A/N: Voilà le dîner tant attendu... :)


Chapitre 11 : Naomi. - Une soirée mouvementée.

Ce n'était pourtant pas un mensonge. Elle était véritablement parfaite. Tellement parfaite dans ce simple pull trop large, tellement parfaite avec cette coupe de cheveux matinale, tellement parfaite alors même qu'elle ne portait pas de maquillage, tellement parfaite par sa simplicité. Elle était tellement parfaite que je me demandais encore comment j'avais pu marier une femme pareille.

Je savais que le moment n'était peut-être pas le plus approprié, mais je ressentais le besoin de retranscrire mes émotions de la veille dans ce carnet.

26/06/17 - Emily m'a réveillée hier soir pour que je puisse sentir notre enfant bouger dans son ventre. C'est un sentiment indescriptible. C'est à la fois merveilleux et incroyable. Je n'en revenais toujours pas moi-même. C'était véritablement en train d'arriver. Le bébé grandissait de jour en jour et savoir qu'il était à présent à-même de bouger… C'était merveilleux.

J'avais besoin de l'emmener dans un endroit qui ne serait qu'à nous après ça. J'avais besoin de lui prouver que ce qui venait de se passer était très important pour moi. J'avais envie qu'elle se rende compte de l'attention que je lui portais, à elle et au bébé.

Elle a insisté pour qu'on discute de ce qui s'était passé, et je compte bien lui expliquer clairement mon point de vue sur la chose, tant pis si elle n'y croit pas; j'ai besoin de lui redire encore une fois la vérité.

Je m'apprêtai à écrire d'avantage, mais j'entendis Emily descendre à nouveau les escaliers. Je rangeai donc à nouveau mon carnet sous une liasse de papiers et me remis à surveiller la cuisson de la viande.

Je me retournai doucement pour pouvoir voir à quoi elle ressemble, et je jurai que mon coeur fit un bond dans ma poitrine lorsque je la vis. Elle portait une robe rouge-vif aux manches mi-longues, apparemment conçue pour les femmes enceintes. Elle avait vraisemblablement brossé ses cheveux en y ajoutant une pince assortie à la robe et je sentais même l'odeur de son parfum.

"Tu es… Radieuse." dis-je, sans voix.

"Merci."

"Cette robe est sublime." ajoutai-je. "Tu es sublime."

"Que de compliments !" plaisanta-t-elle.

Je ris et l'invitai à s'assoir à table en retirant la chaise en arrière pour qu'elle prenne place. Elle posa sa main droite sur son ventre en s'asseyant comme pour le soutenir, et mon sourire grandit quant à ce geste.

Je sortis la viande du four et découpai deux fines tranches pour chacune d'entre nous. J'y ajoutai les ingrédients nécessaires puis lui servis. Comme à chaque fois, ses yeux grandirent lorsqu'elle respira l'odeur qui émanait de l'assiette et je vis qu'elle luttait pour m'attendre avant de commencer le repas.

Elle attaqua son assiette et je profitai de cette distraction pour trouver un moyen d'amener le débat.

"C'est délicieux Naoms." dit-elle lorsque le silence commençait à se faire gênant.

"Je commence à connaître tes goûts." répondis-je avec un clin d'oeil.

"Tu voulais qu'on discute ?" dit-elle en relevant la tête de son plat.

"Oui."

"Je t'écoute."

"Je suis désolée pour ce qui s'est passé ces deux derniers mois. Je n'ai pas été à la hauteur."

Elle hocha doucement la tête en gardant son regard dans le mien, essayant de ne laisser transparaître aucune émotion.

"J'ai changé, Em." dit-je en baissant les yeux. "J'ai changé tout ce qui n'allait pas. Tout ce qui a mis notre couple péril."

"Tu n'as aucun projet de tournage pour les mois à venir ?" demanda-t-elle.

"Non."

"Tu comptes donc rester ici dans les prochains temps ?"

"Oui."

"Tu seras présente pour mes rendez-vous chez le gynéco."

"Évidemment."

S'en suivit un blanc pour le moins gênant, car je m'attendais à ce qu'elle me pose d'autres questions.

"Tu as arrêté de voir Sophia ?" demanda-t-elle enfin.

Même si je m'attendais quelque peu à cette question, elle me surprit tout de même.

"Oui." dis-je en hochant la tête. "Je lui ai demandé de ne plus me contacter, ni même de m'adresser la parole, sauf pour des raisons professionnelles."

"Je veux savoir exactement ce qui s'est passé avec elle, Naomi."

"Il ne s'est rien passé."

"J'arrive pas à croire que tu oses encore me mentir."

"Je ne te mens pas, je te jure que c'est la vérité !"

"J'ai parlé à Sophia le lendemain de mon départ. Je suis allée la voir parce que j'avais besoin de réponses." commença-t-elle. "Elle m'a dit que tu t'étais confiée à elle; que tu lui avais dit que j'étais odieuse avec toi et que tu me trouvais insupportable."

"QUOI ?!" m'insurgeai-je.

"Je sais que ça n'a pas du être facile pour toi de supporter mes sauts d'humeur à longueur de temps… Je sais bien que j'ai du mal me comporter avec toi de temps à autres… Mais pourquoi… Pourquoi t'as couché avec elle ?"

"Mais je n'ai pas couché avec Sophia !" m'exclamai-je. "Jamais je ne ferai une chose pareille, Em ! Pourquoi tu n'es pas capable de comprendre ça ?!"

"Sophia m'a dit que-"

"Sophia t'a dit ! Pourquoi tu lui ferais confiance à elle plutôt qu'à moi ? Pourquoi tu crois à ses conneries depuis le début ?!"

"J'avais des raisons des raisons d'y croire, non ?"

"Non, tu n'en avais pas !" m'exclamai-je en frappant sur la table avec la paume de ma main.

Je vis sur son visage qu'elle était quelque peu choquée par ma réaction, aussi essayai-je de me calmer en respirant profondément.

"Même après toutes ces années, tu ne me fais pas confiance."

"Je ne te fais plus confiance." corrigea-t-elle.

"Bien." dis-je en me levant. "Mets ta veste, je vais te prouver le contraire."

"Maintenant ?"

"Maintenant."

Je n'étais pas sûre de faire le bon choix en me rendant là-bas, mais j'étais obligée de lui prouver devant le fait accompli. Ainsi peut-être me croira-t-elle. C'était mon dernier espoir.

Dans la voiture, tout était calme. Seul le lecteur CD, jouant des balades acoustiques, brisait quelque peu le silence. Je savais qu'elle se demandait où je comptais l'emmener; mais je ne pouvais cependant pas lui dire, car sa réaction serait détestable.

Je garai la voiture et Emily me suivit le long de l'allée qui menait à la petite maison, sans dire un mot. Elle se tenait juste derrière moi lorsque je sonnai à la porte et je l'entendis contenir son exclamation lorsqu'elle vit qui ouvrit la porte.

"Naoms !" s'exclama-t-elle, apparemment heureuse de me voir.

"Sophia."

Sa joie passagère se transforma rapidement en un air de dégoût lorsqu'elle vit Emily se poster à mes côtés.

"On peut entrer ?" demandai-je.

Elle acquiesça et je pris la main d'Emily dans la mienne, pour qu'elle comprenne que tout se passera bien.

"Je peux savoir pourquoi vous me rendez visite à cette heure-ci ?" demanda-t-elle, en insistant négativement sur le vous.

"J'aimerais que tu me dises exactement ce que tu as raconté à ma femme, Sophia."

"Je ne vois pas de quoi tu parles." se braqua-t-elle.

Emily laissa échapper un rire moqueur et elle s'avança vers elle en lâchant ma main.

"Oh, tu ne te souviens pas de notre petite conversation dans ta loge ?"

Sophia ne répondit pas et je les laissai interagir ensemble sans intervenir.

"Tu ne te souviens pas non plus m'avoir dit que ma femme était venue se plaindre chez toi à cause de mon comportement insupportable ?" continua-t-elle. "Tu ne te souviens pas non plus m'avoir laissée comprendre qu'elle et toi avez eu une aventure ?"

Encore une fois, son silence était de marbre. Emily s'avança encore d'un pas vers elle et je savais qu'elle allait trouver les mots pour la feinter.

"Tu croyais sincèrement que j-"

"TU NE LA MÉRITES PAS !" s'écria Sophia. "Elle mérite tellement mieux que toi. Elle mérite de trouver quelqu'un qui la rende heureuse chaque jour. Quelqu'un qui ne fasse pas de sa vie un enfer. Tout le contraire de ce que tu as fait de sa vie ces dernières années."

La personne pleine de force et de courage qui se tenait il y a quelques instants à mes côtés se transforma alors en une petite fille apeurée, devenue muette. C'en était assez; je m'avançai vers Sophia, et la repoussai violemment par les épaules.

"De quel droit oses-tu dire une chose pareille ?!" m'exclamai-je. "Emily est la plus belle chose qui me soit jamais arrivée. Elle est la seule personne capable de me rendre heureuse alors même que tout va mal. Et je le sais parce que, tu vois, malgré tes pathétiques tentatives de briser notre couple, je n'ai pas une seule seconde cessé de penser à elle. Et pourquoi ? Parce que le simple fait de penser à elle me donnait envie d'y croire. Mais regarde-toi, tu es pathétique… Si tu as cru une seule seconde que tes plans complètement barges fonctionneraient, tu t'es foutue le doigt dans l'oeil. Et maintenant je vais te le répéter une dernière fois; si tu t'approches de moi ou de ma femme, ne serait-ce qu'une seule fois encore, je peux te promettre que tu auras mes avocats sur le dos. C'est clair ?"

Elle ne répondit pas, une fois encore. Mais elle me fixait, ses yeux prêts à rejeter toutes les larmes qu'ils contenaient. Emily prit ma main et me tira dans la direction extérieure et je mis un moment avant de comprendre qu'elle avait envie de s'en aller. Lorsque je me retournai, Sophia intervint enfin :

"Tu vas le regretter, Campbell. Toi et ta putain, vous allez le regretter."

Je fis volte-face du plus rapidement que je le pus et la pris fermement par le col de son gilet. Je la secouai une fois violemment en la soulevant légèrement et voulus la plaquer contre un mur, mais Emily me retint en tirant mon coude. Je retirai mes mains de son vêtements et fis un pas en arrière en crispant ma mâchoire.

"À ta place, je ferais très attention à ne plus répéter ce genre de conneries. Parce que si mes avocats ne se chargent pas de toi, je veillerai personnellement à le faire. Compris ?"

Elle me lança un regard qui m'aurait fait froid dans le dos, mais ma colère était telle qu'à ce moment présent, ça ne faisait rien du tout. Elle baissa ensuite les yeux et hocha la tête en levant un sourcil et je me retirai en empoignant la main d'Emily pour sortir d'ici au plus vite.

La tournure qu'avait pris cette soirée était un scénario que je n'avais pas envisagé…


A/N: commentaires ? :D