Ma vie reprit son cours tranquille, insouciant. Une petite vie ronronnante de notable de province ou presque. Levé bien avant l'aurore, le nez dans les dossiers jusqu'à dix heures, audience du matin avec les habituels quémandeurs de faveurs, un déjeûner rapide pris sur le coin du bureau, une petite pause sieste à quatre heures quand le soleil était au plus haut dans le ciel et assommait tout le monde, puis de nouveau travail jusqu'à l'heure du dîner. Autrefois, j'aurai terminé la journée par un petit plongeon rafraîchissant dans les thermes privés de mes appartements, mais je ne m'y risquais plus. Il y avait trop de souvenirs là-bas, bons comme mauvais.
Cette vie m'avait semblé monotone autrefois, aujourd'hui, j'aurais pu la qualifier d'ennuyeuse. Mais rassurante. Et cela suffisait à mon bonheur. Enfin, à mon repos.
Car à mon grand étonnement, Kanon avait disparu. J'aurais pensé qu'il s'accrocherait davantage, n'abandonnerait pas la partie aussi facilement. Je me serais trompé. Pas de nouvelles de lui, pas même de traces. J'ignorais même s'il était encore dans l'enceinte du Sanctuaire. Peut-être espérait-il que je reviendrais sur ma décision, que je le rappellerais dans ma vie et mon lit. Il devait être déçu.
Anthéa aussi était sortie de ma vie et bizarrement j'en éprouvais une sorte de soulagement – non sans mauvaise conscience. Je n'espérais pas qu'elle me pardonne, ma faute était bien au-delà de tout pardon et j'entendais assumer mes erreurs. Non, ce que je voulais simplement, c'était m'excuser auprès d'elle, et lui faire comprendre que si pour le moment je me détachais d'elle, c'était parce que j'avais le sentiment de ne pas la mériter.
Il me fallut trois jours pour la retrouver. Elle avait fui le Palais sans rien emporter. Non, pas fui, quitté, car les jeunes femmes qui vivaient au gynécée n'étaient pas prisonnières. Elles demeuraient libres de leur corps, de leur âme et par conséquent de leurs mouvements. Je n'avais aucune autorité sur elles, pas plus que quiconque, et il était toujours plaisant de se dire que si elles étaient ici, c'était parce qu'elles le voulaient bien et y trouvaient leur compte, aussi bien matériellement que moralement parlant. Le moindre soupçon de contrainte m'aurait donné la nausée.
Je m'inquiétais pour Anthéa. S'il lui arrivait malheur par ma faute, jamais je ne me le pardonnerais. Je résolus donc de mener mon enquête et m'assurer de mes propres yeux qu'elle allait aussi bien que possible, même s'il était probable qu'elle avait plus envie de m'arracher les yeux que de me voir, et cela je ne pouvais guère le lui reprocher.
Son caractère doux et aimable me facilita grandement les choses. Même nantie du titre très envié de favorite officielle, elle avait gardé des amies parmi les autres jeunes femmes du gynécée. Je m'en menais pas large quand je m'y rendis dans l'espoir d'obtenir d'elles des renseignements qui me permettraient de savoir de retrouver sa trace. Les convoquer dans mes appartements pour leur demander le plus innocemment du monde si d'aventure elles n'auraient pas eu de ses nouvelles me paraissait tout bonnement farfelu pour ne pas dire d'un mauvais goût certain. J'étais des mes torts sans aucune circonstance atténuante, et l'honnêteté m'imposait de faire profil bas.
Je savais Anthéa proche d'une certaine Cassiopée, une jolie jeune femme blonde au teint de rose et à la voix de sirène qui m'avait accordé ses faveurs il y avait quelques temps de cela. Malgré le fait que toutes deux étaient passées par mon lit, cela ne semblait pas leur poser un réel problème – preuve s'il en était que les esprits s'adaptent aux circonstances, diraient certains. Profitant d'un matin où elle se promenait seule dans les jardins du Palais, je parvins à l'attirer à l'abri des regards. Elle ne me rejeta pas, mais je devinai dans son regard un mépris qu'elle ne parvenait pas à dissimuler. Elle savait tout. Donc elle avait dû voir Anthéa, lui parler.
- Fichez-lui la paix, me jeta-t-elle à la face sans préambule. Vous ne pensez pas lui avoir fait assez de mal comme cela ?
Je baissai les yeux. Le fait que je sois Grand Pope ne l'intimidait pas guère, apparemment.
- Je vous en prie, je dois la voir.
J'étais prêt à me jeter à ses pieds si elle me le demandait, mais elle n'en fit rien. Poussant le soupir de quelqu'un qui sait commettre une erreur et le regrette déjà, elle m'avoua tout ce qu'elle savait.
- Elle a une soeur aînée qui habite près du port, dans la petite allée où il y a la fontaine avec une tête de méduse. Vous voyez où c'est ?
Bien sûr que je voyais où c'était. Je faillis lui demander si elle se souvenait de mon âge. Cela ne faisait que deux petits siècles de rien du tout que je régnais sur le Sanctuaire au nom d'Athéna, alors ce n'était pas me vanter que de prétendre en connaître chaque pavé.
- C'est dans la cour derrière la grande porte bleue que vit sa soeur. Vous devriez la trouver là...
Elle marqua un court temps d'arrêt.
- ... mais si j'apprends que vous lui avez encore fait du mal, je vous jure que je révèle à tout le Sanctuaire que vous couchez avec Saga des Gémeaux.
En d'autres circonstances, je me serais étouffé de rire en entendant ces paroles. Mais pas là. A en juger par la façon dont elle me regardait, elle en pensait chaque mot, et n'hésiterait pas à mettre sa menace à exécution. Si jamais cela parvenait aux oreilles du prude Saga, je pouvais me préparer des moments difficiles. Déjà qu'il n'était guère souriant de nature ...
- Ne craignez rien. Je veux juste m'excuser, lui assurai-je d'un air contrit.
Elle ne répondit rien, mais en la quittant je sentis le poids de son mépris dans mon dos.
C'était une petite cour modeste cachée derrière l'anonymat d'une porte cochère, envahie de fleurs aux teintes vives et de chants d'oiseau piailleurs. Pas âme qui vive ici. Je commençais à douter que Cassiopée m'ait mené sur une fausse piste quand un bruit de pas me fit dresser l'oreille. Je me retournai, et une femme entre deux âges à l'aspect replet, portant calé sur sa hanche un panier rempli à ras-bord de linge fit son apparition.
- Qui êtes-vous ?, m'apostropha-t-elle en fronçant les sourcils.
Elle avait déjà dû me voir bien des fois, pourtant, mais toujours avec mon masque de cérémonie, c'est la raison pour laquelle elle ne m'avait pas reconnu. Je ne jugeai pas utile de décliner mon identité, cela ne pouvait que compliquer les choses.
- Je suis à la recherche d'Anthéa, dis-je seulement.
- Et vous lui voulez ... ?
Je ne lui répondis pas, lui laissant sentir par là-même que cela ne la regardait pas. Elle avait tout d'une commère et je me méfiais d'elle. Elle en prit son parti, et changeant son panier de hanche, s'écria d'une voix qui résonna dans toute la cour :
- Anthéa ! Une visite pour toi !
Puis, sans attendre la réponse, elle disparut par une porte dérobée après un dernier regard bougon, vexée sans doute de ne pas être mise dans la confidence.
Il y eut dans un escalier que je devinai tout proche un bruit de pas précipité, une porte qui s'ouvrit, et Anthéa apparut dans l'entrebaillement. J'eus un instant l'idée qu'elle allait se jeter dans mes bras, que je lui demanderais pardon et que tout serait oublié. Mais c'était un beau rêve stérile, car aussitôt qu'elle me reconnut, elle se figea, son joli visage blanc comme de la craie. A coup sûr, ma visite ne provoquait en elle aucune joie.
- Bonjour Anthéa, balbutiai-je, mal à l'aise.
Elle semblait hésiter sur la conduite à adopter, et c'était plutôt bon signe.
- Bonjour, se força-t-elle à dire au bout d'un long moment.
Nouveau silence pesant, tandis qu'au-dessus de nos têtes les hirondelles griffaient de leurs ailes le ciel bleu en poussant des cris aigus.
- Je ... je ne pensais pas que vous viendriez jusqu'ici. Comment m'avez-vous retrouvée ?
J'éludai sa question, ne voulant pas compromettre Cassiopée qui m'avait aidé, même si c'était de mauvaise grâce.
- Le regrettes-tu ?, demandai-je d'une voix presque inaudible.
Sans doute, après la scène dont elle avait été le témoin, avait-elle envie de me jeter à la face un tombereau d'injures. D'autres qu'elles l'auraient fait, et sans hésiter, en tout cas.
- Je ne sais pas. Mais j'imagine que ça devait arriver, non ?
- Je voulais m'assurer que tu allais bien, et ...
- Et ?
- Et te demander pardon.
- Me demander pardon ? Mais de quoi ?
- Mais ...
- Vous n'avez rien à vous faire pardonner, me dit-elle, la voix éteinte. Vous ne m'avez jamais rien promis. Je vous ai donné mon corps et mon coeur, vous avez pris le premier mais pas le second. Je ne vous le reproche pas, vous étiez libre de ne pas accepter. En entrant au Palais, on m'avait pourtant bien prévenue.
- A quel sujet ?, fis-je, intrigué.
- De ne jamais tomber amoureuse. Mais je ne regrette rien. Si c'était à refaire, je le referais. J'y ai été très heureuse. C'est ce que je voulais vous dire l'autre soir.
- C'est pour cela que tu m'avais laissé ce mot sur mon bureau ?
- Oui, et aussi pour savoir si je vous avais mécontenté d'une façon ou d'une autre.
- Oh, Anthéa ... !
- Mais l'autre soir, en vous voyant tous les deux ensemble, j'ai compris.
- Et s'il n'avait pas été là ? Et si justement, si nous refaisions tout ? Je veux dire ... si nous repartions de zéro ? Tous les deux ?
Elle eut un sourire ému, entre rires et larmes qui me toucha jusqu'au coeur.
- Cela ne rimerait à rien.
- Pourquoi ?
- Parce que je n'ai aucun avenir avec vous.
- Même si je te demandais de m'épouser, d'être ma femme ?
Être favorite officielle était le summum de la réussite dans les annales du gynécée. Peu l'avaient été. Mais être épouse officielle, aux yeux de tout le Sanctuaire, c'était inédit. Un honneur étourdissant. Et pourtant Anthéa ne parut aucunement flattée de ma proposition.
- Je te serai fidèle, je te le jure. Tout est fini entre lui et moi.
- Comment pouvez-vous dire cela ? Rien ne sera jamais fini entre lui et vous !
- Que veux-tu dire ?
- Etes-vous aveugle à ce point ? Ou refusez-vous de voir l'évidence ? Vous l'aimez !
- Non !
Des larmes calmes et résignées brillaient dans ses yeux, et je compris soudain qu'elle avait raison, et j'aurais beau me débattre, refuser de l'admettre, cela ne changerait rien à l'histoire : j'aimais Kanon. J'avais voulu le détacher de moi, le chasser, et je n'avais pas pu alors que j'avais pris maintes fois des décisions bien plus lourdes de conséquences dans ma vie. Elle avait raison, il n'y avait qu'une explication à cela. J'aimais Kanon.
- Jamais vous n'aurez pour moi le regard que je vous ai vu l'autre soir, et c'est pour cette raison et cette raison seule que je suis partie. Pas à cause de lui ... mais à cause de vous ! J'étais choquée et en colère, mais avec le recul je me dis que c'est mieux ainsi, même si ça fait mal. Vous me dites que vous me serez fidèle, et je suis sûre que vous le serez si je vous le demande. Mais de corps, pas de coeur. Chaque fois que vous me serrez contre vous, chaque fois que nous ferons l'amour, c'est à lui que vous penserez, encore et toujours ... Votre demande en mariage me flatte plus que je ne pourrai jamais le dire, mais ce ne sont que des mots vides de sens. Je refuse de bâtir un château d'illusions, aussi beau soit-il, sur du sable. Au fil des jours, il se fissurera, et finira par s'écrouler, quoi que nous fassions. C'est inéluctable. Nous n'aurons fait que perdre notre temps ensemble. Et lequel des deux le reprochera le plus à l'autre ? Je refuse de vieillir dans la rancoeur et l'amertume.
Elle avait raison, mille fois raison, et moi j'avais été assez lâche pour me voiler la face tout ce temps. Si j'avais songé à l'épouser ce n'était en rien pour être avec elle, mais pour fuir Kanon une bonne fois pour toutes.
- Tu as toujours été si sage ...
- Non, pas sage. Raisonnable. Assez pour rejeter un mariage qui ne peut être qu'un miroir aux alouettes.
- Tu as raison, Anthéa, tu mérites quelqu'un de mieux que moi ...
- Je n'en doute pas, ironisa-t-elle gentiment. Je n'ai plus qu'à le trouver !
Elle semblait presque heureuse que l'abcès soit crevé. Il serait longtemps douloureux, certes, mais un jour il guérirait et elle pourrait aimer à nouveau. C'était tout le mal que je lui souhaitais. J'avais envie de la prendre dans mes bras, comme une amie, de la remercier de sa grandeur d'âme, mais je n'en fis rien. Mieux valait quitter sa vie, sur la pointe des pieds, sans lui faire davantage de mal.
- Vous êtes une grande dame, Anthéa, lui dis-je en plongeant en une profonde révérénce, moi, le Grand Pope d'Athéna, qui ne courbait l'échine devant personne; Toute ma vie, aussi longue soit-elle, il y aura dans mon coeur une place à part pour vous. Soyez bénie des dieux !
Anthéa m'adressa un de ces sourires angéliques qui n'appartenaient qu'à elle et me réchauffa le coeur.
- Dites-le lui ... dites-lui qu'il ne sait pas la chance qu'il a.
Il eût été si simple de rappeler Kanon. Enfin, si simple ... encore fallait-il savoir où le trouver. Contrairement à Anthéa, je ne pouvais me renseigner auprès de personne sur ses allées et venues, puisque son existence était secrète et devait le rester. Quant à son jumeau, mieux valait ne pas le chatouiller pour l'instant. C'était à peine si je croisais Saga pendant les séances du Conseil, et amplement suffisant à mon goût - et au sien à en juger par les regards aigus qu'il me décochait et en disaient plus sur l'animosité qu'il me portait que toutes les paroles qu'il aurait pu prononcer.
Du reste, je n'étais pas mécontent de me donner un peu de temps pour réfléchir et prendre du recul après tous ces événements. Plus les semaines passaient et plus je me rendais compte qu'Anthéa avait raison. Son élégance, sa bonne humeur, cette subtile présence féminine me manquaient, certes, telles une douce drogue euphorisante, " une caresse à l'âme", avais-je lu un jour dans un livre, et j'avais trouvé ces mots très beaux. Mais lorsque des pas retentissaient derrière moi, ou que je percevais le bruit feutré d'une tenture qu'on écarte, alors mon coeur s'emballait, et c'était en pensant à Kanon. Et à chaque, la même déception, le même pincement au coeur en constatant que je m'étais trompé, qu'il n'était pas là.
Je retournai au Mont Etoilé, et assis sur le lit qui pendant des mois avait accueilli nos ébats clandestins, je sentis des larmes de regret pointer au bord de mes cils. Que de temps perdu, et à cause de moi ... Je m'étais offert à Kanon en tant que Shion, car le Grand Pope ne pouvait en aucun cas s'abaisser à se prostituer à un de ses chevaliers, et j'avais accepté d'en payer le prix physiquement entre les bras d'un jeune homme fruste et sans expérience qui avait toutes les raisons au monde de me haïr. Les choses m'avaient paru simples alors : Shion le satisfaisait sexuellement, et Kanon, bombe humaine menaçant perpétuellement d'exploser, offrait ainsi un court répit au Grand Pope qui avait déjà bien assez à faire. Donnant, donnant. Alors pourquoi est-ce que les choses avaient mal tourné ? Parce que Kanon en attendait davantage, que le sexe ne lui suffisait plus ? Ou parce que c'était moi qui refusais de lui en donner davantage ? J'avais accepté de me livrer charnellement dans l'intérêt du Sanctuaire, mais ce que je n'avais pas prévu, c'était de m'impliquer émotionnellement. J'avais lutté contre cette idée de toutes mes forces, et Anthéa m'avait servi d'alibi, je m'en rendais compte maintenant : j'aimais Kanon depuis le début.
Mes doigts se crispaient de rage sur les draps. J'avais tout gâché. Le Grand Pope n'avait pas le droit d'aimer, Shion si. Si seulement j'avais laissé parler mes sentiments, au lieu de me cacher derrière mon masque de Grand Pope ! C'était ironique : je m'étais donné en tant que Shion, mais conduit tel le Grand Pope. Deux personnalités diamétralement opposées, mais deux faces d'une même pièce, indissociables l'une de l'autre ... De là venait tout le problème avec son cortège de blessures : Anthéa pansait son amour blessé dans une modeste maison sur le port, Kanon avait disparu, et Saga me détestait. Beau résultat en vérité. Et maintenant ...
Je m'arrachai du lit avec un soupir. Je me sentais faible, vidé de mes forces, mais ne m'en étonnais guère. Mon esprit en revanche était clair et résolu. La décision n'avait pas été difficile à prendre : il n'y en avait aucune autre possible.
A peine de retour au Palais, je fis porter une convocation à Saga.
Il se présenta peu de temps après, vêtu de pied en cap de son armure étincelante. J'eûs préféré une tenue moins formelle pour la conversation que nous nous apprêtions à avoir - si j'étais en soutane et dalmatique, je ne portais pas mon heaume ni mon masque, mais l'occasion ne se prêtait guère aux détails.
Lorsque le personnel du Palais nous eut laissé seul à seul, je me levai de mon trône et fis quelques pas en sa direction. Il restait figé en une révérence raide, aux ordres. Sans doute pensait-il que j'allais lui confier une mission quelconque.
Il n'en était rien pourtant.
- Relève-toi, Saga. J'ai besoin de te parler ... d'homme à homme.
Il redressa la tête, et je vis un éclair terrible s'allumer dans son regard sombre. Mauvais signe, pensai-je.
- J'ai besoin de savoir où est ton frère.
Saga serra les dents, et mit quelques secondes à me répondre.
- Pourquoi ?
- Je dois lui parler.
- Lui parler ... ou autre chose ?, s'écria-t-il d'un ton sarcastique.
- Tu désapprouves toujours notre liaison à ce que je vois ?
- Comment pourrait-il en être autrement ?
- J'aime Kanon, et ...
- Alors si vous l'aimez autant que vous le prétendez, cessez de lui jouer avec lui !, hurla-t-il presque. Il n'est pas votre propriété, un jouet que l'on abandonne dès qu'on s'en est lassé ou qu'on l'a cassé !
- Ce n'est pas ce que représente Kanon pour moi, je te le jure. Je tiens à lui, sincèrement.
Saga parut me croire, au moins en partie, et se radoucit.
- Alors pourquoi lui faites-vous tant de mal ? Hein, dites-moi ?, me supplia-t-il presque.
- Tout va s'arranger, je te le promets. Mais il faut que je voie Kanon ...
- Vous ne ne verrez pas.
- Mais ..., balbutiai-je, ne comprenant pas son refus.
- Il n'est plus au Sanctuaire.
- Quoi ? Mais où est-il ?
- Je n'en sais rien, murmura Saga d'une petite voix qui me révéla l'étendue de sa détresse.
Sonné par cette nouvelle, je vis des larmes couler sur les joues de Saga. Kanon, Saga. Saga, Kanon. L'un représentait tout pour l'autre, ils étaient viscéralement liés ... et malgré cela Kanon était parti, et sans même révéler à son jumeau où il allait.
- Il ne reviendra pas, il me l'a dit. Il ne reviendra pas. Je l'ai perdu, et tout ça c'est votre faute !
- C'était à peine si je l'entendais. D'un pas de somnambule, je me traînai jusqu'à mon trône et m'y écroulai.
Saga avait raison. J'avais joué, j'avais perdu. Kanon était un maître dans l'art de la dissimulation. Depuis des années, il vivait au Sanctuaire, et aucun de ses condisciples chevaliers d'or n'avait jamais deviné sa présence. Si son intention était vraiment que je ne le retrouve jamais, alors il avait gagné d'avance.
Le visage caché dans mes mains, je devinai les pas de Saga qui s'éloignait, me laissant seul face à mes démons. J'ignore combien de temps je restai ainsi. Quand je repris mes esprits, le timide soleil de printemps déclinait déjà, déversant ses rayons pâles sur le dallage de marbre. Machinalement, ma main humide de larmes retomba, et alla effleurer mon ventre qui déjà commençait à s'arrondir.
L'enfant que je portais ne connaîtrait pas son père.
A suivre !
C'est bizarre, je sens que je ne vais pas avoir besoin de demander des reviews. Je sais que certains vont décrocher de l'histoire suite à ce chapitre. Je dois l'avouer, j'ai longtemps hésité. Bon Shion est un Atlante, d'accord, mais quand même. Dans la première version de l'histoire, celle que mon virus a boulottée, c'était Anthéa qui était enceinte, et mourait en couches, suite à quoi Shion chassait Kanon. Mais pour des raisons que vous comprendrez plus tard, ça passait mal.
Donc adieu à ceux qui m'abandonnent là, et rdv à la prochaine histoire ... snif !
