Chapitre 11 : ou la planque

Le vieux Jiraya était le parrain de Naruto. Ancien militaire et nouveau baroudeur, il était toujours en vadrouille. Enfants, son cousin et lui avaient toujours adoré les histoires de ses aventures dans des contrées inconnues et dangereuses. Adolescents, ils écoutaient avec plaisir les récits de ses frasques amoureuses.

Naruto et lui l'avaient toujours adoré. Mais cette considération n'avait rien à faire là. Il voulait des réponses, et il sentait que cet homme pourrait lui en apporter. C'était tout ce qui comptait.

Le vieil homme lui promit qu'il lui dirait tout ce qu'il savait, dans la mesure du possible, mais pas tout de suite. Il devait d'abord le mettre en sécurité. Ils avaient roulé toute la nuit. Yahiko avait bien tenté de rester éveillé, mais avait fini par succomber à l'appel de Morphée avec la venue de l'aube.

Le vieux baroudeur les emmena dans une petite cabane dans les bois, sa « résidence secondaire d'urgence », comme il se plaisait à l'appeler. On ne pouvait y accéder qu'à pied, après avoir escaladé une petite falaise rocheuse.

La petite bicoque ne comportait à première vue qu'une seule pièce.

Dans l'ensemble, elle paraissait en bon état, bien qu'il soit clairement visible qu'elle n'avait été habitée depuis longtemps. On y trouvait aussi bien un vieux lit deux places, tout au fond, qu'un petit coin cuisine. Tout le sol était recouvert de tapis épais.

Depuis la porte d'entrée, on tombait d'abord sur une petite table circulaire entourée de trois chaises. A gauche trônait un gros canapé molletonné et un peu défoncé, juste devant une imposante cheminé. En longeant le mur de la cheminée, à l'opposé de la porte d'entrée, on tombait sur le coin « chambre », qui se limitait en fait à un grand lit recouvert d'épaisses couvertures, au-dessus duquel était fixée une petite lampe à piles. Juste en face, sur le mur opposé, se trouvait un plan de travail, un lavabo, et quelques placards. Par terre, un petit réchaud à gaz. Il pouvait voir de l'entrée la vaisselle en inox, sale, dans l'évier.

Jiraya, qui était occupé à suspendre sa veste à une patère derrière la porte, capta son regard.

- Désolé, je suis parti te récupérer un peu précipitamment. Officiellement, tu ne devrais pas être là, mais dans un charter en direction du Japon.

- Et vous n'obéissez pas ?

- Bah ! Les ordres, les ordres… Je suis à la retraite moi ! Je n'en reçois plus que de moi-même !

- …

- Heureusement pour toi, Asuma et Gai, les deux principaux agents chargés de ta protection, étaient d'accord avec Minato et moi. T'envoyer comme ça, même au Japon - enfin, surtout au Japon, je devrais dire… - Bref ! Dans l'état actuel des choses, ce serait t'envoyer au casse-pipe ! Donc ils ont décidé de « relâcher leur garde » le temps que je te « kidnappe ».

- Attendez ! Vous pouvez me la refaire au ralenti ?! Sérieux, où sont mes parents ? Et que vient faire Minato-san dans cette histoire ? Et ma tante, elle va bien ? Et puis, comment ça, le casse-pipe ?! C'est quoi toute cette merde ?!

Jiraya voyait bien la tension dans le corps de l'adolescent. Un mot de travers et il lui sauterait dessus. Il était à bout de nerfs, et ça se comprenait, mais vu son état, ils n'iraient nulle part. Il devait d'abord se calmer un peu.

- Ecoute, il y'a une pompe à eau reliée à un court d'eau et un grand baquet de bois derrière la maison. Va prendre une douche, le temps que je nous fasse un petit truc à grignoter. Si tu ne supportes pas l'eau froide, remplis une marmite et mets-la sur le réchaud.

Yahiko allait protester, c'était maintenant qu'il voulait ses explications, mais ne put que rester bouche bée quand il vit le vieil homme soulever les coins de plusieurs tapis pour accéder à une trappe.

Le temps qu'il revienne de sa stupeur, Jiraya avait déjà disparu sous terre et rabattu sur lui trappe et tapis. Ni une ni deux, le rouquin décida de le suivre. Il répéta les gestes de son aîné, et descendit dans le petit passage à l'aide d'une échelle de métal fixée au mur, comme une entrée d'égouts.

Au moment de rabattre l'épaisse trappe, il comprit comment l'homme avait pu remettre les tapis parfaitement en place de l'intérieur. Il repéra en effet un ingénieux système de fins fils transparents qui reliaient les tapis. Tirer sur un filin permettait de tout remettre en place rapidement, ni vu ni connu, ce qui rendait la présence d'un passage à cet endroit insoupçonnable.

Il tira sur la ficelle et descendit dans un long couloir de béton. Qu'est-ce que c'était que ça ? Un genre de bunker ?

Il arriva rapidement devant une porte qui semblait extrêmement solide. Il tenta bien de l'ouvrir, mais elle demeura close.

La deuxième porte était une chambre froide. Voir toute cette viande congelée suspendu à des crochets lui fit froid dans le dos, aussi referma-t-il vite la pièce. Il continua jusqu'à arriver devant une porte qu'il ouvrit. Un garde-manger : boîtes de conserve, caisses… Il voyait même un groupe électrogène dans le fond. Et à coté, à genoux et farfouillant dans une grosse malle dont il sortait des épices, Jiraya.

Celui-ci se retourna, peu surpris de trouver le jeune homme derrière lui.

- He bien ! Que fais-tu encore là ?

- Rien.

- Bien, alors remonte. Nous redescendrons plus tard. Disons, après ta douche.

- … Ok, souffla Yahiko, trop stupéfait pour chercher à protester.

Il allait sortir lorsqu'il demanda :

- Ji-san ? le couloir, où va-t-il ?

- Dans les bois, mon garçon. C'est une sortie de secours.

Yahiko s'attendait presque à le voir éclater de rire. Il voulait le voir éclater de rire, chanter à tue-tête « Joyeux non-poisson d'avril » et dire à quel point il l'avait bien eu. Mais il restait mortellement sérieux, le fixant droit dans les yeux avec un regard grave.

Yahiko se précipita dehors, la gorge serrée, sans même prendre la peine de cacher l'entrée du passage. Il courut derrière la maison, à l'aveugle, sans même prendre le temps de vérifier s'il allait dans la bonne direction.

Il arriva finalement à la pompe, les yeux humides, cherchant à reprendre son souffle. Merde, il ne devait pas pleurer ! Ça ne l'avancerait à rien…

Merde.

Merde merde merde merde merde!

Dans quoi ses parents s'étaient-ils donc fourrés ?!