C'est, je crois bien, la première intervention de Hazue! Pour ceux qui ne s'en souviendraient pas, c'est le petit frère de Kaidoh. Il a onze ans et ressemble à son grand frère comme deux gouttes d'eau (comme leur père d'ailleurs =O), physiquement du moins. Niveau caractère, on n'en sait pas grand-chose, alors j'ai improvisé quelque chose.
Bonne lecture!
Kaidoh passa une fin de semaine passablement atroce.
Déjà, il avait promis à Hazue de l'accompagner pour aller acheter un jeu vidéo et, comme il n'était pas du genre à revenir sur ses promesses, il fut contraint d'aller jusqu'à Akihabara, où se trouvait le fameux jeu. Kaidoh n'avait jamais été très à l'aise avec les foules : il était bien content d'habiter son propre quartier, car, pour Tokyo, il était étonnamment calme et peu peuplé.
Ce n'était pas le cas d'Akihabara, en particulier un samedi après-midi. La foule était si dense que le grand frère dut tenir la main de son cadet pour ne pas le perdre et pour leur frayer un chemin jusqu'à une boutique de plusieurs étages presque aussi bondée.
En plus, Hazue ne semblait pas savoir exactement ce qu'il voulait, parce qu'il parcourait les allées en regardant un à un les jeux. Kaidoh, qui devait le suivre presque pas à pas pour ne pas le perdre, laissa ses pensées vagabonder vers son senpai. Il se demanda comment il allait, s'il était encore malade ou pas. Pendant un instant, il songea à lui écrire, puis se rappela le message très clair que son ainé lui avait envoyé : il ne voulait pas le voir.
Cette pensée acheva de le déprimer. Hazue n'aida en rien sa cause : après avoir regardé en détail chaque allée qui l'intéressait, il jeta son dévolu sur le premier jeu qu'il avait vu, ce qui impliquait qu'il avait regardé tout le reste sans raison valable. S'il ne s'était pas agi de son petit frère, il lui aurait sans aucun doute donné un bon coup de poing, mais il se retint. Jamais, au grand jamais, il ne frapperait sa propre famille, c'était une promesse qu'il s'était faite et qu'il comptait bien tenir.
Toujours est-il qu'ils quittèrent la boutique seulement une heure plus tard et le plus jeune, un sourire comblé sur le visage, regardait son jeu comme s'il s'agissait du Saint-Graal. Kaidoh, qui n'y connaissait rien en la matière (il trouvait la plupart des jeux soit stupides, soit inutilement violents, la plupart du temps les deux à la fois), se contenta de soupirer de soulagement en sachant que son calvaire approchait à sa fin.
De fait, ils atteignirent la gare sans embuches et Kaidoh put enfin retourner chez lui en un seul morceau. Pendant que le plus jeune développait son nouveau jeu et commençait à y jouer, Kaidoh décida d'aller courir pour se calmer un peu. L'exercice lui fit du bien, au départ du moins.
Évidemment, en chemin, il rencontra différents chats, mais aucun ne se laissa approcher. Il y eut même un chien qui, malgré qu'il soit en laisse, réussit à l'éviter à la perfection. Les paroles de la maitresse, qui l'assura qu'il était sociable habituellement, ne le réconfortèrent pas du tout. Il avait beau aimer les animaux, son amour était condamné à sens unique – la plupart du temps, à tout le moins. Et, comme tout le reste, il ne comprenait pas pourquoi.
Sa mélancolie lui revint, mais fut rapidement coupée par un coup de téléphone. Surpris, il sortit l'appareil et, tout en ralentissant, il regarda le numéro : il s'agissait de Kikumaru, et non pas d'Inui. Un peu déçu malgré lui, il répondit tout de même.
En gros, le garçon, qui avait dû être un chat dans une autre vie, lui demanda comment se portait Inui. Pour toute réponse, il lui intima d'appeler le principal intéressé. Eiji lui répondit qu'il n'osait pas, parce qu'Oishi lui avait assuré qu'il allait le déranger (il ne le dérangeait pas, lui?). Kaidoh lui confirma qu'Inui lui avait demandé de ne pas le visiter pour ne pas risquer de le contaminer. Après des jérémiades qui lui semblèrent durer trois heures, son interlocuteur finit par entendre raison et raccrocha, sans bien entendu oublier de le forcer à promettre de l'informer s'il apprenait quoi que ce soit.
Kaidoh se remit à courir et enfin il se posa la question : pourquoi l'appeler lui? Les gens pensaient-ils qu'ils étaient proches au point qu'il soit le premier au courant? Si c'était le cas, ils se trompaient lourdement : apparemment Inui ne voulait plus rien savoir de lui.
La pensée ne le réjouit pas et, quand il arriva chez lui, il était autant de mauvaise humeur que lorsqu'il était parti. Après avoir mangé et avoir pris un bain brulant, il se retrouva dans sa chambre et regarda longuement le plafond. Puis, comme tout adolescent normal, un besoin plutôt primordial le prit et il se demanda un moment ce qui avait bien pu l'exciter dans l'observation du plafond. Finalement, comme le problème était là, il décida de s'en occuper (comme s'il en avait le choix...).
Il commença à se caresser, en habitué, et ses pensées divergèrent un peu de ses pensées normales. Habituellement, il avait tendance à fantasmer sur quelques vidéos pornographiques qu'il avait réussi à regarder en cachette. Cependant, cette fois-ci, puisque son senpai était au centre de toutes ses pensées, il revint au galop. Pourtant, il ne s'imagina rien de bien pervers : il vit simplement sa silhouette, son visage, et se surprit à l'imaginer sans ses lunettes, ce qui l'excita encore plus. Comme si ce n'était pas suffisant, en jouissant, il prononça le nom de son ainé.
Honteux et surtout éberlué, il resta un instant immobile, se demandant ce qui venait de se passer. Il avait beau se préoccuper beaucoup de lui, ce n'était pas une raison pour se masturber en pensant à lui! Que lui arrivait-il?
Finalement, après s'être nettoyé, il se coucha et s'endormit beaucoup plus tard, songeant encore à son senpai et à ses récentes actions.
~xxx~
Quand il se réveilla le dimanche matin, Kaidoh réalisa deux choses : il avait fait un rêve érotique, ce qui n'était pas si anormal, mais le principal sujet en avait été Inui. Et, contrairement à la veille, son rêve avait été très pervers. Le simple rappel des actions qu'il avait imaginé suffit à le faire rougir et se cacher sous les couvertures, comme si ces dernières pouvaient le protéger de ce qu'il avait imaginé.
Il ne se serait jamais levé ce matin-là s'il n'avait pas eu un problème de sous-vêtements souillés. Il tenta de rester subtil à ce propos, mais Hazue le surprit en train de se rendre jusqu'aux toilettes. Puisqu'il était apparemment encore trop jeune pour comprendre ce qui se passait, Kaidoh put régler son problème sans qu'il interfère, mais il songea avec une petite gêne que bientôt il saurait, et qu'alors il serait en mesure de comprendre ce qui lui était arrivé.
Pour l'instant, il l'avait échappé belle, c'est tout ce qu'il retint. Il songea à se recoucher, mais l'envie n'y était plus, et il s'habilla plutôt pour aller courir. Comme il n'avait rien de prévu cette journée-là, aussi bien en profiter.
D'ailleurs, rien de catastrophique ne se passa : mis à part les animaux qui continuaient à le snober, la journée fut banale. Inui ne le contacta toujours pas, et personne ne prit la peine de l'appeler non plus, ce qu'il considéra comme une bénédiction. Lui-même n'osa pas envoyer un SMS à Inui, qu'il tentait d'ailleurs au possible d'oublier.
Cependant, si en théorie rien ne se passa, en pratique son esprit s'envolait dans un capharnaüm de réflexions tout aussi désagréables les unes que les autres, concernant toutes un certain senpai. Plus il essayait de ne pas penser à lui et plus il y pensait.
Aussi, lorsque lundi matin se présenta, après avoir réglé le même genre de problème que la veille, Kaidoh était aussi fatigué que s'il n'avait pas dormi. Pourtant, rien ne transparaissait dans son apparence.
Après sa course matinale, il se rendit jusqu'au collège et arriva une fois de plus premier. Cette fois, ce fut Tezuka qui arriva après lui. On n'aurait pu imaginer situation plus embarrassante. Il insista pour qu'ils s'étirent ensemble et Kaidoh ne se vit pas bien lui refuser, alors il accepta. Le capitaine ne fit aucun effort particulier pour engager la conversation, et le serpent de son côté garda un silence qu'il espéra pas trop renfrogné.
Heureusement, pas longtemps après, les autres membres de l'équipe arrivèrent et Tezuka reprit son rôle de capitaine. Kaidoh de son côté resta dans son coin, à examiner sa raquette comme s'il pensait y trouver la réponse universelle.
Il fut en vérité le premier à remarquer l'arrivée d'Inui, mais il ne réagit pas. Il laissa aux soins de Tezuka d'aller le voir. Le reste de l'équipe suivit et il se demanda s'il ne ferait pas mieux d'y aller aussi, mais comme il ne savait pas ce qu'il y ferait, il s'en garda bien. Il ne manqua pas les coups d'œil de son senpai, mais il décida d'en faire fi. Il lui demanderait plus tard, seul à seul, s'il allait bien et, par la même occasion, ce qui lui était arrivé mercredi dernier.
Cependant, le destin joua contre Kaidoh : durant toute la matinée, il lui fut impossible d'approcher naturellement son senpai. Il se retrouva en classe sans avoir pu l'aborder. Il réalisa que plus le temps passait et plus il lui serait difficile de lui parler. Lui demander s'il allait bien n'était pourtant pas si compliqué!
À la pause du midi, il décida de prendre le taureau par les cornes. Il n'avait pas à se sentir intimidé ni embarrassé par quoi que ce soit. Il marcha en direction de la classe de son senpai avec hésitation et, lorsqu'il s'en trouva sur le pas, y jeta un rapide coup d'œil : Inui mangeait tranquillement en lisant ses notes, les rectifiant de temps à autre à l'aide d'un crayon. Il eut soudain un rappel d'un de ses rêves, qui heureusement partit rapidement – pas assez pour l'empêcher de rougir un peu, tout de même.
Après ce petit écart, il resta un moment à l'observer, essayant en vain de rassembler le courage de lui parler. Plus les secondes passaient et moins il n'arrivait à mettre un pied devant l'autre. C'était pourtant si simple! Il était à deux pas, il n'avait qu'à marcher et ils pourraient parler sans que rien ne les en empêche.
C'est le cœur lourd et en se traitant intérieurement d'imbécile que Kaidoh regagna sa classe. Il y aurait d'autres occasions de demander, mais il savait qu'il était trop tard. Il se connaissait suffisamment pour comprendre qu'il n'aurait plus le courage de lui demander.
L'après-midi confirma ses soupçons. Le plus étrange fut qu'il soit capable de lui parler (lui siffler serait peut-être plus juste), voire même de le regarder (bien que parfois il ait des flashs inopportuns). Kaidoh ne s'était jamais compris et il était mal parti pour y arriver ce jour-là : il agit tout à fait normalement avec Inui, de sorte qu'il ne dût se douter de rien, mais en son for intérieur, il n'arrêtait pas de se pousser à demander. Une seule, simple petite question, et il arrêterait de s'en faire. Une question et tout serait réglé.
D'ailleurs, Inui ne sembla pas se formaliser du fait qu'il ne lui demande rien. Au contraire, pour la première fois depuis le dernier mercredi, il était normal. Le chemin jusqu'à la rivière fut comme n'importe quel autre et Kaidoh s'en trouva d'autant plus troublé : s'était-il inquiété pour rien? Ou Inui jouait-il encore une quelconque comédie? Ou Kaidoh n'avait rien compris?
Quand il le laissa avec un nouvel exercice à faire, le serpent décida de rester encore un moment à la rivière. Pratiquer cet exercice lui empêchait de songer à d'autres choses moins faciles à comprendre, comme Inui, ou la façon d'agir d'Inui, ou l'Inui auquel il rêvait la nuit, ou encore le visage d'Inui sans ses lunettes...
Il faisait déjà nuit noire quand Kaidoh décida d'arrêter ses exercices. Un bref coup d'œil sur son téléphone l'informa qu'il était passé vingt heures et qu'il n'avait aucun nouveau message.
Il décida de marcher encore un peu, puisque la nuit était belle et calme. Affamé, il ne rentra chez lui que passé vingt-et-une heures. Sa mère lui demanda où il était allé : il baragouina une excuse à propos de devoirs à faire avec un camarade. Après avoir englouti son repas, il monta à l'étage et s'enfouit sous ses couvertures.
Un bref coup à la porte l'obligea à en sortir et il demanda qui daignait le déranger. La petite voix de Hazue lui rétorqua qu'il voulait de l'aide avec un devoir. Soupirant, il se leva et laissa entrer son petit frère, qui lui ressemblait au même âge. Ils s'installèrent à son bureau et Kaidoh prit la peine de tout expliquer à son cadet, pour que celui-ci comprenne bien la matière. Son frère lui sourit et il se sentit un peu mieux.
Hazue dut sentir qu'il y avait quelque chose d'étrange – il sentait toujours tout, lui –, parce qu'il lui demanda s'il allait bien. Le plus vieux sourit et lui assura que tout était correct. Il n'avait pas à l'informer de ses problèmes; de toute façon, c'était à lui de les régler.
Quand enfin il le laissa, Kaidoh partit rejoindre son lit et songea une fois de plus à son senpai. Comme il n'arrivait à aucune conclusion, il fit la seule chose qu'il savait faire : il se masturba en pensant à lui, et eut des rêves encore plus pervers.
