Coucou! Je ne suis pas trop en retard pour une fois, youpi! On atteint bientôt le «climax» comme ils disent en anglais. D'ailleurs, à la fin de ce chapitre, vous aurez un beau cliffhanger (pour continuer à copier les anglophones). J'espère que ça ne vous frustrera pas trop, sachant que vous n'aurez la suite que dans deux chapitres! Mais je suis désolée, je devais couper ici pour une question de style.
J'en profite pour vous annoncer que, à moins de changement majeure, cette fic devrait se terminer au chapitre 22 avec plus de 40'000 mots (c'est pas mal je trouve!). Je songe encore à la possibilité de faire un épilogue, on verra ce qu'il en est de mon inspiration.
Bon allez, je vous laisse lire!
Après une nuit semi-comateuse, Inui se leva le lundi matin et suivit sa routine matinale sans heurt. Il courut, se changea et alla jusqu'à son collège, où il redoutait de trouver Kaidoh. Heureusement, il était le premier arrivé et il entreprit donc de courir en attendant un compagnon pour s'étirer.
La prochaine personne à arriver fut Tezuka, ce qui n'avait rien d'étonnant en soi. Les deux s'étirèrent, pendant que d'autres titulaires se présentaient. Fuji, en compagnie de Kawamura, arriva à peine plus tard que le capitaine. Eiji et Oishi, à leur habitude, se montrèrent ensemble. Kaidoh, pour sa part, arriva à la dernière minute, après même Momoshiro et Echizen, les deux retardataires habituels. Toutefois, comme il n'était pas en retard, Tezuka ne le gronda pas.
Juste avant de commencer l'entrainement, leur capitaine les réunit pour les remotiver – leur moral était à terre à cause de toute la pluie qu'il y avait eu la semaine avant. Après ce discours, conclu sur l'avertissement habituel de veiller à ne pas baisser sa garde, Tezuka les laissa s'entrainer comme à l'habitude.
Inui pensait que l'entrainement serait affreux, que le malaise entre lui et Kaidoh serait évident aux yeux de tous et que ça affecterait toute l'équipe. Manifestement, il avait mal calculé, ce qui ne lui remonta pas du tout le moral. En contrepartie, cela lui permit de réfléchir à la question pour, si possible, éviter une catastrophe.
Pour la pratique matinale du moins, personne ne fit de commentaires sur quoi que ce soit. Kaidoh réussit parfaitement à l'éviter sans attirer le moindre soupçon, ce qui n'était pas une si mauvaise chose tout compte fait. À la rigueur, il pouvait imaginer qu'on ne verrait rien pendant quelques jours tout au plus, mais, après, il était évident que quelqu'un de l'équipe agirait.
La question à se poser était : qui avait le plus de chances de remarquer en premier et, surtout, d'agir?
Il y avait 45% de chances que Fuji soit le premier, mais, si tel était le cas, Inui doutait qu'il change la donne. Soit il parlerait à Inui dans un langage plus ou moins codé qu'il pourrait habilement éviter (44%), soit il se tiendrait tranquille et observerait la situation (54%). Il n'y avait qu'un 2% qu'il parle directement à Kaidoh, mais, encore une fois, la chance que cela se remarque par les autres n'était que de 10% (le génie du tennis savait se montrer subtil quand il le fallait).
Ensuite, le choix se portait facilement sur Tezuka (29%). Leur capitaine pouvait parfois s'avérer difficile à prédire, mais Inui jugeait que soit il tenterait de confronter les deux principaux intéressés ensemble en dehors de la pratique (67%), soit il tenterait d'aborder les deux séparément (22%), soit il leur donnerait des laps de course à faire en leur ordonnant de se reprendre (10%). Il restait un 1% d'incertitude, simple précaution.
Les autres 26% étaient les plus imprévisibles et ceux qui risquaient le plus de nuire. Parfois Momoshiro savait se montrer très observateur et il suffisait que Kaidoh ne réponde pas de la même façon à l'une de leurs chicanes (8%); dans ce cas, il tenterait surement de confronter le serpent sur le sujet, et ce, devant tout le monde (97%). Oishi était du genre à s'inquiéter plus que nécessaire, ce qui le rendait un peu plus alerte aux tensions (7%); il demanderait alors sincèrement à Inui et Kaidoh leur problème sans penser aux autres titulaires (98%). Eiji était parfois très surprenant pour remarquer les problèmes sociaux (7%) et, s'il fallait qu'il voie quelque chose, il y avait 100% de chances qu'il créerait des problèmes en tentant de tout régler (lesquels, Inui ne savait pas encore). Kawamura n'était pas particulièrement perspicace, mais il pouvait toujours voir quelque chose (4%) et alors il y avait 95% de chance qu'il demande, quoique timidement, ce qui se passait. Echizen n'entrait pas dans l'équation, car, non seulement il y avait 0,5% qu'il voit quelque chose, mais il y avait dans ce cas 99,99% de chances qu'il ne dise rien.
Donc, au final, bien que les premières menaces soient Fuji et Tezuka, les conséquences de leur découverte seraient minimes comparé aux dégâts que causeraient les autres titulaires. Il devait donc trouver une parade surtout pour ces derniers.
Inui était conscient qu'il ne pouvait pas indéfiniment reporter le problème, mais, pour l'instant, il tentait de le remettre à plus tard, tout en se convainquant qu'il ferait en sorte que lui et Kaidoh renouent. Si vraiment le serpent savait pour ses sentiments (98%), il devait d'abord le laisser reposer quelque temps, ensuite de quoi il s'excuserait et lui dirait que tout redeviendrait comme avant.
Avec un peu de chance, ce plan fonctionnerait. Il n'arrivait pas à calculer les probabilités de réussite, mais, de toute façon, il n'avait rien d'autre sur quoi se baser.
La pratique matinale s'acheva enfin et Inui se rendit en cours. Il n'était pas encore remis de sa peine d'amour, bien au contraire, mais de réfléchir à des problèmes concrets et, surtout, à des probabilités, le calmait et le rassérénait. En plus, il n'avait pas le temps de songer à sa propre déprime : il avait comme principe de faire passer l'intérêt du nombre avant le particulier, et donc il devait s'assurer d'abord et avant tout que l'équipe de Seigaku se porte bien.
Tout en suivant les cours et en s'entrainant, Inui réfléchit à la question et conclut que leur jeu de double n'était pas si nécessaire qu'il ne l'avait d'abord cru. Sûr, Seigaku manquait cruellement de joueurs de doubles; cependant, Kaidoh faisait une très bonne équipe avec Momoshiro, peut-être même plus qu'avec lui, et, dans ce cas, il valait peut-être mieux miser sur eux. À tête reposée, c'était même une décision plutôt rentable, car les deux pourraient former une équipe de double l'année d'après aussi, ce qui assurerait une postérité au club de tennis.
Si Kaidoh et Inui n'avaient plus à coopérer, ils redeviendraient de simples senpai et kouhai d'un même club. Non seulement on ne s'attendrait plus à ce qu'ils soient proches, mais en plus cela permettrait de mettre la distance nécessaire entre eux sans pour autant alerter qui que ce soit. Le calculateur était certain qu'il suffisait qu'ils ne soient plus aussi proches pour que le serpent redevienne comme avant, et alors tous les problèmes seraient réglés.
Bien sûr, il y avait son propre problème : il avait besoin de Kaidoh. Il l'aimait à un point tel qu'il n'avait jamais cru possible, lui qui n'aimait d'abord que ses chiffres, et il devait admettre que l'idée de l'abandonner complètement le faisait souffrir. Évidemment, il n'avait jamais cru qu'ils pourraient avoir une relation romantique; sauf que l'être humain fonctionne avec l'espoir, aussi mince soit-il, et il était en train de piétiner ce faible espoir volontairement.
S'il n'en avait fait qu'à sa tête, il aurait pu tenter de poursuivre encore Kaidoh, et peut-être même aurait-il eu gain de cause au bout du compte – son rejet temporaire n'excluait pas une acceptation prochaine. Cependant, Inui n'était pas prêt à miser sur cette éventualité au détriment du reste, surtout au détriment de son kouhai (car, au final, il serait probablement celui qui en souffrirait le plus).
De toute façon, il avait décidé dès le départ d'abandonner l'idée d'être avec lui. Rien n'avait changé depuis le moment où il avait fait ce choix et il n'était pas question de perdre cette décision de vue.
Vraiment, tout ce qui lui restait à faire, c'était de parler avec la coach et Tezuka, pour les convaincre que Kaidoh et lui n'avaient plus besoin de jouer en double. Il passa le reste de la journée à écrire dans son cahier les arguments qu'il pourrait présenter – excluant bien sûr la raison principale.
L'entrainement de l'après-midi arriva bien rapidement, mais le calculateur se sentait prêt. Il allait parler à Tezuka d'abord : Inui comptait qu'il avait 85% de chances d'arriver à le convaincre avec ses arguments, et, si tel était le cas, le capitaine s'occuperait d'en parler avec Ryuzaki-sensei. Il fallait juste espérer ne pas tomber dans les 15% qui restaient.
La pratique en elle-même se déroula étonnamment bien. Aucun match prévu ce jour-là, que des exercices – pas faciles pour autant. Kaidoh se tint à distance respectable de son senpai et Inui n'envenima pas les choses. Personne ne sembla remarquer ce qu'il se passait, puisque, dans les faits, il ne se passait rien.
Le serpent semblait pareil à l'habitude; la seule différence était qu'il ne le regardait pas du tout, pas même par hasard, et, quand par malheur son regard l'approchait, il le détournait aussitôt. Inui aurait menti s'il avait prétendu qu'une telle démonstration de dégout – car, vraiment, il n'y avait pas d'autre explication – ne lui faisait rien, mais il devrait s'y faire.
Maussade plus que de raison, il s'entraina avec peu d'entrain et ne trouva le courage d'observer ses coéquipiers que par coups d'œil. Ses données, dont il était si fier, commençaient surement à se faire vieilles, mais il s'en souciait à peine. Dans sa tête, il ne pensait qu'à la décision qu'il venait de prendre et qui scellerait à jamais l'éloignement de l'amour de sa vie.
Pourtant, il n'hésita pas; il ne devait pas hésiter. S'il n'agissait pas, bien pire encore arriverait et, soyons honnêtes, il n'aurait pas le courage de supporter une verbalisation du mépris de son kouhai. Il ne supporterait pas non plus le rejet systématique et, pour l'éviter, il devait agir en premier.
C'est pourquoi, à la fin de la séance, il retint Tezuka avant qu'il n'aille se changer et lui demanda s'il pouvait lui parler. Le capitaine acquiesça, mais précisa qu'il ne le ferait qu'après que tous les autres titulaires soient partis.
Peu à peu, tous quittèrent les vestiaires : Momoshiro, Echizen et Eiji iraient mangé des hamburgers (99%), Fuji irait vaquer à ses occupations habituelles – lesquels, Inui n'était pas certain – (100%), Kawamura retournerait chez lui pour aider son père (97%), Oishi retournerait chez lui pour étudier (87%) et, enfin, Kaidoh... irait s'entrainer (100%), mais où, c'était la grande question. À la rivière (19%) ou ailleurs (81%)?
Ce n'était pas le temps de se questionner, puisque Tezuka daigna enfin lui demander sèchement – c'est-à-dire, avec sa voix habituelle – ce qu'il voulait lui dire. Inui déglutit et présenta le problème ainsi :
- D'après mes informations, il serait plus judicieux de ne plus jouer en double, Kaidoh et moi. Kaidoh lui-même devrait plutôt s'habituer à jouer avec Momoshiro, car ils deviendraient une source sure pour l'année prochaine. Qui plus est, je crois que leur rivalité est plus à même d'augmenter leur potentiel séparément. Bien entendu, je me chargerai encore de préparer les menus d'entrainement de toute l'équipe, Kaidoh n'en fera pas exception.
Le silence s'installa et, pendant un moment, Inui craint de ne pas avoir été convaincant – pourtant, ses arguments paraissaient implacables. Enfin, Tezuka replaça ses lunettes et, après un moment où il sembla plongé dans de grandes réflexions, il finit par dire :
- Tes arguments me paraissent défendables. Il est vrai que l'année prochaine, Seigaku aura grand besoin d'une équipe de double aussi solide que celle que Kaidoh et Momoshiro forment. Cependant, nous ne pouvons pas prendre une telle décision sans en faire part au principal intéressé. En as-tu parlé avec Kaidoh?
Voilà une chose à laquelle il n'avait pas pensé! Inui était tellement obnubilé par l'idée de ne plus voir son kouhai qu'il avait oublié de prendre en compte sa participation. Évidemment qu'il devait être d'accord! Pris en faute, le calculateur répondit avec honte :
- Non, je n'y ai pas pensé.
- Dans ce cas, rétorqua Tezuka de son ton catégorique, je ne ferai rien tant que tu ne te seras pas mis d'accord avec lui. Vous viendrez me voir lorsque vous en serez venus à un compromis.
Inui aurait voulu contester, mais à peine ouvrit-il la bouche que l'autre conclut la discussion :
- Si tu n'as pas d'autres choses à me dire, je vais y aller. Bonne soirée, Inui.
Sur ces mots, il quitta la salle, laissant derrière lui un collégien très troublé. Décidément, leur capitaine était imprévisible : jamais il n'aurait pensé qu'il lui imposerait une telle contrainte. Il avait fait une erreur de calcul et il la payait le prix fort.
Donc, il devait maintenant approcher Kaidoh. Il ne savait même pas où il se trouvait, et il ne pouvait pas simplement l'appeler, non? Il avait trop peur de la réaction de son kouhai, sans compter qu'il préférait l'avoir en face pour lui parler d'un tel sujet. Il y avait toujours l'optique du SMS, mais elle lui plaisait moins.
Toutefois, comme il s'agissait de son seul choix, il sortit son téléphone et tapa un message texte qu'il envoya à son amour.
Salut Kaidoh. Il faut qu'on parle. C'est à propos du tennis. Tu as un moment libre ce soir?
La réponse arriva rapidement et, pour la première fois depuis un bon moment, il se surprit à sourire devant la réponse :
19h, à la rivière.
C'était clair, net et précis, et si fidèle au style du serpent qu'il en ressentit un baume au cœur. Vraiment, il regrettait de devoir le délaisser ainsi, mais il n'avait pas d'autres choix.
Il répondit rapidement qu'il y serait et sortit enfin du vestiaire. Jusqu'à son rendez-vous, il déambula dans les rues, le nez dans son cahier, à prévoir comment convaincre son kouhai qu'ils devaient à tout prix briser leur duo.
Jamais Inui n'avait autant réfléchi pour trouver des arguments contraires à ce qu'il ressentait – le pire, réalisa-t-il, était qu'il en avait plein.
