Je suis désolée, je suis un peu en retard, j'ai eu une fin de semaine de fou (mais je me suis bien amusée cela dit). Nous revenons avec un Inui toujours aussi... peu au courant xD! Allez, bonne lecture!
Dimanche fut vite fini pour Inui, qui avait passé la journée à revoir les régimes d'entrainement de ses coéquipiers et à lire un roman – même lui avait ses passetemps. Le soir venu, il mangea seul, comme cela lui arrivait trop souvent.
Ses deux parents étaient des gens très occupés : son père, haut placé dans une compagnie, travaillait presque sept jours sur sept; sa mère, professeure à l'université, était en plus impliquée dans plusieurs comités, autant dans son école que dans leur quartier, et sinon elle fréquentait un cercle social qui s'étendait plus loin que les données d'Inui.
L'adolescent ne s'en plaignait pas : il était assez mature pour savoir s'occuper de lui-même, sauf peut-être pour la nourriture, mais sa mère trouvait toujours du temps pour lui cuisiner des plats. Autrement, il aimait bien sa liberté. Il n'avait pas de parents pour l'embêter sur son apparent manque de vie sociale ou pour lui reprocher tout ce temps dans ses cahiers. En prime, il avait le temps et l'espace pour faire diverses expériences dans le but d'élaborer ses jus.
Il nota, plus tard en soirée, qu'il devrait peut-être mettre à jour ses données sur d'autres collèges, car certaines remontaient à plusieurs semaines et il avait pu y avoir de remarquables améliorations depuis. Il feuilleta son agenda et tenta de se trouver des trous dans son horaire. Cependant, il n'aurait d'autres choix que de manquer au moins un entrainement pour y arriver.
Grâce à sa position spéciale au sein de l'équipe, il avait accès aux horaires d'entrainement, et, ce qui l'intéressait en ce cas présent, à ce qu'on y ferait. Il ressortit ses papiers et feuilleta pour déterminer quelle journée il pourrait manquer : le lendemain, ils n'auraient que des exercices de renforcement, ce qu'il pourrait facilement faire par lui-même.
Il lui suffirait de prévenir leur coach, leur capitaine et Kaidoh qu'il avait des collectes de données à faire. Jugeant qu'il pouvait s'y mettre le lendemain, il délaissa ces préoccupations pour le reste de la soirée et décida de regarder un film. Peu après qu'il soit terminé, il alla se coucher et, après avoir fantasmé sur son kouhai comme chaque jour – la force de l'habitude le poussait à considérer la chose tout à fait normale –, il s'endormit enfin, satisfait de sa journée.
~xxx~
Le lundi matin, pendant sa course, il se demanda quelle école visiter. La plus effrayante était sans aucun doute Rikkaidai, mais Hyoutei présentait une grosse menace aussi, et, à long terme, Fudomine pourrait poser certaines difficultés. Finalement, il pencha pour Hyoutei, puisque ces données étaient les plus urgentes à obtenir (le tournoi du Kantou approchait à grands pas).
Lorsqu'il arriva à l'entrainement matinal, il repéra tout de suite son protégé, qui, étonnamment, s'échauffait avec Momoshiro. Le plus étrange était qu'ils ne se disputaient pas. Sans dire que c'était l'harmonie parfaite, ils s'arrangeaient plutôt bien.
Comme sa principale cible était déjà prise, il jeta son dévolu sur leur capitaine, qui était arrivé peu avant lui et semblait attendre un partenaire. Après s'être salués, ils commencèrent leurs étirements dans un silence ni lourd ni oppressant.
Quand ils eurent terminé, Inui se souvint de ses projets et en parla avec Tezuka, lequel acquiesça à sa demande – il savait bien qu'à long terme, l'information qu'il irait cueillir leur serait essentielle. Le calculateur l'en remercia et alla informer la coach Ryuzaki de son projet, qui elle aussi approuva. Il ne restait plus qu'à avertir son kouhai.
Cependant, il n'en trouva pas l'occasion, et, bientôt, les cours commencèrent. Il ne s'en formalisa pas et décida d'aller le voir à la pause du midi – il était rare qu'il le visite, mais comme il n'aurait pas d'autres occasions de lui parler, il n'avait pas le choix.
L'heure arriva bien rapidement et Inui se leva pour aller dans le couloir des deuxièmes années. Il arriva proche de la septième classe où étudiait son kouhai et regarda à l'intérieur : Kaidoh y était bien assis à sa place, son bento ouvert sur son bureau, prêt à manger. Inui songea un moment qu'il allait le déranger, puis décida que, puisqu'il était là, aussi bien le faire tout de suite. De toute façon, il n'aurait besoin que de peu de temps.
Il entra dans la classe sous les regards curieux des autres élèves. Plusieurs le connaissaient déjà, car il était venu quelques fois depuis qu'ils étaient partenaires de doubles. Néanmoins, ils étaient toujours surpris de le voir venir pour Kaidoh, comme s'il était étrange que celui-ci ait un quelconque ami. Cet état de fait le dérangeait, car il savait mieux que personne à quel point il valait la peine qu'on s'y attache.
Son kouhai releva la tête avant qu'il ne soit tout à fait face à lui, comme s'il l'avait senti venir. Sur son visage, une drôle d'expression prit place : 34% de surprise, 43% d'incertitude et 23% d'inquiétude. Cette expression le déstabilisa et la première chose qu'il lui demanda, lorsqu'il en fut assez proche, fut :
- Kaidoh, ça va bien?
Il baissa la tête en sifflant et engloutit une saucisse en forme de poulpe. Inui, qui ne sut interpréter tout à fait ce geste, enchaina :
- En fait, je venais t'avertir que je ne serai pas à l'entrainement cet après-midi. Malheureusement, je ne pourrais pas venir m'entrainer avec toi non plus.
Cette fois, Kaidoh sembla réellement surpris, et, tout en relevant le regard, il laissa sortir, probablement sans le vouloir :
- Pour vrai?
Inui ressentit le besoin d'expliquer :
- Je dois aller récolter de l'information sur Hyoutei. Comme ils seront nos premiers adversaires dans le prochain tournoi, il vaut mieux que j'actualise mes données.
Le plus jeune baissa de nouveau la tête, de sorte que le plus vieux ne put voir son expression, et il répondit brièvement :
- Okay.
Un silence un peu lourd s'installa, et le calculateur, jugeant que le temps était venu pour lui de s'éclipser, lança en guise d'au revoir :
- Je ne te retiendrai pas plus longtemps. On se revoit demain matin.
- Oui, murmura le serpent.
Sans un regard derrière lui, il quitta la salle de classe et ouvrit le cahier qu'il avait à la main. Il nota, tout en marchant, les réactions de son kouhai. Comme d'habitude, elles ne semblaient pas tant anormales, mais quelque chose clochait. Il était l'une des personnes les plus difficiles à lire qu'il connaissait, et il lui semblait que c'était encore pire depuis qu'il avait réalisé qu'il l'aimait.
Pendant tous les cours de l'après-midi, il tenta, à côté de la prise de ses notes de cours et de son entrainement, de réévaluer le comportement de son kouhai. En relisant toute la section sur son serpent, il réalisa qu'il s'inquiétait réellement pour lui. Les pages étaient remplies d'observations qu'il avait jugées étranges, de questions par rapport à ses actions et de points d'interrogation.
Ce qui l'avait retenu d'en tirer une quelconque conclusion jusqu'à maintenant était qu'il avait peur que son jugement soit voilé par l'affection qu'il lui portait. Il savait que son habituelle objectivité, à l'égard de Kaidoh, était continuellement mise hors jeu. Il avait beau essayer au possible, il était toujours biaisé. Pour se protéger de cette subjectivité, il avait décidé de se fier encore plus à ses chiffres qu'à l'habitude, car, s'il y avait une chose objective dans la vie, c'était les chiffres.
Cependant, il commençait à voir la limite des chiffres seuls : même les plus grands mathématiciens et probabilistes de ce monde usaient de leur subjectivité pour élaborer leurs théorèmes. Après tout, la subjectivité humaine était encore la seule chose qui séparait l'être humain des machines, raison pour laquelle les ordinateurs, quoique bien plus performants qu'un cerveau, n'arrivaient pas à la cheville des humains vraiment doués.
Inui agissait comme un ordinateur, oubliant de prendre en compte les sentiments humains dans l'étude de ceux-ci. C'était tout aussi aberrant que s'il tentait d'étudier un ordinateur sans savoir ce qu'était un processeur!
Il devait impérativement revoir sa méthode. Plutôt que de ne pas se fier à ses opinions, pourquoi ne pas partir d'elles et chercher des preuves de ce qu'il croyait? Il lui suffisait d'adopter la méthode scientifique : hypothèse, expérimentation et conclusion.
Jusqu'à présent, il utilisait plutôt la démarche descriptive, c'est-à-dire qu'il partait de ses observations pour déduire des données. Cette méthode était bien pratique de par son objectivité : puisqu'il n'avait pas d'hypothèse à la base, celle-ci ne pouvait pas modifier sa vision des choses.
Cependant, pour pouvoir intégrer cette subjectivité, il n'avait d'autres choix que de partir d'une hypothèse. Il nota dans son cahier la suivante : Kaidoh n'est pas comme d'habitude. Il partirait de cette question de recherche pour élaborer ses expérimentations. Ensuite, il tirerait les conclusions qui s'imposeraient.
Comment procéder à partir de cette phrase négative? Inui conclut qu'il devrait faire une preuve par l'absurde : en prouvant que l'inverse était faux, il prouverait par la même occasion que son assertion était vraie, puisque les deux étaient mutuellement exclusifs (il était comme d'habitude ou ne l'était pas, pas les deux à la fois). Si au contraire il n'arrivait pas à prouver que l'inverse était faux, cela prouverait qu'il avait tort de s'inquiéter.
Maintenant que la technique était choisie, il n'avait plus qu'à trouver quelles expériences il devait tenter sur le plus jeune. Il devait d'abord se demander quelle situation provoquer, car, si son choix n'était pas judicieux, ses données pourraient être erronées. Le contexte devait lui être familier : s'il n'avait pas de données précédentes sur lesquelles se baser, aussi bien dire que tout n'aurait servi à rien.
Ce qu'il connaissait le plus était évidemment le tennis; cependant, le problème de Kaidoh – s'il en avait un – pourrait très bien ne pas concerner le tennis ou ne pas l'influencer. Alors, bien que la solution soit attrayante, il ne pouvait pas s'y fier – du moins, pas complètement. Néanmoins, cela lui paraissait un bon point de départ. Si à ce point il y avait quelque chose qui clochait, cela l'orienterait pour la suite; si, au contraire, rien n'était différent, il n'aurait qu'à recommencer.
Encore restait-il à déterminer l'expérience en soit. Inui et Kaidoh étaient partenaires de double, mais il était plus facile de juger l'adversaire que son coéquipier, puisqu'en jouant, il faut se concentrer sur l'ennemi plutôt que sur l'allié. Aussi, un match de double était hors de question. Il devait jouer contre lui, si possible en simple, autrement il n'y arriverait pas.
Il n'était pas impossible de créer la situation : il n'avait qu'à prétendre devoir analyser son style de jeu (de toute façon, c'était le but). Ce qui tombait plutôt bien, c'était qu'ils avaient des matchs de pratique le lendemain, et les joueurs choisissaient eux-mêmes leur opposant. Il n'aurait qu'à jouer la carte des données pour convaincre son kouhai. De toute façon, jouer l'un contre l'autre avait quelques avantages, dont le fait qu'ils apprendraient à mieux se connaitre en tant que joueurs.
Simplement jouer n'était pas suffisant : il devait créer une situation particulière, dans laquelle il saurait juger la réaction du plus jeune. Le premier choix qui lui vint en tête fut de jouer faiblement, pour voir s'il se fâcherait contre lui, mais il y avait trop d'inconvénients – il risquait déjà de perdre son respect et peut-être même sa confiance.
La meilleure solution semblait de jouer mieux que lui, mais sachant que celui-ci l'avait déjà battu, il avait de bonnes chances de ne pas réussir. Contrecarrer son Snake était une bonne idée... à la condition d'y arriver. Le seul qui y était parvenu était Fuji, grâce à son Tsubame Gaeshi. Pour cette technique, le Snake était même un bon coup, car plus la balle avait d'effet et plus c'était efficace; sauf qu'Inui n'était pas Fuji, il ne maitrisait donc pas la technique.
Décidément, il ne s'offrait que deux choix : soit il jouait mal et risquait sa colère, soit il jouait comme à l'habitude et risquait de ne pas tirer de conclusion. Cette expérience ne méritait pas qu'il perde son amitié – après tout, le but était de la maintenir –, aussi il pencha pour le deuxième choix. Dans le pire des cas, il tenterait autre chose.
Il en était à cette conclusion quand la cloche sonna, annonçant la fin des cours. Il ne devait tout de même pas oublier son projet pour la journée; il rangea rapidement ses choses et sortit du collège, avant de se diriger vers Hyoutei. En chemin, il tenta de se concentrer sur l'école adverse, mais obtint des résultats qui rendraient une mouette fière en comparaison.
Le fait était que son partenaire de double prenait toute la place dans ses pensées. Ce n'était pas la première fois et ce ne serait surement pas la dernière, mais c'était tout de même agaçant. Non pas que de songer à lui fut pénible, bien au contraire : c'était de ne pouvoir penser à autre chose qui l'était.
Quand enfin il arriva devant le collège de riches, il y pensait encore. Même en regardant Atobe – encore un qui s'était amélioré depuis ses dernières observations –, un coin de son cerveau pensait à son serpent. Heureusement, il avait gardé sa capacité de penser à deux choses en même temps, aussi sa collecte de données n'en fut pas influencée. C'était juste un peu frustrant, lui qui d'habitude savait si bien gérer ses pensées!
En prime, bien qu'il y songeât jusqu'au moment de dormir, il ne put arriver à un meilleur plan que celui qu'il avait conçu plus tôt. Il n'arrivait pas à prévoir non plus quelle suite y donner s'il n'était pas profitable. Il était dans une impasse et il ne pourrait penser à en sortir que le lendemain.
Après son rituel journalier, Inui éprouva un mal fou à s'endormir. Pourtant, Morphée vint le quérir sans qu'il s'en rende vraiment compte et ses rêves furent les mêmes qu'à l'accoutumée.
