Que dire sur cette suite? C'est au tour d'Inui de se monter la tête! L'histoire dérape encore plus (oui c'est possible, et encore, vous n'avez rien vu). Bonne lecture!
Mardi matin arriva; le ciel s'était assombri. Lorsqu'Inui se réveilla, il ne pleuvait pas encore, mais ce pouvait devenir le cas d'une minute à l'autre. Ce n'était pas une bonne nouvelle : s'il pleuvait, l'entrainement serait annulé, et il perdait sa chance d'étudier Kaidoh – sans compter qu'il perdait l'occasion de s'entrainer, mais ce fait le dérangeait moins.
Bien sûr, il fallut que la chance soit totalement contre lui et que la pluie tombe pile au moment où il sortait à l'extérieur pour aller courir. Il rentra et regarda le ciel par la fenêtre : 99% de chances que la pluie se poursuive au moins jusqu'à l'entrainement matinal. Tout à coup aussi maussade que la température, le collégien à lunettes retourna dans sa chambre pour mettre son uniforme et il ouvrit son agenda : il avait une heure à perdre, aussi bien tenter de la rentabiliser.
À défaut d'avoir des devoirs à faire, l'adolescent rouvrit ses cahiers concernant son serpent favori et relut son historique d'évolution depuis qu'il le connaissait. Ses données avaient tellement changé depuis sa première année que c'était comme s'il regardait les informations d'une autre personne. Il eut un petit sourire satisfait, sachant que c'était en partie grâce à lui s'il s'était autant amélioré, et enfin l'heure arriva où il dut partir.
Armé d'un parapluie qui, bien franchement, ne lui servit pas à grand-chose tant le vent était fort, Inui arriva à son école avec de l'avance. Comme il n'y avait pas d'entrainement, il se dirigea vers sa classe et s'installa. Il était le premier arrivé, peut-être même de toute l'école.
Inui était habitué à être seul, encore plus à ne pas avoir de bruit autour de lui. Il avait une assez grande capacité de concentration pour bloquer tous sons agressifs, si jamais cela s'avérait nécessaire, mais il travaillait tout de même mieux dans le silence. C'était pourquoi il n'était pas un très grand amateur de musique, sauf dans des contextes bien particuliers comme les films.
Bien entendu, de par son amour des données et de l'information en général, il aimait beaucoup les bibliothèques, lieux de connaissance et de paix. Vraiment, il adorait jouer au tennis, mais sa véritable place était au milieu des livres. Il allait passer le temps de ses études à pratiquer son sport, peut-être même qu'il continuerait à jouer encore après, mais il n'allait pas devenir joueur professionnel. Dans sa tête, c'était clair comme de l'eau de roche.
Par contre, il ne dirait pas non à une profession proche, comme médecin sportif ou entraineur. De toute façon, il avait encore le temps d'y songer. Son choix de lycée était déjà fait – il irait au lycée conjoint de Seigaku –, alors il avait encore trois longues années pour se décider.
Bientôt, les élèves de sa classe entrèrent, le saluant pour la plupart. Il n'était pas vraiment populaire, mais, comme il n'était pas effrayant – du moins, pour ceux en dehors du club de tennis –, on lui parlait tout de même. Aucun élève de cette classe n'aurait mérité le nom d'ami, mais au moins il pouvait de temps à autre avoir des discussions plaisantes avec eux.
Tous ceux qu'il pouvait appeler amis étaient du club de tennis, et aucun n'était avec lui. Ce n'était pas plus grave; ils se voyaient le matin et l'après-midi, c'était suffisant. Sauf durant ces jours de pluie justement. Un coup d'œil par la fenêtre le conforta dans ses soupçons : il y avait plus de 68% de chances qu'il pleuve encore au moins jusqu'au lendemain, peut-être plus longtemps encore.
Devait-il vraiment reporter l'étude de son kouhai jusqu'au moment où il ferait plus beau? D'un côté, il avait hâte que ce soit réglé, parce qu'il n'en pouvait plus de l'inquiétude qui le taraudait; de l'autre, il ne voyait pas ce qu'il pourrait faire au juste. Même en admettant qu'il décide d'agir la journée même, qu'y avait-il à faire?
Toute la matinée fut dédiée à cette même question : que faire? Son beau plan, auquel il avait tellement réfléchi, devait-il le revoir ou le reporter? La deuxième solution ne lui plaisait pas; il avait envie de savoir, maintenant et sans l'ombre d'un doute, si réellement son kouhai avait un problème.
Un petit sourire orna ses lèvres et il se félicita intérieurement : il venait d'avoir la meilleure idée qu'il n'ait jamais eue. Pourquoi se perdre en tergiversations, en questions de méthode et en divagations quand il lui suffisait de vérifier? Il en oublia la méthode scientifique et revint à sa bonne vieille méthode descriptive, qui, honnêtement, lui allait beaucoup mieux.
Inui se savait assez discret quand le besoin était là : il saurait suivre Kaidoh sans que celui-ci le remarque. Il lui suffisait de toujours se placer dans son angle mort et le tour serait joué. Il aurait alors tout le loisir de l'observer et de déduire ce qui n'allait pas chez lui – ou de vérifier que tout allait bien.
Fort de cette résolution, l'adolescent passa le reste de la journée dans un calme et une paix relative : il songeait tout de même à son kouhai et à ce qu'il devait faire pour le filer sans que personne ne le remarque. Il décida déjà de ne pas aller le voir le midi, car il était évident qu'on finirait par le remarquer. Il ne le suivrait qu'après l'école.
La fin des cours arriva tout de même rapidement et Inui ramassa ses choses en un temps record. Il descendit le plus vite possible jusqu'à l'entrée et se plaça derrière des casiers pour vérifier quand le serpent allait arriver. Ni d'une ni de deux, son amour descendit les escaliers de sa démarche si particulière et se dirigea vers ses souliers d'extérieurs sans le voir. Parfait, tout commençait bien.
La pluie l'aida grandement à se cacher, même si en contrepartie il se mouilla plus qu'il n'aurait dû. Kaidoh marchait sous son parapluie, seul comme bien souvent, mais il ne semblait pas se diriger jusqu'à chez lui. Inui en était encore en train de calculer les probabilités de ce qu'il ferait lorsqu'il pénétra dans un bâtiment, prenant le calculateur par surprise.
Un bref coup d'œil à l'enseigne l'informa qu'il s'agissait d'un centre pour pratiquer son tennis contre des machines. L'envie était forte d'entrer et de l'espionner pendant qu'il s'exerçait, mais il y avait trop de chances pour qu'il se fasse reconnaitre. Il jeta plutôt son dévolu sur un petit café, dont une fenêtre donnait directement sur l'entrée du centre.
Il consomma un café noir tout en ne quittant pas la porte des yeux. Dans un coin de sa tête, il se rendait bien compte que son plan était un peu extrême, mais il était trop pris dans l'engrenage pour s'en soucier maintenant.
Le temps passa et toujours aucun signe de Kaidoh. Pendant un moment, Inui se demanda s'il ne l'avait pas manqué – bien qu'il n'ait pas quitté une seule fois la porte des yeux. Il était presque dix-neuf heures et il n'avait toujours pas vu le serpent!
Ce ne fut qu'à vingt heures passées qu'il daigna enfin sortir du bâtiment. Inui, que le bruit de la pluie et l'attente avait rendu plus amorphe, sursauta à sa vue et se leva précipitamment. Il réussit tout de même à ne pas perdre le plus jeune, ce dont il fut plutôt satisfait. Cependant, l'adolescent se dirigea simplement chez lui, et le calculateur finit par faire demi-tour, jugeant qu'il ne sortirait pas du reste de la soirée.
Les quelques jours qui suivirent furent à peu près semblables. La pluie n'arrêta pas un instant, c'était le déluge : si elle continuait longtemps, on parlerait certainement d'inondations.
Tous les jours, le serpent suivait la même logique : il restait dans une arcade de tennis jusqu'à vingt heures, parfois vingt-et-une heures, et après il rentrait chez lui. Inui commença à s'en inquiéter un peu : s'il jouait trop sans bien manger, il risquait d'accumuler beaucoup de fatigue et ce ne serait pas bien pour son corps, sans compter son moral.
Cependant, il ne savait pas comment le lui dire; après tout, ce serait avouer qu'il l'avait suivi et cela avait toutes les chances d'être néfaste. Il pourrait toujours tenter de sortir une excuse, mais il risquerait de ne pas être convaincant, et la dernière chose qu'il souhaitait pour l'instant, c'était qu'il soit suspicieux.
Dame Nature devait aimer les blagues, car à peine la fin de semaine arriva-t-elle que la pluie cessa. Samedi matin, il n'y avait plus un nuage dans le ciel et le soleil était grand et chaud. Inui, maintenant de meilleure humeur, décida qu'il dédicacerait sa journée à s'entrainer, pour rattraper le temps perdu.
Après s'être habillé et bien préparé, il sortit courir. C'était encore la matinée et le temps était plaisant, quoiqu'un peu chaud peut-être. Il courut toute la matinée, revint chez lui manger et décida de se rendre à la rivière. Il était certain d'y retrouver Kaidoh – avec toute la pluie qu'il y avait eu, il semblait évident qu'il s'y rendrait –, mais, quand il atteignit la rive, personne ne l'y attendait.
Il était encore un peu tôt – treize heures à peine –, alors Inui décida d'attendre un peu. Il s'échauffa pendant ce temps et sortit son cahier, qu'il tint prêt à utiliser pour quand enfin le serpent arriverait. Toutefois, quatorze heures vinrent et toujours aucune trace de son kouhai. Il pensa l'appeler ou lui envoyer un message texte, mais il avait encore oublié son téléphone.
Ses inquiétudes revinrent au galop et, cette fois, il n'ignora pas son instinct : Kaidoh n'était pas normal. S'il l'avait été, il serait déjà ici, à pratiquer pour son Boomerang. Il y avait toujours la possibilité qu'il ait autre chose de prévu ou qu'il soit venu le matin, mais ces deux éventualités ne représentaient qu'un maigre 19%. En plus, Inui n'était plus prêt à croire à des excuses : c'était trop en trop peu de temps pour qu'il accepte que ce ne soit que le hasard.
Il attendit tout de même jusqu'à dix-sept heures avant de retourner chez lui. À peine fut-il rentré qu'il empoigna son portable et appela son kouhai – il en avait assez d'être conciliant, il devait savoir ce qui se passait.
Kaidoh ne lui répondit qu'au bout de trois sonneries, par un très bref :
- Oui?
Pas intimidé pour deux sous, Inui demanda :
- Kaidoh, je suis allé à la rivière aujourd'hui et tu n'y étais pas. Tu avais quelque chose de prévu?
Le silence se fit de l'autre côté, sauf un bruit de déplacement – changeait-il d'oreille ou était-il en train de faire quelque chose peut-être? Finalement la réponse vint :
- Oui.
Inui, pas démonté pour autant (il s'attendait à ce genre de réponses), enchaina :
- Tu n'as pas pensé m'avertir?
Il s'imagina que son coéquipier se sentait mal et qu'il tentait de trouver les bons mots pour s'excuser. C'est pourquoi, malgré un silence qui dura près d'une minute, il attendit que l'autre se décide. Enfin, la voix lui parvint, mais le résultat fut différent de ce à quoi il s'attendait :
- Non.
Toute cette réflexion pour un seul mot! Inui, décontenancé, chercha lui aussi ses mots avant d'enfin lui demander ce qui le chicotait :
- Qu'est-ce qu'il se passe, Kaidoh? Tu as un problème? N'hésite pas à m'en parler, tu sais bien que je vais toujours t'écouter.
Kaidoh rétorqua abruptement :
- Il se passe rien, senpai.
C'était on ne peut plus suspicieux. Inui détermina en moins d'une seconde qu'il y avait 99% de chances que Kaidoh mente à ce moment. Cependant, comment le forcer à dire la vérité? S'il insistait, il y avait plus de 93% de chances qu'il se réfracte davantage, et alors il ne sortirait plus rien de lui. Il décida donc de jouer plus finement et demanda habilement :
- Et demain, tu es libre?
Kaidoh hésita de l'autre côté de la ligne, mais sa voix fut ferme :
- En fait, senpai, j'ai trouvé un autre endroit où m'entrainer.
À celle-là, Inui ne s'y attendait pas. Cette phrase pouvait avoir tellement de significations; il aurait souhaité avoir plus de temps pour y réfléchir, mais il n'en avait pas le luxe. Ce à quoi il put penser, en tout cas, c'était qu'il y avait 95% de chances que ce soit un mensonge : il l'avait suivi toute la semaine et il n'était allé nulle part ailleurs qu'aux arcades de tennis. Cependant, pourquoi mentirait-il sur une telle chose?
Inui décida tout compte fait d'entrer dans son jeu et lui demanda, le plus naturellement possible :
- Où est-ce? Tu pourrais me le montrer demain, non?
Encore une hésitation de l'autre côté du fil : vraiment, Kaidoh n'était pas dans son état normal. Pourquoi semblait-il si nerveux avec lui? Inui avait-il trahi ses sentiments? L'éventualité lui donna des frissons et la réponse n'aida en rien sa cause :
- Non.
Il y avait tant à dire : non à quoi? Pourquoi? Était-ce un rejet définitif ou Kaidoh lui disait simplement qu'il ne pouvait pas le lendemain? Il ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, cherchant piètrement ses mots, mais, tout comme il semblait prêt à dire quelque chose (quoi, il l'ignorait encore), on raccrocha.
Le collégien reste un bon moment immobile, incapable de procéder l'information dans son cerveau. Kaidoh venait tout bonnement de lui raccrocher au nez, sans un au revoir!
Enfin, sa main se déplaça et il fixa longuement l'appareil où les informations de son précédent appel clignotaient encore. Avec une lenteur incroyable, il referma le capot et se laissa tomber sur son lit.
Ce soir-là, il fut capable de ne rien faire. Il ne sut ni manger, ni se relever, ni aller chercher dans son cahier une quelconque explication. Il cherchait le sens caché de chacune des paroles de Kaidoh, il se remémorait tout ce qui lui avait paru étrange depuis quelque temps, mais c'était comme un gros casse-tête dont il lui manquait la pièce centrale, la plus importante.
Ce ne fut qu'autour de minuit à peu près qu'une explication lui vint enfin, et il eut beau tenter de la rejeter, elle s'imposa malgré lui dans son cerveau. Il avait manifestement sous-estimé les capacités d'observation de Kaidoh : celui-ci avait remarqué son manège. Il n'avait aucun doute maintenant que son kouhai connaissait ses sentiments à son égard et qu'ils le dégoutaient.
Si tel était le cas, il n'y pouvait rien : il venait de lui signifier clairement qu'il ne partageait pas ses sentiments et qu'il ne voulait plus être son ami. Ils ne joueraient surement plus en double et peut-être même que cela affecterait l'équipe, mais, pour l'instant, il n'arrivait pas à s'en préoccuper. Tout ce à quoi il pouvait songer, vraiment, c'était qu'il avait perdu Kaidoh, peut-être pour toujours, tout ça à cause de son incapacité à bien gérer ses pulsions.
Le soleil du dimanche matin l'accueillit sans qu'il ait dormi, et il passa la journée dans un état second. Il réussit, par miracle, à s'entrainer un peu, et il put aussi manger, mais il n'arrivait pas à oublier son kouhai. Il y avait quelque chose qui clochait dans l'histoire, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, et de toute façon la déprime l'empêchait de bien réfléchir.
Quand le soir arriva, il était tellement fatigué qu'il tomba de fatigue. Il ne fit aucun rêve.
