Nous revoilà avec mon cher Inui (rétrogradé au rang de Demi-Dieu grâce à cette fic, parait-il; désolé mon vieux, tu n'es plus Dieu), qui est toujours aussi... aussi lui-même quoi.

Bonne lecture!


Dans l'ensemble, la semaine se passa plutôt bien. Tout était revenu à la normale avec Kaidoh et Inui s'en sentait plus que soulagé. Tout était également normal avec l'équipe de tennis, l'école et la famille – qui brillait par son absence. Vraiment, la vie était normale.

Malgré tout, il lui restait une drôle de sensation qu'il n'arrivait pas à bien définir. Il lui semblait que Kaidoh n'était pas exactement pareil qu'avant. Pourtant, quand il observait ses faits et gestes, il semblait le même serpent. Rien de remarquable ne s'était produit, rien n'était arrivé. Ils se parlaient autant, personne dans l'équipe n'avait remarqué une quelconque différence.

Il devait se monter la tête pour rien. Et pourtant, même s'il n'était pas du genre à se fier à son instinct, celui-ci ne le quittait pas d'une semelle. Quelque chose clochait.

Il y avait eu, le lundi, le fait que Kaidoh ne lui avait demandé aucune nouvelle, mais c'était bien peu en réalité : probablement qu'il n'en avait pas senti le besoin (99,99%). Il avait déjà réfléchi à tout cela de toute façon, et, toujours, les mêmes conclusions ressortaient.

Non, vraiment, il n'y avait surement rien, et pourtant...

Quand la fin de semaine arriva, il voulait voir Kaidoh pour parler encore une fois de son entrainement et pour analyser plus en détail ses avancements (car il avait remarqué qu'il s'était amélioré cette semaine). Pour l'inviter, il songea à l'appeler, puis pencha plutôt pour le SMS.

Dans le confort de sa chambre, le samedi presque midi, il pianota sur son clavier un message qu'il voulut à la fois concis et suffisamment informatif :

Salut Kaidoh. Est-ce que tu comptais aller à la rivière cet après-midi comme d'habitude? Que dirais-tu de t'y entrainer avec moi? Je dois réviser mes données te concernant.

Tout en attendant la réponse, il calcula machinalement les probabilités : 0,05% qu'il ne réponde pas, 75,45% qu'il réponde oui et 24,50% qu'il réponde non à cause d'un empêchement. À peine eut-il fini ces calculs que son téléphone vibra, annonçant qu'il avait un nouveau message.

Désolé, Senpai, je dois m'occuper de Hazue aujourd'hui.

Décidément, Inui et Kaidoh avaient des définitions différentes de la concision. Attendri par le comportement asocial de son kouhai, qu'il avait toujours trouvé mignon, il décida de lui répondre sur le même ton, un sourire aux lèvres :

Et demain, es-tu libre?

Cette fois, le message tarda un peu plus. Inui eut peur qu'il ne réponde pas, mais puisque les chances n'avaient pas bougé du 0,05% précédant, il se raisonna. De fait, la réponse arriva enfin, un bon cinq minutes plus tard :

J'ai quelque chose à faire.

Ça ne ressemblait pas à Kaidoh, de répondre de cette façon. Il n'était pas du genre à étendre sa vie privée aux gens, certes, mais avec Inui il essayait toujours un minimum de parler de ce qu'il faisait. En plus, il était rare qu'il soit occupé toute la fin de semaine, puisque sa vie sociale était bien limitée.

L'adolescent sortit son cahier de notes, qui n'était pas très loin, et commença à y gribouiller des chiffres pour comprendre la raison pour laquelle il avait obtenu cette réponse. Il y avait à son sens trois possibilités : qu'il ait vraiment quelque chose à faire, mais qu'il ne juge pas utile de l'en informer (54%), qu'il ait encore une fois un empêchement, mais qu'il ne veuille pas le lui dire pour une raison ou une autre (37%) ou, ce qu'il aimait moins envisager, qu'il n'avait rien de prévu, mais qu'il ne voulait pas le voir (9%).

Le cas le plus probable était celui qui ressemblait le plus à Kaidoh : il ne s'embarrassait pas des détails. Le dernier cas de figure était de loin le plus inquiétant : cela voudrait dire que Kaidoh lui avait menti. C'était inconcevable qu'il mente, surtout à lui, son senpai. Même la deuxième hypothèse lui semblait tirée par les cheveux. Il le connaissait assez pour le savoir honnête et n'aimait pas douter de ses intentions. D'autant plus qu'il n'y avait aucune raison pour que son kouhai ne l'évite... n'est-ce pas?

Le crayon à sa bouche, Inui tenta de se remémorer la semaine, puis celle d'avant, pour voir s'il n'avait pas engendré la colère du plus jeune. Bien sûr, il avait agi étrangement la semaine dernière, mais, durant la suivante, il avait été parfaitement normal, de même que Kaidoh. Il n'y avait pas de raisons pour qu'il lui en veuille maintenant, alors qu'il n'en avait fait aucun cas plus tôt.

C'est sur cette conclusion qu'il décida de ne pas s'en soucier. Il répondit donc, quinze minutes après le dernier message :

D'accord, on se voit lundi alors. Bonne fin de semaine!

Il hésita à mettre un émoticon et se retint : ce n'était pas exactement son style en général, encore moins celui de Kaidoh.

Couché sur son lit, il regarda le plafond en gardant son téléphone sur son ventre, divagant sur diverses préoccupations. Ce n'est que quinze minutes plus tard qu'il réalisa qu'il n'avait pas eu de réponses, et qu'il n'en aurait probablement pas. Il se releva, plaça l'appareil sur son bureau et décida d'aller s'entrainer quand même. Lui aussi avait besoin de ses exercices, et il devrait d'ailleurs penser à vérifier s'il ne devait pas les augmenter encore.

Après s'être habillé, il sortit de la maison et courut comme il en avait l'habitude. Ses pas le menèrent tout naturellement vers la rivière, bien qu'il n'ait pas prévu de s'y rendre, et, de loin, il put y surprendre une silhouette qu'il crut reconnaitre. C'est pourquoi il s'approcha rapidement, mais sans faire trop de bruits. Il calcula en quelques secondes l'angle mort de la personne et s'y installa, ensuite de quoi il prit bien la peine de la détailler : il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait de Kaidoh.

9%. Ce n'était que 9% et pourtant, voilà qu'on le lui jetait en pleine figure. Il y avait toujours la chance que finalement Hazue se soit trouvé autre chose à faire (55%), mais, dans ce cas, Kaidoh aurait dû le contacter (95%)...

Il voulut vérifier sur son téléphone, mais il eut beau fouiller dans ses poches, il ne s'y trouvait pas. Il se souvint enfin qu'il avait dû l'oublier sur son bureau, quand il l'y avait déposé. Il avait deux possibilités devant lui : soit il retournait chez lui pour vérifier, soit il confrontait son kouhai pour apprendre la vérité. Le premier choix semblait plus risqué : si jamais il ne l'avait pas contacté, il y avait 34% de chances qu'il revienne et qu'il ne soit plus là, et alors, il n'aimerait pas avoir à le confronter par téléphone.

Il décida donc de s'avancer et d'aller lui parler directement : de toute façon, c'était plus son genre d'agir ainsi. Il descendit donc la petite pente et se retrouva sur la rive, juste devant l'endroit où son kouhai s'entrainait, les deux pieds dans l'eau. Celui-ci était tellement concentré sur son exercice qu'il ne remarqua pas sa présence avant qu'il ne dise son nom à haute voix, d'un ton plutôt calme.

Inui avait cru qu'il sursauterait, peut-être au point de tomber, mais non; il releva simplement la tête et le regarda avec incertitude, ce qui acheva d'inquiéter Inui. S'imaginant quelques scénarios catastrophes, il en oublia totalement de calculer les probabilités qu'il ait menti ou pas. Enfin, son kouhai siffla et ajouta :

- Senpai...

Le silence s'installa de nouveau et Inui, incapable de le tolérer, demanda d'un ton qu'il voulut banal :

- Kaidoh, tu ne devais pas t'occuper de ton frère?

S'il hésita, ce ne fut que quelques secondes, parce qu'il répondit rapidement :

- Il a plus besoin de moi finalement.

Inui enchaina en replaçant ses lunettes :

- Je n'ai pas mon téléphone, alors je ne peux pas vérifier, mais est-ce que tu as essayé de me contacter?

Cette fois, le serpent baissa le regard et parut un peu gêné :

- J'ai cru que t'aurais autre chose de prévu.

Inui se détendit aussitôt et montra son petit sac tout en continuant la conversation :

- J'ai ici tout ce qu'il nous faut pour saisir tes données. Pourquoi ne pas s'y mettre tout compte fait? À moins que tu n'aies autre chose de prévu?

Kaidoh siffla pour toute réponse et Inui conclut qu'il n'avait rien contre. Il sortit son cahier de notes, son crayon et s'installa confortablement dans l'herbe. Le serpent se remit à ses exercices et le calculateur put l'observer à sa guise. Il ne se lassait jamais de le voir s'exercer : il lui semblait que le summum de la perfection était son corps si à l'aise dans ses mouvements, quand ses muscles travaillaient si bien. Il ne lui manquait plus qu'une raquette dans les mains et Inui se serait senti prêt à lui sauter dessus.

Au bout d'une demi-heure, il réalisa qu'il n'avait rien noté encore dans son carnet. Il était tellement obnubilé par le corps de son kouhai qu'il en avait complètement oublié sa mission. Quasi accablé, il essaya de s'y remettre et y parvient déjà un peu mieux.

Aucun de ses coéquipiers n'était des collégiens ordinaires, et Kaidoh en était un exemple probant : en une semaine à peine, il s'était déjà amélioré. Encore. Ce qui, en peu de mots, voulait dire qu'Inui devait une fois de plus revoir son régime d'entrainement à la hausse.

Il soupçonnait – il se gardait un petit doute, un 5% tout de même – que le serpent avait déjà dépassé ce qu'il lui avait d'abord donné, ce qui expliquerait que ses muscles se soient encore mieux développés. Cependant, il ne serait pas bon pour lui de trop en faire trop rapidement : Inui avait beau le savoir et tenter au possible d'en informer le plus jeune, il savait pertinemment que l'autre ne l'écouterait pas, puisqu'il ne l'écoutait jamais – pas sur ce point, en tout cas.

Le principal sujet de son inquiétude était donc à savoir s'il devait en effet ajouter au programme de son kouhai, sachant que celui-ci dépasserait ce qu'il lui prescrirait, ou ne rien modifier. Paradoxalement, la deuxième option semblait la plus risquée : en effet, il y avait 99,99% de chances que Kaidoh, par lui-même, décide de faire plus d'exercices. Or, si tel était le cas, il n'aurait pas la guidance d'Inui et risquerait par conséquent d'effectuer des exercices mauvais pour son corps. Dans un tel cas de figure, il y avait au moins 37% de chances qu'il se blesse, ce qui était déjà beaucoup trop élevé.

Son crayon se porta tout naturellement à sa bouche et il tenta de se décider. Ses yeux le portèrent à observer le corps si parfait de son amour secret et, tout en rêvassant à lui, sa décision fut prise : il ajouterait de nouveaux exercices. Il ne devait pas risquer qu'il se blesse, et encore moins qu'il perde confiance en sa guidance. C'était de loin le choix le plus judicieux. Kaidoh semblait d'ailleurs content quand il lui présenta, une heure plus tard, le nouveau régime qu'il venait d'établir.

Ils se quittèrent en bons termes et Inui rentra chez lui vaquer à d'autres occupations. Ce léger incident fut rapidement classé dans les souvenirs de moindres importances.