Aucun bruit, aucune lumière : le temple de la Balance semblait désert.

Debout sur le parvis, Saga sentit les larmes lui monter aux yeux. Dohko s'était moqué de lui.

Et plus encore que la honte de s'être fait berner, c'était de la tristesse qu'il ressentait, et de la déception : celle d'avoir mal jugé un homme qu'il avait admiré, et qui s'avérait au final un vulgaire manipulateur.

Il s'apprêtait à retourner à son propre temple quand une voix le héla.

- Tu ne vas quand même pas avoir gravi tous ces escaliers pour rien ?

Dohko, assis à l'ombre d'une colonne, le toisait d'un air ironique. Saga fronça les sourcils, en colère contre lui-même. Comment lui, chevalier d'or, avait-il pu passer à côté de cette présence, pourtant toute proche ?

- Je n'avais pas senti votre cosmos, dit-il en guise d'excuse.

- Je l'ai neutralisé. Aurais-je eu tort ? Pourtant je ne pense pas que tu veuilles que tout le Sanctuaire sache ce que tu viens faire à cette heure chez moi ?

Ce rappel à la réalité remplit Saga de confusion. Oh non, il ne souhaitait pas que le motif de sa venue s'ébruite ! Et encore moins qu'il parvienne aux oreilles d'un certain chevalier des Poissons, concierge professionnel qui pourtant en matière de débauche n'avait pas de leçons à donner à grand-monde.

- Bon, on fait ça sur le pas de la porte ou tu entres ?

Après un coup d'oeil inquiet autour de lui, Saga s'engouffra dans le temple de la Balance.

- Tu es superbe.

Le compliment arracha un sourire crispé à Saga. C'était flatteur, même s'il n'avait rien fait pour. Il ne portait qu'une simple tunique de lin, serrée à la taille par une ceinture en cuir, et des sandales qui lui servaient à l'entraînement. Une armure d'or lui avait semblé déplacée vu les circonstances et le motif de sa venue. Dohko, lui, arborait sa traditionnelle tenue chinoise, col officier et pantalon large, qui lui donnait un petit air exotique.

- Pourquoi me regardes-tu ainsi ?, le questionna Dohko. Serais-tu déçu ?

- Non. Vous êtes tel que je vous avais imaginé pendant toutes ces années.

- Quand tu m'écrivais ?

Saga hocha vaguement la tête. Le sujet devenait chaud, et nul doute qu'avec quelqu'un d'aussi libéré que Dohko, il n'allait pas tarder à devenir brûlant.

- Tu as une jolie plume. J'ai beaucoup apprécié ta prose, tu sais ?

- Je ... merci.

- Tu pourrais faire une jolie carrière littéraire !

- Oh non, je n'ai fait qu'écrire des lettres ... enfin, vous voyez ce que je veux dire ?

- Erotiques ? C'est un genre de littérature comme un autre, et probablement plus difficile qu'un autre car plus personnel ... Pour ma part, je les ai trouvées fort vivantes. Et je me félicite de les avoir conservées.

- Vous les avez toujours ?

Bien sûr, et je les relis de temps en temps avec plaisir.

Il appuya tant sur ce dernier mot que Saga ne put s'empêcher de rougir.

- Je vais te décevoir mais je dois te l'avouer : tu n'as jamais fait illusion.

- Oh, vraiment ?

- Je connais trop Shion, j'ai tout de suite compris que les lettres que tu m'envoyais n'étaient pas de lui même si tu avais réussi à copier ton écriture à la perfection. Et il n'aurait jamais laissé personne répondre à sa place, j'en ai donc déduit qu'il s'était passé quelque chose de grave au Sanctuaire.

- Pourquoi avoir répondu aux miennes, alors ?

- Pour ne pas dévoiler mes soupçons. Il est toujours utile de bluffer l'adversaire, et l'enjeu était trop important pour ne pas jouer toutes les cartes dont je disposais. J'avais une longueur d'avance sur toi, et ça s'est révélé décisif lorsqu'Athéna est entrée dans le jeu. Tu t'es pourtant montré très convaincant ...

L'allusion était lourde de sens et Saga détourna le regard, gêné.

- Ces mots n'étaient pas dûs qu'à ton imagination, n'est-ce pas ?

- Que voulez-vous dire ?

- Que derrière la théorie on sent la pratique. Une pratique assidue ... je me trompe ?

Le Gémeau ne se donna pas la peine de démentir, le Chinois était bien trop rusé pour gober un tel mensonge.

- Dis-moi, pourquoi es-tu venu ici ?

- Vous le savez.

- Oui, mais je veux te l'entendre dire. Être sûr.

Il y eut un long silence.

- C'est si difficile à dire ?

- ...

Dohko se pencha vers lui, et murmura dans son oreille :

- Dans ce cas, laisse-moi le dire pour toi : " Je veux que vous me fassiez l'amour, comme vous l'avez fait à Shion tant de fois dans ce lit, ressentir ce qu'il a ressenti, jouir jusqu'à ce que vous me fassiez grâce". C'est bien cela, n'est-ce pas ?

- Oui, souffla Saga, troublé.

- Et tu ne le regretteras pas ? Tu peux encore dire non et repartir ...

- Non !, s'écria Saga malgré lui.

Il avait tant attendu ce moment, en avait tant rêvé lors de ces nuits interminables. Il en aurait pleuré. Ca avait été une de ses dernières pensées, son seul regret lorsqu'il était mort dans les bras de sa déesse : ne jamais avoir connu la chaleur d'une autre peau contre la sienne, la chaleur des caresses d'un amant attentionné.

- Alors viens.


La chambre était simple, sans fioritures, le reflet de la personnalité de Dohko. Un lit, immense, dans un coin un coffre de bois brut sur lequel s'entassaient des piles de livres, sur le sol des nattes de jonc et çà et là sur les murs quelques gravures qui lui rappelaient sa lointaine Chine, rien d'autre. Suffisant pour ne pas être impersonnel, pas assez pour être ostentatoire.

- Tu as peur ?

- Je ne sais pas ... un peu, oui.

- De moi ?

- Non, plus maintenant. Mais je suppose que tout le monde a un peu peur, la première fois ?

- Hum, sans doute.

- Pas vous ?

- Je ne me rappelle pas ! Tu sais, vu mon âge, c'était il y a longtemps. C'est plutôt moi qui devrais avoir peur de te décevoir !

Cette boutade fit rire Saga et détendit l'atmosphère.

- Si j'en juge par la puissance des vibrations que le Grand Pope a laissées partout dans sa chambre en rêvant à vous, je ne risque rien, mais ...

- Quoi, "mais..." ? Qu'est-ce qui te chagrine ?

- Le Grand Pope. Lui et vous êtes amants.

- Justement ! Réfléchis : crois-tu que Shion soit du genre à m'avoir attendu gentiment pendant deux siècles ?

- Vous lui avez pourtant offert de quoi ... " patienter" ?

Dohko éclata de rire.

- Tu veux parler de l'olisbos que tu as découvert sous ses oreillers ? Rassure-toi, tu n'as rien à craindre, je te l'ai déjà dit, il est à Jamir.

- Tout de même.

- Tes scrupules t'honorent, mais tu en as davantage qu'il n'en a certainement eus. La liste des amants auxquels il s'est donné pendant que j'étais en Chine doit être assez longue ! Notre bel Atlante n'a jamais su faire dans la demi-mesure. Avec lui c'est trop ou trop peu. Et en l'occurence, exiger de lui une abstinence de deux siècles, autant demander à un poisson de voler. Je ne devais pas être à mi-chemin des Cinq Pics qu'il devait déjà m'avoir remplacé !

- Oh, fit Saga, ne sachant que penser tant il était étonné de la liberté sexuelle réciproque des deux vétérans chevaliers.

Et dire qu'il les avait pris pour des petits saints ! A côté d'eux, il aurait pu passer pour un coincé.

- C'est pour vous venger de lui que vous m'avez proposé de coucher avec vous ?

- Absolument pas. J'ai beaucoup de défauts mais la rancune n'est pas l'un d'eux. La vérité est bien plus simple : tu as envie de moi, et j'avoue que je te trouve tout à fait désirable... alors pourquoi ne pas en profiter ? Ce n'est que du sexe entre deux personnes consentantes, rien d'autre. On ne fait de mal à personne !

- Mais Shion ..., rappela Saga.

- Bah, s'il ne sait rien, relativisa le chevalier de la Balance, qui pensait à bien autre chose en ce moment.

Déjà ses lèvres parcouraient avec douceur son cou, le lobe tendre de l'oreille, pour aller se perdre dans la masse sombre de ses cheveux. Saga capitula sans conditions dans un soupir. Il se sentait si bien. Et il ne protesta pas quand une main impudique caressa sa cuisse avant de s'immiscer sous l'étoffe rugueuse de sa tunique. Les doigts de Dohko, soumis à un rude entraînement, étaient rugueux, mais cela n'empêchait pas le plaisir de naître à leur contact. Ils vagabondaient, tantôt légers, tantôt insistants, sur son corps, féériques et irréels.

- Un rêve, pensa Saga. Je suis en train de rêver, comme autrefois.

Mais ce n'était plus une de ces nuits solitaires, passées à la poursuite d'un plaisir à tout prix. Il pouvait sentir le corps chaud, vivant de son partenaire contre lui, anticipait ce qui allait venir comme si de toute éternité ce moment avait été inscrit dans la voûte céleste. Ses sens s'embrasaient, et pourtant sa volonté se liquéfiait et sans s'en rendre compte il se laissa guider vers le lit.

Les draps étaient frais et doux sur sa peau. Il ferma les yeux afin de savourer pleinement cette sensation incroyable, celle d'être vivant.

- Pourquoi pleures-tu ?, dit une voix près de lui.

- Je ... ?

Il ne s'en était même pas aperçu. Oui, il y avait des larmes de soulagement au bord de ses cils, sur ses joues. Il ne les essuya pas, comme il l'avait fait tant de fois dans le secret de la chambre popale, envahi par la honte. Au contraire : il rouvrit les yeux, et fixa Dohko. Les prunelles vert sombre du Chinois le dévisageaient, calmes et rieuses, pas étonnées le moins du monde.

- Je suis heureux ..., murmura Saga en l'embrassant du regard.

- Hum, c'est un bon début, répliqua Dohko, en ébauchant un petit sourire en coin caractéristique, et qui promettait plus encore.

Les doigts du chevalier de la Balance se mirent à jouer distraitement avec une boucle de ses cheveux sur l'oreiller, et soudain il prit un air sérieux, inhabituel chez lui.

- Dis-moi, il y a une question que je dois te poser.

- Laquelle ?, demanda le Gémeau, un peu inquiet.

- Depuis quand ne l'as-tu pas fait ?

- Vous voulez dire ..., dit Saga en rougissant jusqu'à la racine des cheveux.

- Oui, je veux dire ...

- Depuis que ... depuis qu'Athéna est revenue au Sanctuaire, bafouilla-t-il.

- Tu veux dire : "depuis que tu t'es fait virer de la chambre du Grand Pope" ?

Virer, c'était un doux euphémisme. Depuis qu'il avait été démasqué, déshonoré aux yeux de toute la chevalerie de sa déesse. Un jour d'infamie et de délivrance.

- Je vois ... plus d'olisbos pour te donner du plaisir ? Je me demande ce qu'il a bien pu devenir, ce machin-là, continua Dohko avec une moue pensive. Bah, il n'est sûrement pas perdu pour tout le monde. Si Shion savait ça, ça le rendrait vert, lui qui est si attaché à ses petites affaires ! Mais tu n'es pas venu pour passer la nuit à papoter, alors si nous en venions aux choses sérieuses ? Tu ne comptes pas garder ta tunique, si ?

Non, ni la tunique, ni le reste. Avec des gestes que l'émotion rendait gauches, Saga se dévêtit, sous le regard brûlant de son partenaire qui lui disait assez à quel point il appréciait le spectacle. Le sous-vêtement ne tarda pas à rejoindre la tunique sur le sol, et il s'étendit au côté de Dohko, le souffle fébrile.

- Tu n'as aucune raison d'avoir peur. Tu n'es pas le premier à qui je prends sa virginité ! Rassure-toi, je saurai me montrer sage pour commencer. Mais il y a d'abord quelque chose de primordial que tu vas devoir apprendre !

- Quoi donc ?

- Un homme n'est pas un olisbos, toujours prêt à l'emploi. Tu dois me "conditionner" si tu veux qu'on aille plus loin.

- Oh, fit Saga, confus. Que ... que dois-je faire ?

Dohko ne répondit pas. Sans doute parce que la réponse était évidente.

Saga marqua un temps d'hésitation, puis, d'une main timide, déboutonna la chemise chinoise de Dohko. Le chevalier de la Balance, calé sur un coude, le regardait faire, ne l'encourageant ni ne le dissuadant. Son torse apparut, puissant et musclé. Saga connaissait le corps du Chinois pour l'avoir déjà vu maintes fois aux thermes, mais le contexte était bien différent, et il se troubla lorsque ce fut le tour du pantalon.

- Continue, tu fais ça très bien.

Saga lui sut gré de ses encouragements, et ses doigts se faufilèrent sous l'élastique de la ceinture du pantalon, qui glissa sur ses hanches.

- Oh !

Malgré son âge plus que vénérable, Dohko affichait une érection à faire pâlir un jeune homme. Mais ce fut le doute qu'il lut sur les traits parfaits du jeune Gémeau. Il ne se formalisa pas, il s'y attendait.

- Quoi, tu es déçu ?, le titilla-t-il, peu inquiet de sa réponse.

- Non, mais ...

- Mais ?

- Elle était ... enfin, je veux dire ... c'était différent dans mon souvenir.

- Quelle importance ? Saga, ni la taille, ni la forme ne sont des critères de plaisir, tu sais ...

- Vous croyez ?, fit Saga, dubitatif.

Non qu'il fût déçu. Bien au contraire. Il était même soulagé, en se souvenant que cela faisait deux longues années qu'il n'avait eu aucun rapport sexuel. Et un peu amusé de découvrir que les mensurations de l'olisbos, que la petite note qui l'accompagnait disait fabriqué d'après nature, avaient été quelque peu surestimées par l'artiste ... ou le modèle qui semblait curieusement détourner la conversation en relativisant ce détail !

Cela restait malgré tout un bel instrument, digne d'intérêt. Saga caressa lentement la longue hampe dressée, et, refermant ses longs doigts sur elle, en savoura l'épaisseur. De quoi avoir du plaisir, assurément, Dohko ne mentait pas.

Le gland, tout au bout, était d'un rose vif, avec à son extrémité une goutte luisante qui trahissait son excitation. Saga, agenouillé, se pencha et la cueillit du bout de la langue. Le goût était légèrement salé, pas désagréable. Il s'enhardit et ses lèvres s'aventurèrent plus loin. Dohko exprima sa reconnaissance avec un soupir alangui, et se laissa tomber dans les oreillers.

- Continue ...

La main sur ses cheveux encourageait Saga à le prendre en bouche plus profondément, et il s'exécuta sans réticence. La sensation de la verge gonflée de la Balance glissant entre ses lèvres, caressant sa langue, son palais et sa gorge augmentait son désir, et il commençait à sentir son organe dur et tendu entre ses jambes. C'était étrange, il s'était toujours imaginé recevant du plaisir, jamais en donnant, et découvrait maintenant que ça pouvait être aussi bon dans un sens que dans l'autre.

- Attends.

Saga se redressa, sourcils froncés.

- Ai-je fait quelque chose de mal ? Je vous ai blessé ?

Mais il fut vite rassuré par le sourire si particulier de Dohko.

- Pas du tout, mais quel besoin y-a-t-il de brûler les étapes ? Nous avons tout notre temps. A moins que tu ne veuilles qu'on règle l'affaire en cinq minutes chrono ?

- Non !

- Alors allonge-toi.

Il obéit en frémissant d'anticipation, pensant que Dohko allait lui rendre la pareille. Mais ce ne fut pas le cas.

- Quel corps superbe, dit-il en le caressant des yeux. Je ne suis pas sûr de mériter que tu m'offres ta virginité.

- Ma virginité bien égratignée, comme vous le savez, rectifia le jeune Gémeau.

- Pas du tout. Même si tu as expérimenté les petits jouets de Shion, tu n'en restes pas moins vierge puisque tu n'as jamais été pris par un homme ... et tu n'as jamais pris personne non plus. C'est pourtant une jolie chose que voilà.

Et pour illustrer son propos il s'empara sans crier gare de la virilité fièrement dressée du jeune chevalier, qui sursauta sous cette caresse brutale.

- Je suis sûr que tu as aussi de bonnes prédispositions de ce côté, mais nous n'en sommes pas là. Pour l'instant, j'ai autre chose en tête.

Quelque chose de délicieusement coquin, devina sans peine Saga en sentant la main de son aîné glisser entre ses cuisses et s'y immiscer. Il lui offrit une résistance de pure forme, et le laissa s'aventurer vers une zone plus intime encore qui palpitait déjà d'impatience. Les gestes de Dohko étaient précis et mesurés pour faire monter l'adrénaline, lentement et sûrement, et une simple pression sur son orifice secret suffit à le faire gémir.

- Ici ?, le es sensible à cet endroit, vraiment très sensible. Es-tu certain que je doive continuer ?

- Vous êtes ignoble !, s'étrangla Saga.

- Bon, puisque tu le souhaites ... écarte les jambes davantage.

Saga fronça les sourcils, se demandant ce qu'il avait en tête, et comprit lorsqu'il le vit se mettre à quatre pattes sur le lit, la tête entre ses cuisses. Saisissant ses jambes sous les genoux, il les leva en l'air, s'assurant ainsi un meilleur accès vers le but qu'il recherchait. Saga ravala sa salive, conscient de l'impudeur de sa position qui offrait une vue on ne pouvait plus obcène sur cette zone si intime de son corps à laquelle personne n'avait jamais eu accès, et conscient aussi de cette tension grandissante dans son bas-ventre. Quoi qu'il advienne à présent, douleur ou pas, honte ou pas, il ne regrettait rien.

Il s'attendait à ce que ce soit bon, il ne fut pas déçu dans ses attentes, et comblé bien au-delà. La langue de Dohko, d'abord simple papillon sur cette petite fleur de chair rose, se fit plus empressée, voletant autour en petits cercles humides, avant de venir s'y poser à nouveau, s'immisçant dans ses pétales comme pour la butiner. Saga la sentit insistante, puis impudique et lorsqu'elle força la petite entrée il ne put retenir un cri étouffé, auquel un petit rire de Dohko fit aussitôt écho.

- Tu es si étroit ... je vais devoir prendre certaines précautions. Ouvre la bouche.

Il lui présenta trois doigts et Saga devina son intention. Son impatience le fit presque se jeter dessus et il les goba avec avidité, les faisant coulisser entre ses lèvres comme il venait de le faire pour l'érection de Dohko quelques instants auparavant.

- Assez, lui ordonna la Balance quand il les jugea suffisamment enduits de salive.

Ce fut d'abord avec l'extrémité d'un doigt, un seul, qu'il entreprit de se frayer un passage dans la chair brûlante. Introduire une phalange fut aisé, l'anus de Saga l'accepta avec facilité, de telle sorte qu'il continua à s'enfoncer dans le passage jusqu'à la garde et s'immobilisa.

- C'est bon ?

- Oui, souffla Saga.

Il se retira, le pénétra à nouveau, puis se retira encore, plusieurs fois de suite, variant pression et vitesse, jusqu'à ce qu'il sente son doigt aller et venir à l'aise dans cet antre humide et palpitant. Alors seulement il joignit un second doigt au premier, et il avait beau avoir de larges mains en comparaison de celles fines et élégantes de Saga, l'anneau de muscle accepta l'intrusion sans rechigner.

- Tu sens ? Ton corps se détend pour me laisser le passage.

- Oui...

- Tu es si beau, une apparition divine.

Saga en aurait presque oublié de respirer tellement c'était bon, ces doigts qui bougeaient en lui. Ses ongles griffaient les draps, cherchant quelque chose de concret à quoi rattacher son esprit enfiévré. Dohko était un magicien qui faisait naître des sortilèges fabuleux par ses seules caresses et ses paroles.

- Maintenant ..., supplia-t-il.

- Tout doux, mon beau. Tu n'es pas encore prêt. Voyons la suite ?

Un troisième doigt fit gémir Saga, entre douleur et plaisir.

- Ton passage est si rose et si chaud, on dirait une petite bouche avide. Je la sens qui palpite et m'enserre. Tu me mets à dure épreuve, ça va être dur de ne pas jouir trop vite !

- Je vous en prie ...

- Juste encore un peu de patience. Maintenant, tu le regretterais. Tiens, donne-moi donc ce qui est sur la table de chevet, à ta droite.

C'était difficile de redescendre sur terre dans un moment pareil, et Saga s'exécuta à tâtons.

- Ca ?

Il lui tendit une petite fiole contenant un liquide clair aux reflets ambrés.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Une sorte de baume, qui m'aidera à entrer en toi. Je ne voudrais pour rien au monde te faire mal.

- Je n'ai pas peur d'avoir mal. Je suis chevalier d'or, je vous le rappelle.

- Je sais, mais sans douleur, c'est tout de même mieux, non ? Et ce n'est pas le genre de douleur auxquelles tu as été confronté jusqu'ici ...

Dohko ouvrit la fiole et versa quelques gouttes de son contenu sur ses doigts.

- Oh !, fit Saga, un peu surpris par la sensation de fraîcheur quand il se mit de nouveau à le caresser.

A présent, le va-et-vient de ses doigts dans son intimité se faisait sans aucune gêne.

- Une dernière précaution. Tu veux le faire ?

Saga comprit à quoi il faisait allusion et acquiesça, le coeur battant la chamade. Dohko lui rendit la fiole, et il en versa généreusement au creux de sa paume, puis en enduisit le sexe de son amant, prenant soin de bien lubrifier le gland.

- Sur toute la longueur, lui souffla Dohko au creux de l'oreille. J'ai bien l'intention de te la mettre toute entière ...

Et ce fut ce qu'il fit. Saga eut à peine le temps de deviner la pression du gland de son amant contre son intimité que déjà il se frayait un chemin en lui. Ses doigts avaient certes préparé le passage, mais son érection était plus imposante – et cela Dohko ne pouvait l'ignorer. Et il avait bien ce détail à l'esprit, car quand Saga laissa échapper un petit cri d'inconfort, il s'empressa de le rassurer.

- Tout doux, ce n'est rien, ça va vite passer. Respire !

Mais loin de s'arrêter lui-même, Saga sentit sa verge dure comme du bois qui continuait à s'enfoncer centimètre après centimètre en lui, de plus en plus profondément dans ses entrailles, jusqu'à la garde. Une violente sensation de pincement le saisit, et il tenta de le repousser.

- Non, ne fais pas ça, tu vas te blesser!, s'écria Dohko en le clouant sous son poids. Calme-toi, c'est normal que tu aies mal ! Laisse à ton corps le temps de s'habituer !

Saga hoqueta et s'efforça de respirer. Il avait mal, cette chose si grosse et si dure en lui – qu'il avait pourtant souhaitée – le forçait, l'écartelait sans pitié.

Une main douce se mit à lui caresser les cheveux.

- Ca va aller. Donne-toi juste un peu de temps.

C'est ce qu'il fit – que pouvait-il faire d'autre ? - et au bout d'un moment, effectivement, la douleur s'estompa jusqu'à devenir supportable. Dohko n'avait pas menti.

- Tu te sens mieux ?

- Oui.

Il regrettait ce moment de panique, une offense à son amour-propre.

- Nous allons attendre un moment avant de continuer, d'accord ?

Saga hocha la tête, et se laissa aller dans les oreillers, Dohko au-dessus de lui tel un ange gardien. Peu à peu son corps se détendit et s'il pouvait encore deviner la présence de Dohko en lui, à présent ce n'était plus douloureux, un peu inconfortable tout au plus.

- Je crois ... je crois que ça va aller, balbutia-t-il pour signifier à son partenaire qu'il était prêt pour la suite.

La suite, ce fut un enchantement. Dès que Dohko commença à bouger en lui, le plaisir revint et rapidement ce fut lui qui alla au-devant de son partenaire. Sans qu'il puisse s'en empêcher, ses hanches se soulevaient des draps et ses jambes se nouèrent autour du chevalier de la Balance, l'encourageant à le prendre plus vite, plus profondément. Et Dohko répondait à ses invitations en plongeant en lui avec toujours plus de hardiesse et de douceur mêlées, inlassable, jamais rassasié.

Et Saga sut qu'il était enfin parvenu au bout de sa quête lorsque Dohko se répandit en lui avec un cri rauque.


Ils passèrent la nuit à faire l'amour, et l'aube les trouva en sueur et exténués. Etendus l'un à côté de l'autre, ils ne devinèrent qu'à peine la lueur rosée du soleil levant qui envahissait la chambre du temple.

- ... douche ?, marmonna Dohko.

- Pas le courage ..., répondit Saga, le nez dans l'oreiller.

Il ne se sentait effectivement pas le moindre courage. Il n'avait qu'une envie, rester ici, à subir les assauts amoureux de Dohko jusqu'à ce que la mort vienne le saisir.

- Oh !, fit soudain celui-ci d'un ton alarmé.

Il avait dû jeter un oeil sur le réveil, en déduisit Saga.

- Tu devrais ouvrir les yeux, Saga.

- Pour quoi faire ?

- Ouvre-les, et tu comprendras.

Il s'exécuta en grognant, et la lueur vive lui brilla le cerveau. Passé quelques secondes d'accoutumance, il distingua une sorte d'étoffe rouge surchargée de fines broderies colorées tout près de lui. Bizarre, il ne l'avait pas remarquée la veille au soir. Mais c'était si loin, la veille au soir.

- Joli, ça, bafouilla-t-il. C'est chinois ?

Et c'est alors qu'une voix au-dessus de lui lui répondit :

- Non, c'est tibétain.

Les yeux de Saga, encore une seconde plus tôt lourds de sommeil, s'écarquillèrent démesurément, et il devina la catastrophe qui s'abattait sur eux avant même de lever la tête.

Shion était debout juste à côté du lit, le toisant de son regard indéchiffrable.

Il était rentré plus tôt que prévu.

A suivre

Désolée d'avoir été si longue à poster ce chapitre dont certaines reviews m'ont fait comprendre qu'il était assez ... attendu, on va dire ! Mais en récompense, il est plus long que les autres ! Alors maintenant, à votre tour de travailler et de m'envoyer des reviews !

Dans le prochain chapitre on va apprendre des choses inattendues et croustillantes ... héhé !