Bonjour à tous ! *plonge sous la table*

Stop les tomates merci bien ! Je sais, je suis très - très - en retard. J'aurais dû vous prévenir mais je ne m'en suis rendue compte que quelques jours après la publication du dernier chapitre. J'étais en Angleterre pour l'emménagement de ma soeur depuis jeudi, aucune connexion (d'ailleurs je n'ai même pas emmené mon ordinateur). Je viens d'arriver dans la demi-heure. Donc voilà, vraiment navrée du retard, je me fais pardonner aujourd'hui ! *replonge* Oh c'est bon hein ! On a tous une vie je vous signale !

Merci encore à toutes les personnes qui ont laissées des reviews, je n'ai pas pris la peine de répondre cette semaine et je m'en excuse mais j'ai été pris d'une flemme immense avec les préparatifs d'emménagement de la frangine (et la continuation des autres chapitres de cette fiction d'ailleurs). (Mention spéciale par contre pour Nomya et la longueur de son commentaire ainsi que la justesse de propos : tu as sans doute signaler à peu près tout ce que je voulais, je t'adore déjà :))


Pour ceux que ça intéresse, la fiction est pratiquement terminée. J'ai complètement fini le chapitre 8, le chapitre 10 (oui, il me manque le 9 qui est en cours), la fiction devrait donc faire douze ou treize chapitres selon le découpage.

Bon, c'est pas tout ça, mais voyons si vous avez vu juste dans vos suppositions ;)


Merci encore à Naemos pour sa beta lecture !


Enjoy !


Le Retour

Chapitre 4

Le souffle brûlant. Frapper. Encore. Frapper. Encore. Affiner. Frapper. Essuyer les braises sur la peau. Frapper. Encore. Et encore. Plonger dans l'eau. Sentir la vapeur brûlante. Puis recommencer. Encore.

Et encore.

Enfin prête. Plonger à nouveau dans l'eau. Laisser refroidir. Attraper. Faire tourner la roue. Déposer. Sentir le fer qui se décroche. Retourner. Et recommencer.

Encore.

Et encore.

Harold porta à son visage la lame qu'il tenait dans sa main et inspecta minutieusement le tranchant de la lame qu'il venait d'affiner.

Parfaite. Comme toujours.

Dans un geste teinté d'habitude, le garçon la plongea dans le tonneau où reposait toutes les armes qu'il avait réparé jusqu'alors et en attrapa une autre pour recommencer.

Encore.

« Tu sais, ce n'est pas parce que je suis entouré d'armes que je vais forcément m'en servir. »

Dans un sourire, il entendit des pas dans son dos qui s'arrêtèrent à quelques mètres de lui.

« Avec toi je me méfie. »

Astrid attrapa la dernière lame encore chaude et à l'odeur si caractéristique du fer travaillé. La lame avait été redressée, retravaillée, aiguisée puis polie avec une maîtrise qui s'acquière avec le temps. Ou le talent. Elle était parfaite.

« Tu ne t'occupes pas du pommeau ? Fit-elle en lorgnant sur la poignée.

- Pas encore, répondit-il. Mais tu as raison, celui ci particulièrement est mort. Je m'en occuperai plus tard, comme pour toutes les autres.

- Hum. »

La jeune femme déposa la lame et observa du coin de l'œil l'auburn devant elle qui scrutait la hache qui brûlait dans l'âtre. Ses yeux verts brillaient avec le feu et la sueur collait une partie de ses cheveux sur son visage mais il semblait ne pas s'en soucier. Il n'avait pas pris la peine de protéger ses bras nus sur lesquels ses tatouages semblaient danser dans un mirage irréel et fantastique. Seules ses mains étaient bandées. L'une d'entre elles attrapa le marteau qui trônait sur l'enclume et le jeune homme commença à frapper de toutes ses forces sur le métal brûlant. Le bruit pourtant familier assourdit Astrid qui plissa les yeux, éblouie par les éclats qui s'échappaient à chaque coup alors qu'Harold retournait la lame pour la frapper à nouveau. Visiblement insatisfait, il rejeta la hache dans le four et s'essuya le front d'un revers de bras.

« Tu meurs d'envie de poser ta question alors vas-y. »

Astrid se mordit la lèvre. Il allait vraiment falloir qu'elle apprenne à le devancer parce que là, ça devenait flippant.

« Et bien figure toi que j'ai entendu une histoire plutôt grotesque, commença-t-elle en sauta sur une table. Un truc qui parlerait de toi et Rustik sans bleus à la fin, imagine-toi ma surprise et mes doutes.

- Astrid… Les histoires qui finissent avec des bleus c'est quand tu es en tête d'affiche.

- Rapproche-toi et on va voir qui finit avec des bleus.

- Pourquoi tant de violence ? Sourit Harold.

- C'est pas de la violence, c'est de la communication. »

L'auburn laissa un petit rire lui échapper devant la tête tournée d'indignation de la blonde qui boudait. Il regarda la jeune femme un instant avant de reprendre l'arme au feu pour mieux la replonger dans l'eau froide. Une épaisse fumée brûlante s'échappa du seau mais Harold l'ignora et prit appui sur le rebord du plan de travail, les bras croisés, face à la jeune femme.

« Alors, si tu me disais ce que tu voulais vraiment ? »

Les deux jeunes gens se jaugèrent du regard. Astrid ne savait pas vraiment pas où commencer. Surtout qu'en face d'elle, ne se trouvait pas la même personne que ce matin.

Harold. Dans la forge. En plein travail.

Et dans les yeux, moins de peine et de douleur, de solitude et de tristesse. Plutôt de la résolution. Et presque une pointe de malice.

Par pitié, qu'on ne lui dise pas que Rustik en était le responsable. Parce que là elle partait direct chercher les dragons pour se faire bouffer.

Vraiment.

« Tu travailles à la forge maintenant ? Demanda-t-elle simplement.

- C'est à peu de chose près le seul truc que je sais faire à part tuer des gens. Créer. Inventer.

- Et je suppose que le village n'a pas donné son accord pour ça…

- Je n'ai déjà pas demandé à Gueulfor l'autorisation d'entrer dans sa boutique alors je ne vois pourquoi j'en aurais informé les autres abrutis.

- Je sais. Il est derrière la porte en train de faire les cents pas à se demander s'il doit entrer ou non. »

Harold sourit en coin dans un rire muet. Astrid elle, ravala sa salive devant l'absence de l'étincelle de rage qui ornait d'ordinaire les yeux du Banni lorsqu'un membre du village se tenait à moins de cinq mètres de lui.

Juste de la tristesse.

Merde.

Le cœur d'Harold s'était apaisé, un peu, mais c'était déjà un pas énorme par rapport à ces dernières semaines.

Mais surtout qu'on ne lui dise pas que c'était grâce à Rustik.

« Ce n'est pas parce que je suis entouré d'armes que je vais te trancher la gorge ! » Déclara Harold, assez haut pour que de l'autre côté de la porte, le vieux forgeron l'entende.

Astrid nota pour elle-même le choix des mots du garçon, différent pour elle et le par deux fois infirmes.

Oui, Harold n'avait encore pardonné à personne.

« Oh mais je m'inquiète pas ! Enfin… Un peu quand même… »

Gueulfor, le Viking clopinant entra de sa démarche déséquilibrée dans sa boutique. Il avait l'air assez mal à l'aise, honteux. Il n'en voulait pas à Harold d'avoir investi les lieux. Bien au contraire, il en était heureux et mourrait d'envie de lui demander de revenir travailler avec lui.

Mais la honte le prenait aux tripes à chaque fois qu'il l'approchait, le souvenir de leur dernière conversation encore trop présente dans sa mémoire.

Et sans doute dans celle du garçon.

D'un coup d'œil, il remarqua tout le travail du dit jeune homme. Tout son propre travail qui s'était entassé depuis des jours et des jours sans qu'il n'arrive à se concentrer suffisamment pour le faire. Travail qu'en quelques heures, Harold avait entamé de pas loin d'une dizaine d'armes. Chiffre important si on considérait l'état de dégradation avancée de ces lames.

« C'est du beau boulot, constata le forgeron, une arme devant les yeux. Tu n'as pas perdu la main on dirait.

- Je n'aimais pas les armes qu'on me proposait, répondit Harold. J'ai fini par les faire moi-même.

- J'avais cru comprendre que c'était toi aussi qui avais créé toutes ces armes défectueuses… C'était de l'ingénierie de haut niveau.

- Vu que je n'avais personne à qui écrire je faisais du dessin sur les feuilles qu'on me donnait. »

Astrid inspira profondément. Le ton d'Harold sans être acerbe, était loin d'être avenant et le ressenti se faisait toujours très clairement présent dans sa voix. Gueulfor accusa le coup et reposa doucement la hache qu'il tenait.

Fallait s'y attendre.

« Tu pourras travailler ici quand tu voudras, déclara l'ingénieur. Je m'arrangerai avec… le village.

- Comme si j'avais un jour demandé la permission. Je prends l'atelier du fond.

- Ça a toujours été le tien.

- On va dire ça alors. »

oOo

Stoick ne bougea pas un muscle lorsque son plus vieil et ancien ami s'assit en face de lui sur la table la plus éloignée du centre du Grand Hall. Il se contenta après plusieurs secondes de silence de boire à sa choppe, les yeux dans le vague.

« Harold travaille avec moi depuis ce matin. »

Gueulfor vit les paupières de son Chef papillonner un peu avant qu'il ne reprenne une gorgée de son breuvage.

« Enfin, il s'en est octroyé le droit pendant que j'étais pas là. Il a fait un boulot incroyable en seulement quelques heures, j'arrive toujours pas à y croire. Ce gosse a du talent pour ce job. »

Encore une fois, Stoick ne répondit pas. Qu'avait-il à dire ? Il n'avait plus le droit de dire quoi que ce soit sur son propre fils.

« Et comme avec une seule main je n'aurais jamais terminé avant le prochain Snoggletog, je me permets d'accepter son aide. Tu n'y vois pas d'inconvénients ? »

Stoick déposa sa choppe sur le bord de la table, les yeux toujours dans le vague. Il lécha inconsciemment une goutte traîtresse qui s'était échappée sur ses lèvres avant de finalement répondre d'une voix éteinte.

« Qu'est-ce que je pourrais dire… ?

- … Rien, en effet. Fait juste en sorte que le village fasse pareil que toi. »

Gueulfor se releva. Il épousseta ses mains avant de regarder son vieil ami qui mirait toujours indifféremment le vide. Il fronça les sourcils.

« On peut savoir depuis combien de temps tu n'as pas dormi ?

- … Cinq ans. »

Le forgeron ne dit rien. Il se contenta de hausser les épaules après plusieurs secondes et de sortir de la salle.

Resté seul, Stoick resta ainsi pendant ce qui lui sembla des heures. À regarder le vide. À réfléchir. Avec une seule image en tête.

Celle de son fils disparu.

Son fils qu'il avait tué.

Alors s'il travaillait à la forge avec Gueulfor, il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour éloigner ceux qui s'opposait à sa présence sur Beurk.

oOo

Les jours s'écoulèrent sur le petit village de Beurk. Jours qu'Harold passa le plus clair de son temps dans la forge de son ancien mentor, à travailler sur le fer et le métal pendant des heures sans s'arrêter, pour le plus grand malheur de Mildew. Ce dernier cherchait encore à tout prix à discréditer le jeune homme mais commençaient à se faire rares les instants où le Banni dérogeait aux règles.

Mais selon Astrid, c'était plutôt que personne ne l'attrapait maintenant.

La jeune guerrière courut entre les gouttes qui commençaient à grossir et se multiplier en une averse digne de ce nom. Ce fut donc la hache sur la tête, dans le maigre espoir d'échapper un tant soit peu à la pluie qui tombait maintenant drue sur le village, qu'Astrid s'engouffra comme une tempête dans la forge.

« Ouha quel temps ! Fit-elle en s'ébrouant.

- Ouha quel tête… » Répondit une voix bien connue.

La Viking renvoya une moue mécontente au garçon qui laissa un sourire en coin éclairer son visage. L'épée qu'il tenait dans sa main vint se poser sur le plan de travail et il attrapa à la volée un morceau de tissu qui semblait à peu près propre – pas que la propreté soit l'un des principaux centre d'intérêt de la jeune femme mais quand même – et le fourra sur les cheveux trempés de la blonde qui le laissa faire.

Une petite pensée la ramena quelques mois en arrière, près d'un certain point d'eau où c'était l'auburn qui se faisait sécher les cheveux par un petit blond. Titus savait toujours ce qu'il fallait faire avec Harold.

Titus devait tout savoir de lui de toute façon.

« Astrid ? Héla doucement le jeune homme devant la mine absente de la blonde.

- Rien, répondit-elle. Juste une petite constatation mentale.

- Oh…

- Harold c'est prêt !

- J'arrive ! »

Harold laissa le morceau de tissu autour de la tresse de la guerrière et partit en grandes enjambées vers la voix qui l'avait appelée.

Voix qui ressemblait à s'y méprendre à celle de Rustik.

Histoire d'en rajouter dans le domaine de l'incompréhension la plus totale.

À pas lents et hésitants, la Hofferson s'approcha de l'arrière de l'atelier où le feu semblait vouloir rivaliser avec la chaleur de la gorge des dragons. Là-bas, ce n'est non pas un Viking qui attendait l'ancien Banni, mais bien deux, en la présence de Rustik et Gustave, le fils aîné Larson.

« Okay c'est parti, déclara Harold en attrapant à la volée ce qui s'apparentaient à des gants et un marteau. Gustave tu t'éloignes, Rustik tu frappes là où je t'ai dis. »

Aucun ne répondit vraiment mais Astrid vit le plus jeune s'assoir sur une table plus loin et le fils Jorgenson attraper un marteau et s'approcher de l'enclume. Harold attrapa une lame parmi le brasier de l'âtre et ne perdit pas un instant avant de la mettre sur l'enclume. Rustik attrapa la deuxième moitié du pommeau de l'épée et frappa la lame brûlante peu après son cousin.

Tous deux continuèrent ainsi, frappant le métal chauffé à tour de rôle à une allure impressionnante, le bruit de la pluie qui continuait à tomber violemment dehors écarté par celui du métal frappé et l'odeur du fer. Il fallu plusieurs minutes aux deux hommes pour arriver à un résultat acceptable pour le forgeron qui fit signe à Rustik de lâcher avant de finaliser la lame de lui-même.

Massant son épaule endolorie, le brun s'éloigna et s'approcha d'Astrid lorsqu'il l'aperçu.

« Salut bébé ! » Sourit-il.

Le regard de la blonde et la – trop – proche proximité de sa main avec sa hache lui fit ravaler ses paroles en quelques secondes.

« Désolé, se reprit-il en reculant. Astrid…

- Bonjour Astrid ! Salua lui aussi le jeune Gustave qui profita du bruit moindre.

- Bonjour, répondit-elle hésitante. Qu'est-ce que vous faites là ? Où est Gueulfor ?

- Réunion avec les Anciens et les têtes du village, répondit le Larson.

- Mon père m'a demandé de surveiller Harold pendant ce temps, siffla Rustik. J'en profite pour lui filer un coup de main vu que les dragons sont toujours introuvables. »

Astrid resta un instant choquée par les paroles du Jorgenson. Son père était ce qui s'apparentait le plus à une espèce de héros pour lui et sa voix faisait office de loi pour le jeune homme. Mais apparemment, Rustik semblait vouloir prendre ses distances vis-à-vis de l'opinion de Spitelout.

« Et moi j'ai suivi Rustik ! Sourit Gustave. Et vu que je voulais lui parler depuis un moment … »

Astrid vit le petit garçon regarder Harold. L'auburn semblait l'intéresser et elle pensait savoir pourquoi.

Gustave ressemblait beaucoup à Harold. Autant sur le plan physique que l'esprit de vadrouille. Il avait été très choqué du bannissement de son aîné et avait fait profil bas pendant un long moment avant que son esprit d'enfant ne laisse de côté la disparition du Haddock.

Mais lorsqu'Astrid était revenue avec un Harold blessé dans les bras, elle l'avait vu. Les souvenirs qui revinrent en bloc dans la mémoire de Gustave. Il se rappelait parfaitement de lui et fit rapidement le rapprochement avec lui-même.

Ils se ressemblaient beaucoup. Presque trop. Et il avait pris peur.

Peur pour lui. Peur de ce que le village pourrait lui faire à lui aussi.

Plus tard Astrid apprit que c'est Rustik qui l'avait calmé et lui avait fait comprendre que personne ne le toucherait.

A ça Gustave lui avait alors répondu: Pourquoi Harold ?

Personne n'avait pu lui répondre et depuis, Gustave tournait toujours non loin du jeune homme dans l'espoir de pouvoir lui parler. Et sans doute pour le plus grand malheur de ses parents, le garçon s'était trouvé un nouveau héros.

« Bon ça suffit pour aujourd'hui… »

Un Harold visiblement fatigué lâcha la lame qu'il tenait et retira les bandages autour de ses mains et grimaçant. Cela devait faire depuis le début de la journée qu'il tapait sur du métal, ses paumes commençaient à demander grâce mais vu la quantité de travail encore à fournir, il n'était pas prêt de pouvoir se reposer correctement.

« Tu vas bientôt refaire les pommeaux Harold ? » Demanda Gustave.

Ah oui. Il n'était pas prêt de se reposer non…

Dans un soupir, le tatoué se posa lourdement sur un tabouret et massa ses bras et ses poignets d'un œil absent.

« Je vais bien devoir m'y mettre. Avec une seule main, Gueulfor mettra des jours. Et vu qu'on nous a livré en cuir… »

Ses yeux se perdirent sur l'important tas de cuir déposé en vrac dans l'un des coins de la pièce qui avait échappé à l'œil d'Astrid. Sans doute calculait-il la quantité de matière qu'il allait devoir utiliser pour travailler la totalité des pommeaux à refaire après la lourde bataille de l'Île des Bannis. Il en semblait par ailleurs assez mécontent.

« Harold ? Héla doucement Astrid.

- Rien, c'est juste… Qu'il n'y aura pas assez d'armes correctes. Il va bientôt falloir en faire de nouvelles.

- Tant que ça ? Demanda Rustik ahuri.

- Je veux bien vous donner uniquement des masses, des gourdins mais disons qu'une lame reste quand même le meilleur des choix. Vous savez quand Johann arrivera ?

- On n'a pas de nouvelles de lui depuis un moment, répondit Gustave. Mais ça fait déjà quelques temps qu'on ne le voit plus aussi souvent qu'avant. Il n'est carrément pas venu pendant plusieurs mois !

- Les voies de commerce sont devenues dangereuses depuis le trafic d'Alvin et la montée des bateaux du Sud, répliqua Harold. Les marchands sont laissés tranquilles seulement s'ils font affaires avec eux.

- Il pourrait ne plus revenir ?! S'inquiéta Gustave.

- Comment tu sais ça ? Demanda Rustik.

- … Je vous signale qu'il a fallu que je remonte aussi, répliqua Harold en fronçant les sourcils. Et que j'ai mis près de cinq mois à faire le chemin jusqu'à ces eaux en évitant de nous faire redevenir des esclaves par de fâcheuses rencontres.

- Sans compter les dragons ! » Rit le Jorgenson.

Astrid vit un voile traverser les yeux d'Harold. Il tourna lentement la tête vers la fenêtre qui ne laissait voir maintenant qu'un épais rideau de pluie avant de murmurer :

« Ouais. Sans compter les dragons. »

oOo

« Les récoltes de poissons ont été bonnes mais je pense que l'on va devoir bientôt changer de zones.

- Aucun dragon n'a été vu là-bas depuis le début de la saison !

- Qui n'a commencé il n'y a que deux semaines…

- Profitons-en ! Si on change d'endroit on court le risque de retrouver des dragons !

- On a fait le tour des eaux de Beurk et aucun dragon n'y a été vu depuis des lustres, c'est bon !

- Je ne fais jamais confiance lorsqu'il s'agit de dragons !

- Calmez-vous…

- Et au sujet de la chasse ? On va bientôt pouvoir retourner dans la forêt hein ?

- Après que les chasseurs de dragons se soient bien assurés qu'aucun dragon ne s'y soit installé pendant l'hiver…

- Et parlant de ça… J'ai cru voir une certaine personne entrer dans la forêt pas plus tard qu'hier soir… »

Nombreux furent ceux dans l'assemblée qui retinrent discrètement un soupir désabusé, tandis que les autres s'intéressèrent de près aux paroles du vieux berger reclus d'ordinaire.

Et selon Gueulfor, qu'il devrait être plus souvent encore. Genre toujours.

Stoick lui, ne retint pas plus longtemps son soupir avant de demander :

« Quoi encore, Mildew ?

- Il apparait que les règles n'ont pas été très bien fixées avec ce garçon, Stoick, reprit le vieil homme. Personne n'a le droit d'entrée dans la forêt lorsque l'hiver est encore là…

- Il pleut Mildew, invectiva Gueulfor le regard noir. Y'a pus d'hiver depuis un certain temps déjà.

- Mais comme l'a dit Spitelout, il faut d'abord vérifier la forêt avant d'avoir le droit d'y pénétrer.

- Harold n'a pas été là pendant cinq ans, il a forcément oublié certaines règles. De plus, s'il y a vraiment un dragon dans cette forêt, ça ne devrait pas te déranger. Il a énormément de chance d'y passer de toute façon, non ? »

Mildew en demeura comme deux ronds de flan, les yeux perdus dans le vide et la bouche ouverte façon carpe. Stoick lui se permet un sourire discret pendant que son ami d'enfance continuait.

« Autre chose ?

- … Non.

- Bien, passons à la forge.

- Qu'as-tu à nous dire Gueulfor ?

- Que l'état des armes que nous avons récupéré est lamentable. Il ne nous reste presque plus rien d'utilisable, de réutilisable et de reforgeable. On a encore des tests à faire avec Harold mais il est d'accord avec moi, on va bientôt manquer de fer.

- Et pourquoi ce gamin est à la forge ?! S'insurgea le vieil homme. Tout seul en plus !

- Avec mon fils, corrigea Spitelout. Il surveillera Harold.

- AH ?! Ton fils ? Celui qui m'a envoyé balader en protégeant ce marchand d'esclaves ?!

- Ça suffit Mildew ! »

La voix de Stoick la Brute tonna malgré le vacarme assourdissant de la pluie aux portes de la Grande Salle. Tous se turent solennellement, certains reculèrent même sous le regard noir qu'offrait le Chef à son aîné qui soutenait difficilement la colère du père de l'homme qu'il venait un peu trop ouvertement d'insulter.

Finalement, Stoick se calma pour le plus grand soulagement de tous et reprit plus doucement :

« Lorsque le temps sera plus clair, nous fouillerons la forêt. Quant au sujet d'Harold. Pour le moment il n'a rien fait. Il reste sous surveillance, ne vous inquiétez pas. Gueulfor ?

- Quoi encore ?

- Fais en sorte de le tenir au courant des directives.

- Tu n'as pas le droit de le tenir en laisse comme ça ! C'est un bon garçon ! Il ne fera rien !

- Je le sais, répondit Stoick. Mais visiblement nous sommes parmi les rares à le savoir. »

Le forgeron – après avoir fusillé du regard son ancien ami comme il se devait – jeta un regard noir d'encre à toute l'assemblée – mention spéciale pour celui de Mildew – qui détourna les yeux.

« Je n'ai pas envie qu'il se sente plus mis de côté qu'il ne l'est. Je dirais à Astrid de le surveiller. »

oOo

Lorsque Gueulfor rentra dans la forge quelques minutes plus tard, il fit face à un spectacle… surprenant.

Les jeunes – parce qu'il y en avait plusieurs, il était pourtant bien certain d'en avoir laissé qu'un au départ – s'était installés autour d'une table décrépie, bien installés sur des tabourets de fortune qui après réflexion, ressemblaient en fait à des seaux renversés. Astrid, Rustik et Gustave jouaient visiblement à un jeu de tablette qui devait trainer là depuis son arrière-grand père tandis qu'Harold lisait silencieusement en bout de table, le dos contre la table. Il leva à peine les yeux de l'ouvrage – sûrement une acquisition de Varek d'ailleurs – alors que les trois autres accueillirent chaleureusement le maître des lieux.

« Salut Gueulfor !

- Bonjour les enfants ! Bon sang mes aïeux, quel temps !

- Oui, j'en ai aussi fait les frais… »

Astrid sauta de son tabouret pour lui lancer le morceau de tissu qui avait servi auparavant à éponger ses cheveux trempés. La chaleur de la forge avait depuis longtemps séchée les deux.

« C'est gentil, merci Astrid !

- Alors cette réunion ? » Demanda Rustik.

Gueulfor retient de justesse son énième regard noir de la journée. Est-ce que ce garçon était là pour son père ? Ou pour Harold ?

Mouais. Astrid rentrait aussi dans l'équation avec ces deux là…

« Pas grand-chose de nouveau, répondit-il enfin, un sourire aux lèvres. Les trucs habituels. »

Les jeunes se délaissèrent bientôt de lui pour revenir dans le jeu, après avoir bien évidemment demandé au vieux forgeron s'il voulait venir, proposition qu'il déclina pour un moment, histoire de faire un petit inventaire.

« Tu veux de l'aide ? Demanda Harold, les yeux toujours sur les pages de son livre.

- Tu as bien assez travaillé, repose-toi un peu. »

Harold ne répondit même pas. Gueulfor lui, les mains passant de seaux en seaux pour estimer la qualité des armes de son ancien disciple, ne pouvait presque pas détacher son regard de ce dernier.

Ces quelques derniers jours, il avait changé. Il n'était pas déjà plus le même qu'hier et le vieux forgeron n'avait pas la moindre idée de ce qui avait pu changer. Mais le voir baisser autant sa garde au milieu des trois jeunes qui frappaient en riant du poing du la table, Gueulfor ne pouvait pas être plus heureux.

Avec surprise, il vit Rustik s'approcher d'Harold avec une tablette et lui tapoter l'épaule. L'auburn tourna la tête vers son cousin qui lui montra le morceau pierre d'un œil interrogatif pendant que les deux derniers joueurs s'emportaient dans une enchère haute en jurons. Le Banni lui murmura à l'oreille quelques mots avant qu'Astrid ne les voie et ne commence à hurler.

« Tricheur ! Tu n'as pas le droit de demander de l'aide !

- Mais c'est le seul qui sache réellement jouer à ce jeu ! Se défendit Rustik. Et tricher est le propre des Vikings !

- Mauvais joueur… » Siffla Gustave dans son coin.

Le jeu fut bientôt mis de côté pour une bataille digne de ce nom entre les deux bruns tandis qu'Astrid rapprochait dangereusement son tabouret de celui d'Harold qui lui reculait sans quitter le livre des yeux. D'un geste vif, elle attrapa l'ouvrage de Varek et contempla la couverture d'un œil incrédule.

« Le Manuel des Dragons ? Entendit Gueulfor à travers les insultes qui éclataient de l'autre côté de la table.

- Parfaitement ! Mauvais joueur !

- Faut bien que je me renseigne un minimum non ? Répondit platement l'auburn.

- Tu vas voir qui est un mauvais joueur ici !

- Je croyais que tu ne voulais plus faire l'entraînement dragon ? »

Gueulfor sursauta mais parvient à le masquer du mieux qu'il put.

Entraînement dragon ? Depuis quand ? Qui ? Harold ? Avec Astrid ? Mais pourquoi ?

Quelle question… Evidement qu'Astrid devait avoir proposé l'Entrainement Dragon à Harold. Beurk était assez souvent – enfin, en temps ordinaire – attaqué par les dragons et malgré toutes les compétences du jeune homme en matière de combat, batailler contre des reptiles de cinq mètres de long cracheurs de feu était un autre paire de manche que des bonhommes avec des épées.

« Je ne lèverais plus une arme Astrid, murmura froidement le Banni en arrachant le livre des mains de la blonde. Je suis beaucoup trop dangereux avec une lame dans les mains.

- Si c'est au sujet de ce qu'il s'est passé l'autre jour… » Murmura la blonde sur le même ton.

Harold s'était rapproché de la blonde et il était maintenant impossible pour le forgeron d'écouter la conversation des deux jeunes gens qui visiblement malgré le ton bas, partait très haute en fanfare.

Astrid finit même par attraper le haut – définitivement trop grand d'ailleurs – du garçon d'une main pour lui murmurer bien autre chose que des mots doux. Le jeune homme détourna les yeux, pour finir par répondre quelques longues secondes plus tard.

Gueulfor était presque sûr qu'il s'excusait.

« Le temps n'en finira pas ce soir on dirait… »

Rustik avait raison. Un coup d'œil dehors confirmait allègrement ses dires : la pluie continuait à inonder le village sans espoir d'une accalmie.

« Bon ben va bien falloir que vous rentriez les jeunes ! Tonna Gueulfor en se redressant.

- J'ai pas envie de rentrer sous ce temps… Grommela Gustave.

- Personne n'a envie d'ennui avec ta mère, répliqua Rustik en lui frappant l'arrière du crâne. Viens, je te ramène.

- Je peux rentrer tout seul…

- Astrid ? Héla le forgeron.

- J'ai pas une grande route à faire, je vais y aller aussi. Tu viens Harold ?

- Je vais rester dormir ici. Au moins je suis sûr de pouvoir me réchauffer convenablement.

- Tu vas laisser la demoiselle sortir seule par ce temps ?! S'emporta Gueulfor, une main sur son cœur.

- Je suis certain que la demoiselle peut s'en sortir toute seule. »

Astrid sourit devant le regard désespéré d'Harold face à la scène de son ancien mentor qui pleurait les bonnes manières oubliées de son disciple.

Le jeune Banni fut donc laissé seul dans la forge, tandis que les quatre Vikings sortirent affronter la tempête qui sévissait dans le village. La porte fermée, quelques pas plus tard et une soudaine envie de retrouver une quelconque source de chaleur profitable, Astrid fut arrêtée pour son plus grand malheur par l'immense main restante du forgeron de Beurk sur son poignet.

« Gueulfor, si ce n'est pas important je te force à prendre un bain ! Cria Astrid pour masquer le bruit de la pluie.

- Ça l'est ! Répondit-il en haussa la voix pour permettre à la jeune femme de l'entendre. La réunion de toute à l'heure a fini en débat sur la présence d'Harold dans le village !

- C'est pas nouveau ça !

- Oui mais Mildew a obtenu qu'Harold soit surveillé dès qu'il sort du village ! Ils n'aiment pas le voir vadrouiller dans la forêt sans savoir ce qu'il fait !

- Va falloir que je lui mette quoi, une laisse ?!

- Non ! Mais fait en sorte de rester avec lui le plus possible ! Ou délègue aux autres si tu ne veux pas que ça paraisse suspect !

- T'es censé lui dire c'est ça ?!

- J'ai pas envie qu'il se sente une nouvelle fois exclu ! »

Astrid, déjà agacé par les épaisses gouttes qui l'empêchaient de voir laissa une grimace défigurer son visage.

Personne ne faisait confiance à Harold. Le moindre faux pas signifierait le renvoi pur et simple.

Le problème est que ça ne dérangerait pas plus que ça le garçon.

Mais elle oui.

Et elle ferait tout pour qu'Harold réintègre le village.

Que les deux camps soient d'accord ou non.


Oui je n'ai pas raconté ce qu'il s'était passé dans cette forêt et alors ? *replonge*

Bon et bien voilà pour ce chapitre ! J'espère que vous êtes aussi satisfait qu'avant :)

Comme d'habitude, réclamations, commentaires, notes ou quoi que ce soit, vous êtes le bien venus ! (et je ferais un effort pour y répondre cette fois, promis).

A la semaine prochaine ! (sans retard cette fois normalement)

Geek-naval