Ils avaient chevauché, le diable à leurs trousses, pendant des heures. Sansa était épuisée au point qu'elle considéra sérieusement lâcher le Limier et se laisser tomber à terre et rester couchée là sur la mousse pour mourir tranquillement. Tant pis, je préfère, je ne peux plus. L'homme parut sentir son étreinte se desserrer un peu et lui pinça le genou.

« On ne dort pas. Je te dirai quand on dort », grinça-t-il.

Sansa ne répondit pas, mais le désespoir qui s'empara d'elle fut si profond qu'elle le lâcha complètement et son corps commença à glisser de côté, à couler très naturellement, par petits à-coups réguliers au rythme du galop du cheval.

« Putain mais qu'est-ce qu'elle fait, QU'EST CE QUE TU FAIS PETITE DINDE ? »

Il stoppa son cheval et Sansa tomba très gracieusement en silence, si reconnaissante qu'il ait arrêté sa bête, de sentir la terre fraîche sous elle, quelques cailloux contre ses côtes et de n'entendre rien – sauf les ahanements du cheval et le grincement de Sandor Clegane (bien sûr, qu'il s'était remis à grincer). Pas de clameurs, pas de martèlement de bottes ni de fracas d'épées qui se croisent, pas de crépitement de flammes, pas de bruit mou de chairs qui se heurtent, pas de cri d'agonie. Un petit ruisseau qui murmurait un peu plus loin peut-être. Un tout petit grincement, un autre, tout près de son oreille. Un grillon. Beaucoup plus loin, à la limite de sa conscience, la voix enrouée de Clegane qui murmurait à son oreille, une main touchant sa joue.

« Moineau ! Moineau... Qu'est ce qu'elle a, enfers des sept ! »

Il la souleva, l'assit doucement le dos appuyé à un tronc d'arbre, puis retourna à son cheval pour fouiller dans ses sacoches. Il revint, gourde en main, et lui tint la tête pour la faire boire. Du vin bien sûr, sombre et amer comme son cœur, pensa-t-elle. Elle but. Le vin tomba dans son estomac vide et contracté.

Vomir serait possible, pensa-t-elle vaguement, mais tout à fait inconvenant. Il ne sera pas dit que j'ai vomi deux fois sur ses bottes, pensa-t-elle encore, et elle se mit à pouffer.

« Elle rit, maintenant », soupira Clegane. « Non ! Tais-toi », alors qu'elle ouvrait la bouche. « Tu te tais, tu bouges pas, tu te TAIS. J'ai pas de patience pour les gazouillis. On va rester là puisque tu es devenue folle. Je vais aller m'occuper de l'Etranger », en désignant son cheval. « Ah oui, c'est l'Etranger, tu savais pas ? Bel animal, non ? Noir, mortel et impitoyable comme une nuit dans la forêt un soir de bataille, tu me suis ? Bouge pas de là. Bois encore un coup, mais pas deux. Manquerait plus que tu vomisses deux fois sur mes bottes. »

Sansa remarqua, pas pour la première fois, comme son langage était rude mais ses gestes mesurés et même délicats. Tout en vociférant, il tâtait doucement son crâne, ses côtes, cherchant une blessure, mais quand il vit son regard sur lui, il retira ses mains et se releva. Large comme un chalutier de Blancport, immense, défiguré.

« vais bien », lui dit-elle, tentant un sourire. « Sssuis juste fatiguée, trèstrès fffatiguée et... »

- « Qu'est ce que j'ai dit ? On se TAIT. »

Et il tourna les talons.

Elle ferma les yeux et s'endormit, sans crainte aucune car Sandor Clegane était là, tout près, qui veillerait sur elle.