Petite précision : on reprend avec Inui, et c'est le lendemain du dernier chapitre.

Oh et d'ailleurs, pendant que j'y suis : j'ai en ce moment 11 chapitres d'écrits et ce n'est pas prêt d'atteindre une quelconque conclusion. Si tout se passe bien... je suppose que j'aurai au moins dans la trentaine de chapitres, peut-être plus. C'est difficile à estimer, puisque j'écris en théorie deux fois plus de chapitres que si je restais d'un POV neutre. Attendez-vous toutefois à une longue histoire, de celles qui peuvent parfois devenir frustrantes (je m'en excuse à l'avance).

Cette fois je vous laisse lire! Bonnes prises de tête~!


Quand Inui se réveilla, il fut surpris de constater qu'il était en meilleure forme que la veille. Tout en mettant ses lunettes, sans lesquelles il ne voyait pas grand-chose, il se fit la réflexion que la nuit portait réellement conseil – ou du moins l'aidait-elle à retrouver ses esprits.

Comme tous les matins, il ouvrit son cahier de notes, celui qu'il trainait toujours avec lui. Il en avait des dizaines, dans ses bibliothèques, mais il n'en trimbalait toujours qu'un seul. Son cahier principal lui servait à la fois d'aide-mémoire et de cahier de notes : il se gardait des pages vers la fin pour les brouillons de ce qu'il observait dans le jour, et n'y mettait de l'ordre que le soir venu.

En le feuilletant, il réalisa qu'il ne restait que bien peu de pages blanches, sans compter que les pages d'aide-mémoire étaient rectifiées plusieurs fois – ses coéquipiers avaient le don de s'améliorer trop vite. Il devrait bientôt s'en créer un nouveau. Il fouilla pour trouver son agenda scolaire et nota qu'il devait aller s'en acheter durant la fin de semaine, car il n'en avait plus.

Il feuilleta son agenda et nota tout le retard qu'il avait accumulé en ne travaillant pas la veille. Il avait un devoir à faire, heureusement dû pour le lendemain seulement. Il était dommage qu'il ait raté une journée d'exercice physique, mais puisque c'était la première fois, il jugea que ça ne porterait pas trop à conséquences. Il avait aussi écrit en gros caractère qu'il devait revoir le régime d'entrainement d'Oishi et d'Eiji, qui décidément n'était plus adéquat, de même que le sien propre. Et peut-être bien celui de Kaidoh.

La pensée le ramena enfin à la raison de sa crise existentielle de la veille. La nuit lui avait permis de réaliser qu'il se trompait lourdement dans sa méthode d'analyse. Il était parti d'une fausse prémisse selon laquelle l'amour était explicable : mais, comme le talent au tennis, il ne s'expliquait pas. On ne pouvait en trouver la source, il n'était même pas pertinent de la chercher en vain. Il fallait plutôt observer pour déduire la portée du talent, ou, dans ce cas-ci, de l'amour.

Inui décida donc qu'il était amoureux et, plutôt que de se demander pourquoi, il allait observer comment et où cela le mènerait.

Il soupira de soulagement en réalisant que le retard qu'il avait accumulé était minime et qu'il lui suffirait de rester éveillé un peu plus tard ce soir pour le rattraper. Il se décida enfin à se lever et s'habilla rapidement en survêtements. Après un déjeuner consommé seul – il était trop tôt pour que sa famille soit levée –, il sortit pour aller courir ses deux kilomètres matinaux. À la suite de sa course, il revint chercher son sac chez lui et se dirigea rapidement jusqu'à son collège, en avance comme à l'accoutumée.

Inui réalisa rapidement qu'il était le premier arrivé. Seul, il ne pouvait pas commencer les étirements que demandait leur entrainement matinal, alors il décida de courir un peu autour des terrains, dans l'attente que quelqu'un d'autre arrive. Son cœur manqua un battement quand il entrevit l'objet de son affection qui arrivait sur le terrain. Ils n'étaient encore que tous les deux.

Le plus grand ralentit sa course et se dirigea vers son amour secret, qui le repéra au même moment. Ils se saluèrent et Inui osa lui demander s'il voulait s'échauffer avec lui. Le collégien au bandana accepta à l'aide de son sifflement caractéristique et ils entreprirent les exercices.

Après quelque temps, d'autres élèves firent leur apparition : d'abord Fuji, suivi de peu par Oishi et Eiji, qui arrivaient presque toujours ensemble, puis Tezuka. Ensuite, les autres joueurs arrivèrent plus ou moins en même temps, sauf Echizen et Momoshiro qui arrivèrent tous les deux à l'heure juste, déjà essoufflés d'avoir couru pour ne pas arriver en retard. Tezuka les fusilla du regard – c'est-à-dire, à bien y penser, avec son regard habituel – et enfin ils purent pratiquer plus sérieusement.

À ce moment, Inui et Kaidoh étaient réchauffés depuis longtemps, et ils avaient commencé à parler de l'entrainement de Kaidoh (sujet qu'ils finissaient toujours par aborder). Ce dernier, au meilleur de sa forme verbale, essayait de convaincre son senpai d'augmenter encore une fois ses exercices, décision qu'Inui tenta de contester en argüant qu'il était en pleine croissance et qu'il ne devait donc pas briser son corps de quelque façon. C'était au demeurant une conversation qu'ils avaient pratiquement chaque jour.

Étrangement, malgré sa récente réalisation, ses rapports avec le serpent n'avaient pas tellement changé. Plusieurs livres, magazines et autres ressources internet prétendaient que l'amour métamorphosait la vie, la rendait plus belle, plus colorée. Les amoureux étaient censés voir du rose partout, voler sur un nuage de bonheur incommensurable. Pourtant, Inui se sentait pareil comme avant : à la limite, il était peut-être un peu plus tendu, surtout en présence de son serpent favori.

C'était d'ailleurs la première chose qu'il écrivit sur le sujet de l'amour qu'il ressentait : il le rendait légèrement nerveux et l'obligeait à rester dans sa zone de confort. Autrement dit, il répétait les mêmes phrases dont il avait déjà usé, les mêmes actions, comme si le fait d'en changer pourrait déplaire à son collègue.

Il comprenait plutôt bien la logique derrière ce comportement : de la sorte, il s'empêchait de commettre une erreur qui trahirait son amour. Faute de savoir ce qui vendrait la mèche de son affection, il préférait rester aux mêmes bases qu'il connaissait par cœur. De cette façon, il s'assurait que Kaidoh ne devinerait rien.

Cette technique, cependant, pourrait facilement se retourner contre lui : peut-être que sa nervosité, à la longue, serait visible, ou que son manque de naturel paraitrait anormal. Toutefois, s'il était assez habile, ce devrait passer inaperçu. En tout cas, c'était pour l'instant la meilleure technique pour occulter ses sentiments.

La question qu'il devait se poser était de savoir s'il voulait qu'un jour son ami soit au courant de ce qu'il ressentait. À dire vrai, connaissant son caractère propre, il serait normal qu'il tente de le faire sien à tout prix, mais cette éventualité ne lui plaisait pas. Se jouer des gens, il pouvait y arriver, à la condition qu'ultimement cela leur soit bénéfique. Malgré les apparences, il prenait soin de ses coéquipiers et n'aimait pas faire souffrir inutilement les gens qu'il appréciait.

Une relation avec lui n'apporterait à Kaidoh que des ennuis : Inui se considérait comme un bon parti généralement, mais là on parlait d'une relation homosexuelle. Impossible pour eux de s'afficher en public, sans penser à leurs familles et amis, en plus de l'équipe de tennis. Ce serait un bien lourd secret à porter et Inui ne voulait pas infliger ça à son amour, sachant qu'il était déjà si peu à l'aise avec les gens.

D'ailleurs, il ne fallait pas oublier qu'il n'y avait que 13% de chance que son amour soit réciproque. En plus de n'apporter que des problèmes, une approche en vue d'une relation romantique risquerait fort d'aboutir à un échec, et, alors, les conséquences seraient désastreuses : 94% de chances qu'il dégoute Kaidoh et que celui-ci ne veuille plus jamais lui parler et seulement 6% de chance qu'il accepte de rester son ami.

Il n'y avait aucun risque à prendre : pour ne pas le perdre, Inui devait absolument cacher ses sentiments. Même dans l'éventualité où ils étaient réciproques, il ne devait pas lui faire d'avances, sinon ce serait le condamner à souffrir.

Lorsque l'entrainement matinal se termina, ce fut la conclusion à laquelle Inui était arrivé : il ne ferait rien, ne changerait rien. Son amour serait à tout jamais tu au fond de lui, jusqu'au jour où il tomberait pour une autre personne. D'ici là, il devrait se contenter de fantasmer.

Pendant ses cours, il se sentait étrangement calme, peut-être plus qu'il ne l'avait jamais été. 51% de cet état était expliqué par ses récentes réalisations et décisions qui l'avaient soulagé, l'autre 49% s'expliquait par l'absence de son amour, qui le rendait par conséquent moins nerveux.

En même temps que ce calme, il se surprit à être heureux, comme cela ne lui arrivait pas si souvent : sans être extatique, il se sentait bien dans sa peau. Le simple fait d'avoir accepté ses sentiments le rendait tout à coup plus à l'aise avec lui-même. Éviter les problèmes n'était jamais la solution, Inui l'avait toujours su, mais c'était une fois de plus confirmé. C'était tout comme si la veille n'avait jamais eu lieu.

Ce ne fut qu'à la pratique de l'après-midi qu'il réalisa à quel point il avait été naïf : il avait oublié de prendre en compte que Kaidoh lui plaisait principalement quand il jouait au tennis, et de voir son corps bouger le déconcentra à un point qu'il ne pensait pas possible. Lui qui réfléchissait toujours au moins à deux choses en même temps se retrouvait incapable de détacher les yeux de ses mouvements, encore moins de réagir à temps pour aller lui-même chercher sa balle.

Donc, dans leur match de pratique, Inui fit perdre son équipe contre la Golden Pair. Ils avaient en partant peu de chances de gagner; son manque de réaction n'a fait qu'envenimer les choses. Au lieu de finir avec un score décent, leur match se termina à six contre deux – et encore, ces deux parties n'avaient été gagnées que grâce au serpent. Inui se sentit encore plus honteux quand son coéquipier ne daigna même pas le réprimander, alors que s'il avait été Momoshiro, il lui aurait crié dessus.

Non, Kaidoh ne l'avait pas rappelé à l'ordre, mais il y avait eu, dans son regard, une lueur qui pouvait être interprétée de différentes façons : déception, inquiétude, voire dégout? Impossible de trancher avec certitude, d'autant plus qu'elle ne passa que quelques secondes dans son regard qui d'ailleurs se détourna bien rapidement. Sa façon d'agir n'était pas à priori étrange, mais elle semblait un peu hors-norme – en même temps, Inui ne pouvait s'empêcher de penser qu'il devait trop analyser ses actions. Après tout, il n'y avait aucune raison pour qu'il agisse si différemment, non? À moins qu'il ait remarqué qu'il le regardait...

L'inquiétude le prit, mais il décida d'en faire fi et d'agir le plus naturellement possible : paraitre encore plus nerveux était la pire idée qui soit, à ce stade. Il devait agir comme si ce qui venait de se passer était normal, et, avec le temps, Kaidoh n'y songerait plus. Il lui suffisait de ne pas recommencer.

Est-ce qu'on s'habitue à voir la personne qu'on aime au moment où on la trouve le plus désirable? Arriverait-il, avec le temps, à devenir moins sensible à la silhouette de Kaidoh lorsque celui-ci jouait? Il fallait espérer que oui, sans quoi il ne tiendrait pas bien longtemps. Le serpent pouvait sembler naïf au premier coup d'œil, mais Inui le savait plus intelligent qu'il le laissait entrevoir : ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne soupçonne quelque chose, s'il continuait à agir de la sorte.

La fin de l'entrainement n'était pour eux que le début d'une autre pratique. Le chemin qui les mena à la rivière fut étonnamment silencieux : Inui ne savait pas de quoi parler et Kaidoh semblait plongé dans ses réflexions, ce qui était assez rare. Avait-il des soucis? Il songea à lui demander, mais comme il ne voulait pas paraitre différent d'à l'accoutumée, il préféra se taire – tout en s'interrogeant sur la réaction la plus normale.

Il réalisait de plus en plus que son plan initial n'était pas aussi simple qu'il l'avait semblé à priori. Il devait agir comme avant, certes, mais comment agissait-il avant? Il n'arrivait pas à s'en souvenir et, tout d'un coup, tout ce qu'il pourrait faire ou dire lui semblait suspect, et il savait que d'hésiter l'était encore plus. Qui plus est, il était hors de question qu'il se fit à son instinct, car, en plus d'être à l'encontre de sa façon d'être, celui-ci risquait fort de le trahir.

Par exemple, il serait si simple de prendre sa main, qui trainait négligemment à ses côtés, alors qu'il avait plutôt dans l'habitude de la mettre dans sa poche. Ou alors, ce lui serait si facile de passer une main autour de ses épaules, voire de le prendre dans une étreinte. Il pourrait également lui enlever son bandana et passer sa main dans ses cheveux étonnamment longs, puis fermer les yeux et l'embrasser, avant de passer sa langue entre ses lèvres et de...

Inui revint rapidement dans la réalité à la vue de la rivière. Tout en replaçant ses lunettes, il essaya de chasser ces idées parasites et de reporter son attention sur Kaidoh, lequel marchait sans le regarder. Sa main était maintenant dans sa poche et il portait son attention vers la rivière, ses pensées surement déjà à l'entrainement qu'ils s'apprêtaient à commencer.

Le plus vieux se demanda s'il saurait s'entrainer sans trop regarder son coéquipier. La réponse fut évidemment non et quand ils se séparèrent enfin, Inui songea que son stratagème ne marcherait pas. Il lui serait probablement impossible de ne pas se trahir, s'il continuait ainsi.

Il était donc temps de réfléchir à un plan B.