Les lourdes portes se refermèrent derrière lui, et derrière son masque, les lèvres de Saga s'étirèrent en une grimace sarcastique.
Personne n'avait rien remarqué.
C'était sa première journée, et elle s'était déroulée sans la moindre fausse note. Il avait été particulièrement attentif aux réactions des domestiques du Palais, surtout ceux des appartements privés. Il avait guetté fébrilement un geste hésitant, une expression de surprise ou de doute. Mais rien, absolument rien.
Tous l'avaient pris pour Shion. Shion, dont jamais personne n'irait jamais chercher le corps, là-haut, au sommet du Mont Etoilé. Et pour une bonne raison : personne ne soupçonnait sa mort, et encore moins qu'il avait pris sa place.
Pour être certain de ne pas éveiller les doutes des proches de Shion, il ferait muter au fur et à mesure les uns puis les autres loin, le plus loin possible. Sans donner de raisons. Un Grand Pope avait tous les pouvoirs, et dans le cas précis de Shion le privilège de faire passer ses volontés pour des caprices de vieillard sénile.
Il devait rester prudent, toutefois, et ne pas crier victoire trop tôt. Aussi s'assura-t-il que les portes étaient hermétiquement closes pour la nuit avant d'ôter son masque et son heaume de cérémonie.
Le miroir en face de lui renvoya l'image d'un démon aux yeux rouges et à la longue crinière grise.
Il sourit à son reflet. Ca avait été si facile, trop facile presque.
Savourant son triomphe, il se dirigea d'un pas lent vers la chambre du Grand Pope, la sienne désormais, et s'allongea de tout son long sur la couche moelleuse.
Qu'il ferait bon y dormir ! Quels délicieux rêves il allait y faire !
Il n'y avait qu'une seule ombre au tableau, mais il saurait s'en accommoder : ce fichu heaume de cérémonie pesait des tonnes, et il avait les cervicales en compote.
Avec un soupir pesant, il tendit le bras pour saisir un des oreillers brodés et l'attirer à lui.
Soudain, il fronça les sourcils, bras figé.
Quelque chose venait d'apparaître, visiblement dissimulé dans un but quelconque sous l'oreiller qu'il venait de prendre. Difficile de dire à première vue ce dont il s'agissait, mais cela ressemblait à une boîte en bois rectangulaire qui pouvait faire une trentaine de centimètres de long sur moitié moins de large.
Intrigué, Saga la prit avec précaution – peut-être contenait-elle quelque chose de cassant ? - et la posa sur ses genoux.
C'était un objet de bois très simple mais de bonne facture, comme poli par les ans. Une petite serrure, sur le devant, laissait deviner un système d'ouverture. Mais était-elle fermée à clé ?
Saga saisit l'objet à deux mains, et le maintenant fermement, entreprit de l'ouvrir.
Il n'eut pas à forcer. La boîte céda aussitôt, révélant un intérieur de velours noir. À l'intérieur, il y avait une lettre visiblement jaunie par les ans. Il la prit du bout des doigts, parcourut rapidement les quelques lignes d'une écriture ancienne. Plus personne n'écrivait comme ça, de nos jours. L'auteur de ce court message devait être parti voir Hadès depuis longtemps.
Avec un haussement d'épaules, il continua d'explorer le contenu du coffret.
Et ce qu'il découvrit , délicatement calé entre les plis du précieux tissu, le laissa bouche bée.
A suivre ( évidemment ! )
