Voilà la suite! Je suis vraiment méchante dans ce chapitre... si vous croyiez avoir vu le pire, ce n'était rien à comparer! Je vous rassure cela dit qu'il y aura bien une happyend et qu'elle arrive même d'ici le 22e et dernier chapitre, alors ne stressez pas trop, ça s'arrangera xD! Même si ça semble pas parti pour ça...

Bon allez, fini les spoilers! Bonne lecture! =)


Quand Inui arriva à la rivière, il était 18h55; il avait donc cinq minutes d'avance. Néanmoins, le serpent l'y attendait déjà, assis sur l'herbe, le regard vers l'eau. Le plus vieux se permit quelques secondes d'observation, tant la vision lui semblait précieuse : l'adolescent, sans sourire, avait l'expression la plus détendue qu'il lui ait jamais vue et ses yeux étaient plus doux qu'ils ne l'avaient jamais été. Il devait penser à de bons souvenirs s'il affichait une telle expression, et le calculateur se demandait de quoi il s'agissait.

Il coupa court à ses questionnements : il avait une mission à remplir. Il s'approcha du plus jeune et le salua avec son simple nom. Kaidoh sursauta et s'empressa de se relever. Ensemble, ils marchèrent vers le bas de la côte, où le terrain plat serait plus adéquat pour discuter.

Inui remarqua que le serpent avait le teint un peu pâle et qu'il semblait plus épuisé qu'à l'habitude. Il s'en inquiéta, mais préféra aller directement sur le sujet qui l'intéressait; de toute façon, le malaise de Kaidoh avait rapport avec lui, il le savait. C'est pourquoi il rentra dans le vif du sujet :

- Kaidoh, c'est à propos de notre équipe de double. Je pense que nous devrions briser notre duo. Après tout, ton équipe avec Momoshiro est plus efficace et ne t'empêchera pas de perfectionner ton Boomerang. En plus, elle permettra la pérennité du club, puisque vous pourrez jouer ensemble l'année prochaine.

Il omettait évidemment l'argument le plus important, puisqu'il se doutait bien que Kaidoh ne voulait pas en parler. Il souhaitait à dire vrai que l'autre acquiesce tout simplement, ce qui lui rendrait la vie plus facile, mais en même temps il n'avait pas envie que ce soit si simple : ça montrerait bien à quel point Kaidoh le méprisait maintenant.

Le serpent baissa la tête, de sorte que son expression ne fut pas bien visible, et il murmura un pénible :

- Okay...

Inui avait ce qu'il voulait, et pourtant... quelque chose clochait sérieusement. Le plus jeune se retourna et se positionna pour partir à courir. Dans un réflexe dont il n'eut aucune conscience, le probabiliste lui prit le poignet, ce qui l'empêcha non seulement de s'enfuir, mais le força également à se retourner.

Le visage qu'affichait Kaidoh était incroyable : il ressemblait à un animal sauvage acculé au pied du mur, une petite bête sur laquelle on pointait le bout d'un fusil. Il semblait vulnérable, dévasté et pourtant fier, prêt à défendre son territoire jusqu'à la mort. Jamais, au grand jamais, Inui n'aurait imaginé lui voir un tel visage – ça en devenait pratiquement effrayant et infiniment touchant.

Il ne sut jamais ce qui lui prit exactement. De sa main libre, il empoigna son visage et le sentit se crisper. Il s'approcha de l'autre jusqu'à le frôler et de pencha sur lui. Enfin, sans réaliser ce qu'il faisait, il posa rapidement ses lèvres sur les siennes.

Ce ne fut pas un baiser spécialement réussi, ni très amoureux, ni franchement long. Kaidoh n'eut même pas le temps de réagir qu'Inui se reculait déjà, surpris et honteux de ce qu'il venait de faire. Il avait profité de la faiblesse de l'autre, avait usé de sa prédominance pour l'agresser, ni plus ni moins. Alors même qu'il savait que ses sentiments n'étaient pas partagés, alors même qu'il savait que son kouhai le méprisait maintenant...

Inui ne dit rien, resta fermement sur place, cependant que Kaidoh commençait à rougir. Il le vit poser un doigt sur ses lèvres, l'y passer comme s'il ne comprenait pas ce qui venait d'arriver. Au bout d'une minute ou deux, peut-être plus, peut-être moins, le serpent sortit de sa transe et baissa la tête, avant de se retourner et de s'enfuir en courant.

Il ne s'attendait pas à autre chose, mais il aurait voulu le retenir; il aurait voulu que Kaidoh lui dise qu'il l'aimait lui aussi, qu'il s'était trompé sur toute la ligne. Il aurait voulu que l'autre adolescent l'embrasse, lui prenne la main ou même juste qu'il reste là, près de lui.

Pourtant, il était parti. En courant.

Inui tomba à genoux sur le sol et, pour la première fois de sa vie, sentit des larmes couler le long de ses joues. Il avait toujours su que ça ne servirait à rien : il n'y avait que 13% de chances que l'autre l'aime. Il avait même décidé de ne pas agir, de ne rien faire. Il s'était fondé tout un plan, toute une marche à suivre pour ne pas avoir à souffrir autant, mais il venait de tout faire rater parce qu'il n'avait pas su se retenir.

Le plus stupide, vraiment, c'était qu'il avait tout de même gardé espoir : 13%, ce n'était pas zéro. Pour une fois, ses pourcentages étaient allés contre lui.

Il ne prit même pas la peine de s'essuyer les joues et enleva plutôt ses lunettes, qu'il mit dans l'une des poches de sa chemise. Il resta sur le sol un long moment, pleurant à chaudes larmes tout en espérant que personne ne le surprendrait. Il imagina son amour revenir, le prendre dans ses bras et s'excuser, lui expliquer qu'il avait simplement été pris par surprise. Il l'imagina lui dire qu'il ne le méprisait pas, qu'il l'aimait lui aussi.

Inui était complètement, stupidement et éperdument amoureux.

Quand enfin il essuya ses joues et remit ses lunettes, le soleil s'était couché. Il se releva et rentra péniblement chez lui, sans voir le chemin qui l'y mena. Une maison vide l'accueillit et il se laissa tomber dans son lit.

Inui ne se considérait pas comme une personne sentimentale en temps normal, mais ce n'était pas des circonstances normales et il ne semblait pas pouvoir se retenir de toute façon. Il pleura encore et encore, sans savoir penser à autre chose que le refus de son kouhai et son amour qui serait à jamais voué à l'échec.

La fatigue finit par le prendre et il s'endormit dans ses larmes. Des cauchemars l'accueillirent dans son sommeil.

~xxx~

Le lendemain matin, Inui ne se sentait pas beaucoup mieux. Le plus dur serait de voir Kaidoh. De lui parler, sans se jeter sur lui, le prendre dans ses bras et le supplier de retourner son amour. De le voir sans pleurer de nouveau, sans ressentir l'envie de mourir, maintenant et sur-le-champ.

Pour la première fois de sa vie, l'idée du suicide lui passa sérieusement par l'esprit. Assis dans son lit, sans ses lunettes, il calcula les probabilités de se tuer : 95% avec une corde, 78% dans la rivière, 99% avec des médicaments, 55% avec un couteau.

Sa mère prenait des somnifères : s'il en avalait assez, il pourrait en mourir. Il lui suffirait de ne pas se faire surprendre trop tôt, mais c'était risible tellement ce serait facile : il n'aurait qu'à prétendre être de nouveau malade. Ses parents le laisseraient tranquille et personne de son école ne viendrait le voir. Peut-être même que cela prendrait plusieurs jours avant qu'on ne retrouve son cadavre.

Inui fut pris d'un rire tout sauf joyeux : vraiment, s'il le voulait, ce ne serait même pas si difficile. C'était dire à quoi sa vie tenait.

Pourtant, par une volonté extraordinaire, il laissa ce plan de côté et décida enfin de s'habiller, avec une lenteur exagérée. Il oublia l'idée de courir et songea pendant un moment à ne pas aller à l'entrainement matinal. Cependant, il se décida à y aller quand même : il n'avait pas envie qu'on s'inquiète pour lui. Il en avait déjà assez de Kaidoh comme souci...

Il n'arriva ni en avance, ni en retard. Il fut pris pour s'étirer avec Kawamura, ce qui n'était pas si mal, pendant que Kaidoh s'étirait avec Momoshiro, encore une fois – s'il avait été dans un état normal, il se serait demandé ce que cela voulait dire, mais il n'arrivait pas à s'en soucier.

Le monde était tellement gris tout d'un coup, tellement fade, sauf Kaidoh : il ressortait, comme s'il était le seul en haute définition dans un vieux film en noir et blanc. L'adolescent ne le regardait pas, ou alors seulement en coin. Inui lui en était reconnaissant. Il ne savait pas ce qu'il ferait s'il l'approchait – il l'embrasserait, le prendrait dans ses bras, se jetterait à genoux devant lui, s'enfuirait en courant ou peut-être tout à la fois.

Heureusement, ses lunettes cachaient ses yeux; autrement, tous auraient vu qu'il les avait gonflés. Personne ne remarqua qu'il était sur le bord du gouffre – c'était dire à quel point il avait le contrôle de lui-même. Vraiment, il avait de quoi être fier : alors qu'il se noyait lentement à l'intérieur, tout le monde n'y voyait que du feu.

L'entrainement matinal se termina, ainsi que tout le reste de la journée. Inui ne vit rien passer : il contemplait le vide. Tout ce à quoi il réfléchissait avec sérieux était des méthodes de suicide. Plus il en répertoriait et plus il se rendait compte que les somnifères étaient la méthode la plus efficace et la moins douloureuse. Cependant, il s'imagina se bruler vif ou se couper pour se vider de son sang et la perspective de la douleur lui plût plus qu'elle ne l'aurait dû.

Pendant l'après-midi, ils eurent des matchs de pratique. Le destin devait avoir une dent contre lui ou Tezuka était un sadique pur et dur; toujours est-il que lui et Kaidoh furent forcés à faire équipe. Inui accepta contre son gré et le serpent siffla pour toute réponse.

Ils étaient encore une fois contre la Golden Pair, la seule autre paire de leur collège. Le match débuta plutôt bien, mais, rapidement, la différence se vit. Kaidoh était tout aussi déconcentré que lui, et aucun des deux n'osait aller vers le centre dans la crainte d'y rencontrer l'autre. Ils étaient désorganisés au possible, chacun laissant passer des balles qui leur étaient dues sous prétexte de la laisser à l'autre.

Quand le match atteignit 0-3, Eiji leur lança :

- Si vous n'essayez pas plus, on va vous battre sans que vous marquiez de points!

Oishi renchérit avec son habituelle inquiétude :

- Est-ce que vous allez bien? Vous êtes complètement désynchronisés...

Kaidoh siffla assez fort, ce qui mit fin à leur intervention. Il avait justement le service, alors il s'exécuta et, dès lors, s'investit à fond dans le match. Inui remarqua qu'il y allait trop fort justement, et qu'à trop se forcer il risquait de se fatiguer plus rapidement. Cependant, il ne trouva pas comment le lui dire, alors il préféra tenter de se concentrer lui aussi.

S'il n'arriva pas à calculer le moindre pourcentage, il réussit à renvoyer la balle la plupart du temps, ce qui était déjà une amélioration. Le serpent leur permit de gagner une partie, mais c'était plus par un coup de chance qu'autre chose. Leurs adversaires n'interrompirent pas le match de nouveau, mais il était clair qu'ils s'inquiétaient.

Étonnamment, Inui ne s'en souciait même plus.

La partie se termina sur le piètre score de 1-6. Le calculateur leva le regard sur son partenaire de double et remarqua qu'il respirait drôlement fort. Il était également en sueur, ce qui n'était pas du tout normal – il avait une meilleure endurance habituellement. Il remarqua enfin que son teint était vraiment pâle et, pour la première fois de la journée, il s'inquiéta pour lui.

Oubliant sa propre douleur, il s'approcha du plus jeune pour lui demander s'il allait bien; l'autre eut clairement un mouvement de recul et baissa le regard. Inui resta un moment immobile : il s'y attendait, mais c'était tout de même un choc.

Son inquiétude mourut dans son cerveau et il préféra aller se changer, sans prendre en compte tout ce qui l'entourait. Probablement qu'à l'heure actuelle, on avait remarqué qu'il n'allait pas. Du moins, il l'espérait secrètement, parce qu'autrement, cela aurait voulu dire que personne ne prenait la peine de le regarder.

Pourtant, on ne le retint pas et il fut le premier à s'en retourner chez lui. Sa maison vide et froide l'accueillit une fois de plus et il repensa à l'idée qu'il avait déjà eue de s'acheter un chat. Il se souvint également que la cause originale avait été Kaidoh et le souvenir le fit craquer une fois de plus.

Sans même prendre la peine de monter à sa chambre, il s'effondra sur le plancher et pleura de nouveau. C'était fini, pour toujours, et il n'y pouvait absolument rien.