Désolée pour le délai... le pire c'est que j'ai vraiment aucune excuse. J'étais prise dans l'élaboration d'autres fics et j'ai complètement oubliée celle-ci. *méchante auteure* Enfin, me revoici, en espérant que je publierai plus vite la prochaine fois!

Donc pour une remise en contexte, de retour du côté de Kaidoh. Avec la pluie, il a manqué sa chance de dire à Inui qu'il n'allait plus à la rivière! Que va-t-il se passer?

Bonne lecture!


Quand Kaidoh se leva mardi matin, après avoir réglé encore une fois quelques problèmes techniques, il ne sut s'il devait être heureux de la température ou non. Le ciel était rempli de nuages et il pleuvrait d'un moment à l'autre. La météo annonçait qu'il allait probablement pleuvoir tout le reste de la semaine.

Évidemment, cela voulait dire aucun entrainement, et en théorie ce n'était pas une bonne nouvelle; après tout, Kaidoh adorait s'entrainer, encore plus au tennis. Cependant, cela voulait aussi dire qu'il n'aurait pas à confronter son senpai – en tout cas, pas tout de suite, même si à un moment il faudrait bien qu'il le fasse.

Il était content d'avoir plus de temps parce qu'il ne savait toujours pas comment le dire ni que dire exactement. Il savait qu'il n'irait plus à la rivière, et Inui lui demanderait pourquoi. Il n'était pas pour lui répondre que c'était parce qu'il ne voulait pas le voir! De toute façon, il savait de moins en moins s'il ne voulait plus le voir.

D'un côté, il se sentait nerveux à la seule idée de lui parler; de l'autre, il se sentait heureux dès qu'il pouvait le voir, même dans un couloir. Quand Kaidoh lui-même n'était pas dans l'équation, il aimait la vue de son senpai, mais s'il fallait une quelconque intervention de sa part, tout ce qu'il y avait de sentiments négatifs en lui ressortait. C'était étrange, surtout, parce que lorsqu'il passait une journée sans le voir, il était d'autant plus maussade.

C'était contradictoire, bizarre, malsain peut-être, Kaidoh ne savait plus. Il avait envie de le voir tout autant qu'il avait envie de ne plus jamais le voir; il aurait voulu en être proche tout en étant le plus éloigné possible. C'était comme si deux aimants contraires étaient en lui, et il se sentait en permanence attiré d'un côté et de l'autre, tiraillé par deux envies totalement contraires.

La pluie avait cela de positif qu'elle lui permettrait de ne pas interagir avec son senpai et elle lui laisserait le temps de se décider – s'il avait vraiment la force de le faire.

La matinée passa plutôt rapidement, et quand l'heure du midi arriva, Kaidoh engloutit la moitié de son bento et sortit de sa classe. Après avoir jeté les restants pour que ses parents ne s'inquiètent pas de son manque d'appétit, il se dirigea vers l'étage des troisièmes années et passa le plus tranquillement possible devant la onzième classe. Inui était attablé devant son repas, toujours avec son fameux cahier de notes, et Kaidoh se sentit sourire.

Il retourna rapidement à son étage avec un drôle de sentiment dans la poitrine, quelque chose qui le rendait heureux. Toutefois, il lui suffit de songer à son senpai encore une fois pour se remémorer quelque acte plus ou moins répréhensible auquel il avait rêvé, et il tenta au possible de ne pas rougir, sans succès.

Heureusement, personne ne le surprit et il réintégra sa classe sans qu'on le voie. À la gêne bientôt succéda le malaise qui inévitablement le prenait après ce genre de réflexions : son senpai ne se doutait de rien. Il ne savait pas qu'il rêvait à lui de cette façon, et s'il fallait qu'il l'apprenne... d'ailleurs, il n'était pas question qu'il sache à quel point Kaidoh pensait à lui. Ce n'était pas normal, pas du tout, et il ne voulait pas dégouter le plus vieux.

De toute façon, il valait bien peu pour Inui : il n'était qu'une expérience, que des chiffres. Évidemment, il n'avait jamais pu être plus! Ce n'était pas la faute de son senpai, non, c'était la sienne propre; seulement, le calculateur était trop gentil et ne savait pas comment lui dire qu'il ne voulait pas de lui. C'était plutôt à lui, Kaidoh, de régler le problème en coupant les ponts, puisque l'autre n'osait pas.

L'après-midi se termina sur cette résolution : Kaidoh ferait quelque chose pour que son senpai ne se sente pas mal de le rejeter. Il restait encore à trouver quoi faire, mais, sincèrement, il n'avait pas envie d'y réfléchir. Il devait encore penser à trouver un nouvel endroit pour s'entrainer et une façon de dire à Inui qu'il n'irait plus à la rivière. C'était trop et il avait envie de tout, en ce moment, sauf se casser la tête.

C'est pourquoi il se dirigea vers l'arcade de tennis. Il avait amené son sac d'entrainement dans ce but, alors aussi bien en profiter. En chemin, sous la pluie, il ne remarqua rien de particulier; seulement, lorsqu'il se tourna pour pénétrer dans le centre de tennis, il surprit du coin de l'œil une personne qui sursauta. Il la reconnut tout de suite comme étant Inui, mais ne s'arrêta pas pour autant et entra.

Ce ne fut qu'une fois raquette en main qu'il se demanda ce que son senpai faisait là, et, surtout, pourquoi il avait sursauté. S'il venait de le remarquer, il aurait dû le saluer; pourtant, il n'en avait rien fait. Ce n'était pas non plus le chemin qu'il prenait habituellement, puisqu'il habitait dans une autre direction – ce n'était donc pas un hasard s'il était là.

Il n'y avait qu'une seule possibilité : il l'avait suivi. Dans quel but? Ou Kaidoh s'imaginait-il encore des choses?

Quand il ressortit, passé vingt heures, il remarqua en peu de temps une présence qui le suivait. Un bref coup d'œil derrière lui confirma ses soupçons : son senpai le filait bel et bien. Malgré la pluie, il n'y avait aucun doute que c'était lui.

Pourquoi? Kaidoh avait-il fait quelque chose de particulier? Se trompait-il quand il pensait qu'Inui ne le voyait que comme des chiffres? Ou, au contraire, n'en était-ce qu'une preuve de plus, puisqu'il l'observait à son insu – ou du moins, le tentait? Son comportement était trop obscur pour le serpent, il l'embrouillait encore plus – comme s'il ne l'était pas déjà assez.

Le reste de la semaine se passa de la même façon. La pluie ne cessa pas, ni les soirées au centre de tennis, ni son senpai qui le suivait. Kaidoh en perdait de plus en plus l'appétit, et, chaque soir, ses parents s'inquiétaient du fait qu'il mangeait bien peu. Leurs questions ne le mettaient que de plus mauvaise humeur et il parlait de moins en moins.

Le manque de pratiques se montra plus dur qu'il ne l'aurait cru : la plupart de ses contacts sociaux, il les effectuait dans le club de tennis. Même Momoshiro, ce qu'il aurait pu appeler son meilleur ami, ne vint jamais lui parler, et tous les autres membres de sa classe étaient trop effrayés pour lui dire un seul mot. Lui-même finit par ne parler que lorsque le professeur le demandait, c'est-à-dire de moins en moins souvent, parce que son ton de voix devenait vite menaçant.

Il continua à espionner Inui le midi, mais il arrivait de moins à moins à s'en sentir heureux et le jeudi ou le vendredi, il se demanda pourquoi il continuait – c'était l'aimant en lui, le foutu aimant, qui l'obligeait à le voir chaque jour.

Il ne cessait non plus de rêver à lui. C'était devenu une habitude, presque, et il s'interrogeait de moins en moins sur la signification – il ne l'avait jamais fait, certes, mais il le faisait encore moins. De toute façon, à ce stade, ce n'était pas le plus important : il n'avait toujours rien réglé pour l'endroit où il s'entrainerait ou pour le dire à Inui.

Le pire dans toute cette histoire, étonnamment, fut Hazue. Il était son petit frère et il semblait comprendre mieux que personne qu'il souffrait, mais Kaidoh se refusait à lui laisser voir ses faiblesses. Il était le plus vieux, c'était à lui de prendre soin de son cadet, et non l'inverse – surtout qu'il n'avait que onze ans. Toutefois, il n'arrivait pas à se faire convaincant, et il savait pertinemment que le plus jeune s'inquiétait vraiment pour lui. En même temps, cela le réconfortait au moins un peu : il savait qu'il ne serait jamais seul, il aurait toujours Hazue sur lequel compter.

Quand, enfin, samedi arriva, Kaidoh se réveilla de mauvaise humeur – pour changer. Il avait fait un cauchemar, cette fois, où il était question d'Inui et d'un rejet, bien qu'il ait oublié à quel sujet. C'était mal parti et il se doutait que ça continuerait mal.

Hazue était occupé cette journée-là : il allait voir des amis en après-midi, mais il reviendrait le soir même. Ses parents, eux, sortiraient surement pour aller faire une activité quelconque, et Kaidoh serait laissé seul chez lui.

Évidemment, même si enfin il faisait beau, il n'était pas question d'aller à la rivière. Il pouvait toujours courir, mais il avait aussi envie de s'exercer, même s'il n'avait pas encore trouvé où. Il passa du moins l'avant-midi à courir, ce qui lui fit un peu de bien, et, après avoir grignoté un bout de pain, il se laissa aller sur le comptoir de la cuisine pour réfléchir.

Treize heures trente, il était seul, et l'envie était forte d'aller s'entrainer à la rivière. Il savait aussi qu'il n'y avait pas meilleur endroit pour se ressourcer. Toutefois, il y avait toujours la chance qu'Inui y soit, et, en plus, il s'était bien décidé à ne plus y aller.

Finalement, il décida qu'il ferait quelques étirements ici même, dans le salon. Rien de très difficile, tout de même, juste de quoi s'occuper suffisamment l'esprit. De toute façon, il était seul, et il ne dérangerait donc personne.

Quand dix-sept heures arrivèrent, Kaidoh décida que ça en était assez. Il monta dans sa chambre, dans le but de se changer pour mettre des vêtements un peu plus chauds – il pensait ressortir pour aller courir. Toutefois, il fut coupé dans son élan par son téléphone qui vibra. L'appareil était sur son bureau, alors qu'il venait à peine d'entrer dans la pièce. Il s'y précipita et n'eut pas le temps de regarder l'afficheur avant de répondre :

- Oui?

Il fut pris par surprise quand Inui lui répondit, sur un ton qui se voulait neutre :

- Kaidoh, je suis allé à la rivière aujourd'hui et tu n'y étais pas. Tu avais quelque chose de prévu?

Il avait placé l'appareil du mauvais côté de sa tête; il en profita donc pour le replacer, tout en se dirigeant vers son lit pour s'y assoir. Il tenta de réfléchir à une bonne réponse, mais tout ce qui lui vint fut un piètre :

- Oui.

Comme s'il s'y attendait, le plus vieux continua sur sa lancée sans trop se soucier de sa réponse :

- Tu n'as pas pensé m'avertir?

Quoi répondre? Évidemment qu'il n'y avait pas pensé : le but avait été justement de ne pas y aller. Cependant, il est vrai qu'il aurait dû le lui signaler avant. Son senpai l'avait probablement attendu pour rien – c'était du moins sa supposition. Dans ce cas, il avait tous les droits d'être fâché. Il se sentit un peu mal et, tout d'un coup, il douta encore de ce qu'il faisait : n'était-il pas en train de le blesser parce qu'il avait encore tout mal compris?

Au bout d'un très long moment de silence, Kaidoh réussit à répondre un tout aussi ridicule :

- Non.

S'il ne voulait pas l'inquiéter, c'était vraiment mal parti. Le serpent savait bien qu'il ne maitrisait pas du tout la situation, mais il ne savait pas quoi faire, quoi dire. Il n'était même plus certain de ses résolutions.

Inui fut long à répondre et il n'y avait aucun doute qu'il était inquiet :

- Qu'est-ce qu'il se passe, Kaidoh? Tu as un problème? N'hésite pas à m'en parler, tu sais bien que je vais toujours t'écouter.

Sa bouche parla plus vite que son cerveau :

- Il se passe rien, senpai.

Il se serait volontiers un bon coup de poing : non seulement c'était faux, mais Inui le verrait lui aussi, il n'y avait aucun doute. Au bout de peu de temps, son senpai, contre toutes attentes, décida de lâcher le morceau et il lui demanda de façon anodine :

- Et demain, tu es libre?

Kaidoh ne s'y attendait pas, mais il trouva enfin le courage de rétorquer, dans un mensonge odieux :

- En fait, senpai, j'ai trouvé un autre endroit où m'entrainer.

C'était encore faux, archi faux – Kaidoh n'ouvrait la bouche que pour mentir dernièrement –, mais il espérait que son senpai comprendrait ce qu'il voulait vraiment dire : qu'il ne comptait plus aller à la rivière. Il souhaitait aussi que ce soit le vœu secret de son ainé, car, dans ce cas, il irait dans le même sens que lui et tout irait bien.

- Où est-ce? Tu pourrais me le montrer demain, non?

En un instant, tout se fissura : Kaidoh avait tort. Il se trompait, depuis le début, probablement sur toute la ligne, et il ne savait plus que croire, que faire. Son senpai était-il honnête, voulait-il de lui? Ou, au contraire, ne voulait-il que le voir s'entrainer pour noter des chiffres? D'ailleurs, les chiffres étaient-ils importants ou pas? Que cela changeait-il qu'Inui ne voit que des chiffres? Peut-être voyait-il autant de pourcentages justement parce qu'il était important? Ou pas? Ou il jouait la comédie, ou il était dans le champ, ou...

Tout ce qui sortit de la bouche de Kaidoh fut :

- Non.

À ce stade, il ne savait même plus à quoi il disait non : à la question de son senpai, à lui-même, à l'existence d'Inui, à ses sentiments? Au bout d'un moment, il entendit Inui respirer pour parler et, dans un réflexe, il ferma son téléphone.

Ce fut la goutte d'eau. Kaidoh était un vase rempli et il venait de déborder.

Son téléphone tomba à ses côtés et il se recroquevilla en boule sur son lit. Une autre, immense crise de panique l'envahit, et il était encore, toujours aussi seul. Tout seul dans l'univers.

Qu'était sa vie jusqu'à présent? Que valait-elle? Il n'était qu'un poids pour tout le monde, depuis le début, il n'avait fait qu'envenimer les choses, toujours. Personne n'avait besoin de lui et il avait gaspillé sa vie dans un vain espoir de se faire des amis – ridicule. Personne ne voudrait être ami avec un serpent comme lui, un bougon de la pire espèce, qui rendait obsolète toute définition du mot «amusement».

Bientôt, ce ne fut même plus lui le problème, ni Inui, ni son manque d'amis. Ce ne fut qu'un néant intersidéral, dans lequel Kaidoh en vint à douter d'exister.

Une main se posa sur son épaule, le sortant immédiatement de sa torpeur. Il leva le regard sur Hazue, qui venait surement de rentrer. Ses yeux reflétaient une inquiétude et une tendresse qu'il n'avait jamais vues dirigées vers lui. Ce fut un peu trop pour lui et il baissa le regard, dans une vaine tentative d'éloigner l'autre.

Le plus jeune, au contraire, s'installa à ses côtés et le prit dans ses bras, sans un mot. Kaidoh, encore trop faible pour réagir, se laissa aller dans son étreinte et ferma les yeux. Il écouta le pouls régulier de son frère et cela finit par le calmer.

Quand enfin il se sentit complètement revenu sur Terre, il repoussa gentiment Hazue qui le regarda sans rien dire. Dans ce silence, il pouvait sentir l'inquiétude, encore, mais pas une inquiétude menaçante, bien au contraire. Il ne lui demanderait pas ce qu'il se passait ni ce qui lui était arrivé, mais il serait là si jamais ça arrivait de nouveau.

Rasséréné, l'ainé se permit un petit sourire et posa sa main sur la tête de l'autre, pour lui ébouriffer les cheveux. Ils n'avaient jamais été très affectueux l'un avec l'autre, mais pour cette fois, Kaidoh se dit qu'il pouvait bien se le permettre. De fait, Hazue lui rendit un sourire resplendissant et cela acheva de lui rendre le moral.

Peu de temps après, ils se retrouvèrent tous les deux devant la télévision du salon, à se battre à un autre jeu de combat. Kaidoh ne fit pas l'effort de comprendre les contrôles et se concentra plutôt à se défouler. Il réussit même à manger normalement le soir et il n'y songea plus jusqu'au moment où il alla se coucher.

Après une nuit blanche de tergiversations, questionnements et autres prises de tête qu'il détestait par-dessus tout, Kaidoh se leva et passa la journée à courir. Il ne mangea presque rien, juste assez pour ne pas tomber dans les pommes. Il était dans un drôle d'état, où la fatigue était secondaire, de même que ses pensées. Pour peu, il en était presque calme.

Aussi, il ne songea pas à son senpai, ni à sa vie, ni à quoi que ce fut : il courut, tout simplement. Et quand enfin il revint chez lui, après avoir englouti la moitié de son repas, il se jeta sur son lit et s'endormit immédiatement, d'un sommeil lourd et plein de cauchemars.