Il y a une chose que j'aimerais mettre au clair et que j'ai oublié de préciser avant : je ne suivrai pas particulièrement le canon. Cette histoire commence entre le moment où Inui et Kaidoh décide de jouer en double et celui où Tezuka part en Allemagne; seulement, la temporalité exacte dans l'animé reste plutôt floue (enfin, selon moi), et, donc, je ne saurai dire quel laps de temps cela peut couvrir. Il se pourrait donc que cette histoire prenne peu à peu ses distances par rapport au canon, jusqu'à créer un nouvel univers.

Cependant, cette fic débute bel et bien dans le canon, et il se pourrait que je fasse référence à certains évènements (je ne m'y suis pas encore décidé), surtout si je vois que l'histoire s'étend sur un long laps de temps. Aussi, il y a peut-être possibilité de spoilers dans le futur.

Sinon, j'aimerais ajouter que ce projet m'inspire beaucoup et que j'espère vraiment le mener à terme. Je compte d'ailleurs m'y consacrer le plus possible, hormis peut-être pour quelques OS par-ci par-là.

Enfin, je vous laisse en vous prévenant que ce chapitre est du POV de Kaidoh, mais que ça couvre les évènements du dernier chapitre. Je soupçonne aussi de l'avoir fait OoC, mais je ne peux que m'en excuser.

Bonne lecture~!


S'il y avait bien une chose que Kaidoh Kaoru n'avait jamais essayée, c'était d'aspirer à comprendre son environnement. Même s'il en avait eu les moyens, il ne l'aurait pas tenté : la simple idée de s'y essayer réussissait en général à l'énerver.

Par conséquent, il ne comprenait que peu de choses. Il n'arrivait pas à saisir la plupart des personnes qui l'entouraient par exemple. Leur raison d'agir, leur motivation, pour lui tout était obscur. Son côté naïf lui dictait de les croire; son côté renfrogné lui recommandait de ne pas leur faire confiance. Il se positionnait donc toujours entre les deux, ce qui lui permettait à peine de communiquer, encore moins de se lier avec les gens. Son tempérament colérique n'aidait en rien sa cause.

Il y avait une personne en particulier qu'il n'avait jamais comprise et qu'il n'essaierait surtout jamais de comprendre : Inui. Sa manie de tout calculer lui était aussi étrangère que s'il venait d'une autre planète. Toutefois, il devait admettre que, malgré tout, il s'entendait bien avec lui. La raison lui était totalement inconnue, mais il ne s'en inquiétait pas : il laissait les choses se faire.

Dans les faits, il était heureux de pouvoir se considérer l'ami d'au moins une personne. Son senpai l'acceptait tel qu'il était et de cela, il lui était reconnaissant. Son excentricité, ses jus et ses probabilités n'étaient pas des raisons suffisantes pour le détester ou le tenir à l'écart. Au demeurant, tout cela faisait partie de celui qu'il était et Kaidoh ne lui aurait jamais demandé de changer, tout comme son partenaire de jeu n'avait jamais exigé qu'il arrête de siffler ou de répondre brusquement.

Quand ils étaient ensemble, le serpent était calme. Sa présence l'apaisait, même si ses expériences le rendaient parfois un peu nerveux. Le fait qu'il ne le comprenne pas ne l'empêchait pas d'apprécier sa compagnie, bien que les poules auraient des dents avant qu'il ne soit en mesure de l'exprimer à haute voix.

Le joueur de tennis ne cherchait pas non plus à saisir pourquoi lui plutôt qu'un autre. Il n'essayait même pas de déterminer ses sentiments exacts, parce qu'il savait très bien qu'il ne les comprenait pas. Ce qu'il savait sans l'ombre d'un doute, c'était qu'il voulait bien passer du temps avec lui, même si cela signifiait devoir supporter ses déductions douteuses ou ses expériences tout aussi peu attirantes.

Il savait le sentiment réciproque, ce qui expliquait le temps qu'ils passaient ensemble depuis un moment. Il avait aussi constaté que son senpai l'observait de plus en plus, bien qu'il ne soit pas en mesure d'en déterminer la cause. Était-il un sujet si intéressant qu'il méritait autant de coups d'œil? Était-ce nécessaire à l'élaboration de ses menus d'entrainement? Mais dans ce cas, pourquoi ne se concentrer que sur lui et pas les autres membres de l'équipe?

Kaidoh ne se considérait pas comme un bon analyste – après tout, il n'arrivait jamais à comprendre ou alors complètement de travers –, mais il se savait bon observateur – peut-être justement pour pallier son manque de compréhension. Il se rendait donc facilement compte qu'Inui n'observait que lui en cachette, et que souvent il détournait son attention d'une autre personne pour la concentrer sur lui uniquement. D'ailleurs, à chacun de ces moments, il se sentait affreusement vulnérable, comme si son partenaire de jeu cherchait à l'analyser jusqu'au plus profond de son âme.

Il aurait pu passer outre s'il n'avait pas réalisé que son senpai ne voulait pas qu'il se rende compte qu'il le regardait. C'était évident dans sa façon de le regarder en coin justement. Pourquoi tenait-il tant à ce qu'il ne s'en rende pas compte? Avait-il honte? Pour quelle raison?

Il avait bien une hypothèse, mais, considérant sa tendance à mal comprendre tout ce qui l'entourait, il n'osait pas y réfléchir et tentait plutôt d'ignorer le drôle de sentiment qui l'accaparait. Il n'essaya pas non plus de se comprendre – il avait abandonné l'idée à ses cinq ans, quand il s'était fâché contre un camarade alors qu'intérieurement il voulait faire la paix.

Il restait stagnant, observait sans déduire, ce qui, il en était bien conscient, était tout aussi inutile que d'inspirer plusieurs fois sans expirer au préalable. Mais qu'y pouvait-il? La vie était trop complexe pour que quiconque soit en mesure de la comprendre : pour Kaidoh, c'était un fait tout aussi véridique que l'assertion que la Terre était ronde (encore que le deuxième cas fût plus difficile à prouver concrètement, à ses yeux du moins). Il ne se cassait donc plus la tête sur des sujets aussi complexes et tentait de vivre sa vie avec un confort minimal.

Cependant, il sentait bien qu'il devenait de plus en plus avide. Lui qui se contentait de bien peu auparavant avait besoin de beaucoup plus maintenant. Les contacts humains de l'équipe de tennis lui semblaient vitaux, et même la présence de Momoshiro, quoiqu'on ne peut plus énervante, était une variable qu'il ne voulait pas voir changer (même s'il n'était pas près de l'avouer). Cela dit, ce dont il ne saurait véritablement plus se passer, c'était de ces petits moments avec son senpai.

Dans quelques moments de lucidité, il se disait qu'il était surement amoureux. C'était les rares fois où il tentait de cerner ses sentiments, et, toujours, la même conclusion s'imposait. Par contre, ces moments étaient fort rares et toujours suivis d'une période de déni virulente. Kaidoh n'était pas homosexuel et encore moins amoureux de son seul ami : c'était insensé, inconcevable.

Pourtant, s'il avait passé moins de temps à observer son senpai et plus à s'observer lui-même, il n'aurait peut-être pas su nier cette déduction. Il aurait alors réalisé que la meilleure preuve de son affection était encore qu'il passait son temps à observer Inui, qui lui-même passait son temps à l'observer. Il aurait donc déduit que ses sentiments étaient probablement réciproques et cela lui aurait peut-être permis de franchir le pas.

Malheureusement, il était très loin de faire ces déductions. Il voguait plutôt comme un poisson dans l'eau, suivant le courant sans pour autant imaginer l'océan dans lequel il allait se jeter. Cette façon de faire lui avait toujours réussi jusqu'à présent, même s'il devait admettre que le résultat n'était pas le plus probant. Cela dit, il ne connaissait pas d'autre façon de vivre et ne voulait pas en chercher non plus.

Ce matin-là, alors qu'il arrivait à l'entrainement, il remarqua que l'objet de la plupart de ses réflexions était déjà présent, comme à l'accoutumée. Kaidoh savait bien qu'il avait déjà couru le matin même, mais il s'échauffait malgré tout avec sérieux, peut-être pour inciter ses coéquipiers à faire de même. Le serpent avait lui aussi couru, et s'échauffa tout pareil. Il aurait bien voulu demander à son senpai de faire équipe avec lui, mais celui-ci venait de finir quand il arriva sur le terrain. Il effectua donc ses exercices avec Echizen, qui était arrivé en même temps que lui.

Il sentait encore régulièrement des yeux qui l'observait. Il ne savait pas pourquoi, mais il ressentait le besoin d'agir comme s'il ne se rendait compte de rien : peut-être parce qu'il voyait les efforts du plus vieux pour se cacher et qu'il ne voulait pas déjouer ses plans. Peut-être aussi parce qu'il était simplement embarrassé. Puisqu'il ne se demandait pas, il n'avait pas de réponse à cette question, et tout était bien ainsi.

Kaidoh continua donc d'ignorer du mieux qu'il le pouvait les regards qui lui brulaient le dos. Il vola quelques coups d'œil à son senpai, quand il sentit que celui-ci ne l'observait pas, et pour la première fois, il se demanda à quoi son visage ressemblait sans ses lunettes. C'était une question anodine, sans importance, mais elle le taraudait pour une raison qu'il ne s'expliquait pas. Il aurait voulu lui demander la couleur de ses yeux (ses verres de lunettes étaient trop épais pour bien les distinguer, même si l'on devinait facilement qu'ils étaient assez foncés), mais il savait bien que jamais il n'oserait poser une telle question.

Leur entrainement matinal terminé, il rejoignit sa salle de classe et pour le restant de la journée, il tenta de se concentrer sur les cours. Toutefois, il se surprit à plusieurs reprises à imaginer les yeux d'Inui. La couleur la plus probable était sans doute celle de la plupart des Japonais, à savoir brun foncé. Il se plut quand même à imaginer toutes sortes de teintes, allant du noisette au gris en passant par le vert et le bleu foncé. Aucune des solutions ne semblait tout à fait aller et Kaidoh réalisa qu'il ne serait pas satisfait tant qu'il ne les aurait pas vus en vrai.

S'il n'était pas du genre à demander facilement, il était encore moins capable d'élaborer un plan pour le forcer. La seule solution restait donc de lui poser la question, mais c'était embarrassant, d'autant plus qu'ils n'étaient encore qu'amis (ils ne seraient jamais plus cela dit, il se sentait l'obligation de le préciser). Quel genre d'ami vous demandait d'enlever vos lunettes? À moins que ce ne soit normal et que Kaidoh soit lui-même étrange d'en faire tout un plat?

Il serait plus judicieux de demander conseil, mais à qui? La seule personne qu'il se sentait le courage de consulter était justement celle concernée; il n'y avait donc pas de solution miracle. Soit il le lui demandait, soit il ne le verrait probablement jamais. Il pouvait attendre une opportunité, mais il était peu probable qu'elle se montre.

Lorsque la cloche annonçant la fin des cours sonna, Kaidoh avait décidé de lui poser la question le soir même, quand ils rentreraient de leur entrainement. Fort de cette décision, il se dirigea jusqu'à l'entrainement.

Après quelques étirements, il entama un match contre Echizen. Il jouait au meilleur de ses capacités, mais le première année était supérieur à lui – encore une chose qu'il n'avouerait jamais, pas même en lui-même. Ils en étaient à quatre parties contre deux – Echizen menait évidemment – quand Kaidoh remarqua qu'Inui se dirigeait vers eux. Bien décidé à ne pas se montrer faible devant le senpai qu'il respectait, il redoubla d'effort et se concentra sur le match. Il réussit à monter son score jusqu'à 5 parties, mais le plus jeune le battit quand même avec 7 matchs.

Dépité, il se retourna vers son senpai pour voir jusqu'à quel point il était déçu. Il fut surpris de ne pas le voir là où il l'avait laissé, mais n'en fit pas grand cas, jugeant qu'il avait d'autres occupations en tête. C'est au moment où il allait se changer qu'il remarqua enfin que quelque chose clochait. Inui ne l'attendait ni à l'intérieur ni à l'extérieur de la cabine, contrairement à ses habitudes. Inquiet, le serpent ouvrit le casier de son coéquipier, qui s'avéra être vide.

Deux possibilités : soit il l'attendait simplement à l'entrée (ce qui était inhabituel mais pas totalement impossible), soit il était parti sans lui (il ne l'avait jamais fait encore depuis qu'ils s'entrainaient ensemble, pas sans prévenir dans tous les cas). Préférant songer à la première possibilité, il se changea promptement et se dirigea vers l'entrée.

Contre toutes attentes, il n'y trouva personne. Une douleur vive envahit sa cage thoracique, mais il tenta de ne pas y porter attention. Quelque chose lui était sans aucun doute arrivé, mais probablement rien de très grave non plus – il essayait du moins de s'en convaincre. Il songea un instant à l'appeler ou à au moins lui envoyer un SMS, mais il changea d'idée. Si Inui avait voulu le contacter, il l'aurait déjà fait.

Il repartit chez lui le cœur lourd, et, pour la première fois depuis longtemps, son entrainement pour la soirée lui parut affreusement long.