Les affaires reprennent !

Après ces deux semaines d'absence (je m'en excuse encore mais j'avais définitivement trop de chose à faire), le chapitre 9 est enfin sur vos écrans et les chapitres 10 et 11 sont complets donc pas de pause pour ceux là et je pense pouvoir terminer assez rapidement le 12. J'en suis rendu à 14 ou 15 chapitres pour l'instant... On va s'arrêter là hein ^^'

Merci, merci énormément pour toutes ces reviews, ces commentaires plus gentils les uns que les autres. Je ne réponds malheureusement plus (je suis déjà assez à court de temps...) mais je pense très fort à vous tous ! Merci pour vos encouragements ! ^^


Une question, une réponse :

Rimen 14 : Vu que tu es le seul dans mes souvenirs qui ait posé une question x)

Leurs vêtements : pour tout te dire, j'ai inventé cette histoire au moment où j'ai vu les trailers de HTTYD 2, c'est donc naturellement que je leur ais donné les vêtements que j'y voyais. Sauf évidemment pour Harold qui lui n'a toujours pas de chemise à sa taille. Je crois que c'est pour couper avec Harold le Banni où il ne portait qu'un gilet. Et sans doute aussi pour masquer au village les... changements physiques, muscles et cicatrices inclus.


Merci encore à Naemos pour sa correction ! (je n'avais pas relu mon chapitre avant, je vous raconte pas le massacre)


C'est bon ! Nous y sommes ! Enfin le chapitre tant attendu ! (hum... oui, je sais, c'est pas bon pour mes chevilles...)

J'espère qu'il vous plaira comme d'habitude :)

Enjoy !


Beurk la Honteuse

Chapitre 9 :

Les Vikings n'étaient pas beaux.

Il y avait beaucoup d'adjectifs qui pouvaient qualifier un Viking et « beau » n'en faisait certainement pas parti.

Mais on pouvait trouver une femme belle. Il en avait, vu, rencontré et aimé une qui avait fait partie intégrante de son cœur et de sa vie.

Mais jamais il n'avait pensé qu'on pouvait trouver un homme beau.

Et pourtant, à cet instant précis…

Son fils était beau.

Harold était à cheval sur un toit quelconque du village. Il tournait la tête pour mieux contempler le lever de soleil qui commençait à déverser sa lumière sur Beurk. La douce brise faisait s'envoler ses cheveux un peu trop longs, les reflets dorés du soleil donnaient à ses yeux verts des couleurs fantastiques et faisait ressortir ses tâches de rousseurs d'enfance qui bien qu'effacées par le temps, demeuraient toujours sur son visage.

Il regardait loin à l'horizon, ses yeux se plissaient un peu lorsque son regard se rapprochait du soleil et remontaient pour observer les nuages qui se teintaient de rose désormais. Il ne souriait pas et pourtant, son expression était douce, rêveuse. Loin. Très loin.

Son fils était loin de Beurk à cet instant.

Une brusque rafale les surprirent tous les deux. Il vit le jeune homme fermer les yeux, ses cheveux se dresser sur sa tête et son vêtement définitivement trop grand pour lui gonfla dans son dos. Les manches se retroussèrent d'elles même jusqu'à ses coudes, laissant apparaître à la vue de tous les tatouages qui ornaient ses bras et bouffer encore un peu le tissu dans son dos.

Irréel.

Le garçon, sans doute par la force du vent, se redressa un peu et recula sur le toit avant de doucement retomber. Ses jambes n'avaient pas bougé, seulement son séant.

Porté par son vêtement, il s'était envolé juste quelques secondes.

Et pourtant il aurait juré que son fils allait réellement s'envoler. Le vêtement dans son dos avait quelques secondes prit la forme…

… D'ailes.

Le jeune homme rouvrit les yeux et lentement, étira un sourire qui lui sembla plus beau que tout.

Par Odin. Les dieux chercheraient-ils à le garder pour eux ?

« Harold ! »

La voix de Varek. En baissant son regard, il vit la petite troupe qui ne lâchait plus son fils d'une semelle arriver près de l'habitation où Harold avait élu domicile.

Astrid frappait d'une main le blond qui avait parlé – sans doute un peu trop fort pour elle – et tenait sa tête dans une grimace de l'autre tandis que les autres reculaient dans un instinct de préservation évident.

Il vit son fils réprimer un petit rire puis échanger quelques mots qu'il ne put entendre. Puis Harold balança les jambes d'un même côté du toit et glissa tout le long pour retomber dans les énormes paluches qui servaient de main à Varek qui le reposa sur le sol d'un même geste. D'un simple hochement de tête, Harold le remercia et la troupe reprit sa route vers le Grand Hall, sans doute dans l'optique de prendre un petit déjeuner bien mérité.

Son fils possédait maintes facettes.

Le froid et cynique Banni qui crachait sa rancune au village.

Venait ensuite le simple jeune homme entouré de ses amis.

Puis le fils traumatisé par son propre père.

Et le guerrier sanglant lorsqu'il tenait une lame.

Et le petit ami taquin avec Astrid.

Et l'ingénieur appliqué dans la forge.

Et… autre chose.

Lorsqu'il regardait au loin, quand personne n'était censé le voir. Il était quelque chose que Stoick n'arrivait pas à distinguer. Et pourtant au fond de lui, quelque chose lui intimait que ce n'était pas si compliqué. Mais qu'il n'était pas prêt.

Il n'était pas prêt.

Pas prêt à assumer à nouveau ce qu'était son fils.

A cet instant précis, Stoick Haddock aurait voulu hurler sa frustration.

oOo

« Par pitié arrêtez de parler… »

Venant de la pipelette du groupe, Harold trouvait ça un tantinet ironique. Le jeune homme croisa les yeux de Varek qui lui assurèrent qu'ils pensaient à la même chose.

La gueule de bois, c'est moche.

Kranedur et Kognedur se soutenait l'un l'autre pour marcher, les appuis rendus encore hasardeux par la quantité un peu trop forte de boisson de la veille.

Astrid elle, se tenait la tête comme si sa vie en dépendait dans une grimace et le teint verdâtre.

« Ma tête… explose… » Entendit Harold.

Rustik manquait à l'appel mais l'auburn ne doutait pas de le trouver à la même place où il l'avait laissé hier.

Avachi sur une table dans le Grand Hall.

Le forgeron raccrocha le regard de Varek lorsqu'il sentit ce dernier pousser sur son bras.

« Pas trop dur hier ? Demanda-t-il en murmurant.

- J'espère n'avoir jamais à le refaire, répliqua Harold dans un sourire. Et toi les jumeaux ?

- La prochaine fois je les noie, ce sera plus rapide. »

Harold rit silencieusement. Il ne pouvait qu'imaginer ce qu'avait pu endurer le pauvre Ingerman dont les larges cernes attestaient d'une difficulté certaine à coucher les deux Thorston.

Enfin bon, lui s'était coltiné la Hofferson saoule.

Cinquante-cinquante.

Le Jorgenson lui, était bien là où ils l'avaient laissé, le Grand Hall. Encore assoupi malgré la cohue qui commençait à s'élever dans l'immense pièce, il bavait allègrement la bouche ouverte vers le plafond, sa tête reposant sur la surface de la table. Un gros soupir traversa les deux seuls éveillés du groupe qui se mirèrent un instant.

« C'est bon, soupira à son tour Harold. Je m'en occupe. »

Il ne lui fallut que quelques minutes de secouages d'épaules et paroles plus ou moins élevées pour émettre un verdict sans appel.

« Il est décédé, affirma-t-il ne se tournant vers le reste de la troupe qui s'approchait des victuailles. Je ne vois que ça.

- S'il est décédé et que ses ronflements continuent pendant l'éternité, je fais de son après-vie un enfer… Siffla Astrid.

- Laisse son après-vie en dehors de tout ça et laisse-moi gérer ses ronflements. »

Astrid siffla à la réplique de l'auburn et s'en retourna vers son petit déjeuner qui n'attendait qu'à être servi. Le plus tôt possible serait le mieux d'ailleurs.

Harold lui, un sourire posé aux lèvres, attrapa l'une des nombreuses chopes qui traînaient sur les tables et la plongea dans un tonneau, miraculeusement rempli d'eau, une denrée rare ces jours-ci apparemment.

Pour mieux la déverser allègrement dans la bouche ouverte du pauvre Jorgenson.

Rustik se releva d'un bond, toussant et crachant ses poumons entre deux cris de rage et les larmes aux yeux. Harold le redressa par un bras et l'amena vers les autres jeunes Vikings dont certain – sans la nommer, une certaine blonde d'une humeur acariâtre – semblait prête à enfoncer sa cuillère dans la jugulaire du brun.

« QUI A FAIT CA ? » Hurla Rustik qui finit de cracher ses poumons sur le sol.

Il tourna la tête pour mieux observer Harold qui s'assit comme si de rien n'était à ses côtés.

Le Viking resta un instant interdit avant de lentement rentrer sa tête dans ses épaules et laisser son visage rougir de rage. Varek releva son assiette par réflexe.

« Harold j'aurais ta peau ! » Cria Rustik avant de bondir sur l'auburn pour attraper ses épaules et le plaquer au sol sous le grognement d'un Harold surpris.

Le jeune érudit ne vit plus que des jambes et des poings apparaître et disparaître de derrière la table et des cris étouffés.

Sérieusement ? Dès le matin ?

« Lâch- ! Entendait-il. Mais ! Mais lâche-moi Rus' !... Rustik sérieux ! »

En se redressant, Varek put constater que la bagarre était déjà terminée, le bras du Jorgenson coincé derrière son bras.

« Ça suffit Rustik ! J'suis désolé ! Voilà t'es content ?

- BASTON ! »

Mais Kranedur ne fut apparemment pas de cet avis et bondit sur Harold qui se prit le blond en pleine poire et dû lâcher le guerrier pour mieux s'échouer au sol, guerrier qui s'élança à nouveau dans la mêlée. En voyant deux des plus grands chasseurs de dragon de Beurk en pleine bagarre infantile avec sans doute l'homme le plus dangereux qu'il connaisse, Varek ne put se sentir que désolé.

« Varek. »

Ce dernier sursauta plus qu'il n'en faut avant de se ratatiner sur lui-même et mirer du coin de l'œil la jeune femme qui scrutait de l'œil le plus sombre qu'il ait jamais vu les trois idiots sur le sol.

« … Oui… ? Hésita-t-il fortement.

- Arrête-les.

- … Oui Astrid. »

Il était formel et le jurerait sur son lit de mort, Astrid Hofferson était la personne la plus effrayante à qui les dieux aient permis de vivre.

Dans un soupir, l'Ingerman se leva. Il s'avança vers les trois jeunes hommes dont deux semblaient s'être concertés pour faire d'Harold le perdant. Mais avec nettement moins d'alcool dans le sang, l'auburn continuait à gérer la situation.

Varek attrapa donc les deux imbibés par le col et les souleva du sol d'un même geste. Harold, toujours au sol, ne put que contempler les pieds des deux Vikings qui battaient l'air en hurlant au plus grand de les reposer immédiatement.

« Ça suffit vos bêtises ! S'exclama le seul puits de science de toute l'île. On passe pour quoi là ?

- … Des Vikings ? Répondit prudemment Kranedur.

- Des Berserks. »

La voix d'Astrid – sortie d'outre tombe selon Varek – eut le mérite de calmer derechef les ardeurs des deux idiots qui se laissèrent conduire par l'Ingerman à leur table sans broncher outre mesure. Harold lui, resta un instant sur le sol sans un mot avant de se redresser, épousseter d'un air distrait son bas et s'assoir entre les deux énergumènes de tout à l'heure.

« Je croyais que les Berserks et les Beurkiens étaient en paix, déclara-t-il en se servant.

- Ça ne signifie pas qu'on les apprécie plus que ça, répondit Astrid qui semblait se calmer un peu.

- Dagur était cool avant, rajouta Rustik. Mais… Disons qu'il voit un peu trop large.

- Comment ça ?

- Il est Dérangé, fit Kognedur. Ça explique à peu près tout.

- … Ouais… murmura Harold. Dérangé… »

Le forgeron laissa ses doigts courir le long du poulet sans vraiment y toucher, le regard vide, ce qui n'échappa pas à Varek qui s'arrêta pour le regarder.

Harold avait changé. Beaucoup ces derniers temps.

Le début à Beurk avait été désastreux de son avis : les Beurkiens regardaient Harold comme s'il allait les tuer dans leur sommeil et c'était exactement la même peur du côté du Banni.

Et pour dire vrai, Varek avait eu aussi peur pour lui.

Puis il y eu un cap de franchi. Harold sembla alors se moquer éperdument de ce que pouvait penser le village et faisait les choses à sa manière. Il avait arrêté de regarder les villageois.

Et les villageois qui continuaient à l'observer, commencèrent à voir le changement.

Le travail. Le sérieux.

Puis les sourires qu'il commença à offrir. À Astrid. Puis à eux.

En privé. Et en public.

Les Beurkiens commencèrent enfin à comprendre.

Ils avaient envoyé un simple gamin se noyer dans les eaux.

« Tu ne manges pas Varek ? »

Ce dernier sursauta à l'entente de son prénom et tourna la tête vers l'objet de ses pensées qui avait penché la tête.

« Si, répondit-il rapidement. Je mange, t'inquiètes pas. »

Et même s'il y avait encore de nombreuses choses qu'Harold cachait. Varek en était persuadé.

Lorsqu'il se sentirait prêt, il s'ouvrirait au village.

Lui accepterait n'importe quoi. N'importe quoi parce que ça viendrait de lui.

Mais est-ce que le village partageait cette pensée ?

Il n'en savait rien.

oOo

Le reste du repas vu – relativement – calme. L'humeur massacrante d'Astrid en fut pour beaucoup et chacun, d'un commun d'accord, évita le plus possible les écarts.

Kranedur finit néanmoins le nez dans son poisson mais Harold ne sut pas vraiment pour quelle raison.

Lorsqu'enfin le petit déjeuner plus riche en émotion qu'ils ne l'avaient jamais vécu toucha à sa fin, les jeunes gens reprirent leur route – s'enfuit pour Varek – et retourner au lit pour une grande majorité.

Harold regarda en arrière pour constater la présence d'Astrid toujours à leur table, le regard dans le vide.

« Astrid ? Héla-t-il. Tu vas bien ?

- Oui. Je crois… Mal à la tête.

- T'es sûre que tu ne veux pas sortir ?

- Il faut que je finisse de manger. Va travailler, je peux me débrouiller seule.

- … Tu ne veux pas que je reste ?

- Harold. »

Le regard que l'auburn n'avait pu croiser depuis ce matin accrocha enfin le sien à cet instant. Et ce fut un torrent de soulagement.

La douleur de la déception qu'il avait pu lire la veille, si elle n'avait pas complètement disparu, s'était apaisée et la jeune femme se présentait comme étant simplement fatiguée.

« Je vais bien, lui assura-t-elle. Je suis juste épuisée, il faut que je mange et toi tu dois travailler.

- … Très bien. A plus tard Astrid.

- A plus tard Harold. »

En quelques secondes, le forgeron disparut derrière la porte.

Astrid elle, se permit un soupir.

Par les dieux, la gueule de bois, c'était moche. Plus jamais elle ne boirait son poids en boisson, plus jamais. Et ça n'avait même pas suffit à faire effacer de sa mémoire les révélations de Varek. La soirée était dans son esprit plus claire qu'elle ne l'avait dû l'être la veille.

Mais par pitié, par les dieux ! Faites qu'elle ne se soit vraiment pas évanouie dans les bras d'Harold.

Tout, pour au moins arriver à sa chambre sans passer par la case « petit ami gentleman ».

« Et bien et bien… on file le parfait amour avec son cher Banni ? »

Parmi toutes les personnes qui pouvaient venir l'ennuyer aujourd'hui, il fallait que ce soit lui.

Elle le jurait, il finirait dans la gueule d'un dragon.

« Mildew… Soupira-t-elle en mâchant distraitement un morceau de poulet. Que me vaut le déplaisir de ta venue ?

- Tu sais très bien quoi, siffla le vieil homme dans un sourire mauvais.

- Et je crois bien que le Chef, Gueulfor, un bon nombre de villageois et moi-même t'avons prévenu… »

Subitement repue, la blonde se redressa pour toiser de haut le berger.

« Touche à un seul de ses cheveux et tu passeras par-dessus la falaise. »

Le banc gronda lorsqu'Astrid le poussa pour s'extirper de la table. La guerrière se dirigea à grands pas vers la sortie du Grand Hall et malgré elle, un vieil homme sur ses talons.

« Tu ne pourras pas toujours le protéger ! Menaça-t-il.

- Il est bien assez grand pour faire ça tout seul.

- Je croyais que vous vous étiez disputés hier ?

- Au lieu d'écouter les conversations de deux bacs à hydromel, va plutôt planter tes choux, je crois bien la saison des semences est arrivée pour eux.

- Comment peux-tu avoir une confiance aussi aveugle en ce Banni ? »

Les derniers mots du vieil homme étaient comme crachés à la figure de la jeune femme qui s'arrêta, son salut à demi ouvert sur l'extérieur.

Le ciel était si beau, pourquoi ce stupide berger venait l'ennuyer maintenant ?

« Ecoute Mildew. Harold n'est peut-être pas le garçon le plus franc du moment. Et de loin. Sauf qu'il est incapable de faire le moindre mal au village. C'est comme ça. Il a peut-être de la rancœur, c'est bien vrai. Mais il est trop gentil. Ce n'est même pas humain à ce stade. »

Elle avait cru lui avoir cloué le bec une bonne fois pour toute.

Et bien non.

« Et tu penses qu'il va continuer à vivre une petite vie tranquille à tes côtés ? Dans ce village qui l'a trahi ?! »

Astrid soupira. Une main sur la porte entrouverte du Hall, elle releva la tête pour défier Mildew du regard.

« Un forgeron crée. Répare. Je veux voir ce qu'Harold peut créer et veut réparer. »

Mildew ne put que grimacer lorsque la blonde prit enfin la porte et dévala les marches sans un regard en arrière. Appuyé sur son bâton, le vieux berger marcha lentement vers le haut de l'escalier et la regarda d'un œil mauvais.

Cette gamine avait réussi à ramener presque tout le village autour de la cause du Banni. Elle ne perdait rien pour attendre. Et lui non plus.

Les lois étaient les lois. Il n'avait rien à faire ici. Les dieux patientaient mais il n'en serait rien bientôt. Thor les foudroieraient.

Il fallait tuer le Banni.

« Je suis certain que même les jumeaux n'arrivent pas à te décrocher un sourire. »

Le vieil homme sentit son pauvre cœur sur le point de lâcher lorsque la voix de l'objet de ses pensées retentit dans son dos. Il fit volte-face pour contempler nonchalamment assis – vautré – sur le muret, Harold le Banni.

Qui le regardait, un sourire en coin sur les lèvres.

Mildew siffla.

« Je ne savais pas que tu avais oublié les bonnes manières gamin… Ce n'est pas bien d'écouter aux portes.

- Loin de moi l'idée de surprendre une discussion aussi importante. Mon oreille s'est retrouvée là par hasard…

- Quel heureux hasard…

- Tu trouves aussi ? »

Le berger grimaça à l'air – trop – décontracté – du jeune homme. Et manqua de s'étrangler lorsque ce dernier se releva et s'approcha – dangereusement – de lui.

« Je commence en avoir plus qu'assez que ton petit mouton me suive partout Mildew. Ça passait encore lorsqu'il s'agissait de villageois qui n'avaient visiblement rien d'autre à faire mais t'as vraiment rien trouvé de mieux pour les remplacer que Fingus ? C'est une blague j'espère ?

- Je fais ce qu'il faut pour protéger nos lois…

- Et moi le village Mildew et si je te retrouve encore dans mes pattes ça va mal se terminer.

- Tu me menaces ?! »

Harold était maintenant bien trop près pour lui. A quelques centimètres de son visage seulement et le vieux berger était obligé de plonger son regard dans celui du sans nul doute fils de Stoick la Brute.

« Tu as raison mon sujet Mildew, je suis dangereux. Et si tu ne me laisses pas faire ce que je veux, je ferais en sorte d'être celui qui te flanquera dans la gueule d'un dragon.

- Tu n'oserais jamais faire te mal à un membre du village d'après Astrid, répliqua le vieil homme d'une voix blanche.

- J'en suis à me demander si tu appartiens vraiment à Beurk.

- Tu n'en fais pas partie toi.

- Je n'en ai plus la prétention depuis longtemps.

- Alors pourquoi ?

- … Parce que je n'ai besoin de personne pour faire mes choix. »

Harold était mortellement sérieux. Et Mildew le sut.

Ce Banni n'hésiterait pas une seule seconde à le tuer si jamais le vieil homme mettait en péril ses projets.

Mais qu'est-ce que ce forgeron pouvait bien vouloir créer ? Et réparer ?

oOo

Varek sautillait presque sur place alors qu'il se rendait chez Gueulfor. Le temps était radieux et les mauvaises pluies de ces derniers jours avaient laissé place à un soleil resplendissant et une chaleur qui commençait à lui manquer.

Il était un Viking certes, mais ça ne signifiait pas qu'il n'aimait pas la chaleur de l'été.

Ses courts petits pas le menèrent rapidement à l'atelier des un et demi forgerons officiels de l'île.

… Est-ce que Gueulfor pouvait compter comme un entier avec son bras et sa jambe ?

Et pourquoi se poser des questions aussi stupides le matin ?

Le jeune Ingerman secoua la tête avant d'avancer la main pour ouvrir la porte de l'atelier.

Décidemment trop tôt pour se poser des questions pareilles.

« Eh Harold ! J'ai trouvé la plante dont tu m'ava- ! »

Le reste de sa phrase mourut presque aussitôt entre ses lèvres lorsqu'il constata l'état du jeune homme dont il avait presque hurlé le nom et qui malgré tout, était présentement plongé dans le plus profond des sommeils.

Prudemment, Varek referma la porte derrière lui et s'approcha de l'auburn pour constater l'évident état de sommeil du Banni de Beurk. Et d'autre chose.

Harold ne s'était pas réveillé à son approche.

Astrid avait été très claire sur une chose lorsqu'elle avait parlé du jeune homme au groupe : on ne surprenait pas le forgeron en plein sommeil, au risque d'y laisser un doigt ou pire. Les jumeaux avaient d'ailleurs semblé très intéressé mais le regard noir d'Astrid – selon Varek, plus effrayant encore que celui du Chef – les en avaient vite dissuadé.

Mais là non. Astrid avait peut-être exagéré mais il n'en était pas certain. Son attitude à son arrivée semblait coller avec un sommeil léger et une attitude agressive – sans doute plus qu'Astrid ! – au réveil.

Harold était plongé dans un amas de couvertures déposés à même le sol près de l'âtre principal et sa tête reposait sur son coude replié. Ses genoux repliés étaient presque collés à son torse et Varek se surprit à sourire devant sa position.

On dirait un enfant.

Un enfant dangereux et prêt à trancher le bras de quiconque s'approcherait à moins de trois mètres mais un enfant quand même.

Réprimant le petit rire qui cherchait à s'échapper de ses lèvres, le blond se détourna du jeune homme qui dormait à poings fermé sur son lit de fortune. Par curiosité, le botaniste-et-tant-d'autre-chose parcourut les étales qui meublaient l'atelier des forgerons de Beurk pour apprécier leur travail.

Il ne connaissait pas grand-chose en métallurgie. Vraiment pas grand-chose. Pour lui ce métier se bornait à taper sur du fer chaud pour en faire des armes. Et ce, même avec le talent qu'il reconnaissait à Gueulfor.

Et puis il y avait eu Harold. Harold et son génie.

Gueulfor était doué pour son travail, mais ce n'était pas une lumière. Rien que lui demander de prendre un bain finissait par une chasse à l'homme dans tout le village. Alors il n'avait jamais eu un modèle favorable aux forgerons.

Et puis Harold est arrivé.

Harold avait créé des armes qu'un coup bien précis détruisait purement et simplement.

Harold avait créé des catapultes qui se démembraient si on leurs ôtaient une toute petite pièce.

Harold créait des lames pour protéger Beurk.

Qu'importe ce qu'il en disait ou ce que le village médisait, tout ce qu'Harold créait tournait autour de la protection de Beurk.

L'attention de Varek se détourna des épées et autres masses pour un simple bout de papier froissé qui traînait à même le sol. Et l'érudit fronça les sourcils.

Outre le fait qu'un saint papier traînant dans la crasse et la poussière lui brisait le cœur, sa présence même l'intrigua.

Gueulfor n'utilisait pas de papier, seul Harold était un adepte de la sacro-science de l'écriture papier. Sauf que le jeune homme contenait ses papiers dans son atelier privé et qu'il l'avait déjà vu invectiver son ancien mentor sur le « bordel » que laissait l'infirme derrière lui.

Le Banni avait rapidement fait sa loi dans l'atelier et ce dernier était redevenu un espace de travail acceptable. Dixit Harold.

Sa curiosité touchée en plein cœur – et pourtant il n'était pas de ceux qui fonçait tête baissé dans n'importe quoi – Varek attrapa le bout de papier froissé et le déplia – il grinça des dents sous le bruit et vérifia d'un coup d'œil que le jeune homme dormait toujours.

Le visage du blond passa de la timide excitation à la non-expression totale en quelques secondes.

Le papier, qui après réflexion de provenait certainement pas de Beurk, était pourvu d'une écriture maladroite dont de nombreuses tâches gênaient la compréhension qui de toute façon était impossible pour Varek. Il ne connaissait pas la langue. Mais avait une petite idée de ce qu'elle était.

Le regard du blond se détourna lentement du bout de papier inoffensif pour se porter sur la silhouette endormie du menteur invétéré de l'île.

Cette langue était obligatoirement celle qu'Harold avait parlée pendant près de cinq années.

Ce papier provenait d'autre part que l'île de Beurk, pareil pour l'encre qu'il ne reconnaissait pas.

L'écriture d'Harold était fine, soignée et sans l'hésitation qu'il pouvait facilement lire sur les traits raturés.

Cette écriture n'était pas la sienne. Loin de là.

Et la seule explication possible glaça malgré lui le cœur de Varek.

Le Banni entretenait une correspondance avait quelqu'un d'extérieur à Beurk. Comment était-ce simplement possible ?

Comment cette lettre – parce que c'en était une – était parvenue jusqu'ici ?

Comment Harold la reçut-il sans que personne ne s'en aperçoive ?

Et bon sang, mais qu'est-ce qu'il pouvait bien être écrit ?!

Une forte respiration le fit presque sursauter et Varek retourna son regard baissé vers la forme allongée d'Harold qui bougea légèrement sur son lit de couverture pour ne plus bouger.

Varek soupira.

Comme il s'y attendait, Harold continuait à cacher des choses. Mais là, tout prenait une ampleur qui commençait à devenir inquiétante. Il correspondait avec quelqu'un que sans nul doute personne au village ne connaissait, d'une manière qui lui était totalement inconnue. Il avait lui aussi observer son petit échange avec Johann le Négociant, jamais le marchand ne lui avait remis quoi que ce soit.

Comment ce bout de papier avait atterri sur l'île ?

« Salut Harold ! »

Comptez sur les jumeaux pour faire une entrée fracassante et – très – bruyante.

Le forgeron assoupi se réveilla brusquement à l'entente des hurlements des deux Thorston – qui iraient bientôt rejoindre leurs ancêtres – et renvoya un regard à glacer le sang du plus indomptable des dragons aux deux idiots.

« Oups ! Rit la sœur. On t'a réveillé Beau Gosse ?

- Et on peut savoir pourquoi tu dors sur ton lieu de travail ? Renchérit son frère.

- … Comment aurais-je pu savoir que je me ferais attraper ? » Soupira l'auburn.

Encore à moitié assoupi, Harold étira ses bras et ses jambes mais ne daigna pas faire un geste pour se relever de son tas si confortable de couverture. Il se contenta d'observer impuissant les jumeaux devenir maître des lieux. Et constata la présence de Varek quelques secondes plus tard.

« Varek ? T'es là depuis longtemps ? »

Le grand blond mit un certain à lui répondre, peut-être un peu trop. Il était de dos et observait quelque chose à la fenêtre. Puis il fit volte-face et offrit un grand sourire au forgeron.

« Quelques minutes seulement, affirma-t-il. Je suis venu te dire que j'avais trouvé la plante dont tu m'avais parlé ! Mais vu que tu dormais j'ai simplement fait le tour du propriétaire. »

Varek détourna volontairement la tête pour observer les jumeaux. Un quart de seconde plus tard, ses yeux se posèrent furtivement sur Harold.

Comme il s'y attendait, Harold vérifiait du regard que le rideau de son atelier était comme il l'avait laissé avant de revenir à Varek qui regarda à nouveau Krane et Kogne.

Harold savait garder les secrets mais il fallait bien qu'ils aillent quelque part. Son atelier était une zone infranchissable pour qui que ce soit, Gueulfor compris et sans doute Astrid n'osait pas y mettre les pieds. Il y avait donc très certainement des indices là-bas. Des indices sur ce que faisait Harold.

Mais Varek avait-il envie de savoir ?

Le bout de papier qu'il avait laissé retombé à la même place où il l'avait trouvé quelques minutes plus tôt semblait prétendre le contraire.

Varek avait confiance en Harold. Pourquoi il n'en savait rien.

C'était comme ça.

Kognedure et Kranedure commencèrent à s'installer, purement et simplement. Ils s'assirent sur les tabourets près de la table principale et babillèrent joyeusement sur les dernières nouvelles de l'île – une histoire de filet de pêche détruit pendant la nuit apparemment –, créant un fond sonore fort déplaisant d'après Harold.

Dans un grognement inaudible, le forgeron attrapa l'une des nombreuses couvertures sur lesquelles il était affalé et s'y drapa avant de rouler sur lui-même pour faire face au feu.

C'est ainsi qu'Astrid les trouva. Une simple touffe de cheveux s'échappant de l'épaisse couverture en fourrure en guise d'Harold, deux commères décérébrées pour les jumeaux et un Varek silencieux qui comptait les points en souriant.

Astrid soupira. Encore une nouvelle scène à qu'elle n'aurait jamais pensée voir un jour.

« Salut Astrid ! Crièrent presque les jumeaux.

- Salut. Il est… ? Fit-elle ne désignant le tas de couverture.

- Vivant en tout cas, répondit Varek.

- Ça ne m'aide pas. »

Un grognement lui fit savoir que non, Harold n'était pas endormi. Mais presque.

« Et Rustik ? Demanda Krane. Il n'était pas censé être en mission avec toi ce matin ?

- Si mais je l'ai balancé par-dessus bord au niveau des phares. Il commençait à me taper sur le système.

- … D'accord. »

Ignorant les regards effrayés des trois Vikings, Astrid s'approcha du forgeron emmitouflé sous des kilos de tissus et poussa son pied du sien, les mains sur les hanches.

« Ne me dis pas que tu as traîné ici toute la matinée ?

- … Je ne vais pas te le dire alors, entendit-elle sous la couverture.

- Tu as mangé ?

- Dormais.

- Et si tu allais manger un truc avant de t'effondrer.

- Dors.

- Si éloquent le matin. »

Astrid leva les yeux au ciel et attrapa l'une des bûches sur le côté de l'âtre avant de la faire rejoindre ses sœurs mourantes et de s'essuyer les mains. La porte de l'atelier s'ouvrit brusquement et Rustik vint enfin les rejoindre, grelotant et trempé de la tête au pied, son casque de travers.

« Astrid ! Hurla-t-il. J'aurais vos peaux à toi et à Harold un jour !

- Viens te réchauffer au lieu de rêver. »

Grommelant plus qu'il ne fallait, le Jorgenson passa à côté de la guerrière pour s'accroupir près d'Harold et du feu qui flambait joyeusement à nouveau. Astrid attrapa l'une des couvertures qui trônaient sous le séant du forgeron – qui baissa d'un étage sans rien dire – et la lança au brun reconnaissant – ou presque d'après son regard noir – pour enfin s'affaler près du jeune homme qui grogna en réponse à la présence dans son dos.

« Arrête de râler dès le matin ! » Sourit-elle doucement en lui ébouriffant les cheveux du bout des doigts.

Harold grogna.

Amusés, les jumeaux vinrent se rapprocher et s'accroupirent aux pieds de l'auburn et la blonde qui commença à converser avec Varek qui s'installa près de leurs têtes. Rustik poussa de la main le pauvre Banni qui dut rouler sur son dos pour se retrouver face à Astrid et ainsi lui faire une petite place afin que le brun puisse étaler son séant sur le doux tas de couverture.

Harold ouvrit un œil.

Astrid riait de bon cœur.

Tout en se moquant de Rustik, Kognedur replaçait le morceau de tissu qui recouvrait auparavant les pieds du forgeron et qui s'était échappé durant sa volte-face.

Kranedur remettait une buche dans le feu.

Rustik grommelait dans son dos.

Varek couvrait l'assistance d'un simple regard avant de se plonger dans un ouvrage sur la botanique.

Et Harold se demanda pendant combien de temps encore il parviendrait à maintenir cette paix sur Beurk. Peu de temps.

Trop peu de temps.

La marque bleuâtre qui s'était étalée ses dernières heures sur son ventre en attestait. Il ne parviendrait pas à maintenir l'illusion toutes les nuits.

Un bleu aujourd'hui. Mais demain ?


Oui, je sais. Il ne se passe pas grand chose. Et comme le diront mes amies et je le fais avant elles : "Mais il se passe rien !" "Ils sont où les dragons ?"

Hum. Chapitre de transitions. LA transition. Oui. LA.

Parce que la semaine prochaine, ça bouge. L'histoire avancera. ("ENFIN ! " Hum. Je sais.) Promis.

Bref, merci à tous d'être arrivés jusqu'ici et sur ce, je retourne à la fin de chapitre 12.

Bonne soirée/nuit/journée ) à tous,

Geek-naval