A/N: en espérant que ce chapitre vous plaise... :3
Chapitre 6 : Emily. - Élément perturbateur.
Ce soir, comme tous les soirs depuis une semaine, Naomi rentre à l'heure pour dîner. Je vois qu'elle fait des efforts par rapport à notre discussion de la dernière fois. Mais tout est vide entre nous. C'est à peine si on s'est adressé la parole depuis cette fameuse soirée. J'ai sûrement réagi un peu fort, mais c'est à croire que c'est ce qui lui fallait pour lui remettre les idées en place.
J'en suis maintenant à mon troisième mois de grossesse et je commence à avoir mal au dos et dans le bas ventre. J'essaye de m'étirer pour faire disparaître les douleurs, mais rien à faire.
"Ça va ?" demanda Naomi, aussitôt inquiète.
"Ouais… J'ai juste un peu mal au dos."
Elle posa l'oeuf qu'elle allait briser sur le rebord de la table et s'approcha de moi. Ses mains se posèrent délicatement sur mes omoplates et elle commença à les masser doucement.
"Va t'assoir." dit-elle. "Repose-toi dix minutes, je vais préparer à manger et ensuite je te ferai un massage."
Je regrette presque d'avoir été aussi dure avec elle la fois dernière. Je lui souris et embrassai tendrement sa joue avant d'aller m'allonger sur le canapé.
Le dîner était prêt relativement rapidement et elle me l'apporta sur un plateau, pour que je puisse le manger tout en restant sur le sofa. Elle avait fait l'une de mes salades préférées avec une omelette richement garnie. Je dévorai le tout rapidement et m'aperçus qu'elle ne mangeait pas, se contentant simplement de me regarder engloutir le repas qu'elle avait préparé.
"Tu ne manges pas ?" demandai-je.
"Non, j'ai pas très faim." répondit-elle.
"Pourquoi ?" demandai-je, même si j'avais une petite idée de la réponse.
"J'aime te regarder manger."
C'était un mensonge; et elle-même savait que je l'avais deviné. Mais je faisais tout de même semblant de la croire, car après tout, les choses iraient peut-être mieux en agissant de cette façon.
Elle restait assise sur le côté opposé du canapé, effectivement en train de me regarder manger, et c'était l'une des meilleures sensations au monde, car dans ses yeux, je me sentais belle.
Après avoir fini de manger, elle me débarrassa du plateau et me fit signe de me positionner de sorte à ce qu'elle puisse masser mon dos. Ses doigts travaillèrent tous ensemble sur mes épaules, pour relâcher toute la tension emmagasinée dans cette zone, puis elle massa doucement ma colonne vertébrale, entre mes omoplate et c'était exactement ce que j'avais besoin maintenant. Ses mains caressèrent ensuite le bas de mon dos en faisant des petits ronds à l'arrière de mes côtes et je ne pus m'empêcher de gémir silencieusement tellement ça faisait du bien.
Comme si ce massage n'était pas suffisant, Naomi commença à embrasser passionnément mes épaules, en retirant légèrement mon t-shirt pour qu'elle puisse y déposer des baisers sur ma peau nue. J'avais tellement envie de me retourner et de l'embrasser à mon tour… Mon sang bouillonnait de désir et je ne savais pas combien de temps encore je tiendrais sans lui sauter dessus.
On fut interrompue par la sonnerie du téléphone de Naomi, et je poussai un cri d'énervement.
"Quand est-ce qu'il s'arrête de sonner ?!" m'exclamai-je. "Et quel genre de producteur t'appelle à des heures pareilles ?!"
Elle prit son portable, posé sur la table, et regarda attentivement l'écran. Elle fronça les sourcils et ne répondit pas; énervée, je pris l'engin de ses mains et regardai moi-même s'il s'agissait bien de ce crétin de Foster. À ma grande surprise, l'appelant affichait Sophia; lorsque la sonnerie s'arrêta, il y eut un nouveau message, toujours provenant de la même personne.
Tu me manques xx
Je laissai échapper un rire forcé et lui balançai le portable sur le torse avant de me lever violemment du canapé, ne supportant plus sa présence à mes côtés.
"Em…" commença-t-elle.
"Non !" hurlai-je. "Maintenant, c'est toi qui va m'écouter ! Et tu vas m'écouter très attentivement, Naomi. J'ai vraiment cru à toutes les conneries que tu m'avais racontées la première fois. J'y ai vraiment cru. Mais j'étais vraiment bête de croire que ce qu'il y avait entre elle et toi n'était qu'amical. Tu crois que je ne vois pas la façon dont vous vous regardez ?! Tu crois que je n'ai pas remarqué comment ton visage s'illumine quand tu reçois un message de sa part ? Hé bien bonne nouvelle Naomi, tu peux retourner la rejoindre ce soir, parce que je ne passerai pas la nuit avec toi."
Les larmes coulaient à flot le long de ses joues et je ne me souviens pas la dernière fois que je l'avais vue pleurer de la sorte. Il y a encore quelques mois, j'aurais eu le coeur brisé de la voir ainsi; mais ce soir, c'était différent. Mes craintes avaient été confirmées, Naomi m'avait bel et bien trompée.
Je montai dans notre chambre et pris le premier sac que je trouvai, y fourrant quelques vêtements ainsi que des affaires de toilette. Même si l'idée n'était pas des plus alléchantes, j'allais certainement passer la nuit chez mes parents ce soir, en sachant que leur porte serait toujours ouverte.
Alors que je rangeais mes dernières affaires dans le sac, je vis du coin de l'oeil que Naomi attendait à l'entrée de notre chambre, immobile et silencieuse. Je fermai le sac et marchai en sa direction, sans croiser son regard. Elle me stoppa et dit :
"Em, je t'en prie, ne fais pas ça."
"Ne me dis pas ce que je dois faire. Bouge."
"Non."
"Naomi, décale-toi pour que je puisse passer." reformulai-je.
"Non, je ne te laisserai pas partir sans avoir pu donner une explication !"
"Il n'y a pas d'explication à donner; tout cela est très clair."
"Tu ne peux pas partir." dit-elle en fondant à nouveau en larmes.
"Ah oui, et pourquoi ça ?"
"Parce que je t'aime, putain !"
"Si tu m'aimais vraiment, t'aurais pas couché avec cette salope."
"Mais je-"
Je lui fis signe de se taire en posant ma main sur sa bouche, des larmes se formant à mon tour dans mes yeux. Sans réellement savoir pourquoi, je rapprochai mes lèvres des siennes avec force, ne cherchant pas à intensifier le baiser; elle comprit qu'il s'agissait plus d'un baiser d'au revoir (d'adieu ?) qu'autre chose, car elle ne chercha pas à rendre le baiser plus passionné. Je décollai mes lèvres des siennes et sortit de la pièce, ne regardant pas derrière moi, le visage de la blonde.
Claquant la porte derrière moi, je me permis enfin de fondre en larmes. Sanglotant sans retenue, j'entrai dans la voiture et jetai un dernier coup d'oeil à la fenêtre de notre chambre, et vis Naomi qui me fixait, le regard triste.
Je garai la voiture devant la maison de mes parents et essuyai les larmes qui avaient coulé le long de mes joues. En prenant une grande inspiration, je sonnai à la porte. Quelques secondes plus tard, mon père, habillé d'un simple t-shirt "Don't get fit, get Fitch" et d'un caleçon, m'ouvrit, l'air perplexe.
"Emsy ?" demanda-t-il, incrédule.
Je fondis à nouveau en larmes et me précipitai dans ses bras. Il me guida à l'intérieur en fermant la porte, puis me conduit dans le salon. Ma mère sortit de la cuisine, un torchon dans les mains, et écarquilla les yeux lorsqu'elle me vit.
"Emily ?!" s'exclama-t-elle. "Qu'est-ce qui se passe ?"
"Est-ce que je peux rester dormir ici ce soir ?" demandai-je d'une voix calme.
"Évidemment." dit mon père en me prenant à nouveau dans ses bras.
"Installe-toi, je vais te faire un thé." ajouta ma mère.
Je m'assis sur le canapé et fixai le vide. Mon père rejoint ma mère un moment dans la cuisine et je les entendis murmurer "Je ne sais pas !", "Non, elle n'a rien dit.", "J'espère qu'il n'y a pas de problème avec le bébé…"
Ma mère revint quelques minutes plus tard, une tasse de thé dans les mains, et me la tendit. Le liquide réchauffa tout mon corps et l'arôme dégagé me calma quelque peu.
"Ton père est allé mettre des draps propres." dit ma mère. "Une chance qu'on ait gardé vos chambres dans le même état !"
Je souris, incapable de faire plus. Le silence s'imposa à nouveau et ma mère posa sa main sur mon genoux en se rapprochant plus de moi sur le canapé.
"Emily, tu sais que tu peux tout me dire…? Je sais que je n'ai pas été une mère exemplaire dans le passé, mais ça a changé !" dit-elle. "Tu peux te confier à moi, maintenant."
"Merci Maman."
Je lui devais une explication. Je ne pouvais pas simplement arriver chez eux au beau milieu de la nuit sans leur expliquer quoi que ce soit. J'hésitai un moment avant de finalement lui avouer ce qui n'allait pas.
"On s'est disputé avec Naomi."
"Oui, c'est des choses qui arrivent." répondit-elle calmement.
"Ça faisait déjà quelques semaines que ça n'allait pas vraiment très bien; on s'engueulait pour n'importe quoi, et le fait qu'elle rentre tard tous les soirs n'arrangeait pas les choses… Et je crois que… Je crois qu'elle me trompe."
"Quoi ?" demanda ma mère, apparemment abasourdie par ce que je venais de lui dire. "Comment peux-tu affirmer ça ?"
"Sophia, l'une des actrices qui travaille avec elle, a essayé de l'appeler ce soir, et ensuite elle a laissé un message sur son téléphone."
"Qu'est-ce qu'il disait ?"
"Tu me manques." récitai-je.
"Ça ne veut pas forcément dire que-"
"Je l'ai vue, Maman." la coupai-je. "J'ai vu comment cette garce se comportait avec ma femme. Chaque fois qu'elle la voyait, elle la déshabillait du regard; j'ai été stupide de croire qu'elles n'étaient que de simples amies…"
"Emily, je crois que Naomi te doit une explication."
"Je ne veux pas lui parler pour l'instant, Maman."
"Je comprends, Emsy." répondit-elle en me prenant dans ses bras.
Mon père arriva dans la pièce quelques secondes plus tard et m'annonça qu'il avait mis des draps propres dans lesquels je passerai une bonne nuit. Mais je n'étais pas vraiment sûre de cela.
Je n'eus pas besoin de raconter l'histoire à mon père, sachant pertinemment que ma mère s'en chargerait. Ils me prirent tous deux dans leur bras et retournèrent dans leur chambre, tandis que je regagnai la mienne, puis me mit au lit.
Mon téléphone vibra sur ma table de nuit, et même si j'étais presque sûre de savoir de qui il s'agissait, j'ouvris quand même le message.
Tu crois des choses fausses, je te jure qu'il ne s'est rien passé entre elle et moi. Je ne ferai jamais une chose pareille, tu comptes bien trop pour moi. Je t'aime.
J'avais envie de la croire. J'avais envie de penser que tout cela n'était que le fruit de mon imagination et qu'il ne s'était effectivement rien passé entre elles. Mais je devais en être sûre. Demain, j'irai rendre visite à Sophia et lui demander ce qui se passait réellement entre elles.
Je marchais à vive allure dans les couloirs du studio, à la recherche de la loge de Sophia Moore. D'un pas décidé, je scrutais chaque pancarte sur les portes à la recherche de celui désiré. Soudain, je le vis. Bingo. J'ouvris la porte; elle se tenait assise devant son miroir, une coiffeuse lui arrangeait ses cheveux.
"Vous pouvez nous laisser seules cinq minutes ?" demanda-t-elle.
La femme acquiesça et sortit en vitesse de la pièce. Je croisai les bras sur ma poitrine et la fixai, l'air sévère.
"Que me vaut l'honneur de votre présence, madame Fitch ?"
"C'est madame Campbell-Fitch, pour commencer." lui rappelai-je. "Ensuite, j'aimerais savoir ce qui se passe exactement entre toi et ma femme."
"Rien qui te concerne." répondit-elle sèchement en retournant son attention vers son reflet.
"Rien qui me concerne ?!" m'énervai-je en haussant le ton. "C'est de ma femme qu'on est en train de parler !"
"Oui. Et je te le répète, ce qui se passe entre Naomi et moi, c'est privé."
"Vous avez couché ensemble ?"
Elle me fixa à travers le miroir et prit une grande inspiration. Elle fit la moue et leva un sourcil; puis elle secoua la tête et regarda à nouveau son propre reflet.
"Ça ne te regarde pas."
"Pardon ?! Tu as plutôt intérêt à me répondre, parce que ce qu'il se passe en ce moment est très grave."
"Pourquoi ?"
"Pourquoi ?! J'apprends que ma femme a eu une aventure avec quelqu'un d'autre alors que je suis enceinte, et tu me demandes en quoi c'est grave ?!"
"Elle m'a dit à quel point c'était dur de vivre avec toi, tu sais."
"Quo-"
"Elle m'a dit à quel point tu étais odieuse et insupportable avec elle…"
"Naomi ne dirait jamais ça."
"Ah ouais ? C'est pourtant bien ce qu'elle m'a confié la semaine dernière."
Je n'en pouvais plus; je sortis aussi vite que possible de cette pièce, incapable de rester dans la même zone que cette femme, qui de toute évidence avait eu une liaison avec Naomi.
A/N: *évite les jets de pierres en se cachant derrière sa chaise*
