Hello me revoilà ! Mais non je ne suis pas morte, la preuve ! Bon, d'accord, j'en ai mis du temps à publier la suite ( la grosse honte ! j'ai envie de m'enterrer , comme les taupes ... ). Suite à mes problèmes de virus qui m'ont boulotté tout ce que j'avais écrit, il a fallu que je reprenne tout ... et j'ai changé des choses. Pendant des semaines, j'ai hésité entre deux fins possibles pour cette fic - on n'y est pas encore, à la fin, mais vous pouvez espérer la lire avant la fin de ce siècle, si si !
Je ne sais pas si j'ai fait le bon choix, mais vous me le direz ! Pour laisser une review, un mot d'encouragement, une note d'insulte, c'est en bas à droite ! J'ai besoin de savoir si quelqu'un lit encore cette fic parce que vu ma régularité à poster, je pense que beaucoup se sont découragés ! Alors je remercie les braves et à bientôt !
Le meilleur chevalier du monde : c'est ainsi qu'au Moyen-Age on surnommait le preux Guillaume Le Maréchal, fidèle parmi les fidèles de son roi, paré de toutes les vertus que son ordre mettait en exergue. La perfection faite chevalier, la fierté du royaume d'Angleterre. De lui on ne disait que des louanges, et même les ennemis, ces satanés Français, reconnaissaient sa valeur et saluaient sa droiture, son courage et son sens de l'honneur. Jamais homme ne porta plus haut ni plus légitimement l'étendart de la chevalerie.
Une telle perle, qu'on ne croise qu'une fois par siècle si ce n'est par millénaire - est le rêve de tout souverain – ou son pire cauchemar tant la comparaison avec lui-même risque d'être cruelle. Moi, je m'en réjouissais : moi aussi j'avais mon Guillaume Le Maréchal.
Il s'appelait Saga. Le meilleur chevalier du Sanctuaire, et sans aucun doute du monde – de tous les temps peut-être. Je ne tirais aucun orgueil de l'avoir sous mes ordres, mais une certaine sérénité. La succession d'un Grand Pope était quelque chose qui ne s'improvisait pas – tant en dépendait – mais au cas très improbable où tous les autres se révèleraient une déception, je savais que Saga serait plus qu'apte à prendre ma place sur le trône.
Quelle incroyable ironie ... Comment deux frères, deux jumeaux, peuvent-ils être aussi dissemblables ? Je ne parle pas du côté physique, bien évidemment. Encore qu'on pouvait les différencier non par leur apparence mais par leur attitude. Saga était un lion, serein et majestueux. Chez lui, aucun mouvement d'humeur, de caprice ou même de fantaisie. C'était un jeune homme pétris de devoir, ne discutant jamais un ordre, n'ayant d'autre ambition que de me satisfaire et de servir notre déesse dût-ce lui coûter jusqu'à la dernière goutte de son sang. Rien de tout cela chez Kanon. Lui était un chat sauvage, toujours prêt à griffer ou à mordre, indomptable et imprévisible. Si son aîné était mon repos, à lui je devais une bonne partie de mes nuits blanches.
Aussi fus-je surpris lorsque Saga, le front barré, me demanda audience. Privée, précisa-t-il.
Ce n'était pas dans ses habitudes. Nos relations étaient strictement celles d'un Grand Pope et de son subordonné : je lui donnais des ordres, lui demandais des avis, m'entretenait avec lui de choses diverses et variées mais qui toujours relevaient de nos fonctions à l'un comme à l'autre. J'étais le Grand Pope, le maître de Saga, pas son confident. Nous n'abordions jamais de sujet privé et ce que je savais de Saga en dehors de nos échanges était issu de bruits de couloirs surpris çà et là. Autant dire que si cela m'amusait de savoir que Saga découchait de temps à autre et que la moitié des dames du Palais soupiraient après lui, je n'y accordais que peu de crédit et moins encore d'importance. Je n'avais aucune intention de lui demander des comptes quant à sa vie privée. Ca ne faisait pas partie de mes fonctions ni de mes ambitions.
Mais cette fois, et je le compris aussitôt à la mine sombre qu'il affichait – il n'était jamais très enjoué, le beau Saga, mais ce jour-là il semblait particulièrement tendu – que ce n'était pas de lui qu'il allait être question, mais de moi.
L'audience générale venait de se terminer, et les derniers visiteurs quittaient la grande salle du trône. Seuls quelques-uns étaient encore là, par deux ou trois, à discuter calmement sans prêter attention à nous.
Je me levai de mon trône, et invitai à Saga à me suivre dans mes appartements où, pour autant que je me souvienne, il n'était jamais venu. D'ordinaire, dès la porte franchie, je me débarrassais de cet encombrant masque qui dissimulait mon visage. Je n'en fis rien et, affectant un air détaché, je m'approchai d'une console sur laquelle une aiguière d'étain semblait n'attendre que nous.
- Vin de Samos, arrivé ce matin. Un nectar des dieux. Veux-tu le goûter ?
Sans attendre sa réponse je lui tendis un gobelet à demi rempli du divin breuvage.
- Merci, Majesté, fit-il en s'inclinant pour s'excuser.
Pas de vin, donc. Il n'avait pas encore abordé le sujet qui l'amenait et déjà se mettait en retrait : cela augurait mal de la suite. J'aurais bien bu une gorgée, moi, histoire de simuler une sérénité que j'étais loin de ressentir, mais mon masque m'en empêchait. Je me contentai donc de jouer du bout de l'ongle avec les motifs délicats qui décoraient le gobelet.
- Dis-moi ce qui t'amène, demandai-je à Saga avec un soupçon de nervosité.
- Je suis inquiet au sujet de mon frère.
- De quelle manière ?
- Eh bien, je le sens différent de ce qu'il est d'habitude. Il est nerveux, agressif ...
- C'est une seconde nature chez lui, tu ne l'ignores pas. S'il fallait s'angoisser à chaque éclat de voix de sa part, ni toi ni moi n'aurions plus d'ongles depuis belle lurette !
- Non, Majesté, c'est autre chose, quelque chose de bien plus profond qui le ronge.
- Et tu penses que j'en connais la cause, c'est ça ?
- Non, je pense que vous en êtes la cause.
- Oh ! M'accuserais-tu ?
- Je n'oserais jamais, vous êtes mon Grand Pope, auquel je dois respect et obéissance.
- Blabla bla, blabla bla, épargne-moi les protestations habituelles de loyauté qui n'ont rien à faire dans cette conversation ... si tu en venais aux faits ? Qu'est-ce qui te permet de conclure que j'y suis pour quelque chose ?
- Je sais qu'il vient souvent au Palais. Et quand il en revient, il est étrange.
- Saga ... ne crois-tu pas que tu t'inquiètes outre mesure pour Kanon ?
- Non, je ne crois pas, non ... l'autre jour il est revenu en pleurant !
Mes doigts se crispèrent sur le gobelet d'étain. Kanon pleurant. Lui. Certes, lorsqu'il était venu me relancer dans mes appartements après la cérémonie avec Apollon, avec ma chère Anthéa piétinant sur le pas de la porte, les choses avaient mal tourné et rien qu'à y penser j'en tremblais encore, mais tout de même, des larmes ... je n'aurais jamais soupçonné que ce que je lui avais dit ce soir-là ait pu l'affecter à ce point !
- Je veux savoir ce qui se passe entre mon frère et vous, Majesté.
- Pardon ?
Je tombais des nues. Cela ne ressemblait vraiment pas à Saga de poser une telle question, si personnelle et si directe, et la précipitation avec laquelle il l'avait posée me laissait deviner qu'il s'y était longuement préparé et s'était fait violence. Il avait l'offensive, mais sa position était fragile et je pouvais facilement le contrer en lui opposant une fin de non-recevoir. Connaissant Saga comme je le connaissais, je savais qu'il y avait peu de chances qu'il insiste.
- Ton frère et moi baisons ensemble.
J'aurais pu utiliser d'autres termes, plus élégants. Mais moins appropriés. Car c'était ce que ma relation avec Kanon était : du sexe, et rien que du sexe. Enfin, en ce qui me concernait.
Le mot fit l'effet escompté sur Saga, et son beau visage prit une teinte de craie. Ma réponse, franche et sans ambiguité, était à mille lieues de tout ce qu'il avait pu imaginer.
- Vous ... ?, balbutia-t-il sans oser me regarder.
- Exactement. Cela te pose-t-il un problème ?, coupai-je sans lui laisser le temps de chercher ses mots.
Je le vis secouer la tête, comme s'il avait du mal à admettre la vérité.
- Comment avez-vous osé, vous ... ?, dit-il au bout d'un long moment, la voix sourde, presque menaçante. Comment avez-vous pu abuser de lui, profiter de votre position pour le mettre dans votre lit ?
- Tu te méprends, Saga, m'insurgeai-je. Je n'ai jamais contraint Kanon à quoi que ce soit.
" C'est lui qui m'a poussé dans le sien ", brûlais-je de lui dire, mais un reste d'amour-propre m'en empêcha. Je respectais Saga, je l'admirais, et lui révéler que je m'étais et continuais de me prostituer à son frère, lire dans ses yeux le dégoût m'était tout bonnement impossible. Alors je lui fis croire, à lui aussi, que cette liaison dangereuse était aussi voulue d'un côté que de l'autre.
- Je ne vous crois pas, murmura Saga.
Et sans même me saluer, il sortit.
Je restai seul, troublé et le coeur battant. L'opinion de Saga m'importait, plus que celle de quiconque en ce monde. Mais je devais me faire une raison pour le moment : il était trop choqué par ce qu'il venait d'apprendre pour être accessible à la raison. Rien n'était perdu, je trouverais bien un moyen de le prendre en aparté et de le convaincre que je n'avais en aucune manière contraint Kanon. Peut-être même son frère le lui confirmerait-il ? Comme beaucoup de jumeaux, ils étaient très proches en dépit du fossé béant entre leurs destins respectifs, mais jusqu'où cela allait-il ? Kanon avait-il fait des confidences à son frère ? Si j'en jugeais par la stupeur de Saga, il lui avait peut-être parlé, mais en tout cas pas tout dit. Ou omis certains détails cruciaux ...
Une seule chose était sûre : Saga ne parlerait de notre entretien à quiconque. Pas pour me protéger mais pour préserver à la fois la clandestinité de son cadet et sa réputation.
Pour cela j'avais toute confiance en lui.
Jusqu'à la mort.
Je ne voyais plus Anthéa. Je savais par les bruits qui courraient qu'elle était toujours au Palais, mais je ne la croisais pas. Etait-ce un simple hasard ou me battait-elle froid ? Je n'étais pas fier, les torts étaient de mon côté et elle avait raison de m'en vouloir. Bien sûr, elle ne savait pas ce qui s'était passé derrière cette porte qu'à peine passé son triomphe elle avait trouvée close. Quelles folles conclusions, moins folles cependant que la réalité, avaient germé dans son esprit ? Que je m'étais servi d'elle pour aussitôt la renier ? Ma conscience me taraudait. J'aurais dû aller la voir, lui expliquer ... mais expliquer quoi et comment ? Que je voulais l'épouser, mais qu'entre elle et moi il y aurait une tierce personne qui ne comptait pas s'effacer ? Car quand j'avais déclaré à Kanon que cette liaison avait été une erreur certes agréable mais une erreur tout de même et que je voulais y mettre fin, il n'avait pas réagi sur-le-champ contrairement à son habitude. Cela m'avait surpris de sa part, et plus inquiétantes encore étaient les larmes qu'il cherchait à peine à retenir. Il ne m'avait pas supplié cependant, ce n'était pas dans sa nature. Amour-propre blessé ou amour véritable ?
Quelques jours plus tard, je trouvai un petit mot sur mon bureau un matin. Succint, d'une écriture élégante ... féminine.
Anthéa.
" Je veux vous parler. Je serai ce soir au coucher du soleil au temple abandonné qui se trouve derrière la colline des Nymphes ".
Mon sang ne fit qu'un tour. Me mordant la lèvre, je pesai le pour et le contre.
Non, je ne me déroberais pas. Je lui devais une explication. J'irais, et je lui dirais tout. Et tant pis pour mon orgueil.
A la nuit tombante, je m'emmitouflai dans une mante sombre et pris le chemin de la colline.
A suivre
