Il n'y avait personne. Elle n'était pas venue en fin de compte. Peut-être n'en avait-elle pas trouvé le courage, alors qu'elle n'avait rien à se reprocher à part m'aimer. Et moi, qui la payais si mal en retour, si j'avais appréhendé toute la journée cette entrevue, j'en étais presque déçu. Qu'à cela ne tienne, pensais-je le coeur serré, j'aurais d'autres occasions de me justifier et ( peut-être ) de me faire pardonner.
J'allais tourner les talons et reprendre le chemin du Palais quand j'entendis des bruits de pas derrière moi. Le coeur battant, je me retournai, et je réprimai un cri de déception en voyant Kanon se diriger vers moi, un sourire aux lèvres.
J'étais amèrement déçu et je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même. Le billet n'était pas signé. Par l'élégance de l'écriture, j'en avais déduit qu'il émanait d'Anthéa. Pas une seconde je n'avais envisagé qu'il pouvait avoir été rédigé par Kanon, que j'imaginais davantage avoir un style en pattes de mouches.
De toute manière il était trop tard pour faire machine arrière et prendre la fuite comme un voleur.
- C'est toi ?, murmurai-je.
Il ne répondit pas, et continua de s'avancer vers moi, jusqu'à ce que nous soyions assez proches pour que je sente son souffle sur ma joue.
- Je suis heureux que tu sois venu.
Je jugeai préférable de tuer dans l'oeuf tout espoir qu'il aurait pu avoir.
- C'est une erreur de ma part, répondis-je sans chercher à dissimuler ma réserve.
- Pourquoi ?
- Je te l'ai dit l'autre soir : je ne veux plus que nous nous voyions.
- Pourquoi ? Parce que tu penses qu'il y a une personne de trop dans cette histoire ?, fit-il avec tristesse.
- Exactement !
- Je suis bien d'accord avec toi sur ce point. Il y a effectivement une personne de trop dans cette histoire ... , conclut-il en baissant les yeux.
A cette réponse, mon coeur s'emballa d'un fol espoir. Se pouvait-il que Kanon soit venu uniquement dans le but de me faire ses adieux ? Que nous sortions de cette situation sans issue en douceur ?
- J'ai réfléchi, continua-t-il d'un ton calme qui ne lui ressemblait guère.
- Et ... ?
- Cette situation ne peut perdurer.
- Ravi de te l'entendre en convenir.
Il n'imaginait sûrement pas à quel point. Un grand poids venait de quitter mes épaules, et je me sentis revivre l'espace d'un instant. D'une main nerveuse, je triturai les plis de ma mante. J'avais hâte de partir et de laisser tout ce pan de ma longue vie derrière moi.
- Avant qu'on ne tourne définitivement cette page, je ne demande qu'une chose.
- Laquelle ?, l'interrogeai-je en fronçant les sourcils.
Je savais d'expérience qu'il faut toujours s'attendre au meilleur avec Saga, mais au pire avec son jumeau.
- Une dernière nuit avec toi.
- Non !
- Je t'en supplie ...
Les larmes qui brillaient dans ses yeux l'emportèrent sur ma raison. Après tout, j'avais déjà couché avec lui à maintes reprises ces derniers mois, alors que m'importait une fois de plus ou de moins ? Si c'était là le prix qu'il mettait à ma liberté, ce n'était pas cher payé. Un cadeau d'adieu en quelque sorte. Et après je serais tranquille.
Mon hésitation eut pour lui valeur d'acquiescement, et avant que j'aie pu prononcer une parole, ses lèvres étaient sur les miennes. Je fus surpris par leur douceur, et ne tentai pas de me dégager, même lorsque sa langue se fit plus impérieuse et força le passage de mes dents.
- Laisse-moi te faire l'amour, me chuchota-t-il dans le creux de l'oreille entre deux baisers.
Son souffle fébrile trahissait son émotion, et lorsque ses mains commencèrent à vagabonder entre les plis de ma mante, je sentis qu'elles tremblaient. Et que dire de moi-même ? Mon coeur battait la chamade sans que je parvienne à comprendre pourquoi. Parce que c'était la dernière fois ? Ou à cause de cette douceur que je découvrais en lui, et qui me mettaient des larmes au bord des yeux ?
- Kanon ... qu'est-ce que ... ?
Il s'était agenouillé devant moi, et lorsque ses longs doigts s'aventurèrent dans les plis de ma tunique, je compris estomaqué son intention.
- Non ! , protestai-je faiblement.
- Laisse-moi faire. Je veux que ce soit inoubliable, que toute ta vie tu te souviennes de cette nuit.
Nous étions au début du printemps, et je frémis malgré moi en sentant la morsure fraîche de l'air du soir sur ma cuisse. Kanon prit-il cela pour une invitation ? Toujours est-il qu'avant que j'aie pu m'opposer à lui ses doigts frôlèrent mon sexe et se refermèrent sur lui avec douceur, comme s'il s'agissait d'une chose précieuse. Je poussai un petit cri de surprise.
- Kan..., protestai-je.
- Ne dis rien ..., me répondit-il en souriant.
Ah, ce sourire, je m'en souviendrai toute ma vie. Il ne tenait ni du diable ni de l'ange, et à la fois des deux.
D'une main, il caressait ma hampe en un mouvement régulier, tandis que l'autre il massait mes testicules. Malgré moi, je me sentis durcir : qui aurait pu résister à un tel traitement ? Je gémis, ce qui lui arracha un nouveau sourire et l'enhardit.
Il continua quelques instants à me masturber très doucement du bout des doigts, et lorsque ma verge fut suffisamment tendue, Kanon fit glisser le prépuce sur le gland, le libérant, et en approcha ses lèvres si près que je pouvais sentir son souffle.
- Tu aimes, n'est-ce pas ? Ce n'est que le début ...
Pour toute réponse, mes ongles griffèrent le marbre du mur auquel j'étais adossé, et en un geste désespéré je rejetai la tête en arrière pour lui dissimuler le plaisir sur mon visage.
Il ne lui fallut pas longtemps pour me faire perdre le peu de maîtrise sur moi-même qu'il me restait encore. Sa langue se mit un instant à titiller mon gland en une caresse sournoise, avant qu'il ne me prenne tout entier dans sa bouche. Un velours humide, d'une incroyable chaleur. Il me sembla que mes os fondaient et que ma chair se liquéfiait sous ses caresses. Je sentis ses doigts magiques se frayer un chemin entre mes cuisses et vagabonder sur la peau douce et tendre du périnée, juste derrière mes testicules. J'avais toujours été très sensible à cet endroit-là, mais il ne m'avait jamais caressé de la sorte. Les fois précédentes, il s'était borné à me préparer à le prendre presque mécaniquement, sans aucune douceur ou sentiment. Dans un geste instinctif qui me choqua, j'écartai les cuisses pour lui faciliter les choses. L'envie de plus me consumait l'esprit.
Sentait-il le feu qui coulait dans les veines ? Toujours est-il qu'il me força à patienter en poursuivant avec application sa fellation. Ses jolies lèvres sensuelles, recourbées en une moue coquine pour me protéger du contact de ses dents, s'activèrent de plus belle, allant et venant sur mon érection en une danse diabolique. Je tenais à peine debout, et mes mains abandonnèrent le marbre froid pour aller se perdre dans sa crinière de soie bleue. Qu'il n'arrête pas, qu'il n'arrête surtout pas. C'était si bon. La jouissance montait de façon irrépressible dans mon ventre et mes reins, et ma verge, dure comme jamais, pulsait sous les assauts de sa langue. Mes hanches se mirent à bouger d'elles-mêmes, m'entraînant malgré moi dans cette danse sensuelle. Je ne songeais plus qu'à une chose : m'enfoncer plus loin encore dans cet antre humide et brûlant, aller cueillir ce plaisir qui se dérobait encore.
Il prit son temps, comme s'il attendait quelque chose, me mettant sur des charbons ardents. Et lorsqu'enfin je me libérai dans sa bouche, mon orgasme, telle une vague puissante, me submergea. La tête me tournait, et je manquai d'air ; il fallut que je me raccroche à lui pour ne pas m'écrouler, vidé de toute volonté et de toute pensée. Une seule chose était sûre, aussi sûre que si elle avait été gravée dans le marbre : je ne regrettais rien de ce qui venait de se passer.
Cela faisait une éternité que je n'avais pas ressenti un tel plaisir physique, et je me livrai tout entier à lui. A peine eus-je un geste de protestation quand je le sentis m'étendre à terre.
Il se pencha sur moi, s'embrassa, et je devinai sur ses lèvres le goût salé de ma propre semence. Son baiser était doux, étrangement agréable. De l'ancien Kanon ne subsistait rien de ce que j'avais connu, ni aggressivité ni amertume, comme s'il avait fait la paix avec lui-même, trouvé son chemin dans la vie. Penché au-dessus de moi, ses boucles sombres tombant en cascade autour de son beau visage, il me souriait.
- C'était bon ? Ce n'est pas fini...
Avec une lenteur calculée, il acheva de me dévêtir. J'étais à présent nu sur le sol de marbre, à sa merci, et pour la première fois je ne redoutais pas ce qui allait suivre. Je l'attendais. Son érection, dure et avide, dardait contre ma cuisse.
- Mets-toi sur le ventre.
- Que ... ?, balbutiai-je faiblement.
- Fais ce que je te demande, répondit-il avec un sourire gourmand.
Le marbre était froid sous moi, presque mordant, mais je m'en moquais. Seules comptaient pour moi ces mains qui caressaient mon dos, modelant chaque courbe, soulignant chaque muscle. Je frissonnai de délice.
- Ecarte les jambes, dit-il quand elles atteignirent le creux de mes reins.
Ses longs doigts s'immiscèrent entre mes fesses, explorant les replis les plus intimes de mon corps avec application. Je le sentais qui tremblait, et m'en émus malgré moi. Avec douceur , il titilla mon anus, mais ne tenta pas d'y introduire un doigt. Retenant mon souffle, j'attendis la suite, fébrile. Ses longues boucles chatouillèrent mes fesses et avant d'avoir compris son intention, sa langue humide et brûlante se lança à l'assaut de mon dernier rempart.
- Oooooh, fis-je malgré moi et ma propre voix, chargée de désir, me choqua.
Je fermai les yeux, savourant ce contact. Je venais d'éjaculer, et pourtant mon sexe durcissait à nouveau sous moi. Les mains de Kanon se posèrent sur mes fesses, les écartant doucement, et il continua à me préparer intimement. Cela n'avait rien à voir avec toutes ces fois où il m'avait presque forcé. C'était doux, c'était tendre ... c'était merveilleux. Je baignais dans un océan de plaisir, et ne demandais qu'une chose : m'y noyer.
Rapidement, comme si son propre plaisir l'aiguillonnait, il se fit plus hardi. Sa langue investit mes chairs, s'y frayant un chemin, et m'arrachant un soupir d'extase, avant de se retirer. Puis de revenir à la charge, plus insidieuse et plus savante encore. Où diable avait-il appris tout cela ? Cette torture sensuelle et calculée me mit au bord de la folie. Le feu intérieur qui me dévorait ménaçait de me consumer tout entier, corps et âme.
- Veux-tu ... ?
Je faillis fondre en larmes. Oui, je voulais. A en mourir. Où étaient passées mes belles résolutions ?
Kanon n'attendit pas ma réponse, il n'en avait pas besoin. Je me laissai glisser sur le dos, le coeur battant.
Je sentis son gland suintant de désir contre mon anus. Il força un peu, si peu que j'en eus à peine conscience, et déjà il était en moi. Aucune douleur. C'était bon. Seulement du plaisir à l'état pur. Son membre imposant n'était entré en moi que de quelques centimètres, pourtant il s'immobilisa au-dessus de moi, et à ma grande surprise me demanda :
- Ca va ?
En guise de réponse, j'écartai davantage les jambes, l'invitant à me prendre plus profondément. S'il refusait j'en mourrais.
Mais je n'avais rien à craindre, son sexe dur et avide témoignait de son excitation. Lentement, Kanon progressa en moi, jusqu'à ce que ses testicules entrent en contact avec mes fesses. Plein de lui, son poids sur moi, je ne souhaitais qu'une chose : que le temps s'arrête.
Très lentement, avec précaution, il se retira complètement. De ma gorge jaillit un petit hoquet de frustration qui le fit sourire, et aussitôt il me posséda à nouveau. Plusieurs fois de suite, il recommença, jouant avec moi. Et je jouai avec lui.
- C'est si chaud à l'intérieur, souffla-t-il, avant de plonger à nouveau en moi d'un seul mouvement.
Etait-ce un pur hasard, ou avait-il calculé son coup ? Je ne le saurai jamais. De son gland, il effleura ma prostate avec une telle intensité que je me crispai malgré moi, foudroyé par le plaisir. Un cri obcène, qui en demandait plus, résonna dans tout le temple, et je réalisai abasourdi que c'était moi qui avait crié. Effrayé par mon propre plaisir, je serrai les dents.
Une telle victoire ne pouvait laisser Kanon insensible, et avec ardeur il se mit à se mouvoir en moi, conquérant et déjà vainqueur. Mes mains se posèrent sur ses hanches, l'encourageant encore un peu plus. Il glissait sans encombres en moi, pilonnant ma prostate sans pitié, alimentant ce brasier dans mon ventre. Je devinai ses doigts s'avançant vers mon érection.
- Non !, criai-je sans y prendre garde.
Le plaisir était tel que j'aurais pu en mourir. Cela m'était indifférent, du reste, mais je voulais encore un sursis. Le sentir jusqu'à l'ultime seconde me labourer les entrailles avant de basculer dans un néant salvateur.
Ses premières fois avaient été rapides, mais depuis il avait acquis la maîtrise de son corps et de ses sensations. Pourtant l'orgasme vint vite, et ma semence jaillit, maculant mon ventre, sans que je puisse m'en empêcher. Dans la même seconde, mon ventre se tordit en un spasme violent, aussi douloureux que délicieux, et je sentis un flot brûlant se déverser au plus profond de moi. Au-dessus de moi, Kanon laissa échapper un cri de délivrance, et se laissa retomber sur moi. Nous restâmes ainsi un instant, soudés l'un à l'autre. Je peinais à retrouver mon souffle et mon pouls affolé me cognait les tempes, malgré cela je trouvai la force de soulever une main et de caresser la joue de Kanon d'un geste tendre, auquel il répondit en y déposant un baiser.
Graduellement, je repris mes esprits. Le plafond au-dessus de nos têtes reprit de sa substance et le froid mordilla ma peau en sueur. On entendait le bruit du vent au-dehors, comme un murmure apaisant. Et un autre bruit, étrange, étouffé comme dans du coton, que je ne parvins pas à identifier. Intrigué, je tournai la tête dans la direction dont il provenait.
Mes yeux s'écarquillèrent d'horreur.
Une silhouette gracieuse se tenait près de la porte, une main crispée sur l'embrasure, l'autre fermement posée sur sa bouche pour s'empêcher de crier. Et elle me dévisageait d'un air terrible, où se lisaient une fureur et un désespoir sans bornes.
- Anthéa !
Mais déjà elle avait disparu.
Je restai quelques instants assommé, incapable de me relever et de partir à sa poursuite afin de lui expliquer ... de lui expliquer quoi d'ailleurs ? Elle avait tout vu.
Kanon bougea près de moi, et se redressa sur un coude. Il n'avait pas l'air surpris. Juste froid et déterminé. Alors je compris tout.
- C'était toi ..., fis-je d'une voix sourde et lourde
- Shion ...
- Ne m'appelle pas ainsi !, hurlai-je. Je te le défends !
Il parut ébranlé par ma réaction et je le vis blêmir.
- C'était toi. J'aurais dû le savoir.
- Non, écoute ...
- Tais-toi ! Je ne veux plus rien entendre de ta bouche. Tu m'as trompé, tu m'as attiré dans un piège avec ce mot !
- Ce n'est pas moi qui l'ai écrit, ce mot !, tenta-t-il faiblement de se défendre.
Kanon avait les larmes aux yeux.
- Qui, alors ?, repris-je, un peu radouci.
- C'est elle. Je te le jure.
Instinctivement, je le crus et je ne pus réprimer un cri de douleur et d'amertume. Bien sûr que non, il n'avait pas écrit ce mot. Il n'en avait pas besoin. Il suffisait qu'il l'ait vu, lu. Et qu'il arrive ici avant elle, la laissant témoin impuissant de la suite et de mon double jeu. Il me l'avait dit : il y avait une personne de trop. J'avais été incapable de choisir entre elle et lui, alors il avait forcé le destin. J'avais foncé tête baissée dans son piège et par mon inconscience cruellement blessé une jeune femme qui m'aimait.
La sentence était inéluctable. Et elle tomba, tranchante comme la hâche du bourreau.
- Va-t'en. Je ne veux plus jamais te voir.
A suivre
Coucou, pour une fois je n'ai pas mis six mois à publier la suite et en plus c'est un chapitre plus long que les autres. Faudrait pas que je prenne l'habitude de vous gâter comme ça, vous allez devenir exigeants ! Les fidèles ( et les autres ... ) auront droit, sauf si je change mon histoire - j'hésite depuis des semaines entre deux options - à une groooooooooooooosse surprise dans le prochain chapitre ! Stay tuned !
