C'est dans ce chapitre probablement que vous allez prendre la pleine mesure de la maladresse de mes personnages. Elle apparaît avant, mais je crois qu'elle se concrétise bien dans ce chapitre. J'en profite, au passage, pour vous dire que la communication est une chose essentielle dans la vie en société, bien que certains semblent l'oublier. Alors, surtout, n'hésitez pas à parler des vraies choses avec vos proches, ça vous évitera bien des problèmes! (il faudrait que je sermonne Inui et Kaidoh surtout, mais bon xD)

Voilà, je vous laisse lire!


Kaidoh se réveilla de mauvaise humeur. Il était rarement de bonne humeur, il est vrai, mais ce matin-là, quand son réveil sonna, la première pensée qu'il eut fut de détruire ledit appareil. Toutefois, l'évocation de son entrainement futur lui redonna un semblant de bonne humeur et il se leva. Après quelques préparatifs, il partit courir son trois kilomètres matinal et revint juste à temps chez lui pour empoigner son sac et se diriger vers le collège.

Il se croyait en retard jusqu'au moment où il réalisa qu'il était le premier arrivé. En entrant dans le terrain vide, il fut pris d'une certaine solitude, voire mélancolie, qui le taraudait depuis la veille : où était allé Inui sans l'en informer? Allait-il bien?

En temps normal, il n'était pas du genre à s'inquiéter, mais la situation était différente. Inui était ponctuel, affairé et responsable : il ne quittait jamais la pratique à l'avance sans une bonne raison et sans informer son ami, et, surtout, il ne manquait jamais leur entrainement à la rivière. Or, la veille, il était parti sans rien lui dire. Il se sentait inquiet et blessé, même s'il n'était pas encore prêt à l'avouer.

C'est avec soulagement qu'il remarqua la présence de son senpai, qui tout compte fait était arrivé avant lui. Après quelques salutations, Inui lui demanda s'il voulait s'échauffer avec lui et il accepta. Cependant, Kaidoh resta avec la désagréable impression qu'il lui cachait quelque chose. Il n'osa pas non plus lui demander ce qui lui était arrivé la veille et le collégien à lunettes ne semblait pas juger utile de l'en informer. Le serpent se demanda pendant quelques secondes s'il s'en souvenait seulement, mais conclut qu'il parlait d'Inui et qu'il ne pouvait donc pas avoir oublié. Par conséquent, il avait fait le choix de ne pas lui dire, mais pour quelle raison?

Kaidoh n'avait jamais compris Inui, mais, si la chose était possible, il le comprenait encore moins. Quand ils eurent fini leurs échauffements, ils débattirent sur son menu d'entrainement, mais la conversation lui parut étrangement froide. L'esprit d'Inui était complètement ailleurs, il le sentait. L'impression lui resta tout le reste de leur pratique, jusqu'à ce qu'ils se séparent pour aller dans leurs cours.

Dans sa salle de classe, Kaidoh, qui était malgré les apparences un élève plutôt studieux, tenta de se concentrer sur les paroles de son professeur, mais n'y parvint qu'avec des résultats mitigés. Ses réflexions vagabondaient de sujet en sujet, s'arrêtant la plupart du temps sur son senpai et les évènements de la veille. Y accordait-il trop d'importance? Jugeait-il encore une fois les faits différemment de ce qu'ils étaient réellement?

Kaidoh conclut qu'il devait se monter la tête et qu'il n'y avait rien de grave. Inui devait probablement penser à l'un des nombreux sujets qui le préoccupaient et n'avait pas jugé bon de l'informer parce qu'il croyait la chose non importante. Il lui suffirait de demander et son senpai, avec son air habituel, lui répondrait tout simplement qu'il avait eu un empêchement quelconque dont il avait oublié de l'informer.

Après tout, il ne lui devait rien. Il n'était même pas certain de pouvoir considérer leur relation comme de l'amitié : ils n'étaient que senpai et kouhai dans un même club, partenaires de jeu, certes, mais pas toujours non plus. Ils n'étaient pas aussi soudés qu'Oishi et Eiji et ne le deviendraient probablement jamais.

Peut-être que ce qui lui était arrivé était personnel et ne concernait que lui. Dans ce cas, Kaidoh ferait mieux de respecter son silence. Toutefois, la curiosité était forte, et il conclut que ça ne lui couterait rien de lui demander : dans le pire des cas, il lui dirait que c'était personnel et il ne poserait plus de questions.

Fort de cette résolution, il put passer le reste de la journée dans une paix somme toute relative. Aussi, quand arriva la pratique de l'après-midi, il essaya en vain de trouver une occasion de lui parler. Après leur échauffement régulier et quelques exercices, il fut décidé qu'ils feraient d'autres matchs de pratique, en double cette fois. Inui et lui se retrouvèrent du même côté du filet, cependant que de l'autre se tenait Oishi et Eiji. Leurs chances de gagner étaient minces, mais Kaidoh partit dans l'idée de gagner, comme il le faisait toujours.

Ça ne lui prit que quelques coups pour réaliser que son senpai n'était pas du tout concentré. Au départ, il se sentit fâché, et le sentiment lui dura pendant plusieurs matchs, dont ils perdirent la moitié au moins. Pourtant, en cours de route, sa rage s'adoucit pour être remplacée par un sentiment tout autre : l'inquiétude. Depuis la veille, le plus vieux agissait tout à fait à l'opposée de ses habitudes, et ce match n'en était qu'une preuve de plus. Un Inui non concentré sur un match ne pouvait pas aller bien.

Si Kaidoh savait une chose à propos de son coéquipier, c'était qu'il donnait une importance capitale au tennis. Même en temps d'hésitation, même quand il ne savait plus où il en était, il se donnait au moins à fond dans son sport; si sa fameuse logique ne fonctionnait plus, il en faisait fi. En aucun cas quoi que ce fut aurait pu le déconcentrer à ce point.

Quand le match se termina six à deux pour la Golden Pair, Kaidoh, conscient d'avoir gagné les deux seules parties de leur équipe, se retourna vers son senpai. Il ne savait pas quoi faire, quoi dire : il savait qu'il aurait dû se fâcher, le réprimander, lui rappeler l'importance du tennis, mais il n'y arrivait pas.

Aussi, il détourna bien vite le regard et s'en alla se changer. Il savait qu'Inui percevrait probablement son geste d'un mauvais œil, mais il ne savait pas quoi faire d'autre. Les gens ne venaient pas avec un manuel d'instructions, encore moins Inui. Qu'aurait-il dû faire? Que pouvait-il faire? Même s'il lui demandait ce qu'il se passait, voudrait-il l'en informer?

Il lui semblait tout à coup que son coéquipier s'éloignait de lui, de plus en plus. Il savait sa paix provisoire et facilement destructible, mais il avait mal tout autant. C'était toujours, partout pareil : il avait été fou de croire qu'il pouvait réellement s'attacher aux gens et vivre avec eux sans les comprendre.

Il ne savait même pas par où commencer. Tout se brisait dans ses mains et, comme toujours, il n'arrivait pas à trouver le moyen de tout réparer.

Inui le tira de ses réflexions en entrant dans le vestiaire peu après lui. Comme il était déjà changé, Kaidoh l'informa qu'il l'attendrait à l'entrée de l'école. Le plus vieux acquiesça sans mot dire et le serpent se dirigea vers l'avant de l'école. Alors qu'il posait le dos contre le mur, à l'extérieur de l'enceinte, il tenta de se calmer. Il devait, encore une fois, tout interpréter de travers.

Kaidoh ne se comprenait pas beaucoup plus que les autres, mais il savait qu'il avait tendance à dramatiser. Au tennis, il n'abandonnait jamais, et sa volonté réussissait en général à l'amener à toujours s'améliorer. Dans le cas des relations humaines, paradoxalement, il abandonnait trop facilement, parfois même sans avoir essayé au préalable. Avec Inui, il n'avait jamais vraiment essayé puisque c'était d'abord l'autre qui était venu vers lui.

Cependant, ce n'était pas une raison pour abandonner maintenant. Il ne le comprendrait jamais totalement, mais il pouvait au moins essayer, et, comme au tennis, il finirait bien par s'améliorer et gagner de temps à autre. Pas la peine de paniquer, il lui suffisait encore de lui demander. Il s'était décidé, et il était temps de mettre son plan à exécution.

L'objet de ses réflexions se présenta et ils entamèrent le chemin jusqu'à la rivière. Tout en marchant, Kaidoh réfléchit à la façon d'aborder le sujet. Devait-il adopter un ton anodin et lui demander tout bonnement ce qu'il avait fait la veille, ou au contraire lui demander le plus sérieusement possible?

Lorsqu'il se décida enfin à demander sérieusement, comme cela lui ressemblait le plus, il réalisa que son coéquipier était encore une fois plongé dans une profonde réflexion. D'ailleurs, depuis leur départ de l'école, il n'avait pas dit un seul mot, ce qui était inhabituel. Cette observation le désarçonna et, tout d'un coup, il fut incapable de lui demander quoi que ce soit.

Il se répéta la question dans sa tête, mais, rien à faire, il n'arrivait pas à ouvrir la bouche pour la poser. Il en était à se traiter intérieurement de tous les noms lorsqu'il remarqua enfin la rivière qui se profilait au loin. Il l'observa tout en se demandant pourquoi il était si peu sociable. Normalement, il ne s'en formalisait pas, car il l'avait accepté depuis longtemps, mais, en ce moment précis, il aurait aimé avoir plus de courage. S'il avait le tiers du courage qu'il démontrait en jouant, il lui aurait demandé dès le départ et sans hésiter. Malheureusement, la vie était mal faite.

Ce soir-là, c'est sans enthousiasme qu'ils s'entrainèrent. Kaidoh remarqua les nombreux coups d'œil que lui lançait son ami, encore plus nombreux qu'avant, mais il ne savait toujours pas comment les interpréter. Il n'était pas si différent, mais tout en lui criait qu'il se passait quelque chose d'important, et Kaidoh ne pouvait s'empêcher de penser que cela le concernait. Après tout, il avait bien remarqué que ce n'était qu'avec lui qu'il était différent; avec les autres membres de l'équipe, il était le même Inui que tout le monde connaissait. Pourquoi lui?

Était-il fatigué de sa présence? Le match qu'il avait joué la veille contre Echizen l'avait-il dégouté complètement? Ou réalisait-il après tout ce temps que le serpent ne ferait que le ralentir et que, seul, il arriverait à beaucoup mieux? Kaidoh avait-il perdu sa confiance en tant que joueur?

Secouant la tête, il décida qu'il réfléchissait trop loin : Inui n'était pas du genre à le mépriser si ouvertement. Il devait s'agir d'autre chose, mais quoi? Peut-être hésitait-il à lui dire qu'il prenait trop de place dans sa vie? Il était vrai qu'ils passaient leurs soirées ensemble, mais le plus vieux en avait été l'instigateur, ce qui ne concordait donc pas. Peut-être n'avait-il pas réalisé plus tôt ce qu'impliquait leur entente? Après tout, il avait bien essayé de se séparer de lui quand il avait réussi à maitriser son fameux Boomerang... cela était-il un signe qu'il n'avait pas su capter?

Kaidoh abandonna ses réflexions : il tournait en rond. Sans lui demander, il n'arriverait à rien, et, manifestement, il n'arrivait pas à demander. Tout ce qui lui restait à faire, c'était d'attendre que quelque chose arrive, que cette chose soit positive ou négative. Réfléchir ne l'empêtrerait que davantage.

Enfin, leur long entrainement se termina et Kaidoh repartit rapidement chez lui. Il ne comprenait pas, mais ce n'était pas si différent : il était habitué à ne pas comprendre. Cependant, il venait de réaliser qu'il avait cru connaitre Inui, et que ce n'était vraiment pas le cas.

Il se sentit encore plus misérable quand, devant l'écran de son téléphone qui resta ouvert sur l'un de ses rares contacts, il ne réussit même pas à taper les mots qui hantaient sa tête depuis la veille.