m'auront suivi jusqu'à la fin. Merci à ceux qui ont ajouté cette histoire dans leurs favoris.

A bientôt, peut-être.