Je publie vraiment vite, mais cette histoire tire à sa fin et on me harcèle pour avoir cette suite donc... voilà!

Bonne lecture!


Inui passa une autre nuit presque blanche. On était mercredi matin. Il se leva, s'habilla et alla courir. La routine normale, banale, de sa vie de tous les jours. Il ressentait un grand vide que rien ne pourrait combler.

Il arriva le premier à l'entrainement. Pas très longtemps après, ce fut Fuji qui vint tout de suite lui parler. Le génie ne prit pas la peine de faire des détours et lui demanda franchement :

- Inui, pourquoi as-tu quitté l'entrainement plus tôt hier?

Le probabiliste sortit l'excuse qu'il avait préparée :

- J'avais des observations à faire.

Le châtain ouvrit les yeux et ajouta en défaisant son sourire :

- C'est pour ça que tu as les yeux gonflés?

Inui, pris en faute, tenta de trouver une répartie, mais l'autre se fit plus rapide :

- Si tu continues comme ça, tu vas perdre Kaidoh pour toujours.

Le calculateur ferma son cahier de notes, replaça ses lunettes et le regarda franchement :

- Qu'est-ce que tu me proposes de faire alors?

- Saa, fit-il après avoir fermé les yeux, c'est toi le «cerveau de Seigaku», n'est-ce pas?

Il avait retrouvé son habituel sourire et Inui sut que la conversation était terminée. Ils s'étirèrent ensemble, cependant que le probabiliste réfléchissait. Fuji n'avait pas tort : s'il continuait ainsi, il perdrait vraiment son kouhai. Qu'y pouvait-il? L'autre l'avait rejeté et il venait de vivre la pire journée de sa vie... il ne se sentait pas l'envie de réfléchir.

Sans dire qu'il était rétabli, il commençait enfin à se sentir mieux et à délaisser les pensées de suicide. Son cœur ne le supporterait pas s'il vivait une autre expérience du même type. Cependant, il devait vraiment réfléchir à une façon de garder l'amitié de Kaidoh, ou du moins ce qu'il en restait.

Il en était là quand Eiji et Oishi firent leur apparition. Le premier se précipita sur lui et commença à lui taper le torse avec ses poings, comme un enfant fâché, et il gémit :

- Méchant Inui, pourquoi tu es parti tôt hier? Kaidoh était effrayant, il a lancé sa raquette et s'est mis à taper le sol! C'est ta faute s'il s'est fâché et qu'il est tombé dans les pommes!

Inui tenta difficilement d'enregistrer toutes les informations, mais c'était beaucoup trop rapide. Oishi arriva et restreignit Eiji, mais il ne s'empêcha pas de dire quand même :

- Tout le monde s'inquiète. Qu'est-ce qui est arrivé entre vous deux?

Inui ignora la question et demanda plutôt :

- Kaidoh a fait quoi hier?

À ce moment, la voix de Momoshiro, qui venait à peine d'arriver, se fit entendre :

- Quand Oishi-senpai lui a demandé ce qu'il se passait, Mamushi a gueulé qu'il se passait rien et a lancé sa raquette sur le sol. Après, il est tombé à genoux et s'est mis à taper le sol jusqu'à en avoir les mains en sang. Il était comme en transe, il avait une force de démon, on a dû se mettre à trois, Buchou, Taka-san et moi, pour le restreindre. Après ça, il est tombé dans les pommes.

Inui voulut ouvrir son cahier pour y écrire ces nouvelles informations, mais il n'y arriva pas. En état de choc, il demanda :

- Mais pourquoi?

Momo s'approcha et lui donna un coup sur l'épaule avec son poing, avant de dire :

- Ça fait plus d'une semaine qu'il mange à peine et qu'il dort pas. Monsieur le Maitre des statistiques avait-il remarqué que son protégé dépérissait?

Oishi tenta d'intervenir :

- Momoshiro, calme-toi!

Le pro des smashs ne s'emporta que plus :

- Tes lunettes sont juste une décoration ou quoi? T'as pas remarqué qu'il y a, quoi, 100% de chances que Mamushi soit amoureux de toi? Ou alors t'as vu et t'essaies de le rejeter? C'est ça en fait?

Incapable de se retenir, il lança un bon coup de poing en plein visage du plus vieux, qui, sous l'impact, tomba sur le sol. Momo se lança sur lui et se prépara à lui donner un autre coup. Inui vit Oishi tenter de l'arrêter, mais, étrangement, le plus rapide fut Kaidoh.

Inui ne l'avait pas vu arriver – il faut dire, il avait autre chose en tête à ce moment-là. Il retint avec ses deux mains bandées le bras de son rival, qui du coup leva les yeux vers lui. Le probabiliste vit clairement le regard assassin qu'il lui lança et Momo, après avoir dégluti, se releva, le laissant enfin.

Le silence se fit lourd. Inui se releva, replaça un peu ses lunettes étonnamment intactes et regarda son amour, des questions plein la tête. Sa joue lui faisait mal, mais, pour l'instant, c'était le dernier de ses soucis.

Ils se fixèrent un long moment avant que Kaidoh ne dise enfin, après un sifflement :

- Senpai... ça va?

Inui hocha la tête et demanda :

- Et toi, Kaidoh? On m'a raconté un peu ce qu'il s'était passé hier...

Le serpent baissa la tête et préféra demander :

- Pourquoi?

Inui se rapprocha du plus jeune et ajouta :

- Pourquoi quoi?

Le kouhai releva la tête et plongea ses yeux dans les siens :

- Pourquoi tu veux plus qu'on joue en double? Je vais faire mon possible pour maitriser le Boomerang, je vais faire tous les entrainements que tu me donneras, je ferai tout pour pas être un poids...

Le senpai se sentit fondre. Il en oublia tous les titulaires qui les regardaient et demanda :

- Tu veux encore de moi, Kaidoh?

Le serpent sembla surpris. Il sursauta et posa encore une question :

- Pourquoi je voudrais pas?

Inui, sincère, répondit :

- Bonne question.

Ils restèrent silencieux, à se fixer, jusqu'à ce qu'ils entendent un raclement de gorge. Ce fut Oishi qui intervint :

- Je suis content que vous vous soyez réconciliés, mais nous sommes encore là...

Eiji, pour sa part, exigea :

- Un bisou, un bisou!

La réaction ne manqua pas : Inui rougit un peu et il remarqua que son kouhai rougissait aussi, mais il ne fit aucun mouvement pour s'éloigner. Il sentit son cœur battre un peu plus vite et il se rappela ce que Momoshiro disait : selon lui, Kaidoh l'aimait. Il avait pourtant éliminé cette possibilité...

Oishi tenta de calmer Eiji pendant que Fuji souriait et que Momo rougissait en prétendant que ce serait écœurant de les voir faire. Inui remarqua tout ça, mais n'eut d'attention que pour son kouhai qui, toujours à sa place, lui lançait des coups d'œil. Lui-même finit par le fixer franchement et il se sentit sourire un peu. Finalement, sa cause n'était peut-être pas si perdue – c'était plutôt lui qui s'était perdu.

Tezuka choisit ce moment pour enfin faire son apparition, accompagné d'Echizen et de Kawamura. Personne ne fit de commentaires sur ce qui venait de se passer et l'entrainement put enfin commencer.

Le malaise n'était pas complètement mort, mais il était certainement moins apparent. Inui et Kaidoh ne furent pas placés côtes à côtes, mais ils ne firent pas exprès de s'ignorer; au contraire, ils se lancèrent maints coups d'œil plus ou moins en coin.

Le reste de la journée passa beaucoup trop vite. Le probabiliste avait beau essayer de réfléchir aux nouvelles informations qu'il avait obtenues, il n'y parvint pas du tout. Il passa tout ce temps, un petit sourire collé aux lèvres, à se remémorer l'épisode de ce matin. Les mots de Momoshiro tournaient en boucle dans sa tête.

Encore une fois, il en vint à douter de ses informations, mais il ne s'en souciait pas tellement. Oubliées, ses promesses de ne rien faire : il ne pensait plus qu'à aimer son kouhai. Il avait eu de bons arguments contre leur possible relation, mais il en trouvait aujourd'hui un complètement implacable pour : il ne pouvait pas vivre sans lui. D'ailleurs, sa tentative avait lamentablement échoué.

Jamais il n'avait été aussi heureux d'un échec.

Ce n'était tout de même pas une garantie que le plus jeune l'aimait, ni qu'une vie de couple était possible, mais, il ignorait pourquoi, il avait le sentiment que tout irait bien. C'était très stupide de sa part de penser de la sorte, il en était bien conscient, mais, pour une fois dans sa vie, il n'avait plus envie de comprendre, ni de prédire. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il l'aimait.

L'entrainement de l'après-midi se passa très bien, sans chicanes ni autres quiproquos – hormis les habituelles querelles de Kaidoh et Momo. Les deux récemment réconciliés ne se parlèrent pas plus qu'à l'habitude, mais pas moins : tout était, enfin, revenu à la normale.

Dès qu'il se termina, Inui alla se changer et attendit son kouhai. Celui-ci arriva peu après lui et ils prirent le chemin pour aller à la rivière. Intrigué, le plus vieux lui demanda, après quelques minutes de silence :

- Au fait, le nouvel endroit que tu as trouvé, où se situe-t-il?

L'autre siffla et prit un long moment avant de répondre, sur un ton incertain :

- Désolé, senpai, j'ai... j'ai menti.

Inui s'arrêta, à moitié surpris – à dire vrai, il avait déjà calculé que c'était un mensonge (67%) –, pendant que le plus jeune continuait. À peine un pas plus tard, Kaidoh s'arrêta, sans se retourner, et le plus vieux se demanda ce qui lui passait par la tête. Inui laissa un soupir lui échapper et demanda, sans s'attendre à une réponse :

- Qu'est-ce qui s'est passé au juste? Comment en sommes-nous arrivés là?

Le serpent resta silencieux et Inui se décida à marcher de nouveau. L'autre suivit en silence. Ils ne dirent aucun mot jusqu'à la rivière, où ils s'installèrent tous deux dans la pente, sur le sol.

Après un très long silence, le probabiliste demanda calmement :

- Kaidoh, à quoi tu penses?

Le serpent siffla et finit par répondre :

- À rien.

Un sourire lui vint et Inui se tourna enfin vers le plus jeune pour préciser sa pensée :

- Je ne parlais pas de maintenant en particulier. Je voulais plutôt dire en général.

Kaidoh releva le regard vers lui.

- Et toi, senpai?

En rajustant ses lunettes, le plus vieux réfléchit et conclut :

- Je réfléchis en probabilités et j'essaie de tirer le meilleur partie de toutes les situations en prenant compte de toutes les variables. Je réfléchis donc à toutes mes informations et tire des conclusions.

Le serpent baissa de nouveau le regard pour fixer ses mains et répondit :

- J'aime pas réfléchir. Je réfléchis toujours malgré moi.

Intéressé, Inui enchaina :

- Tu réfléchis à quoi malgré toi?

Après avoir joué avec ses doigts un long moment, il laissa échapper :

- À un peu tout... j'essaie pas de comprendre, je fais juste... je sais pas. Je m'imagine des trucs. Je... je pense à ce que les autres pensent, j'essaie de comprendre leurs actions, les miennes aussi, mais je fais pas confiance à ce que je découvre, du coup ça sert à rien. C'est pour ça que je déteste ça.

Un autre silence prit place avant qu'Inui lui prenne doucement la main – en évitant d'appuyer sur ses blessures – et lui demande, très doucement :

- De moi, tu en penses quoi?

Sans défaire l'étreinte ni la resserrer, il murmura presque :

- Trop de choses...

- Moi, je pense à toi. Sans arrêt. Le pire, c'est que je ne te comprends toujours pas... tu mets mon cerveau en échec.

Le visage du serpent prit une belle teinte cramoisie et le cœur du plus vieux s'accéléra. Il lui empoigna le visage et, cette fois, il savait que l'autre ne s'enfuirait pas. Avec une lenteur incroyable, il s'approcha de son visage et l'embrassa.

Kaidoh lui répondit tout de suite et approfondit le baiser. Inui sentait son cœur se débattre dans sa poitrine. Il laissa sa main descendre, suivre sa joue, frôler son cou, passer sur son torse, caresser sa taille et se poser sur son dos. Son autre main entrelaça leurs doigts et il sentit les doigts du serpent faire de même. Sa main à lui vint se poser sur son épaule et s'y accrocha.

Au bout d'un très long moment, Inui se recula et ouvrit les yeux pour les plonger dans ceux de son kouhai. À cette distance, celui-ci devait voir à travers les verres de ses lunettes. Leur regard se prolongea sans qu'ils songent à briser le silence. Finalement, tout naturellement, ils se délaissèrent et Kaidoh se releva.

Encore rêveur, Inui sortit machinalement son cahier sans l'ouvrir. Le serpent marcha jusqu'à la rivière en trébuchant plusieurs fois. Il farfouilla péniblement dans son sac pour en sortir la serviette qui lui servirait à s'entrainer et, après s'être battu avec ses souliers pour les enlever, il mit les pieds dans la flotte.

Enfin, il commença à s'entrainer, d'abord de manière très maladroite, puis avec plus en plus d'assurance. Avec tendresse, le plus vieux l'observa et finit par prendre ses informations. Il avait un peu perdu la forme, mais pas de façon catastrophique : il regagnerait tout en quelques jours à peine.

Rassuré, Inui se promit de ne rien faire pour créer de nouveaux problèmes.