A/N: Je suis vraiment désolée pour l'attente, mais ces partiels m'ont littéralement assommée :3 Voilà donc le chapitre 8, en espérant qu'il vous plaise ! :)
Chapitre 8 : Emily. - Symboles.
08/06/17 - J'en suis presque à mon quatrième mois de grossesse. Le médecin a dit qu'il pouvait dès à présent me confirmer le sexe de l'enfant. J'étais tellement impatiente à l'idée de savoir s'il allait s'agir d'un garçon ou d'une fille ! J'avais tellement envie de le découvrir ! Mais Naomi n'était pas là. Je sais bien que c'était en partie ma faute, que j'aurais du répondre à ses messages et peut-être lui laisser une chance de m'expliquer… Katie elle-même m'avait vivement conseillé d'entendre sa version des faits. Mais je voulais qu'elle vienne me rendre visite elle-même de son plein gré. J'avais besoin d'elle, tellement besoin d'elle…
Ça faisait deux mois que j'habitais à nouveau chez mes parents. La joie de vivre de mon père et les plaisanteries débiles de mon frère me faisaient un peu oublier pourquoi j'étais là et je m'en portais mieux.
J'avais aussi passé près de deux heures avec Pandora et Thomas sur Skype ce matin. Ils avaient apparemment déménagé dans le nord de la Californie et je ne les avais pas vu depuis un bon moment… Ils avaient promis de passer dès qu'ils auraient les moyens de se payer un billet d'avion pour nous rendre visite. Je n'avais pas osé lui confier ce "quelque chose qui n'allait pas" et qu'elle avait remarqué.
Ce soir, mes parents étaient partis au restaurant, fêter leur trente ans de mariage. Ils m'avaient d'abord proposé de venir pour me changer les idée, mais j'avais catégoriquement refusé; d'une part parce que je ne voulais surtout pas interférer dans leur soirée romantique, et d'autre part parce que je n'avais toujours pas la tête à sortir.
Je m'allongeai sur le lit et repensai aux deux derniers mois passés loin d'elle…
"Em," commença ma soeur. "je t'en prie, explique-moi."
"Je ne veux pas en parler, Katie, vas-t'en."
"J'ai accepté cette réponse la dernière fois; j'ai accepté que tu ne veuilles pas en parler sous prétexte que tu avais le coeur brisé et que tu avais besoin de te retrouver seule. J'ai accepté de foutre le camp comme tu me l'avais demandé parce que je voulais te laisser le temps de te remettre de tes émotions. J'ai accepté le fait que tu m'ignores depuis deux semaines. J'ai tout accepté, Em. Mais aujourd'hui j'en ai marre. J'en ai vraiment marre de ne pas pouvoir passer du temps avec ma soeur, j'en ai marre de ne pas pouvoir lui parler parce qu'elle croit que sa femme l'a trompée-"
"Je ne crois pas, j'en suis sûre Katie !" m'exclamai-je, énervée.
"Je suis allée la voir hier." dit-elle, et je relevai le regard vers elle. "Je suis allée chez vous parce que je ne supportais plus le fait que tu refuses de me parler, que tu m'en veuilles à moi aussi alors que je n'y étais pour rien dans cette histoire…"
Elle s'interrompit un instant, tentant de retenir ses larmes. Ses yeux chocolats identiques aux miens me fixèrent tristement et elle continua.
"J'étais tellement énervée… Je lui ai crié dessus de toutes mes forces… Je lui en voulais tellement… Je lui en voulais de t'avoir brisé le coeur, et je lui en voulais parce que ses conneries t'avaient éloignée de moi…"
Ses larmes me fendaient le coeur. Voir ma soeur pleurer était l'un des spectacles les plus douloureux à regarder.
"Je ne sais pas si elle dit la vérité, Em… Je ne sais pas si elle a couché avec Sophia ou si tu as effectivement mal interprété la chose, mais je suis sûre d'une chose, c'est qu'elle t'aime de toutes ses forces. Je n'ai jamais douté de ça, et tu ne devrais pas en douter non plus…"
Je savais que ma soeur avait raison, je savais que Naomi m'aimait encore; mais je ne savais pas si je pouvais encore lui faire confiance, et encore moins si elle sera là pour moi quand j'aurai besoin d'elle.
Katie partit quelques instants plus tard; je pris donc mon carnet de notes pour y inscrire les péripéties de la journée, en jetant un coup d'oeil au calendrier : quatorze mai.
Je me demandai alors si Naomi m'aimait encore comme au premier jour; après tout, les sentiments peuvent très bien s'éteindre au bout d'un moment. Combien de personnes se rendent compte que celui ou celle avec qui ils partagent leur vie ne leur convient finalement pas ? Combien se rendent compte qu'ils n'ont plus de sentiment pour leur partenaire ? Naomi s'était peut-être lassée de notre relation ? Il faut dire que mes sauts d'humeur n'avaient pas dû rendre les choses faciles pour elle ? Pour autant, était-elle désespérée au point de devoir me tromper ?
M'aimait-elle encore ?
Je regardais une émission télé sur des jeunes filles, enceinte à seize ans. Elles étaient tellement jeunes et je me demandais s'il était judicieux d'élever un enfant alors même qu'elles n'avaient pas encore atteint un niveau de maturité suffisamment élevé pour pouvoir prendre soin d'un enfant. Puis je me rendis compte d'une chose : et si Naomi ne revenait jamais ? Et si j'élevais un jour mon enfant seule ? Deviendrais-je à mon tour l'une de ses filles qui se fait jugée parce que l'autre parent l'a quittée ?
Trop de questions se bousculaient dans ma tête; et alors que je commençais à perdre totalement espoir, la sonnette retentit et je mis quelques secondes à aller ouvrir.
C'était le facteur. Il avait dans ses mains un bouquet de fleurs qui recouvrait presque tout son visage. Il me le tendit avec un sourire.
"Il n'y a pas de nom." dit-il, gêné.
Je hochai la tête en contemplant le bouquet et signai le papier qu'il me tendit. Lorsqu'il repartit (après m'avoir contemplé comme un extra-terrestre pendant de longues secondes), j'humectai l'arôme des fleurs et l'odeur me détendit un instant. Je vis au même moment un petit carton blanc accroché sur le bouquet. Je l'ouvris délicatement.
'Ces fleurs m'ont fait penser à toi. x'
Je n'avais pas besoin de savoir le nom du destinataire. Pas parce que j'avais reconnu l'écriture de Naomi, mais parce qu'elle avait pris l'habitude de m'offrir des fleurs assez régulièrement, pour leur odeur, mais aussi pour leur valeur symbolique.
Symbolique ! Je ne savais même pas quelle était la signification des fleurs qu'elle m'avait envoyé. Je me souviens très distinctement de leur apparence, mais je n'en connaissais pas leur nom… C'était Naomi qui s'y connaissais le mieux dans ce domaine…
Je me souviens qu'il y avait trois sortes de fleurs. Des petites fleurs bleues, d'autres violette-fuchsia, et les dernières étaient plus grandes et de couleur blanche.
Je me souvins que j'avais gardé le petit papier qui accompagnait le bouquet; je me précipitai vers ma commode et ouvris le tiroir pour lire le nom des fleurs qu'elle m'avait envoyé et chercher leur symbolique sur internet.
Je commençai donc par les premières de la liste : Violettes pourpres. Je lus dans le premier site que la personne qui envoie ce type de fleurs veut dire "Tu occupes mes pensées."; et elle occupait les miennes aussi… Tous les jours, à chaque heure, tout le temps…
Les deuxièmes sur la liste étaient des Camélias blanches. Elles étaient symbole d'excellence sans prétention. Je fus sincèrement touchée par ce compliment. Elle m'avait très souvent répétée combien elle me trouvait parfaite, mais je ne pouvais m'empêcher de sourire chaque fois qu'elle le disait.
Les dernières étaient des Myosotis, symbole d'amour véritable. Je sentis mon coeur battre plus fort dans ma poitrine et des larmes se former au coin de mes yeux. Elle devait m'aimer autant qu'elle le disait pour m'envoyer ça, pas vrai ?
Je m'allongeai à nouveau sur mon lit en prenant contre moi le petit carton blanc contenant le message de Naomi ainsi que la liste de fleurs. Et pour la première fois en deux mois, j'avais le sourire aux lèvres.
Alors que je pensais que j'allais m'endormir, j'entendis la musique dans la chambre de mon frère résonner un peu trop fort à mon goût. Je me levai donc pour faire intrusion dans sa chambre et lui demander de baisser le son. À ma grande surprise, je le vis accoudé sur le rebord de sa fenêtre ouverte. Il se retourna et me fit signe de le rejoindre pour voir ce qui se passait.
Mon choc fut encore plus grand lorsque je vis qu'il s'agissait de Naomi, postée dans la rue devant chez nous, les portes de sa voiture ouverte laissant échapper le son de la stéréo.
Oh, her eyes, her eyes,
Makes the stars like they're not shining.
Her hair, her hair,
Falls perfectly without her trying.
She's so beautiful, and I tell her every day.
La blonde me fixa dans les yeux, et je n'arrivais pas à décoller mon regard du sien, incapable de bouger ne serait-ce qu'une paupière.
I know, I know,
When I compliment her she won't believe me,
And it's so, it's so,
Sad to think she don't see what I see…
À ce moment précis, au moment où les paroles "But every time she asks me 'Do I look ok ?' I say…", Naomi mit la stéréo plus fort et me fixa à nouveau.
When I see your face,
There's not a thing that I would change,
'cause you're amazing,
Just the way you are !
And when you smile,
The whole world stops and stares for a while…
Et elle chanta le reste des paroles avec conviction.
"'cause Em you're amazing, just the way you are !"
Mon frère me donna un coup de coude dans le biceps et me fit signe d'aller la rejoindre. Je ne me fis pas prier et sortis de sa chambre au pas de course, en descendant les escaliers de plus vite que je le pus et en prenant au passage le pull "Don't get fit, get Fitch" de mon père.
Her lips, her lips,
I could kiss them all day if she'd let me.
Her laugh, her laugh,
She hates but I think it's so sexy.
She's so beautiful, and I tell her every day.
J'ouvris la porte et ralentit ma course pour ne pas lui montrer à quel point j'étais heureuse qu'elle soit là, à quel point j'avais envie de pleurer rien que par sa simple présence. Elle avait encore la tête levée lorsque je me postai sous le porche. Il lui fallut quelques secondes avant de s'apercevoir de ma présence; et j'eus l'impression de voir une lumière s'allumer dans ses yeux lorsqu'elle me vit à quelques mètres d'elle.
When I see your face,
There's not a thing that I would change,
'cause you're amazing,
Just the way you are !
And when you smile,
The whole world stops and stares for a while…
Je m'approchai doucement d'elle, du plus doucement que je le pus, sans briser le contact visuel. Lorsque je me trouvai à environ un mètre cinquante de distance, je me stoppai et continuai à la regarder, avec en fond musical la fin de la chanson.
"Salut ?" dit-elle, hésitante.
"Salut." répondis-je, fermement.
Elle perdit à nouveau l'usage de la parole et regarda ses pieds, apparemment gênée par la situation.
"Tu es venue pour une raison précise, ou seulement pour réveiller mes voisins ?" demandai-je, en ne plaisantant qu'à moitié.
Elle sourit et remua sur place en regardant nerveusement ses mains jointes. Elle releva ensuite les yeux; ses magnifiques yeux bleus. Oh mon Dieu… J'avais presque oublié à quel point je pouvais m'y perdre facilement…
"En fait…" commença-t-elle, encore plus hésitante. "J'étais venue pour m'excuser."
"T'excuser pour quoi ?" insistai-je pour l'obliger à me dire la vérité.
"M'excuser parce que je n'ai pas été là pour toi comme j'aurais dû l'être depuis le début." répondit-elle. "Non, en fait… Je ne suis là pour m'excuser. Je suis là pour que tu me pardonnes. Je suis là pour que tu m'excuses. Pour que tu pardonnes mon comportement…"
"C'est tout ?" demandai-je.
"Non." dit-elle en cherchant quelque chose dans ses poches.
Elle mit quelques secondes à trouver l'objet qu'elle cherchait, puis sortit enfin une pièce de monnaie plus grosse et plus ancienne que celle que j'avais l'habitude de voir. Elle me la tendit et je la pris en hésitant.
"J'ai rendu visite à ma mère il y a quelques temps." dit-elle enfin, en guise d'explication. "Tu la connais, elle n'est pas vraiment du genre explicite quand elle donne des conseils…"
Je hochai doucement la tête, l'invitant à continuer.
"Alors elle m'a donné ça." dit-elle en pointant la pièce du doigt. "Elle m'a dit : 'Si tu te retrouves face à deux choix difficiles, prends simplement une pièce. Le fait de tirer à pile ou face ne marche pas parce que la pièce fera le choix à ta place; ça marche parce que pendant ce court instant où la pièce tourne dans les airs, tu sais soudainement si tu veux que la pièce tombe sur pile, ou sur face.' "
Je n'étais toujours pas certaine de comprendre où elle voulait en venir.
"Et ce choix difficile, c'était entre Sophia et moi, c'est ça ?" demandai-je.
"Non !" s'exclama-t-elle, ahurie. "Non, jamais de la vie !"
"C'était quoi, dans ce cas ?" demandai-je, énervée et apeurée de la réponse qu'elle allait me donner.
"Savoir si tu serais plus heureuse sans moi à tes côtés."
"C'est encore à moi de décider de ce genre de choses, il me semble."
"Je ne voulais pas t'entendre dire non." admit-elle. "J'ai besoin de toi à mes côtés, j'ai besoin de toi maintenant et pour toujours, mais je ne savais pas si c'était aussi ton cas. Et personne, pas même ta propre soeur, ne pouvait me donner de réponse."
Elle essuya les larmes qui coulaient le long de ses joues avec le revers de sa manche et je restai muette.
"J'avais besoin de savoir, tu comprends ?" dit-elle en sanglotant. "Alors… Je ne te demande qu'une seule chose… Lance cette pièce. Lance cette pièce et j'aurai enfin une réponse aux questions que je me pose depuis des semaines."
Les derniers mots furent presque inaudibles car ils avaient été avalés par ses pleurs. Ses yeux avaient quitté les miens et elle continuait de pleurer à chaudes larmes.
"Je n'ai pas besoin de lancer cette pièce pour savoir ce que je veux." lui dis-je. "C'est toi que je veux."
Elle releva le regard et écarquilla les yeux. Un sourire apparaissait à présent sur son visage, traduisant à la fois son soulagement et sa joie quant à ma révélation. Elle s'approcha alors de moi, mais je la stoppai.
"Mais il faudra plus que ça." continuai-je en la repoussant à une distance suffisante. "Si tu crois que tu règleras tous les problèmes avec des fleurs et des belles paroles, tu te trompes. Tu as gagné mon coeur depuis longtemps. Il faut que tu regagnes ma confiance."
A/N: c'est tout pour l'instant... :) Passez de bonnes fêtes de Noël et une bonne fin d'année 2012, on se revoit bientôt ! ;) xx
