Bonjour à tous !

Bon et bien nous revoilà pour ce deuxième chapitre de Beurk la Honteuse, mais d'abord...

Que de remerciements pour ces commentaires, favorites et follows que j'ai reçus cette semaine ! Je suis tellement heureuse que la suite vous plaise autant que la fiction originale (t'emballe pas ma grande, c'est l'effet premier chapitre), j'espère que les chapitres à venir sauront aussi bien accueillis ! (mais je pense que là, c'est pas possible de faire mieux sur un deuxième...)

Enfin bon, merci beaucoup !

Ensuite, je n'ai pas pu faire trop de discours la dernière fois, un orage a précédé ma publication, j'ai donc publié via la connexion de mon portable qui tombait en rade (tout comme mon ordi d'ailleurs...), j'étais en mode économisation de temps et de cerveau, j'en ai oublié le disclaimer et certain auront certainement remarqué dans leurs mails que la fiction se nommait "Beruk la Honteuse", titre que j'ai dû modifier via le portable dont la batterie avoisinait les cinq pour cent.

Une épopée je vous dis.

Bref, je me rattrape ! La fiction fera dans les dix chapitres environ. Pour une fois elle n'est pas complètement écrite mais j'ai pris énormément d'avance donc je m'accorde le droit à la publication (je sens que vais le regretter un moment ou à un autre, je ne sais pas pourquoi...) Elle racontera donc la progressive réintégration d'Harold dans le village qui seront donc raconté sous forme de scènes successives (un peu comme dans Harold le Banni, mais en un peu moins dark). J'espère que ça vous plaira :)


ATTENTION ! J'annonce l'arrivée d'un Beta dans l'équipe, j'ai nommé : Naemos !

Il a corrigé la totalité de mes chapitres (tous, oui, tous), qu'il soit béni (non parce que là, j'ai vraiment eu peur, il a un œil de malade...)

Par ailleurs grâce à lui, tous les chapitres vont être réédités (quand ma soeur arrêtera de me tanner pour qu'on regarde un épisode d'Avatar par contre...)


Réponse aux guests :

Kira : Ravie que la fiction te plaise :) Si la fin tragique t'a déplu, j'espère que cette fiction là te fera un peu plus rire que la précédente (les jumeaux dans un fiction, ça aide, beaucoup).

Par contre ce n'est pas ma première fiction ! ^^ Dans ce fandom oui, mais j'ai déjà pas mal de fictions à mon actifs (mais pas de cette qualité, j'en conviens XD)

Valnola : Dans la vraie vie, un mec avec ce caractère aurait fini plié en deux après m'avoir parler, j'ai à peu de chose près la même douceur qu'Astrid :) Si tu aimes ce caractère, je suis désolée... Il va progressivement se calmer ! (enfin... un peu...)

Rimen14 : Merci pour tes compliments ^^

Evidemment qu'il y a une suite : près de 10 chapitres d'ailleurs :)

Unefeerique : Ravie de constater que cette fiction t'ait plu autant, je suis vraiment contente ^^

Je suis entièrement d'accord avec toi sur ces deux morales, elles s'appliquent parfaitement à la fiction et sont peut-être d'ailleurs, ce autour de quoi tourne l'enjeu de cette fiction pour Harold. Il est loin de ce qu'il paraît être et n'a jamais pu oublié d'où il venait. Mais est-ce qu'au final, ce n'est pas lui qui en pâtit ?


Enfin ! La suite tant espérée (faut que je surveille mes chevilles moi...) est arrivée sur vos écrans !

Enjoy !


Beurk la Honteuse

Chapitre 2 :

La forge n'avait pas beaucoup changé en cinq ans. L'odeur restait pareille à son souvenir. Un mélange de métal chaud, de braises encore brûlante, de poussière et de bois travaillé. Une légère odeur de cuir aussi. Jamais le garçon n'avait réussi à se résoudre à laisser son passé de forgeron derrière lui. C'était sans doute parmi les seuls bons souvenirs qu'il avait de cet endroit. De Beurk.

Et outre le fait que ses aptitudes lui aient sauvé la vie un bon nombre de fois.

Silencieusement, il laissa ses yeux courir le long des murs recouverts par les innombrables armes que son mentor affichait comme ses œuvres. Il y en avait juste plus qu'avant. Il restait même au fond de l'atelier, ce bout tissu qui servait de porte à son lieu de travail personnel.

Le visage neutre, Harold remonta doucement le rideau pour entrer dans ce qui avait été son sanctuaire durant toute sa précédente vie. Le lieu semblait avoir été complètement déserté depuis son départ et la couche de poussière lui indiqua que Gueulfor était toujours aussi peu pointilleux avec le ménage et que décidément, ce n'était pas le balai qui devait orner son moignon le plus souvent.

Le vieux forgeron n'avait touché à rien. Absolument et ce, depuis son départ. De nombreux papiers qui avaient accueilli les nombreux dessins d'armes et appareils en tout genre, tout droit venu de la tête d'un petit garçon curieux disparu depuis, ornaient la table de travail poussiéreuse. Même deux-trois inventions étaient encore glissées dessous et sur les étagères.

Rien n'avait bougé.

« J'étais sûr que tu viendrais. »

Harold ne sursauta même pas. La démarche clopinante était loin d'être la plus silencieuse qu'il connaissait et il avait entendu sa venue depuis presque le réveil du propriétaire des lieux. Mais l'auburn ne daigna même pas le regarder.

« Je ne comprends pas pourquoi t'as gardé toutes ces vieilleries, dit-il simplement en attrapant quelques papiers.

- J'n'arrivais pas à m'en défaire, répondit simplement Gueulfor.

- On devient sentimental ? Ricana le garçon.

- On va mettre ça sur le compte de l'âge. »

Gueulfor vit le visage de son ancien apprenti se murer lentement dans une non-expression effrayante de son point de vue. Le peu d'émotion qu'il était parvenu à entrevoir à sa venue avait complètement disparu pour la lassitude et l'indifférence la plus totale.

C'était pourtant lui, il le savait.

Harold Haddock. Le petit garçon curieux aux phrases bien assaisonnées de sarcasme bien placé. Si le sarcasme était toujours là, il était maintenant méprisant, amer et acide à la fois. Le petit garçon lui, était devenu un homme aux cicatrices trop prononcées pour son jeune âge, même pour un Viking.

Il n'aurait pas dû devenir ça.

« J'ai tenté de l'empêcher tu sais. » Fit le vieux blond.

Harold ne répondit même pas. Il savait de quoi son ancien mentor parlait et n'avait actuellement pas du tout envie d'en parler.

« J'ai tenté de le faire revenir sur sa décision mais tu le connais. Un vrai cochon sauvage. »

Une nouvelle fois, l'auburn ne répondit pas mais Gueulfor vit très distinctement son corps se raidir à la mention de son père.

« Il n'aurait pas dû faire ça, j'ai passé des heures à tenter de le ramener à la raison, de l'envoyer te ramener toi mais rien, il n'a jamais-

- La ferme. »

La suite de la tirade mourut dans la gorge du forgeron à la voix glaciale du jeune garçon. Il vit le papier dans sa main se froisser à la poigne trop forte et les phalanges blanchirent. Pour la première fois, il vit le regard de son ancien protégé dans le sien. Jamais les émeraudes, si semblables à celles de son père, ne lui semblèrent plus dangereuses et cruelles qu'à cet instant.

Par Thor. Astrid l'avait pourtant prévenu.

« Tu ''tentais'' ? ''Il n'aurait pas dû'' ? Où étais-tu toi quand il m'a envoyé au diable ? »

Gueulfor déglutit. Chaque mot prononcé par cette même voix qui auparavant parlait de trolls et de rêves de conquête lui transperçait le cœur et l'âme.

Odin tout puissant. Même dans son état il pouvait dire que ce garçon était dangereux.

« Où étais-tu quand j'agonisais sur cette plage après des heures de rames ? Relança Harold en élevant la voix. Où étais-tu lorsqu'Alvin m'a envoyé sur cette foutue galère ? Hein ?! »

Le blond se sentit écrasé par ces mots. Il avait raison. Ce n'est pas son père qui aurait dû faire quelque chose. C'est lui qui aurait dû sauter sur une barque et rejoindre le pauvre gosse qu'il était.

Mais il en avait été incapable.

Il avait laissé le garçon tout seul.

« Hein ? Où étais-tu Gueulfor ? Lorsqu'ils m'ont envoyé dans l'arène pour être massacré comme du bétail devant une foule en délire ? Où étais-tu lorsque j'ai plongé ma lame pour la première fois dans le corps dans un homme… ? »

Le ton qui montait précédemment n'était plus qu'un murmure mais l'impact était tout aussi puissant pour le forgeron. Il vit Harold s'avancer vers lui pour approcher son visage du sien, ses yeux plus brillants encore à la lumière.

« Où étais-tu lorsque je rentrais couvert du sang des pauvres gosses qu'on m'envoyait pour amuser la galerie Gueulfor ? »

Le vieux Viking sentit son cœur se briser.

Par les dieux. Harold… Mais qu'avait-il donc affronté ?

Les yeux embués, il sentit plus qu'il ne vit le garçon passer à ses côtés pour rejoindre la porte. Mais alors que le garçon allait sortir, Gueulfor craqua.

« C'est vrai. J'étais là. J'étais là et nulle part ailleurs et surtout pas sur une fichue barque à te rejoindre. Je suis resté là, à simplement hurler sur ton père. Je n'ai rien fait alors que- !

- Ne l'appelle pas comme ça. »

Harold fit volte-face et le blond sentit son sang se glacer. Envolée l'indifférence, disparue le masque de neutralité. Ne restait sur le visage du jeune homme, que de la haine et rage mêlées.

Ce même visage que Stoick avait sûrement affronté quelques jours auparavant.

« Ne. L'appelle. Plus. Jamais. Comme ça, siffla l'auburn. Cet homme a tué son fils il y a cinq ans. Je n'ai rien, absolument rien à voir avec lui. »

Gueulfor vit le garçon trembler sous la colère, les yeux plus sombres qu'ils ne l'avaient jamais été.

Et pourtant…

Et pourtant il en était persuadé. Il l'avait vu.

Le mince éclat de tristesse au fond de ces yeux si verts.

Il était là. Quelque part.

Harold Haddock était toujours là.

« Pourquoi ? » Demanda Gueulfor en se redressant.

Le jeune homme fronça les sourcils en réponse.

« Alors pourquoi avoir protégé le village tant d'années alors ? Pourquoi t'être donné autant pour un village qui t'avait banni ? Pourquoi avoir protégé Astrid ? Pourquoi … Pourquoi Harold ?! »

La tempête qui faisait rage chez le garçon disparut brusquement. Un éclat de surprise traversa son visage mais rapidement, ses traits se fermèrent pour reformer le masque habituel du Banni. Ses poings crispés se détendirent et ses épaules affaissées par la colère et les années de luttes se redressèrent.

« J'aurai dû faire quoi Gueul' ? Laisser Alvin attaquer le village ? Envoyer les Hooligans dans les galères en leur montrant bien mon visage, histoire de bien leur faire comprendre que c'était moi ? Que c'est moi qui allais leur faire goûter à l'enfer ? Je suis donc un tel monstre pour toi ? »

Gueulfor déglutit. La lassitude d'Harold était presque palpable. Et les mots qu'il prononçait lui faisait aussi mal que sa colère de toute à l'heure.

« Ce que j'ai vécu là-bas… Je ne le souhaite à personne. Pas même à Beurk. Ça aurait juste été gênant qu'on me reconnaisse. Alvin au courant était juste suffisant. »

Harold tourna les talons. Mais Gueulfor ne pouvait pas encore le laisser partir. Il ne savait pas quand serait la prochaine fois qu'il pourrait lui parler ainsi, seuls. Et il devait lui dire encore une chose qui allait sans doute enterrer toute relation qu'il avait avec le garçon.

« Je t'ai entendu là-bas. »

Cette fois-ci, l'ancien apprenti s'arrêta mais ne se retourna pas, visiblement lassé de la conversation. Il ne répondit même pas.

« Je t'ai entendu, quand Alvin t'a tranché. »

Seuls les doigts d'Harold, brusquement figés, lui firent comprendre qu'il était écouté.

« Tu l'as dit Harold. Tu as dit que Stoick était ton père. »

Incapable de lire son visage, le forgeron dut attendre de longues secondes que le garçon réagisse, fasse un signe ou dise un simple mot.

Et la réponse fut sans appel.

« Ah ? La douleur a dû me faire perdre la tête. J'en ai aucun souvenir. »

Il vit le jeune homme prendre calmement la porte, aviser d'un coup d'œil la corbeille de fruits que le vieux Viking avait laissée là et y prendre deux pommes d'un geste aérien.

« Tu permets ? Fit le Banni en se tournant face au forgeron, une pomme dans chaque main. J'ai pas petit déjeuné ce matin. »

Il n'attendit pas de réponse pour s'en aller.

Gueulfor n'avait de toute façon pas le courage de répondre.

Son visage était redevenu indifférent. Ses yeux autrefois si expressifs s'étaient fermés pour ne laisser rentrer personne. Le Harold Haddock qu'il avait entrevu s'était de nouveau retrouvé muselé au fond de cet être méprisant et dangereux.

… Non. Pas muselé.

Protégé.

Gueulfor le savait. Il était toujours là, quelque part. Mais trop fragile pour être montré à nouveau.

Peut-être qu'Astrid arriverait à le sortir de là.

… Par les dieux qu'Astrid réussisse.

Sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit, Gueulfor sentit les larmes qu'il avait maintenues alors s'écouler lentement sur ses joues.

Depuis combien de temps n'avait-il pas pleuré ?

Il était incapable de le dire.

oOo

Harold marcha à grandes enjambées vers le domicile qui lui avait été assigné ces dernières semaines. La matinée trop avancée avait sorti les Vikings de leurs antres et le garçon zigzagua la tête basse, la pomme bien entamée dans la bouche, parmi les hommes et les femmes qui commençaient à vaquer à leurs occupations quotidiennes.

Bien trop se retournèrent sur son passage.

Mais la vue qui s'offrit à Harold lui rendit vite un sourire en coin.

Frappant bien assez les marches sur parvis, il réveilla le somnolant Rustik qui essuya le mince filet de bave qui s'était accroché au peu de barbe qui lui couvrait le menton.

« Attrape. »

Par réflexe, le tueur de dragon attrapa au vol la pomme en perdition et releva la tête en fronçant les sourcils avant d'écarquiller les yeux.

Devant lui, un Harold tout fringant qui refermait la porte derrière lui.

« Bon appétit. » Lui sourit-il.

Et le Banni disparut.

Rustik lui, chercha de longues minutes comment et quand le jeune homme avait bien pu se faire la malle.

oOo

« Dis-mois que c'est une mauvaise blague. »

La voix d'Astrid retentit comme un gong dans l'esprit d'Harold. Il rouvrit aussitôt les yeux pour voir le ciel parsemé de nuages de Beurk au dessus de sa tête, l'une des rares choses qui lui avait manquée.

« Mais bébé tu vois bien qu'il est dangereux ! »

Par contre lui ne lui avait pas du tout manqué.

« Appelle moi encore une fois comme ça et je t'enfonce ma hache par le pôle Sud. »

Le sifflement de la blonde fit sourire le jeune homme. L'une des choses qu'il aimait chez Astrid, c'était sa fierté de Viking. Elle était fière et rendait fière ce titre qu'elle portait haut et fort de guerrière Viking.

Et tueuse de dragon.

« Harold ne fera jamais de mal à qui que ce soit, est-ce que c'est bien clair ? Reprit-elle.

- Excuse-moi mais non ça ne l'est pas ! Il a envoyé des hommes à l'esclavage et tué ses propres compagnons !

- Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans le mot ''infiltré'' ?

- Astrid ! Cet homme est un tueur !

- Il n'a pas eu le choix ! Et nous aussi nous tuons ! On a tué pour libérer les esclaves !

- On n'a pas tué des hommes, on a tué des Bannis ! Ces types avaient trahi les leurs !

- Et qui Harold a-t-il trahi pour se retrouver sur une barque à quinze ans ? »

La phrase fit mouche chez les deux hommes. L'un ouvrit plusieurs fois la bouche pour ne rien dire en grimaçant, l'autre papillonna des yeux quelques secondes.

C'était une question qu'il se posait depuis cinq ans maintenant. Et personne n'avait pu lui trouver de réponse convenable.

Lentement, Harold redressa son buste pour faire face à la mer. Il regarda la mer miroiter quelques secondes avant de silencieusement s'approcher du bout de son perchoir où il finit par s'allonger et passer sa tête dans le vide pour observer d'un œil indifférent, la dispute entre les deux Vikings.

« Ce… Ce n'était simplement pas l'un des nôtres, avait fini par répondre le brun trapu.

- ''L'un des nôtres'' ? Répéta une Astrid ahurie. Tu te fiches de moi ? Depuis quand… Depuis quand y'a des critères pour faire partie de Beurk autre que le sang ? Il faut… obligatoirement être… grand ? Fort ? Je sais pas moi ! Pourquoi… Pourquoi il ne pouvait pas juste être ce qu'il était ?

- Parce qu'on a toujours du mal à accepter quelque chose qu'on ne comprend pas. »

Les deux Hooligans sursautèrent avant de lever des yeux ébahis vers le toit où trônait un Harold nonchalamment allongé sur le toit de sa demeure provisoire.

« Harold ! S'écria Astrid. Tu… Mais… Comment t'as fait pour monter là-haut ?

- L'étage, répondit-il simplement.

- Ça je m'en doute, je voulais parler de ton état !

- Je vais bien.

- Tu es encore en convalescence, tu dois te reposer alors… descends de là, tu veux ?

- … Oui M'dame. »

Astrid leva les yeux au ciel lorsque le garçon descendit. Il ne pouvait rien faire comme tout le monde, non.

Les deux mains sur le rondin qui servait de point d'ancrage à l'arc que formait le toit de la maison, il se balança jusqu'à un autre plus bas où il se laissa descendre cette fois tout simplement. Il frappa ses mains l'une contre l'autre avant de lever les yeux vers la blonde qui le fusilla du regard.

« … Quoi ? »

Sans prévenir, Astrid lui asséna un violent coup dans le bras tatoué.

« Aoutch ! Ça fait mal ! Pourquoi tu m'as frappé ?!

- Ça, c'est pour m'avoir fait peur ! Et ça, dit-elle en le frappant à nouveau, c'est pour m'avoir laissée te frapper sans rien faire et dire aïe sans avoir mal ! »

Ils se toisèrent quelques instants, oubliant par la même l'inexistante présence du pauvre Rustik isolé, avant qu'Harold ne lâche son bras et reprenne son masque habituel.

Astrid aimait voir autre chose que de l'ennui sur son visage mais pas lorsqu'il était feint.

« Tes coups sont plus forts que beaucoup d'hommes qui m'ont frappé, consentit à dire le jeune homme.

- Je vais prendre ça pour un compliment.

- Hum hum ! »

Les visages des deux jeunes gens se tournèrent vers le troisième larron qui semblait sur le point d'étrangler le facteur masculin qui tournait autour de sa Viking. Mais il n'apprécie pas tellement la synchro avec laquelle ils le firent.

« Tu seras sans doute ravie d'apprendre que ton petit copain s'est fait la malle tout seul ce matin en ton absence. »

Rustik croisa les bras sur son torse et mit au défi du regard le fugueur qui se contenta de lui renvoyer des yeux ennuyés. Astrid elle, balança son humeur entre plusieurs constatations. Elle choisit finalement de toutes les faire subir aux jeunes hommes.

Parce que sa patience atteignait ses limites.

« Et comment aurait-il pu faire cette promenade alors que toi Rustik, fier Viking et tueur de dragon, montait la garde devant sa porte ? »

Le Jorgensen accusa le coup et il bégaya un certain temps en papillonnant les yeux avant qu'Harold en viennent à son secours.

« Le toit. »

Astrid prit une grande inspiration et finit par lever les yeux au ciel.

« Pourquoi ça ne m'étonne même pas ?

- Et tu ne demandes pas où il a pu aller ? S'écria Rustik. Il aurait pu aller n'importe où ! Chez le chef par exem- ! »

Le jeune Hooligan ravala tous les mots qui auraient pu sortir de sa bouche devant le regard d'Harold qui le fusilla des yeux.

Okay. Ne pas mentionner le papa. Noté.

« Harold ? »

Le susnommé plongea son regard dans celui de la blonde. Rien. Pas d'accusation, pas de colère, ni de procès. Une simple question.

« Où étais-tu ?

- … La forge.

- … Tu as vu Gueulfor ?

- Je crois qu'il pleurait.

- Harold ! »

Là le ton était accusateur. Astrid le regarda à la fois choqué et en colère par sa réponse. Le regard d'Harold lui, se fit plus froid.

« Quoi ? J'aurais dû lui faire une bonne accolade virile, à la Viking, pour célébrer mon retour devant une bonne bière ?

- Non mais au moins essayer de se mettre à sa place !

- Qui a été envoyé sur une galère il y a cinq ans ?

- C'est le seul qui s'est opposé !

- Merci de me rappeler ce point important, vraiment. Mais moi je te rappelle qu'il a quand même laissé faire l'autre. Il n'est pas venu me chercher.

- Tu veux faire de tous les adultes de Beurk tes ennemis ?!

- Astrid, ce sont déjà mes ennemis. Et ça fait bien plus de cinq ans. »

Harold coupa court à toute discussion. L'auburn tourna les talons et claqua la porte derrière lui. La blonde plissa les yeux et attrapa son nez en grimaçant devant un Rustik une nouvelle fois coupé de la discussion. Il lui fit se rappeler sa présence de la plus merveilleuse des manières.

« Très cool ton nouveau copain. »

Et Astrid lui fit rappeler bien gentiment à qui il parlait.

Mais ce n'est que par terre, gémissant et une main sur son œil douloureux que la mémoire lui revient.

oOo

La porte du Chef s'ouvrit – trop – brusquement, laissant apparaître un vieil homme, perché sur son bâton de berger, les lèvres déjà frétillantes de ses mots à venir.

Stoick Haddock soupira, déjà las de la discussion qui se profilait.

« Pas maintenant Mildew, devança-t-il. J'ai déjà trop de chose à faire aujourd'hui. »

Perché sur un long papier parsemé de notes en tout genre, le Chef des Hooligans préparait les futurs tournées de chasse et pêche de tout le village. Les récentes pertes humaines et les nombreux blessés avaient chamboulé toutes les familles de l'île qui avait toutes envoyées l'un des leurs en réunion avec le Haddock.

L'ancien du village sourit devant l'assemblée. Il ne pourrait pas se dérober cette fois, il se le promettait.

« Oh mais je pense que non, ça ne peut pas attendre Stoick, siffla-t-il dans un sourire. Ce matin, j'ai vu une certaine personne se promener sans escorte dans le village, comme si c'était le sien. Tu dois te douter de qui il s'agit n'est-ce pas ? »

Le Chef plissa les yeux et inspira profondément. Grandiose. Mildew avait attendu qu'ils aient un public. Il rouvrit les yeux, plongeant ses yeux verts dans le regard du vieil homme.

« Il a sauvé le village et de nombreuses vies sur cette île Mildew. Dont la mienne. Je n'ai en aucun cas le droit de lui dire quoi que ce soit.

- Tu le vois en tant que le héros que tu voudrais qu'il soit Stoick mais non, il ne l'est pas. Il travaillait avec Alvin. Il a simplement retourné sa veste au bon moment. Il est et restera à jamais un Banni. »

Les pères et mères de famille se regardèrent entre eux pendant que le Haddock soupirait. Il ne savait pas comment se départir de cette situation.

Son fils l'avait sauvé.

Son fils.

Le garçon qu'il avait lui-même banni était revenu sur Beurk. Ce garçon qui était devenu un homme sans lui et qui lui vouait maintenant une haine sans pareil.

Tout était de sa faute. Il le savait pourtant.

C'était entièrement de sa faute et toutes les nuits blanches que le Chef avait eues toutes ces cinq dernières années n'y changeraient rien.

Et maintenant qu'Harold était revenu, on voulait une nouvelle fois le lui enlever en prétextant son statut de chef sans lui laisser la moindre chance de renouer avec son fils.

Il ne le méritait pas. Mais au moins que son fils le regarde droit dans les yeux pour qu'il puisse y lire toute la souffrance qu'il lui avait infligée.

Qu'il lui crache au visage toutes ses erreurs.

« Je ne pense pas qu'il aurait risqué sa vie pour moi si c'est pour ensuite détruire un village qu'il a gardé éloigné du trafic d'Alvin.

- Tu n'en sais rien ! Qui sait ce qu'il peut bien se tramer dans la tête d'un Banni !

- Je t'interdis de parler de mon fils de cette façon, gronda Stoick en se redressant.

- Ton fils ? Rit Mildew. Tu es bien le seul l'appeler ainsi ! Surtout après l'avoir banni de notre village… Un traitement privilégié ?

- Privilégié pour quelqu'un qui a sauvé notre village et si tu as quelque chose à redire, c'est à Astrid qu'il faut s'adresser. Elle s'est porté garante de lui.

- C'est donc à la femme qui s'est entichée de lui après des semaines à ses côtés, des mensonges pour nous, que je dois m'adresser pour savoir où ce gosse s'est baladé ce matin ?

- Ça tu peux simplement me le demander Mildew. »

Stoick leva les yeux pour apercevoir le dernier – et retardataire – de la réunion, Gueulfor, le forgeron attitré de Beurk, à la porte de sa demeure. Dans une grimace, le vieux berger se retourna et fixa le blond d'un œil mauvais.

« Ah ? Il serait retrouvé son ancien maître pour de belles retrouvailles ? »

Gueulfor se détourna de Mildew pour confronter son regard à celui de son vieil ami qui retient sa respiration.

« … Non. Il m'a simplement regardé droit dans les yeux et m'a craché toute la rancœur qu'il pouvait avoir contre moi. »

Stoick referma les yeux.

Si Gueulfor avait droit à ce qu'il espérait, ce que Harold lui réservait… serait sans doute l'indifférence jusqu'à la fin de sa vie.

« Ah ! S'écria Mildew. Vous voyez ?! Il déteste ce village ! Vous voulez quoi ?! Attendre qu'il nous tue tous les uns après les autres pour son bannissement ? A commencer par notre chef ! »

Une lame posée à quelques centimètres de son visage lui fit ravaler tout son beau discours. Le forgeron lui, ignora les cris de stupeurs étouffées de l'assistance.

« Touche… à un seul de ses cheveux… et ma hache se fera un plaisir de reprendre du service… »

Le vieux berger papillonna des yeux.

« Gueulfor ! Cria Stoick.

- Harold ne fera jamais de mal à qui que ce soit sur cette île. C'est certes un tueur que nous avons ramené, mais c'est aussi un garçon brisé. Si on lui laisse une chance, il peut nous pardonner.

- Encore faut-il qu'il nous laisse une, de chance !

- S'il avait voulu se venger Mildew, nous serions morts à l'heure qu'il est et nos enfants seraient esclaves. »

Les deux hommes se toisèrent quelques secondes qui parurent trop longues pour les Vikings rassemblés dans la maison du Chef avant que ce dernier ne soupire et réagisse.

« Ça suffit Gueulfor, baisse ton arme. Quant à toi Mildew… et ça vaut pour tous ! : Nous sommes trois à nous porter garant d'Harold. Il ne ferra rien à ce village qu'il a déjà sauvé. Mais si jamais il lui arrive quoi que ce soit, vous répondrez de vos actes. »

Mildew grimaça, les autres Vikings déglutirent devant la menace. Le vieux berger tourna les talons et quitta la maison en maugréant dans sa barbe sous le soupir plus qu'audible du Haddock.

« … Nous reprendrons ça plus tard. »

Les Vikings hochèrent lentement la tête et sortirent la tête basse, évitant le regard courroucé de Gueulfor. Seul le père Jorgenson resta pour s'approcher de Stoick.

« Je ne me mêlerai pas de cette affaire même si tu sais ce que j'en pense, lui murmura-t-il.

- Alors pourquoi tu en parles ? Gronda le Chef sur le même ton.

- Mais parle de la forge à Gueulfor, reprit Spitelout. On en a besoin.

- Tu sais ce qu'il va me répondre.

- Je ne suis pas pour mais je crois qu'on n'a pas trop le choix. »

Le père de Rustik salua son chef, accueilli le regard noir du forgeron qui n'appréciait pas trop qu'on parle de lui dans son dos et sortit le plus vite possible. Laissés seul, les deux anciens amis s'évitèrent du regard avant que Stoick ne soupire et commence la discussion qu'il ne voulait pas avoir.

« Gueul'… Je sais que c'est beaucoup te demander mais… il va falloir que tu te remettes à la forge le plus tôt possible. Avec la dernière bataille et les pertes, les armes sont devenues trop rares ces derniers temps…

- T'essayes de m'apprendre mon boulot Stoick ? J'en suis parfait'ment conscient. Mais j'sais pas si tu as remarqué… mais j'ai qu'une main ! »

Il balança la dite main devant le visage du roux qui soupira en fermant les yeux.

« Je sais ! Mais tu es le seul forgeron sur cette îl- !

- C'est pas vrai.

- S'il te plait, non.

- J'suis pas le seul qui puisse le faire.

- … Je ne peux pas lui demandé. Et puis tu sais très bien ce qu'ils en penseraient !

- Tu penses encore à ce que le village dira au lieu de penser à ton fils !

- Très bien ! Mais que crois-tu qu'il me répondra Gueulfor ?! Je n'arrive même pas à lui parler sans recevoir un mobilier sur la tête ! La prochaine fois qu'il me verra il me tuera !

- Demande à Astrid de lui demander. Tu n'arrives visiblement pas à faire les choses de toi-même dans ce village. A se demander qui est le chef. »

Stoick ferma les yeux lorsque son ancien ami claqua la porte derrière lui. Gueulfor avait depuis toujours été un soutien sans faille, un pilier sur lequel s'était reposé le Chef. Mais depuis le bannissement… leur relation avait pris un tournant qu'il n'avait pas anticipé.

Le rejet.

De son plus vieil ami.

Et aujourd'hui plus que toujours, Stoick Haddock se sentait seul.

oOo

Harold ne daigna pas bouger de son lit lorsque la porte de sa désormais chambre officielle s'ouvrit, laissant entrer la jeune Viking blonde qui s'occupait de lui. Cette dernière ignora son dédain et se posta de l'autre côté du lit, faisant face au dos de son compagnon qui mirait indifférent le mur.

Mais quand Astrid attrapa la couverture sur laquelle il reposait, le faisant s'envoler vers le plafond. Seul son contrôle absolu de lui-même après toutes ses années le retient de crier de surprise. Il parvient à retomber sur ses pattes au lieu du visage et inspira profondément, son nez à quelques centimètres du sol.

« Convalescent, ça te dit rien ?

- Je connaîtrais ce mot lorsque toi, tu sauras ce que ça signifie.

- C'est bon à savoir. »

L'auburn se releva, grimaçant un tantinet lorsque ses côtes le rappelèrent à elles. Il se redressa précautionneusement et songea que la prochaine fois, il éviterait de mettre Astrid en colère. Elle n'avait plus peur de lui.

« Et sinon, fit-il enfin debout, pourquoi ce bonjour si violent ?

- Je voulais te réveiller.

- C'est fait je crois.

- Et t'emmener manger. »

Le visage d'Harold resta indifférent quelques secondes avant que ses sourcils ne viennent se froncer et qu'ils croisent les bras sur sa poitrine mutilée.

« M'emmener ? Répéta-t-il. Tu as conscience que c'est une très mauvaise idée ?

- C'est moi qui aie chassée le sanglier, personne n'a le droit de dire quoi que ce soit sur ce que j'en fais.

- Je te parle du Grand Hall Astrid ! Eleva-t-il la voix. Je te parle d'une bonne partie de Beurk qui y mange !

- Et l'autre partie t'a sans doute vu te balader tranquillement dans le village l'autre jour donc, je ne vois pas le problème. »

Harold soupira et passa une main dans ses cheveux, les rabattants sur son crâne par leurs longueurs.

Ce n'était pas une bonne idée mais il comprenait la volonté de la blonde. Elle voulait qu'il renoue avec le village, qu'il sorte, qu'il les voit, qu'ils le voient.

Sauf que d'un côté comme de l'autre, personne ne le voulait. Lui le premier.

Mais il parlait d'Astrid. Et Harold ne voulait certainement pas offenser la Viking plus qu'il ne l'avait fait plus tôt, autant pour sa survie personnelle – elle tapait très fort – que pour une certaine stabilité psychologique qu'il n'avait plus.

Donc…

Harold releva les yeux vers les iris de la bonde qui souriait déjà, fort de sa si évidente victoire. Il soupira à nouveau.

« Ce n'est pas comme si j'avais le choix n'est-ce pas ?

- Bien deviné. » Sourit-elle.

Il baissa les yeux et Astrid baissa son sourire. Elle s'approcha doucement de lui pour lui attraper le menton et le forcer à la regarder dans les yeux.

« Je suis là, murmura-t-elle. Je serais toujours là quoi qu'il arrive, tu le sais.

- Ce n'est pas pour moi que j'ai peur.

- … Tu ne leur feras rien.

- Comment tu peux le savoir ?

- Parce que j'ai confiance en toi.

- Je n'ai pas aussi confiance en moi que toi.

- Mais je te l'ai dis : je serais là quoi qu'il advienne. »

Ses doigts toujours sur son menton, elle força le visage du l'auburn à descendre jusqu'à elle pour l'embrasser doucement. Un simple contact pour le rassurer.

« Compris ? »

La blonde ne parvint pas à lui décrocher un sourire mais elle connaissait le jeune homme suffisamment pour savoir que la confrontation future lui pesait moins.

Elle était avec lui.

« Viens, on va te trouver quelque chose de plus décent ! »

oOo

Il le savait pourtant, que c'était une mauvaise idée. Il le savait. C'était dans ses tripes qui se retournaient, dans son cœur qui battait la chamade. Il savait que son visage ne laissait rien transparaître.

Mais il savait aussi que son visage était un livre dont la blonde avait apprit à déchiffrer les lignes malgré lui. Fut-il une époque où il l'aurait tué pour ça. Tout comme il avait failli le faire avec Titus.

Mais non.

Il s'était rendu compte qu'il avait besoin d'elle. Parce Titus n'était plus là pour le garder dans la réalité.

Il était trop proche de la ligne de non retour.

Mais au fond de lui, Harold savait qu'il ne pourrait pas continuer comme ça très longtemps.

Il avait trop de choses à faire. Et ces choses détruiraient tout le semblant de relation qu'il avait avec la Viking.

La porte qui s'ouvrait le sortit de ses pensées. Harold inspira profondément alors qu'il entrait dans le Grand Hall des Hooligans. L'heure avancée avait laissé de nombreuses places vides de leurs occupants habituels dans la grande salle à manger et seuls quelques retardataires finissaient leurs choppes.

Harold remercia silencieusement Astrid de savoir choisir ses horaires.

La grande salle n'avait pas changé depuis toutes ses années. Les tables étaient restés les mêmes depuis son départ, les décorations aussi, les peintures, les gravures sur le bois… Il y avait même au fond de la salle, ces portraits qui le faisaient tant rêver enfant : les visages de ses ancêtres avec leurs enfants.

Cette si grande famille dont il ne faisait plus partie depuis plus de cinq années maintenant.

Et dans laquelle le portrait d'Harold Haddock ne figurait pas.

Il détourna les yeux et suivit docilement la blonde qui s'était éloignée pendant sa rêverie. Dans une grimace, il tritura le bas de la chemise trop grande qui le couvrait, lui et sa cicatrice. Malgré toutes ses années de combat, sa musculatures étaient loin d'égaler celle des Vikings qui peuplaient l'île et lui trouver une chemise à sa taille signifiait demander aux collègues de la jeune femme mais ceux-ci étaient en mission. Il se retrouvait donc avec une chemise assez grande pour qu'il puisse s'envoler sans trop de problème s'il battait suffisamment des bras.

Les dieux étaient décidemment contre lui.

Ils voyagèrent de table en table avant qu'Astrid n'attrape deux coupelles et s'installe sur un banc de bois. Elle renvoya des regards noirs aux Hooligans qui les observaient d'un peu trop près, contrairement à Harold qui se contentait de les ignorer royalement en se postant devant elle.

Ils mangèrent dans le plus grand silence, si on omettait les murmures désapprobateurs pour la plupart qui remplissait le Grand Hall.

« Je t'avais dit que c'était pas une bonne idée, fit le garçon d'une vois lasse et basse.

- Comme si je me souciais de ce qu'ils disent.

- Tu devrais. C'est ton village.

- Et c'est censé être le tien je te signale.

- Il ne l'est plus depuis longtemps et c'est très bien comme ça. »

Harold réprima un cri de douleur lorsque la botte de la blonde lui percuta violemment le tibia. Quelques Vikings se retournèrent mais le jeune homme plongea son visage dans le creux de son bras pour masquer sa grimace apparente.

« T'es obligée d'être aussi violente ?! Murmura-t-il.

- Ce n'est pas de la violence, c'est de la communication.

- Elles m'inspirent pas plus que ça tes méthodes de communications…

- Ce sont pourtant les mêmes que les tiennes, répondit Astrid du tac au tac. J'ai souvenir de repas très conviviaux avec des rats puants dans une grande salle…

- Ouais ça va j'ai compris l'idée, répliqua Harold en soupirant. Mais moi je ne t'ai jamais frappé.

- Tu m'as trimballée avec une chaine accrochée au cou !

- Est-ce que j'avais le choix ? Répondit-il, la voix soudainement grave. Est-ce que tu aurais compris ? Est-ce que tu aurais accepté mon aide si je t'avais expliqué le plan ?

- … Non, mais je doute que la scène du premier soir aie été obligatoire.

- Attends ! T'es en train de me reproch- !

- Ça flirte ou ça se frite ? » Chantonna une voix.

Comme un, les deux jeunes gens tournèrent la tête pour voir au bout de la table, assiettes en main, les autres Vikings de la génération d'Astrid les regardaient d'un œil amusé pour les jumeaux, gêné pour Varek et passablement énervé pour le Jorgensen.

« Qu'est-ce que vous faites là ? Demanda Astrid.

- Manger évidement ! Répondit Kognedur.

- On était de service à la protection des navires ce matin, continua Varek. On n'a pas encore eu le temps de manger…

- Et on ramasser l'autre abruti qui ruminait autour du village en cherchant quelqu'un ! »

Le jumeau glissa un œil moqueur vers le petit brun qui lui renvoyer un regard noir. Ce dernier retourna presque derechef sur le bénéficiaire originel de sa mauvaise humeur : Harold. Celui-ci leva les yeux au ciel.

Quelqu'un n'avait visiblement toujours pas digérer sa petite escapade de la dernière fois.

Dans une ambiance bon enfant qui le surpris, Harold vit ses anciens camarades s'attabler autour de la table. Il hérita de la jumelle à ses côtés qui lui renvoyait un regard aguicheur tandis que Rustik alla rejoindre – presque trop précipitamment – ceux d'Astrid qui semblait parfaitement réjouie de la proximité du Viking. Les autres prirent leurs places un peu plus loin sur la table sans trop se préoccuper du reste pour engloutir leur repas bien mérité.

Astrid vit Harold se faire violence pour garder un visage impassible. Il n'avait plus l'habitude d'une telle proximité avec d'autres personnes, surtout des personnes originaires de Beurk. Mais…

Peut-être que rester avec ceux qui justement n'étaient en aucun cas responsable de son bannissement calmerait un peu sa rancœur.

Encore faudrait-il qu'il les laisse voir autre chose que sa froideur et son mépris. Et ça, c'était loin d'être gagné.

« Alors Harold, commença Kogndur. Tu fais quoi de tes journées ?

- … Je me repose, répondit doucement l'auburn après une certaine hésitation.

- Ouais c'est ça. »

Le Banni ignora royalement Rustik et tourna la tête de l'autre côté en portant à sa bouche un morceau de viande. Astrid se renfrogna, les hostilités commençaient.

« Et à part de reposer tu fais quoi ? Répéta Kranedure pour sa sœur.

- … Je m'ennuie. Ou je vadrouille dans le village, fit-il en défiant le brun du regard.

- Espèce d- ! »

D'un coup, les deux hommes réprimèrent une grimace de douleur. Si Harold serra les dents en détournant les yeux, Rustik lui, fracassa son visage contre la surface de la table en grognant.

De son côté, Astrid enfourna un morceau de poulet.

Les trois autres blonds lancèrent des regards compatissants aux pauvres garçons qui se remirent doucement, tout en évitant le regard de la valkyrie qui semblait prête à réitérer son geste au moindre écart des deux idiots.

Message reçu apparemment.

« Eh sérieusement ? Reprit Krandure. Tu ne fais rien d'autre ?

- Tu peux m'expliquer ce que je peux faire d'autre ? Tout ce que je sais faire à plus ou moins un rapport avec des armes, ce dont je suis privé.

- On va tenter de te trouver quelque chose ! S'écria le blond.

- Quoi ?! S'injuria Rustik de son côté.

- Bonne idée ! Renchérit la jumelle.

- J'ai quelques livres qui pourraient te plaire si tu veux, sourit Varek.

- … J'y penserais, répondit doucement Harold.

- Pouha ! Lire ! Alors que t'es encore en vie ? Grimaça Kognedur.

- Oh ! S'exclama le grand gaillard. Comme tu n'as pas pu participer à l'entraînement dragon, tu voudrais que je te donne mon exemplaire du Manuel des Dragons ?

- Hein ? Minauda la jumelle. Pourquoi simplement lire ? On pourrait lui faire des cours accélérer…

- Quoi ?! »

Les voix conjointes d'Astrid et Rustik masquèrent l'exclamation interloquée d'Harold. Le brun semblait prêt à partir pour une myriade de protestations mais Astrid le coupa avant qu'il ne puisse prendre la parole.

« Mais c'est une excellente idée !

- QUOI ? Hurla Rustik tandis qu'Harold se contenta d'écarquiller les yeux.

- … T'es sérieuse Astrid ?

- On ne peut plus sérieuse ! Ne pas savoir combattre des dragons pour un combattant de ta trempe est un crime sur Beurk, on ne peut pas te laisser sans défense comme ça dans le village !

- … ''Sans défense'' ? Répéta l'auburn.

- T'as raison Astrid ! Renchérit Kranedure. Il faut qu'il sache se défendre contre les dragons, il pourrait même devenir un tueur de dragon !

- Hors de question ! Hurla Rustik.

- Je croyais qu'il n'y avait plus de dragons depuis des semaines ? Fit Harold en ignorant son cousin.

- C'était l'hiver glacial auparavant, expliqua Astrid. Ils auraient dû revenir depuis un moment déjà, c'est juste une question de temps avant qu'ils n'arrivent.

- Ils seront très agressifs à ce moment là, continua Varek. Je suis d'accord, il faut t'entraîner avant.

- On se dit rendez-vous demain dans l'Arène pour l'entraîner ? Demanda la jumelle tout sourire.

- C'est d'accord pour moi ! Répondit la blonde.

- JE NE SUIS PAS D'ACCORD !

- J'ai toujours pas dit si j'acceptais…

- Okay à demain ! »

La petite troupe sortit de table en grande pompe, devant les visages stupéfaits d'Harold et Rustik, indifférent d'Astrid qui continua tranquillement son repas. Il fallut plusieurs secondes au brun pour reprendre contenance et de se précipiter à la suite de ses amis en hurlant. L'auburn lui, se contenta d'offrir les yeux les plus écarquillés qu'il n'ait jamais fait à la blonde.

« … Quoi ? Finit-elle par demander.

- T'es sérieuse là ?

- Très.

- Ils ne voudront jamais me mettre une arme entre les mains, soupira Harold.

- Je m'arrangerais. Fin de la discussion.

- Moi c'est ce que j'appelle une discussion à sens unique. »

Un coup dans le tibia le força au silence, du moins au cri de douleur réprimé avec peine.

Peut-être un jour arrivera-t-il à avoir raison avec cette femme.

… Ouais.

Un jour.


Voilà pour ce deuxième chapitre.

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Bye,

Geek-naval