Bonjour à tous !
Chapitre le samedi aujourd'hui, ne m'en voulez pas, j'étais à la Nuit des Chercheurs hier, je suis rentrée un peu tard pour m'occuper de ça et après toutes les heures de TP du vendredi, j'ai un peu du mal à ne pas simplement me larver devant mon ordinateur x)
Bref ! Il est là maintenant !
Juste quelques réponses à certaines questions :
StrixChuu : "A quand les dragons ?"
Et bien... deux ou trois chapitres encore (selon le découpage), il faut patienter encore en petit peu ;)
Rimen79 (mais où sont passés les 65 autres chiffres ? oO) : "Où sont passées les armes d'Harold ?"
Chez Astrid ! J'y referais allusion dans quelques chapitres tu verras ;)
Ah oui ! J'ai remarqué une petite baisse des reviews, j'en déduis que vous commencez à vous lasser de ne pas voir plus que ça les dragons (ce que je comprends tout à fait), de ne pas vraiment comprendre où je veux en venir et de ne pas voir l'histoire avancer. Tout ce que je peux faire malheureusement est de vous demander de vous accrocher, les dragons approchent ! Ainsi que toutes les réponses à vos questions !
Et comme d'habitude et même si ça l'embête (j'aime bien embêter les gens), je remercie une nouvelle fois Naemos pour sa correction ! (en plus il a vraiment dû saigner des yeux là, j'ai fait des fautes que je n'avais encore jamais vues x()
Fini le blabla du jour ! Au programme de ce chapitre : alcooooooool :D
Enjoy !
Beurk la Honteuse
Chapitre 8
Plongé dans son énième livre de botanique – celui-ci traitait d'une tout autre manière de la classification des plantes, c'était tout bonnement fascinant ! – Varek marchait sans vraiment regarder devant lui dans le village. Les Beurkiens l'évitaient par la force de l'habitude, beaucoup d'ailleurs grognait à son passage mais il n'écoutait plus rien, plongé dans sa lecture.
Ses pas le menèrent comme à son habitude vers son repère, le refuge pour tous les livres de l'île, à l'abri de la bêtise de ces brutes de Vikings qui peuplaient ce bout de caillou.
L'érudit de Beurk lâcha enfin l'œuvre tant convoitée et entra dans sa demeure en sifflotant – décidemment, c'était un perle qu'il avait là ! – pour l'y déposer le temps du repas.
Hors de question que ces imbéciles de jumeaux et Rustik ne l'abiment, ils iraient nourrir les dragons si jamais ils y faisaient quoi que ce soit !
« Salut. »
Varek sursauta, manquant de se prendre le plafond – pas si haut – de sa bibliothèque personnelle – le tout dans un cri évidement très Viking – et fit volte-face, son couteau dans une main tremblante pour constater la présence de la dernière personne qu'il aurait imaginée ici.
Astrid Hofferson. Dite : la Méchante. Selon son répertoire en tout cas.
« Astrid ! Supplia-t-il. Tu m'as… ! »
Non. Les Vikings n'avaient pas peur. On les dérangeait d'une manière impromptue alors qu'ils ne s'y attendaient pas.
« Tu m'as… surpris… »
Bon, surprendre n'était pas non plus le meilleur terme mais il n'arrivait plus à trouver de mot plus correct, vikingement parlant.
La jeune femme était assise sur le sol, les yeux dans le vide. Le détail le plus troublant de sa personne, outre le fait que son visage était plus sombre qu'il ne l'avait jamais été, c'était sans doute le livre posé sur sa tête.
Son livre. Sur sa tête.
Varek cilla un instant des yeux avant de secouer doucement la tête, incrédule.
« Astrid ? Héla-t-il doucement. Qu'est-ce… que tu fais là ? Et… le livre ?
- Je ne sais pas ce que je fais là, fit-elle d'une voix absente. Je pensais que tu ne viendrais pas. Et le livre me permet de ne pas paraître trop pitoyable.
- … Certes mais si je peux me permettre… Tu tends vers le ridicule là.
- C'est toujours mieux que de baisser la tête.
- Ah… Il est déjà tombé combien de fois ?
- … Trois fois. »
Ah. D'accord.
Il était mal.
Il n'avait pas envie de lui parler. A chaque fois qu'ils tentaient le dialogue, il finissait avec des bleus. Il n'avait pas envie de parler avec la véritable brute de ce village !
Elle faisait mal !
Mais… Pour la première fois depuis toutes les années qu'il la connaissait, Astrid Hofferson avait besoin de quelqu'un à qui parler.
Et au lieu d'en avoir l'égo gonflé à bloc, Varek aurait voulu en pleurer.
Dans un soupir de désespoir, le blond s'assit assez lourdement à ses côtés, faisant tomber le livre qui trônait sur la tête de la jeune femme. Elle ne fit même pas un geste.
« C'est au sujet d'Harold hein ? Soupira-t-il à nouveau.
- Comment t'as deviné ?
- C'est tellement évident que je ne répondrais même pas à cette question. »
Elle lui frappa le bras.
Il savait qu'il allait finir avec des bleus avec cette histoire.
« Qu'est-ce que c'est cette fois ? Grimaça-t-il en massant son bras douloureux.
- Il ment. Il n'arrête pas de mentir.
- Ouais bah ça ce n'est pas nouveau. »
Astrid réagit cette fois. Elle redressa la tête et contempla ahurie le visage du blond qui lui renvoya un regard incrédule.
« Quoi ? Demanda-t-il. C'est évident qu'il ment.
- Et ça ne te fait que ça ?!
- Astrid… Après toutes ces années loin du village, dans un cauchemar sans nom, tout ce qu'il a retenu est son devoir de protéger le village. Tout ce qu'il a fait depuis qu'il est sorti, orbite autour de sa volonté de protéger Beurk. Alors ses mensonges, ses non-dits… Je m'en moque. Parce que je sais qu'il ne fera de mal à personne. »
La chasseuse regarda les yeux écarquillés son collègue qui ramassa le livre tombé pour en essuyer la couverture.
Il avait raison.
Varek Ingerman vouait une confiance aveugle à Harold le Banni de Beurk. Malgré tout les mensonges, Varek laissait à Harold le soin de protéger le village qui l'avait envoyé sur les eaux.
Sans qu'elle ne puisse rien n'y faire, Astrid partit dans un petit rire nerveux.
« Oui… Tu as raison. S'il devait nous trahir il l'aurait déjà fait.
- Sans compter que tu es là.
- … Tu… crois vraiment que je compte pour lui ?
- Tu n'imagines même pas la différence qu'il y a entre Harold avec toi dans la pièce et Harold sans.
- Peut-être. Et toi tu n'imagines même pas l'Harold auquel j'ai dû faire face sur l'Île d' Alvin.
- Il est très bon acteur.
- Trop si tu veux mon avis.
- Il était bien plus maladroit à une époque ! »
Varek rit un peu sous le souvenir du petit auburn qui s'étalait tous les trois mètres avec un mouton sur les épaules. Maintenant c'est eux qu'il laissait derrière.
« Enfin bon ! S'exclama-t-il en étirant ses bras. Je peux comprendre que tu sois frustrée. Il ne dit rien et il y a quand même beaucoup de chose qu'on ignore sur lui.
- Comme ce qu'il a vraiment connu dans le Sud… Soupira Astrid.
- Oh non moi je te parle d'avant ! »
La guerrière fronça les sourcils et reporta son attention qui s'était tournée sur le mur vers son ami.
« De quoi tu parles ? Demanda-t-elle.
- Quoi ? Je… Je pensais que tu étais comme ça à cause de ce qu'à dit Johann ?
- Mais de quoi tu parles ?
- Je pensais que tu aurais compris comme moi…
- Mais parle ! »
Varek aurait voulu éloigner son visage de la jeune femme à cet instant précis.
En fait, il aurait voulu s'enfuir à toutes jambes mais elle ne l'aurait pas laissé faire.
Elle lui faisait peur !
« Johann a dit qu'il avait vu Harold monter dans les galères en partance pour le Sud lorsque la saison des prises a commencé, tu te souviens ?
- Oui et alors ?
- Astrid ! La saison ne peut commencer que lorsque les bateaux peuvent circuler librement ! Quand la mer dégèle. Après l'hiver glacial. »
Sous les yeux désolés de l'Ingerman, la Viking blêmit presque en un instant.
Par les dieux. Comment avait-elle pu louper ça ?
« Harold… Fit-elle d'une voix tremblante. Harold a été banni au début de l'hiver.
- Parce qu'à cause de lui les réserves étaient insuffisantes pour l'hiver glacial. Lorsque les bateaux restent aux ports faute de mer praticable.
- Mais alors… Mais alors…
- Oui. Où a-t-il passé les quatre mois de l'hiver glacial ? »
Astrid ne put répondre.
Elle n'avait pas imaginé que ça… soit un mensonge.
Elle se souvenait parfaitement de ce que lui avait dit Harold sur l'île :
« Mais ça ne m'a pas empêché d'être capturé de la même manière que toi en deux heures seulement. »
Mensonge. Une nouvelle fois.
oOo
Lorsqu'il entra dans le Grand Hall, la soirée était déjà très avancée et de nombreux Vikings s'en était déjà retourné vers leurs couches respectives. Malgré tout, y résidait les plus fervents représentants qui continuaient à brailler de l'autre côté de la pièce.
D'un pas lent, encore tourmenté par la conversation qu'il avait eu plus tôt avec Johann, Harold se présenta devant les victuailles qui restaient, toujours gardées par le Viking de garde. Aujourd'hui, il s'agissait de Sven le Muet, l'un des moins agressifs à son égard depuis son arrivée.
Ce qui induisait une attitude ''presque'' courtoise de son côté.
Il ne fallait pas trop lui en demander non plus.
« Bonsoir. » Fit-il simplement en approchant.
Fidèle à lui-même – et à sa condition – le fermier hocha la tête d'un air neutre et lui remplit l'assiette. Lorsqu'Harold s'en saisit, le Viking garda la main dessus. Le Banni leva la tête pour croiser le regard de Sven qui lui montra un coin de la salle de l'autre main. Harold hocha la tête en réponse.
Sa gamelle à la main, il traversa la salle pour tomber devant un spectacle qu'il qualifia immédiatement de navrant.
Kognedur, Kranedur, bras dessus bras dessous, hurlaient plus faux l'un et l'autre des chansons qu'Harold n'était pas certain qu'elles soient appréciées de leur parent. Rustik était dans un état second sur le banc, rigolant ponctuellement aux vers et mauvais rimes des jumeaux. Varek lui tentait vainement d'arrêter les deux idiots qui braillaient comme si tout Beurk devait être mis au courant de leur nouveau talent.
« Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ? Demanda-t-il désabusé.
- Harold ! Pleura Varek. Je t'en supplie, à l'aide !
- Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Répéta l'auburn.
- Johann a ramené une nouvelle boisson du Sud, je suis un régime très strict d'après ma Maman et j'évite les nouv-
- Varek.
- Oui ?
- Abrège.
- Oui. Pardon. Ils ont trop bu. Ils sont ivres. »
Harold posa son assiette près du Jorgenson qui sourit niaisement à son cousin. Le forgeron attrapa son verre et le plongea dans le tonneau qui trônait fièrement près des deux Thorston.
« Ouais Harold ! Hurlèrent les deux idiots.
- Viens avec nous ! »
Le jeune homme huma un moment l'arôme de la boisson avant de sourire en coin.
« Vinum, déclara-t-il. Distillation d'un fruit que je n'ai connu que là-bas. C'est une boisson de rêve selon eux.
- Et bien c'est mon cauchemar ! Répliqua Varek qui tentait d'empêcher les deux jumeaux de se déshabiller.
- Il est à peine plus fort que l'hydromel pourtant.
- Et ben ils ne tiennent pas l'alcool ! »
Harold sourit à nouveau et avala d'une traite le verre qu'il s'était servi avant de le laisser tomber au sol et s'approcher des deux jumeaux qui braillaient à nouveau.
« Kogne, Krane, on va rentrer maintenant.
- NON ! » Hurlèrent-t-ils.
Avec une patience que nul ne lui connaissait, Harold attrapa les deux jumeaux par la main et les fit descendre doucement de leur perchoir, attentif au moindre faux pas que l'alcool pourrait leur faire faire. Surprenant Varek au possible, les jumeaux se calmèrent rapidement à la voix du forgeron et ne prirent qu'une moue déçue mais se laissèrent conduire sans un mot. Le plus bedonnant de la bande approcha à son tour et entoura leurs poignets d'une main chaleureuse. Le blond sourit d'un air gêné à Harold et d'un petit coup de tête, lui montra une table auparavant cachée dans la pénombre.
Là-bas, assise silencieusement et fixant le vide, se trouvait Astrid.
Harold écarquilla un court instant les yeux avant de revenir à Varek.
« Elle a… ?
- Bu ? Oui.
- Beaucoup ?
- J'en sais trop rien… Mais elle n'a pas dit un mot depuis qu'elle s'est posée là-bas. »
Harold soupira et hocha la tête en fermant les yeux. Il lâcha les deux jumeaux qui commençaient à somnoler pour les laisser aux bons soins de l'Ingerman. Il passa près de Rustik dont les yeux si semblables au poisson mort quelques minutes auparavant s'étaient refermés et le ronflement qui sortait présentement d'entre ses lèvres attestait de son état de sommeil actuel.
Lorsqu'il s'approcha de la table, outre le fait que pour la première fois depuis son retour le visage d'Astrid était un impitoyable masque de gravité, la présence d'un tonneau largement entamé trônant au bout de la surface de bois le surprit plus qu'il ne l'avait imaginé. Il s'avança presque prudemment de la guerrière.
Une Viking saoul n'était pas forcément la plus clémente des adversaires.
« … Astrid ? »
Elle ne répondit pas. Se contentant de fixer le vide dans cette même attitude qui rappela étrangement la sienne d'ordinaire.
Il s'apprêtait à contourner la table pour la rejoindre lorsqu'enfin ses yeux se redressèrent et s'ancrèrent dans ceux de l'auburn.
« Astrid ?
- Tu t'assois. »
Harold ne put s'empêcher d'ouvrir des yeux ahuris avant de sans un mot, exécuter l'ordre de la blonde.
Saoul. Obligé. Et il ne voulait pas s'avoir ce qui pouvait arriver s'il ne l'écoutait pas.
Lentement, il enjamba le banc et se plaça devant elle. Il croisa les bras et accrocha son regard brillant et à la fois vitreux.
Il connaissait ce regard. Il l'avait vu de nombreuses fois dans les tavernes du Sud.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-il doucement.
- J'ai perdu confiance. »
Harold releva lentement la tête. Il fixa de longues minutes le visage d'Astrid qui s'en était retournée à sa chope qui tournait entre ses doigts.
Elle savait.
Et merde elle savait.
La conversation – si étant que des paroles échangées grâce à l'alcool puissent tenir lieu de conversation – qui allait suivre se devrait d'être minutieusement calculée.
Mais il n'avait pas le choix.
Parce que la confiance qu'Astrid avait perdue était celle qu'elle lui consacrait.
Et il ne voulait pas la perdre.
Les épaules du jeune homme s'affaissèrent devant l'acceptation.
Il jouerait.
« Qu'est-ce que tu veux ? Demanda-t-il doucement.
- Tu bois. Autant que moi. »
Astrid posa lourdement la chope qu'elle tenait entre ses doigts devant le garçon qui ferma les yeux.
« Combien ?
- Je sais plus. »
Harold soupira. D'un geste las il attrapa la pinte qu'il plongea doucement jusqu'à l'hanse dans le tonneau. Il but d'une traite le breuvage et recommença. A la troisième, le visage maintenant orné d'une grimace, il reposa la chope à la forte odeur d'alcool sur le plat de la table.
Il recroisa les bras, sa langue passa distraitement sur ses lèvres pour happer les dernières gouttes et il revint à la jeune femme.
« Alors ? » Fit-il.
Il pouvait presque sentir son haleine qui trahissait les verres qu'il venait de prendre.
Il ne pourrait pas faire attention comme à son habitude. Il lui devait au moins ça.
« Alors quoi ? Répéta Astrid, les yeux déclinant vers la clavicule du garçon d'où on pouvait apercevoir les prémices de sa cicatrice.
- Qu'est-ce que tu veux Astrid ? Demanda-t-il doucement.
- Je sais même plus, répondit la jeune femme. Tu sais… ce qu'est ce truc ?
- Ouais. Une boisson qui ressemble à l'hydromel mais avec un genre de fruit que je n'ai connu que là-bas. Uva. »
La guerrière hocha lentement la tête. Le regard à nouveau absent, elle attrapa la chope pour la plonger toute entière, hanse et main comprises, dans la boisson pourpre pour la porter à ses lèvres. Le liquide s'échappa et s'écoula le long de la gorge d'Astrid et finit sa course sur sa jupe cloutée sous les yeux d'Harold qui sourit en coin, à peine grisé par l'alcool qui commençait à faire effet.
Astrid reposa bruyamment la pinte sur la table, déversant encore une certaine quantité sur le bois qui se teinta de rouge.
Elle tourna l'hanse d'une main lasse vers le jeune homme.
« A ton tour. »
Harold hocha doucement la tête et replongea la chope imbibée dans le liquide pour le boire à grandes gorgées.
« T'en as déjà bu ? » Fit la voix maintenant fatiguée d'Astrid.
Harold s'arrêta dans son geste. La jeune femme vit ses yeux fixer le plafond un certain temps avant d'avaler le reste du verre qu'il reposa. Il passa sa langue sur ses lèvres avant de parler.
« Oui, répondit-il. C'est une boisson que tout le monde aime là-bas. Au bout d'un bon nombre de verre, on finit dans l'état des jumeaux ou celui de Rustik. »
La guerrière le vit tourner la tête vers le brun qui ronflait bruyamment à quelques mètres de là, la bouche largement ouverte et vraisemblablement sur le point de s'écrouler comme une loque sur le sol.
« Tu l'as déjà fait ?
- … Ça ne fait pas partie des souvenirs les plus flatteurs que j'ai de moi.
- … Raconte. »
Astrid avait prononcé le dernier mot sous le bruit de la chope qu'elle reposait avec force du la table. Harold la prit à son tour et se resservit allègrement.
« J'ai testé beaucoup de choses pour calmer ce que je devenais avec les combats, le sang, l'Arène… L'alcool en fait partie. J'ai bu plus que de raison et plus d'une fois. Mais la dernière fois où j'ai vraiment fini avec la tête à l'envers… j'aurais vraiment préféré danser sur une table à moitié nu. »
L'alcool aidant, Astrid pouffa légèrement. Harold lui, demeurait grave.
« Je crois que c'était un concours de boisson. Je l'ai gagné je crois, ou un truc du genre. Je gueulais à n'en plus finir mais j'en avais envie. Les autres hurlaient aussi. Je sais même plus pour quelle occasion c'était. L'alcool m'a permis d'oublier.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Murmura Astrid dont les syllabes étaient maintenant plus traînantes.
- Ça dégénérait. Trop. Et il est apparut.
- Qui ?
- Titus. »
Il but à nouveau. Astrid elle, se mura dans le silence, plus réveillée que jamais.
« Tu sais… Fit-il en tournant la chope entre ses doigts. Si j'étais son ancre, celui qui lui permettait de se raccrocher à quelque chose… pour moi c'était pire. Sans lui… Je ne sais pas ce que je serais devenu. C'était un phare. La lumière à laquelle on se raccroche lorsqu'on défaillit. Ce jour là aussi. Il est passé à travers la foule et lorsqu'il m'a attrapé, je n'ai vu personne d'autre. »
Pour une fois, il ne but pas. La chope se fit repousser un peu plus loin.
« D'habitude, sa présence me calmait. Il était agaçant, c'est sûr. Il parle, il bougonne, il touche à tout et parle sans réfléchir mais je ne sais pas… il… vous ressemblait tellement que…
- ''Nous'' ?
- Vous. Beurk. Kogne, Krane, Varek, Rustik… J'sais pas. Parfois il me rappelait le village.
- … Blond ? »
Harold rit et posa son front sur la table.
« Oui. Le pire c'est que je suis sûr de l'avoir gardé pour ça. Il me rappelait le village avec ses cheveux et son caractère.
- Et après ?
- … Après… ça me plaisait plus ce jour là. Je ne voulais pas le voir. Je le voyais trop. Il… brillait trop ou un truc du genre. Il m'a ramené mais… Je n'en avais pas envie. Il me traînait. »
Harold ferma les yeux et releva doucement la tête.
« Je me souviens lorsqu'il m'a foutu sur mon lit en allant me coucher. J'étais trop saoul pour parler leur langue mais je l'ai insulté quand même. Dans notre langue. Si jamais il avait compris… Je lui ai dit des choses affreuses… »
Astrid le vit plisser les yeux de douleurs. Il avait honte. Encore une fois.
« Et lorsqu'il a tenté de me coucher… Je l'ai frappé.
- … Frappé ?
- Oui, fit-il, plus grave que jamais. Une vraie tarte. Un revers de la main. La main d'un forgeron, ça ne pardonne pas, il est tombé au sol. Il a rien dit. Il est resté là… au sol… sa main sur sa joue… et moi… j'étais complètement tétanisé… »
Il ne savait pas si c'était l'alcool mais les souvenirs étaient encore plus clairs qu'avant. Pour son plus grand malheur.
« Il… Il s'est juste relevé. M'a pris par le bras et m'a recouché. J'ai rien fait. J'ai rien dit. Et sa joue rougissait. C'est là que j'ai pris conscience.
- … De quoi ? »
L'alcool semblait comme avoir disparu. Les sens de la blonde auparavant émoussés par la boisson semblaient plus aiguisés que jamais.
« De ce que j'étais devenu, répondit-il. Je pensais que ce n'était que dans l'Arène. Mais là… J'étais devenu violent. Impulsif. Dangereux. Même pour lui. Même pour Titus. »
La voix d'Harold n'était plus qu'un murmure dans ses derniers mots. Astrid pouvait presque voir les souvenirs s'écouler dans les yeux fatigués du jeune homme et elle comprit rapidement pourquoi le banni avait eu tant peur.
Peur de lui.
Peur de ce qu'il pouvait faire.
Et en réalité, Harold vivait avec cette peur de lui depuis toutes ces années.
Sa tête relevée depuis peu retomba sur la table en bois dans un bruit sourd et non-avenant mais aucune plainte ne traversa les lèvres d'Harold. Ni même un mot et ce, durant de longues minutes qu'Astrid passa à regarder le jeune homme, sans un mot.
Finalement, elle consentit à briser le silence.
« Tu sais Harold… Tu es quelqu'un de dangereux.
- … Sympa. Merci, cool de le confirmer, l'entendit-elle bougonner.
- Mais tu es comme ça maintenant. Et tu fais avec depuis des années. Et vois où ça t'a amené : sauver des centaines de personnes dont tu ne connaîtras pas la moitié des visages. Et Beurk. Moi. »
Le ton d'Astrid était étrange aux oreilles d'Harold. Troublé par l'alcool certes, mais aussi triste, plaintif, presque… déçu.
Une lueur d'interrogation dans les yeux, le forgeron releva doucement le visage pour regarder Astrid, le nez plongé dans leur chope commune.
« Astrid ? Fit-il doucement.
- Personne t'en veux, ni Titus, ni moi, ni qui que ce soit. Les autres sont des crétins, imbéciles, ignares et perdus dans leur dignité mal placée…
- Oye Astrid… »
Mais la jeune femme continua, sans lever un œil vers son vis-à-vis, perdue dans sa tirade.
« Tout le monde sait que tu es dangereux mais personne ne sait que jamais tu n'utiliseras ça contre les autres. Tu es dangereux mais gentil. Tu ne ferais jamais de mal à personne, tu es trop, trop gentil. Jamais. Jamais tu ne feras de mal à qui que ce soit…
- Astrid… ? »
Elle parlait vite, sa respiration devenait difficile et son ton montait de plus en plus. Harold lui, recula imperceptiblement devant la crise évidente de la jeune femme.
Parce qu'elle piquait une crise.
Plus jamais d'alcool. Plus. Jamais.
« Tout le monde le sait pourtant, alors pourquoi hein ? Pourquoi ?! Pourquoi personne ne peux te faire confiance ?! C'est pourtant pas bien compliqué ! Tu as tant fait ! Tant fait ! Comment peut-on douter de toi maintenant ?!
- Mais pourquoi tu t'énerves de ça maintenant… ?
- Parce que je doute ! »
Le silence s'abattit dans le Grand Hall. Même les ronflements de Rustik semblaient avoir été étouffés par le cri d'Astrid.
Harold se redressa complètement, les lèvres closes sur son visage qui semblait presque… choqué. Il papillonna un moment des yeux, une Astrid figée devant lui.
Soudain, la jeune femme se releva d'un coup. Harold la suivit du regard alors qu'elle tanguait doucement sur le sol de pierre.
« Je rentre. » Dit-elle simplement.
Alors qu'elle avançait – exercice rendu difficile par l'alcool dans son sang – jusqu'à la porte du Grand Hall, le Banni se leva à son tour, les traits maintenant neutres, aussi inexpressif qu'il l'était le jour de son retour. Il la suivit silencieusement, le regard posé sur les cheveux de la blonde qui dansaient avec la marche approximative de la jeune femme.
Lorsqu'ils sortirent, le vent glacé du vent de soirée les fit tous les deux frissonner et sans doute réveilla-t-il la guerrière qui murmura ses premiers mots depuis sa crise.
« Arrête de me suivre.
- J'ai la même direction pour rentrer. »
La réponse n'eut pas l'air de plaire à la jeune femme qui grogna mais continua néanmoins sa route, toujours aussi titubante.
« Arrête de me suivre. »
Ah. Sa réponse précédente n'avait vraiment pas l'air de lui avoir plu.
« Je dois rentrer aussi.
- Ah ! Cracha-t-elle. Comme si tu rentrais vraiment. »
Harold s'arrêta. Astrid, quelques marches plus loin, en fit de même.
Le forgeron contempla un instant son dos devenu vouté par la fatigue avant de lentement commencer :
« De quoi tu parles ?
- ''Rentrer'' ? Ne me fais pas rire. Tu n'es jamais rentré. Tu n'es jamais revenu. »
Il se tut. Il n'avait pas besoin de parler il le savait. En quelques minutes avec une Astrid saoul, il savait déjà comment elle fonctionnait.
Commencer la conversation et l'autre vidait son sac.
In vinos veritas que lui disait Titus.
Dans le vin la vérité.
Ça ne lui avait jamais semblé aussi vrai.
« Je ne sais pas où tu es Harold, fit-elle sur les marches du Grand Hall. Je pensais le savoir, je pensais vraiment savoir ce que tu faisais mais je sais maintenant que je ne connais toujours rien de toi. »
Il ne bougea toujours pas. Astrid elle, se contentait de lever un peu les bras, comme pour imager son discours.
« J'en sais rien ! Reprit-elle plus fort. Je… Tu m'as menti. »
Ses derniers mots sonnaient comme une supplique. Presque une sentence aux oreilles d'Harold.
Il baissa la tête.
Que pouvait-il répondre à cela ?
Elle avait raison.
Il mentait. Il mentait toujours. Titus aussi le lui avait reproché.
Mais il n'avait pas le choix.
Et elle devait le comprendre.
Lentement, Harold descendit les marches qui le séparaient de la guerrière, maintenant immobile, comme vidée de ses forces. Il resta une marche au dessus d'elle, de sorte que sa tête blonde pouvait reposer sur la cicatrice qui ornait son torse.
Il y avait un adjectif qui ne collait pas à Astrid. Mais à cet instant précis, elle semblait si fragile.
Avec une douceur sans fin, Harold entoura la jeune femme de ses bras, comme elle avait fait si souvent auparavant pour lui. Il fit reposer sa tête dans son cou, exactement comme elle l'avait fait.
Il connaissait par cœur son parfum. Il ne savait pas pourquoi.
Il n'avait jamais compris lorsque les autres gladiateurs parlaient du parfum des femmes qui différaient tellement de celui des hommes. Les femmes qu'il avait rencontrées – plus ou moins intimement – durant ses années loin d'ici étaient brisées, sans saveur ni parfum. Elles ne savaient rien du monde et pensaient tout savoir en même temps.
Astrid était une guerrière. Une Viking. Elle sentait le bois qu'elle coupait pour son village, la mer sur laquelle elle voguait, le métal qu'elle brandissait et la sueur de l'entraînement.
Ça, c'était Astrid.
Et ça, même l'alcool ne parvenait pas à l'effacer.
« Je les protégerais. »
Ses paroles figèrent plus encore Astrid, si c'était possible.
Mais il n'obtient aucune réponse. Il n'en cherchait pas de toute façon.
« Je les protégerais Astrid. »
Il resserra sa prise sur la jeune femme et remonta sa tête jusqu'à son oreille.
« Je les protégerais tous. »
Astrid se demanda dans une pensée fugace si elle comprenait vraiment le sens de ce ''tous''.
Elle n'en avait pas l'impression.
Et elle s'endormie.
oOo
Harold ne fut pas surpris lorsque le corps d'Astrid devint subitement moue et inerte dans ses bras. Il se contenta de gentiment la plaquer contre le lui avant de la soulever dans ses bras.
Il n'y avait personne de lever dans le village à cette heure ci. Peut-être veillaient-ils au coin du feu par cette soirée glaciale mais personne ne parcourait les ruelles et l'île de Beurk semblait presque déserte.
Ce qu'elle n'était pas, loin de là.
Harold transporta Astrid jusqu'à chez elle dans le silence le plus total. Il parvint sans bruit – un exploit vu les gongs de son point de vue – à ouvrir la porte et grimpa les marches de l'escalier sans émettre le moindre grincement – exploit du même rang.
Il n'y avait de bruit nul part. Tout était si calme. Ça n'allait pas durer malheureusement.
Il déposa en douceur la guerrière sur son lit de bois et rabattu les couvertures. Il se redressa ensuite.
Un seul geste de travers et la valkyrie qui sommeillait en elle se réveillerait et l'enverrait rejoindre le Néant plus vite que prévu.
Et ce n'était pas dans ses plans.
Harold se détourna d'elle pour regarder par la fenêtre et regarder au loin la mer, dont les reliefs dansaient sous la lumière de la lune.
Il les protégerait tous.
C'était ce qu'il s'était promis des années auparavant.
« Tu ne peux pas te battre seul » Avait dit Titus.
Harold sourit.
Il bondit sur le rebord de la fenêtre d'un pas souple avant de se faufiler sur le toit et de refermer la planche qui masquerait le soleil au réveil de la jeune femme. Il grimpa silencieusement sur le haut de la demeure avant de se redresser et d'épouser du regard l'entièreté du village.
Son regard passa d'une maison à l'autre, d'une ruelle à une autre, puis aux arbres et enfin à cette montagne qui dominait cette petite île.
Et il regarda l'horizon. Loin là-bas, où le danger refaisait son apparition.
Pour eux. Pour le village. Pour tous.
Il les protégerait tous.
« Tu ne peux pas te battre seul. »
« Mais Titus, murmura-t-il. Je ne suis pas seul. »
Et il courut. Il courut le long du toit de la jeune femme qui l'avait ramené dans ce village qui l'avait banni et qu'il avait néanmoins choisi de défendre.
Il courut.
Et sauta du toit.
Fini pour aujourd'hui !
Et c'est là que je dois faire la mauvaise annonce du jour : le chapitre 9 n'est pas prêt. Et je ne sais pas du tout s'il le sera pour la semaine prochaine. Donc... Je vais faire ce que je peux dans les jours qui viennent et Mercredi 18h, je posterai un message sur mon profil pour estimer l'avancement et si oui ou non le chapitre sera posté vendredi prochain. S'il ne l'est pas, je ferais en sorte que dans deux semaines vous l'aillez au plus tard. Et ne vous inquiétez pas pour les tomates virtuelles, IRL, je connais certaines qui vont s'y donner à cœur joie.
Bref ! J'espère que malgré cette annonce vous avez apprécié ce chapitre et que le petit bouton bleu ne se fera pas boycotté owo Questions, recommandations, commentaires, remarques... Faites vous plaisir ! (Et à moi accessoirement...)
A la prochaine !
Geek-naval
