Chapitre 6

Chambre de Rick et Kate, 16h30.

Rick, un café dans chaque main, traversa le couloir du premier étage, et s'engouffra avec hâte dans leur suite. Kate, à demi-allongée sur le lit, en train de feuilleter un magazine, le regarda entrer et se planter, immobile, devant elle avec un air ahuri.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as croisé le fantôme ou quoi ? fit-elle en riant.

- Pire. J'ai croisé Spencer.

- Et ?

- Il m'a fichu la chair de poule, répondit-il en mimant un frisson imaginaire lui parcourant le dos.

- Je vois ça, sourit-elle. Qu'est-ce que tu as fait encore ?

- Rien … ou presque, fit-il avec un sourire, en venant s'asseoir près d'elle sur le bord du lit, pour lui donner son café.

- Merci. Alors ? Raconte !

- Je sortais juste de la cuisine avec les cafés, et il était là derrière la porte. Je crois qu'il m'attendait. Il m'a fichu une de ses trouilles, répondit-il en commençant à boire son café.

- N'exagère pas, Castle. Tu n'as pas peur d'un fantôme mais tu as peur d'un majordome ?

- Un majordome … Tu parles … Il n'a rien d'un gentil Nestor. Il est bâti comme un catcheur.

- C'est vrai qu'il est costaud, mais il a l'air très placide.

- Placide … ce n'est pas le mot que j'utiliserais. Flippant plutôt. J'ai essayé de sympathiser, tu me connais.

- J'ai remarqué qu'il n'était pas très sensible à ton humour. Tu devrais arrêter de le titiller, répondit Kate avec un large sourire.

- Même quand je ne plaisante pas, il a vraiment un truc qui fait peur de toute façon. Ça doit être lui qui a tué Joshua. C'est toujours le majordome.

- Oui, je sais que c'est toujours le majordome ! Ne commence pas à soupçonner n'importe qui avant qu'on en sache plus. Surtout qu'on n'a aucune preuve que ce soit un meurtre.

- Je sais. Il m'a aussi dit que soi-disant la cuisine est privée, on n'a pas le droit d'y aller.

- Eh bien, peut-être.

- Il a dû m'entendre parler avec Eleanor, expliqua-t-il comme une évidence, et ça n'a pas dû lui plaire. Si c'est lui le tueur, tout s'expliquerait.

- Qui est Eleanor ?

- La cuisinière. Miss Peacok, expliqua-t-il.

- Que faisais-tu avec Eleanor ? demanda Kate, curieuse.

- Rien. J'attendais les cafés, et je lui faisais la conversation, histoire d'apprendre des trucs intéressants.

- Et ça a été efficace ?

- Evidemment ! Figure-toi qu'elle a vu Joshua entrer dans sa chambre un peu avant onze heures. Il était souriant, comme à son habitude, et lui a souhaité une bonne nuit.

- Etrange pour quelqu'un qui va se suicider, constata Kate.

- Selon elle, Joshua était un très gentil garçon.

- Ça on le savait déjà.

- Très serviable. Ah, et Monsieur le Lord a une fille qui vit ici, Violet.

- Et ?

- Ben rien. Je te dis ce que j'ai appris. Tu devrais prendre des notes.

- Vu le stade où on en est, ma tête me suffit, sourit-elle. Autre chose ?

- Apparemment, Joshua était le chouchou de Philip, et ça ne plaisait pas trop à Spencer. Ce qui m'amène à une théorie intéressante.

- Une théorie avec ou sans fantôme ?

- Sans, sourit-il.

- Bon, je t'écoute alors.

- Et si Spencer était secrètement amoureux de Philip, et par jalousie il tue Joshua. Crime passionnel. Tout ce qu'il y a de plus banal.

- Bizarrement, je préférais la théorie avec fantôme ! rigola-t-elle.

- Personnellement, je ne sais pas … entre les deux, mon cœur balance !

- Tu vois Spencer le colosse flegmatique amoureux transi de Philip ?

- Pas vraiment, mais bon …les apparences peuvent être trompeuses.

- Est-ce qu'il avait l'air touché par la mort de Joshua ?

- On n'a pas vraiment eu le temps de parler. Il n'est pas très causant si tu vois ce que je veux dire !

- Et la cuisinière ?

- Elle n'a rien d'une cuisinière … excepté qu'elle fait la cuisine. Une quarantaine d'années, maquillée et habillée comme si elle s'apprêtait à sortir en boîte de nuit, les talons, la jupette, les bas … la totale ...

- Je comprends pourquoi tu t'es attardé dans la cuisine …, sourit Kate, avec une moue suggestive.

- Oui … pour le café de ma femme ! s'exclama-t-il.

- Elle t'a semblé bouleversée ?

- Par mon charme, oui …, rit-il.

- Que tu es bête ! lança Kate en lui donnant une petite tape dans l'épaule.

- Non, pas vraiment traumatisée. Juste ce qu'il faut de chagrin.

Il vit qu'elle réfléchissait en buvant des petites gorgées de café.

- Qu'est-ce que tu en penses ? demanda-t-il.

- J'en pense qu'on va attendre sagement que les gars nous rappellent. Et après on avisera.

- Je peux aller espionner quelqu'un d'autre si tu veux …, me faufiler dans les couloirs tel l'espion aux pattes de velours …

- Euh … non … fais-toi oublier un peu ! rigola Kate.


Piscine, Manoir Tudor, 18h.

Ils avaient décidé d'aller profiter de la piscine, afin d'adopter l'attitude la plus conforme à celle d'un couple en vacances, et de canaliser la curiosité de Rick, qui mourrait d'envie de partir explorer chaque recoin du manoir. Il fallait qu'ils restent discrets et surtout qu'ils évitent de donner l'impression d'interroger tout le monde, dans l'attente de l'appel d'Esposito et Ryan. Et puis Kate avait aussi envie de se détendre et de profiter des plaisirs offerts par le cadre enchanteur de cette demeure.

Ils avaient traversé les étages colorés du manoir, vêtus de leur peignoir, ne croisant personne, comme la plupart du temps. Malgré quelques soucis d'orientation dans le labyrinthe de couloirs, ils finirent par trouver la piscine, située au dernier étage de l'aile Ouest, disposant, grâce à ses immenses baies vitrées, d'une vue panoramique sur le parc.

En passant la porte, ils furent saisis un instant par la forte odeur chlorée qui flottait dans l'air, puis l'instant d'après éblouis, comme à chaque fois qu'ils découvraient une nouvelle pièce du manoir. Le bassin était immense et magnifique avec ses mosaïques teintées de toutes les nuances de bleu. La surface de l'eau claire et limpide ondulait légèrement sous l'effet des petits jets sortant des buses, et miroitait, éclairée par la lumière des néons électriques. Le mélange de cette ambiance aquatique et lumineuse avec le charme du crépuscule les enchanta aussitôt. Par les baies vitrées, le soleil commençait à décliner, parsemant le ciel de longs filaments rosées et orangées, tandis que la pénombre descendait peu à peu sur les cimes des arbres.

Une fois l'émerveillement passé, ils virent qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir eu envie de profiter de la piscine. Wyatt et Savannah Monroe étaient allongés sur des chaises longues en bordure du bassin. Elle, en maillot de bain et paréo, lui habillé, mais chacun concentré sur son magazine de mots croisés.

- On va peut-être apprendre des petites choses croustillantes, glissa Rick, tout excité, à l'oreille de Kate en s'approchant du couple Monroe.

- Des choses croustillantes … ou des bavardages futiles …, murmura Kate, qui décidément avait du mal à se faire à la logorrhée incessante de la vieille dame.

- Katherine, Richard ! lança Savannah avec enthousiasme en les voyant s'approcher d'eux.

- Bonsoir, firent-ils poliment et avec le sourire en s'asseyant sur un transat.

Kate n'avait qu'une envie : plonger dans l'eau azurée de la piscine, nager, se délasser et profiter de ce qui, pour l'instant, était toujours son week-end romantique. Mais discuter quelques minutes avec Savannah, sûrement au courant des moindres petits potins, pourrait s'avérer utile.

- Alors où êtes-vous allés aujourd'hui jeunes gens ? demanda la vieille dame, en posant négligemment son magazine sur le sol, comme si elle venait de trouver une occupation bien plus passionnante.

- Nous sommes allés à Marconi Beach, répondit Kate.

- Oh, splendide. Avec ce soleil en plus ! s'exclama Savannah.

- Avez-vous vu les plantations de cranberries sur la route de Chatham ? demanda Wyatt.

- Non, on était plus au nord, on a déjeuné à Eastham. Très jolie petite ville, répondit Rick.

- Il faudra que vous alliez voir la récolte des cranberries, c'est un enchantement, poursuivit Wyatt. Peut-être que Philip pourra vous montrer, il dirige une des plus grosses entreprises de la région.

- Philip travaille ? s'étonna Rick.

- Oui, bien-sûr, répondit Savannah. Philip n'est pas du style à rester assis sur ses pièces d'or.

- Son entreprise transforme les cranberries à en une multitude de produits, expliqua Wyatt, des jus, des confitures, des cocktails, mais aussi des crèmes et des onguents utilisés en phytothérapie. Ces produits ont un grand succès, il les exporte même jusqu'en Europe et en Asie.

- Les cranberries sont recommandées pour prévenir les infections urinaires vous savez, ces petites baies font des miracles. Il y a quelques mois de ça, j'ai eu une cystite qui n'en finissait pas, malgré tous les médicaments prescrits par mon docteur. Et bien figurez-vous que trois semaines de breuvages à base de jus de cranberry, et fini, comme par miracle ! Il n'y a rien de mieux que les plantes …, comme quand mon Wyatt a eu ses aigreurs d'estomac …

Kate n'écoutait plus, et lança un regard désespéré à Rick, qui se contenta d'esquisser un sourire au vu de la mine déconfite de sa femme. Elle se maudit d'avoir espéré apprendre quelque chose d'intéressant de Savannah. Voilà qu'elle s'était lancée dans l'explication de tous ses problèmes de santé, et Dieu sait qu'à son âge, elle semblait en avoir beaucoup.

- Et vous ? finit par la couper Rick, en haussant un peu la voix pour interrompre son monologue et tenter d'orienter la conversation vers ce qui les intéressait. Vous êtes restés ici ?

- Oui, Wyatt se sentait un peu barbouillé aujourd'hui, répondit Savannah. Mais la journée ici a été distrayante.

Kate s'étonna que Savannah ait pu trouver la journée distrayante vu l'ambiance morose qui avait dû régner ici.

- On a discuté avec la petite Rose, chuchota la vieille dame en se penchant vers eux, comme pour être discrète, alors qu'ils étaient seuls tous les quatre.

- Rose était bouleversée ce matin, fit remarquer Kate.

- Oui, elle l'est toujours, continua Savannah. Elle est inconsolable.

- La petite est convaincue que son ami Joshua ne s'est pas suicidé, expliqua Wyatt.

Rick se fit la réflexion qu'il n'allait peut-être pas être du goût de Philip que Rose fasse part de ses sentiments à tous les hôtes du manoir. Malgré le fait qu'il lui ait fait la morale ce matin sur sa trop grande familiarité avec la clientèle, elle avait ressenti le besoin d'aller se confier à Savannah et Wyatt Monroe.

- Elle nous a fait part aussi de ses doutes ce matin, répondit Rick.

- Et vous qu'en pensez-vous ? Vous connaissiez un peu Joshua ? demanda Kate, cherchant à en apprendre davantage.

- C'était un bon garçon, répondit Wyatt, un gamin toujours très jovial, un amoureux des fleurs. Il faisait un boulot remarquable dans le parc. Je suis sûr que la valeur de la demeure a été multipliée par deux rien qu'avec les embellissements des jardins.

- Alors vous pensez que Rose a raison ? insista Rick.

- Peut-être, répondit Savannah. On a croisé Joshua hier dans la journée, et il n'avait pas l'air déprimé du tout. Il s'occupait des chrysanthèmes près des bassins, et ratissait les feuilles. On a discuté un peu, et il nous a montré la volière qu'il avait fait installer il y a quelques semaines. Il en était très fier.

- Il a raison. Cette volière est magnifique, ajouta Wyatt.

- Enfin, il n'avait rien d'un jeune homme qui s'apprête à commettre l'irréparable. Alors, je pense qu'il y a un doute raisonnable, reconnut Savannah. Vous devriez enquêter Katherine.

- Je …, balbutia Kate, sans savoir que répondre, ne voulant pas informer la vieille dame qu'ils avaient commencé à s'intéresser à l'affaire. Avez-vous déjà vu Joshua sous l'emprise de l'alcool … ou autre chose ?

- Vous voulez dire de la drogue ? s'étonna Wyatt.

- Non, jamais, répondit Savannah. Vous pensez qu'il aurait pu tomber ? On ne peut pas tomber de ces balcons. Les balustrades sont bien trop hautes.

- Peut-être que quelqu'un l'a tué …, suggéra Wyatt en commençant à envisager le pire.

- Vous connaissez bien tout le monde ici, reprit Kate, quelqu'un aurait-il pu vouloir du mal à Joshua ?

- Pas Philip, c'est certain, répondit aussitôt Wyatt avec conviction. Il considérait Joshua presque comme son fils. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais il y avait entre ces deux-là une entente qui dépassait la simple relation patron-employé.

- Pas Rose non plus, ajouta Savannah. La petite est mignonne comme tout, elle adorait Joshua. Et puis elle est enceinte.

- Qui est le futur papa ? demanda Rick avec curiosité, se demandant si Rose avait pu fricoter avec un membre du personnel.

- On l'ignore, répondit la vieille dame. Rose est peu loquace sur le sujet. Je ne vois pas Eleanor non plus vouloir du mal à Joshua. C'est une excellente cuisinière, mais plus encore une croqueuse d'hommes. Elle ne se soucie pas de grand-chose d'autres que de trier son arrière-cuisine et séduire ces messieurs. Elle a même déjà fait du gringue à mon Wyatt.

- Ne dis pas de sottises ma chérie, s'offusqua Wyatt, Eleanor ne s'intéresse pas aux vieillards.

- Tu n'es pas si vieux ! Et encore fringuant ! J'ai vu comment elle te regarde moi ! s'exclama Savannah, convaincue.

Wyatt prit un air exaspéré, et préféra éviter de poursuivre le débat sur la supposée tentative de séduction d'Eleanor à son égard. Rick et Kate échangèrent un sourire.

- Avait-elle des relations intimes avec Joshua ?

- Pas que l'on sache, répondit Wyatt. Je ne les ai jamais vus spécialement converser tous les deux. Eleanor ne se mêle pas trop de la vie du manoir.

- Et Spencer ? demanda Rick, qui voyait déjà en lui le suspect idéal.

- Spencer est doux comme un agneau, répondit Savannah.

- Il paraît qu'il jalousait un peu Joshua.

- Je ne crois pas, fit Savannah. Joshua était un gamin. Spencer n'appréciait pas toujours ses bêtises, mais je n'ai jamais entendu dire qu'il y ait eu un quelconque souci entre eux.

- Spencer est vraiment un homme bien, ajouta Wyatt. Totalement dévoué à Monsieur et Madame Tudor, et au bon fonctionnement de la maison.

- Et Margareth ? continua Kate.

- C'est une gentille excentrique. Elle est tout l'opposé de Philip. Il aime le sport, elle aime l'art. Il est calme et posé, elle est virevoltante et dynamique. Je l'ai toujours vue agréable avec Joshua.

- J'ai entendu parler aussi de Violet, poursuivit Rick.

- Oui, c'est la fille de Monsieur Tudor. Elle a une trentaine d'années maintenant. Elle est née d'un premier mariage. Sa pauvre maman est morte quand elle avait trois ans. Elle a été élevée par Margareth.

- Elle vit ici ? s'étonna Kate.

- Oui, depuis trois ans maintenant, depuis la naissance de sa petite fille Amy. Violet est une saltimbanque. Elle a fait beaucoup de théâtre au sein d'une petite troupe qui parcourait le pays. Elle ne revenait ici que pour les vacances. Et puis elle est tombée enceinte, et s'est retrouvée seule. Elle est revenue dans le giron familial. Elle écrit des livres, vous savez, mais plutôt historiques, expliqua Savannah qui avait l'air d'en savoir long sur la vie de la famille Tudor et celle de son personnel.

- En fait personne ici n'aurait pu vouloir de mal à Joshua ? résuma Rick.

- Eh bien non, fut forcée de constater Savannah.

- Peut-être que quelqu'un a pu s'introduire dans le manoir hier soir ? suggéra Rick.

- J'en doute, avec tout le personnel qu'il y a ici, répondit Kate, et puis il y a sûrement un système d'alarme.

- Peut-être s'est-il tout simplement suicidé, ajouta Wyatt, sceptique, et la petite Rose est trop bouleversée pour accepter la réalité.

- En tout cas, comptez sur moi pour ouvrir l'œil, fit Savannah en se levant, viens, Wyatt chéri, laissons ces jeunes gens profiter tranquillement de la piscine.

- Ne parlez à personne de vos doutes, leur conseilla Kate, en se levant à son tour, pas un mot, d'accord ?

- Motus et bouche cousue, répondit Savannah, en passant la porte, leur adressant un dernier signe de la main.

Kate se demandait si Savannah était vraiment capable de tenir sa langue, tant les mots semblaient sortir indéfiniment de sa bouche. Elle se tourna vers Rick, qui n'avait pas bougé de son transat, perdu dans ses réflexions.

- Tu crois que les Monroe pourraient avoir tué Joshua ? demanda-t-il tout à coup.

- Les Monroe ? s'étonna Kate.

- Oui, on leur parle comme si de rien n'était. Mais si c'était eux ?

- Et quel serait leur mobile ?

- Je ne sais pas. C'est toi la flic ! lança-t-il en souriant.

- Avec toi, notre suspect potentiel est passé en quelques minutes d'un fantôme vengeur, à un majordome jaloux, et maintenant à un vieux couple de pipelettes … Tu les vois tuer Joshua et porter son corps pour le balancer par-dessus le balcon de la chambre ?

- Ils ont peut-être une potion magique à base de jus de cranberry ! lança-t-il en riant. On minimise trop souvent les vertus des cranberries …

Ils rirent de bon cœur.

- Arrêtons de réfléchir, et profitons, tant qu'on le peut encore, de notre week-end ! lança Kate en se débarrassant de son peignoir.

Il la regarda faire quelques pas jusqu'au bord du bassin, tâter la fraîcheur de l'eau du bout du pied, et plonger avec légèreté dans l'onde aux reflets bleutés. Frileux et peu téméraire, il adopta une stratégie toute différente et décida d'entrer dans l'eau par les marches de l'escalier tout en contemplant Kate, qui telle, une naïade, refaisait surface à l'autre bout de la piscine. D'un geste des deux mains, elle lissa ses cheveux trempés, et lui lança un regard souriant, alors qu'arrêté sur la deuxième marche, il faisait mine de frissonner.

- Allez ! Castle ! s'écria-t-elle en riant.

- C'est gelé ! Comment tu fais pour plonger comme ça ?

- Mais non ce n'est pas froid …, fit-elle en faisant quelques brasses pour arriver jusqu'à lui, un sourire malicieux sur le visage.

- Ne m'éclabousse pas ! lança-t-il, lisant dans le fond de ses pensées, rien qu'à voir son air espiègle.

- Mais non …, je n'oserais pas !

- Tu parles ! Je te préviens si tu m'éclabousses, je te noie !

- Il faudrait déjà que tu arrives à te mouiller pour venir me noyer …, ironisa-t-elle avec un large sourire.

Elle le regarda tenter avec précaution de descendre sur la marche suivante.

- Allez viens ! lança-t-elle en l'attrapant par la main.

Sans qu'il ait eu le temps de réaliser, elle l'attira d'un geste brusque pour l'obliger à se mouiller, et il se retrouva immédiatement de l'eau jusqu'au milieu du ventre.

- Ah ! Ah ! Ah ! Traîtresse ! s'écria-t-il en riant, sautillant et tournant sur lui-même comme pour échapper à la fraîcheur de l'eau.

- Allez, nage, ça va te réchauffer ! lança-t-elle en s'enfonçant dans l'eau pour rejoindre en quelques brasses l'autre bord du bassin.

Rick finit par se laisser entraîner par l'enthousiasme de Kate, et ils enchaînèrent plusieurs longueurs, jouant à se lancer des défis. Pour la course, Rick, plus musclé, était plus rapide. Pour l'apnée, Kate était redoutable. Bien qu'il était impossible de rivaliser avec elle, Rick s'obstina à vouloir la battre, refusant de s'avouer vaincu. Mais essoufflée, elle finit par aller s'asseoir sur les marches, les jambes dans l'eau pour récupérer. Rick la rejoignit, s'asseyant près d'elle, en faisant sa moue boudeuse.

- Est-ce que moi je boude parce que tu nages plus vite que moi ? demanda-t-elle en lui donnant un petit coup d'épaules.

- C'est physique ça, tu n'as pas à bouder car tu n'y peux rien. C'est les lois de la nature … Je suis plus fort. Mais l'apnée … j'ai pourtant une plus grande cage thoracique, comment tu fais ?

- J'ai un truc magique …, répondit-elle avec un sourire plein de malice.

Il la regarda d'un air interrogateur, s'attendant à une révélation.

- Mais non, Castle, je n'ai pas de trucs magiques, je ne sais pas moi … Arrête de bouder. Tu ne peux pas toujours gagner, fit-elle en déposant un baiser sur sa joue.

- Je sais. Tu as dû être sirène dans une vie antérieure …, sourit-il.

- C'est sûrement ça oui ! lança-t-elle en riant.

Il passa son bras autour de sa taille, en la serrant contre lui et posa la main sur la peau nue de son ventre, le caressant doucement à la recherche d'un mouvement, si subtil soit-il.

- Il ne bouge toujours pas ce fainéant …, constata-t-il, déçu.

- Il est trop petit, mon cœur.

- Ne lui cherche pas d'excuse ! sourit-il, sans cesser de parcourir la rondeur de son ventre.

Elle était toujours touchée et attendrie quand il caressait ainsi son ventre avec douceur.

- Pour la soirée de lancement samedi, continua-t-il, il faut réfléchir à ce que l'on va dire aux journalistes.

- A quel propos ?

- Le bébé. Ça commence à bien se voir.

- Et bien … Gates n'est même pas au courant, je préfèrerais qu'elle l'apprenne autrement que par les magazines people. Tu crois que ça se voit tant que ça ? fit-elle en scrutant son ventre.

- Il n'y a pas que le ventre, Kate, regarde cette poitrine … hum … appétissante ! s'exclama-t-il en venant déposer un baiser sur son sein.

Elle rit devant l'air gourmand qu'il avait pris.

- Bon, ça se voit alors …, constata-t-elle comme si elle était contrainte de se rendre à l'évidence.

- Si tu mets un gros pull ou un peignoir non, si tu mets une robe sexy, oui. Et pour la soirée, je préfèrerais la robe sexy.

- Monsieur est bien exigeant …, sourit-elle. Les journalistes vont te poser des questions sur mon ventre et ma poitrine ? Ils sont là pour ton bouquin, non ?

- Mon bouquin, ton ventre, Nikki, toi, notre mariage … Ils vont tout passer au crible. Mais ils n'ont pas intérêt de s'intéresser de trop près à tes seins par contre ! Tes seins sont à moi, je ne divulguerai aucune information les concernant.

Elle éclata de rire.

- Enfin bon, je vais avoir droit à la totale, soupira-t-il.

- Je vais le dire à Gates avant samedi alors, sourit-elle, mais il faut que je trouve le bon moment.

- Je peux venir avec toi si tu as peur d'affronter Iron Gates.

- Euh … non …, ça pourrait être pire avec toi !

- Tu as raison, je préfère ne pas être là quand elle va apprendre qu'à cause de moi son meilleur lieutenant va être en congé quelques temps.

- Je te rappelle que tu n'es pas le seul responsable dans l'affaire, même si tu as une haute image de ta virilité !

- Je suis sûre que Gates va être heureuse pour nous. Et puis, si tu es en congés, elle va tout de suite voir son intérêt : ne plus m'avoir dans les pattes !

- Allez ! Viens, encore quelques longueurs !

Ils nagèrent encore, avant de s'arrêter reprendre leur souffle, au bout du bassin, de l'eau jusqu'aux épaules.

- Si la police de Brewster a conclu à un suicide, qu'est-ce qu'on fait Kate ? demanda Rick, se replongeant dans sa réflexion sur la mort de Joshua.

- Je ne sais pas. On se penchera sur le dossier de plus près, si les gars ont pu le récupérer. Avec le dossier, on aura tous les éléments, on pourra se faire une idée, et ensuite aviser.

- A ce stade, qu'est-ce que tu crois ? demanda-t-il se plaçant devant elle, les mains sur sa taille.

- Je crois qu'il a peut-être bien été tué. Mais il faut des preuves, Castle, répondit-elle en passant ses bras autour de son cou, s'agrippant à sa nuque et enroulant ses jambes autour de sa taille.

Elle lui parlait de l'enquête, mais elle avait pris son air mutin, et l'ondulation de son bassin contre lui en disait long sur son envie. Il sourit en regardant la petite lueur qu'il connaissait bien au fond de ses yeux et sentit immédiatement le désir envahir tout son corps.

- Je vois que tu ne trouves plus l'eau si froide ! rigola-t-elle en l'embrassant.

- Très drôle ! Petite coquine ! répondit-il en riant. La piscine est sur la liste de mes fantasmes …

- Oui, enfin celui-là il a déjà été assouvi une bonne vingtaine de fois …, chuchota-t-elle en jouant à effleurer ses lèvres, et à y glisser sa langue.

- Vingt ? Tant que ça ? s'étonna-t-il, en parcourant de ses mains ses courbes jusqu'à ses fesses douces et galbées.

- Oui. Mais la piscine d'un manoir … ça c'est le grand luxe …, fit-elle en l'embrassant avec gourmandise.

- Et un manoir …. hanté …, humm ….. te faire l'amour sous les yeux d'un revenant ….

- Rick …, chuchota-t-elle, oublie le fantôme parce que là tu vas me couper l'envie.

- Je crois que fantôme ou pas, il n'y a pas de risque ! fit-il en la plaquant furieusement contre le mur du bassin.


Chapitre 7

Piscine, 19 h.

Rick s'était emparé de sa bouche avec rage. Sa langue chaude et gourmande caressant la sienne avait immédiatement attisé son désir. C'était comme s'ils avaient irrésistiblement besoin de s'unir, de se faire l'amour furieusement, comme une pulsion incontrôlable. L'eau enveloppant leurs corps, l'atmosphère tamisée de la piscine, la crainte de se faire surprendre amplifiaient leur excitation.

Ils avaient de l'eau jusqu'aux épaules. Accrochée au cou de son homme, les jambes enroulées autour de sa taille, elle sentait la fraîcheur du carrelage contre son dos, et la force du corps de Rick qui faisait pression contre elle. D'une main, sous l'eau, elle caressa son torse, effleura ses épaules qui émergeaient de la surface de l'eau, glissa dans son cou, s'empara de sa nuque, tandis que leurs bouches se dévoraient toujours vigoureusement. Son autre main l'enlaçait, parcourait son dos, s'immisçait dans son maillot, caressant la fermeté de ses fesses. Puis elle glissa ses doigts sur sa hanche, effleura son nombril, puis le bas de son ventre, avant de plaquer la paume de sa main sur son sexe gonflé de désir, comme pour sonder le plaisir qu'elle déclenchait en lui. Il émit un grognement de satisfaction, s'arrachant à sa bouche quelques secondes pour observer son air mutin. Son regard coquin le rendit dingue. Il se raidit en sentant ses doigts s'enrouler autour de son sexe, et commencer à le caresser habilement. Il se laissa faire, savourant simplement le plaisir envahir tout son corps au rythme de ses mains, de ses lèvres embrassant son cou, du bout de sa langue, léchant la peau de son torse, titillant ses tétons. La regarder s'appliquer à lui donner du plaisir le rendait fou d'envie. Elle était si sensuelle et amoureuse, et, sous l'eau, chacune des caresses et des pressions de sa main prenaient une dimension euphorisante. Elle l'excitait tant que contrôler le désir qui montait devenait douloureux.

- Kate … arrête .., souffla-t-il dans un gémissement, en posant sa main sur la sienne pour l'empêcher de continuer.

- Déjà ? fit-elle avec un sourire malicieux, fière de son effet.

Il plaqua son sexe contre elle, et frotta sensuellement son bassin contre le sien. Elle émit un petit gémissement qui le fit sourire, et se mordilla la lèvre comme elle le faisait quand elle cherchait à contrôler la vague de désir qui déferlait en elle.

- Alors, on fait moins la maligne ! lança-t-il en souriant.

Elle se contenta de lui renvoyer son sourire coquin, et se jeta furieusement sur ses lèvres.

- Viens là où il y a moins d'eau … Je ne suis pas un poisson, sourit-il, entre deux baisers en l'entraînant vers les marches du bassin.

Ils avaient maintenant de l'eau jusque la taille, collés dans un coin du bassin, essayant de se cacher discrètement à la vue de quiconque pourrait avoir l'idée de venir profiter de la piscine. Il glissa sa main dans le creux de son dos, et la plaqua contre lui. Immédiatement, leurs bouches se retrouvèrent, leurs lèvres se happèrent, leurs langues brûlantes se caressèrent avidement. Lascive sous les caresses des mains de Rick, elle se laissait emporter par le désir. Elles s'attardèrent sur ses fesses, remontèrent dans son dos, jusqu'à sa nuque, où il tira sur le galon de son maillot de bain, qui glissa dans l'eau, pour découvrir sa poitrine joliment bombée. Il plongea ses mains sous l'eau pour dénouer son maillot, qu'il ressortit comme un trophée et posa sur le bord de la piscine. A son tour, elle lui ôta son maillot, alors que les mains de son homme s'étaient emparées de ses seins, à la fois doux et humides, ronds et dressés d'envie. Elle frémissait sous ses caresses elle enfouit ses mains dans ses cheveux mouillés, guidant sa bouche jusque son sein, tandis que la main de Rick empoignait l'autre, faisant rouler doucement la pointe sous son pouce. Elle gémit, et s'agrippa à ses cheveux quand ses lèvres se refermèrent sur son autre téton. L'attaque délicieuse de ses mains et de ses lèvres habiles embrasaient tout son corps, qui se tendait sous ce supplice exquis. Appuyée contre le mur du bassin, elle enroula ses jambes autour de son bassin, excitée par la sensation de son sexe tendu contre son ventre.

- Rick …, l'implora-t-elle, tête renversée en arrière, gémissante.

Plutôt que de mettre fin à son supplice, il s'en délecta, et sa main délaissant son sein, plongea sous l'eau pour se poser doucement entre ses cuisses. Il effleura la peau douce de l'intérieur de sa cuisse, et sentant son impatience, s'attarda sur la chaleur humide de son sexe quelques secondes, l'excitant du bout des doigts. Ses gémissements de plaisir le ravageaient d'envie.

- Rick …, je n'en peux plus …, gémit-elle, sa bouche effleurant la sienne.

- Moi non plus …, murmura-t-il en guidant son sexe d'une main pour la pénétrer avec frénésie, retenant son souffle.

Ils laissèrent échapper tous les deux un gémissement mêlant plaisir et soulagement, tant contrôler leur désir devenait presque douloureux. Les va-et-vient de Rick, d'abord, lents et doux, se firent très vite brusques et saccadés. Il sentait les doigts de Kate qui s'accrochaient à ses épaules, ses ongles qui se plantaient dans son dos, ses mains qui s'enfouissaient dans ses cheveux. Son souffle chaud haletait contre son cou, ses gémissements résonnaient dans son oreille faisant frissonner tout son être. Ils faisaient furieusement l'amour, presque avec rage, mais dans un silence assourdissant que seul le clapotis de l'eau accompagnant chacun de mouvements de leurs corps venait interrompre. Il sentit Kate se cambrer, la tête renversée en arrière, gémissant à chacun de ses assauts. Il intensifia avec vigueur les mouvements de son bassin, et la contempla lorsque la jouissance s'empara de tout son corps le faisant tressaillir. Immédiatement, emporté à son tour par cette vague de désir, dans un long râle de plaisir, il se libéra de cette envie furieuse qui s'était emparée de lui quelques minutes plus tôt.

Toujours les bras accrochés à son cou, Kate déroula ses jambes de sa taille, et reposa les pieds au fond du bassin, pantelante. Il l'enlaça pour la serrer contre lui, et enfouit sa bouche dans son cou, écartant ses cheveux mouillés pour y déposer un baiser.


Grand salon, 20h30.

Kate et Rick étaient redescendus de leur petit nuage de plaisir pour se rendre au dîner dans le grand salon, où, ce soir, tout le monde était réuni. De prime abord, l'ambiance y était chaleureuse. Comme la veille, le feu crépitait dans la cheminée, et la longue table avait été dressée joliment, mais avec sobriété. Une nappe simplement blanche que venaient égayer deux bouquets de dahlias pourpres aux fleurs dentelées, et de marguerites jaunes et orangées, déposées par Rose aux extrémités de la table. Kate s'était émerveillée de la beauté de ces couleurs chatoyantes, qui donnaient de la vie à l'atmosphère pesante qui régnait au salon. Rose lui avait gentiment expliqué qu'elle avait cueilli les fleurs dans les massifs du jardin, et qu'ainsi Joshua était symboliquement présent avec eux, lui qui pensait que les fleurs étaient le meilleur moyen d'exprimer ses émotions. Kate remarqua que Rose avait toujours son air triste, mais avait réussi à parler de Joshua sans que ses yeux ne se remplissent de larmes. Elle ne fit que de rares apparitions au cours de la soirée, aidant surtout Spencer à débarrasser les assiettes au fur et à mesure du repas.

Philip les avait accueillis gentiment dans le salon avant le dîner, tentant de s'intéresser brièvement à leur journée. Wyatt lui avait suggéré d'emmener un jour ses hôtes new-yorkais découvrir la récolte des cramberries, et Philip avait gentiment accepté. Mais il ne s'était pas éternisé sur le sujet, peu enclin à discuter. Il s'était contenté d'écouter, comme tout le monde, Savannah disserter sur l'efficacité de la phytothérapie, son sujet de prédilection du moment. Pour une fois, Kate se réjouit de ses bavardages, qui au moins, avaient pour mérite d'animer la soirée.

Margareth affichait elle-aussi une certaine tristesse, mais malgré son air désolé, elle avait été plus loquace que son époux, et même souriante. En attendant le dîner, Rick et Kate s'étaient intéressés à ses activités artistiques, histoire d'en apprendre un peu plus sur la maîtresse de maison. Margareth ne travaillait pas, mais peignait, et certaines de ses toiles ornaient les murs des couloirs de l'étage. Rick n'osa pas demander si elle vendait ses œuvres, car les tableaux qu'ils avaient pu apercevoir ressemblaient à de savants mélanges de couleurs, davantage apparentés selon lui à du gribouillage qu'à de l'art. Margareth leur avait aussi présenté Violet, et sa fille, Amy, qu'ils rencontraient pour la première fois.

Violet était une jolie jeune femme, au style très simple et naturel. Elle n'avait pas pris la peine de s'habiller élégamment pour l'occasion. Simplement vêtue d'un jean, et d'un pull, elle avait néanmoins le style classieux des gens nés avec une cuillère en argent dans la bouche, et de plus, naturellement dotés de charme. De longs cheveux tombant en boucles noires dans son dos, les yeux bleu acier de son père, et la peau étonnamment bronzée pour la saison. Son doux visage resta fermé, dans une attitude assez similaire à celle de son père, emprise de chagrin. Elle se mit volontairement en retrait, ne s'immisçant pas dans les conversations qui précédèrent le repas. La fillette, Amy, monopolisa son attention s'amusant à grimper sur les fauteuils en cuir pour sauter le plus loin possible. Le lord et se femme, concentrés sur leurs hôtes, ne semblèrent pas prêter attention au concours de sauts de leur petite fille, et Violet s'évertua à la faire obéir. Mais Amy, dynamique et espiègle, s'amusait à se jouer de l'autorité de sa mère, qui finit par laisser la fillette s'amuser comme elle l'entendait, et se joignit aux conversations des adultes. Rick lança un œil à Amy, debout sur le fauteuil Chesterfield. Elle croisa son regard, et sourit à cet inconnu, avec un air malicieux, avant de sauter aussi loin qu'elle put, atterrissant à quelques centimètres seulement de la grille protégeant la cheminée. Elle s'apprêtait à remonter fièrement sur le fauteuil quand Rick l'attrapa par la taille et la cala dans ses bras. D'abord surprise, Amy se tourna vers lui, en le regardant sévèrement. Il ne put s'empêcher de sourire devant la bouille de la petite fille qui feignait les gros yeux. Elle n'était pas intimidée le moins du monde, habituée, sans doute, à évoluer dans un monde d'adultes.

- Je veux sauter !

- Oui, mais ta maman ne veut pas que tu sautes, répondit Rick en la reposant sur le sol.

Elle le regarda l'air interrogateur, se demandant qui était cet adulte qui l'empêchait de s'amuser librement.

- C'est dangereux. Regarde le feu, là. Tu vas te faire du mal.

Elle ne répondit rien, se contentant de parcourir des yeux les flammes qui crépitaient. Il s'accroupit pour se mettre à sa hauteur.

- Je m'appelle Rick, et toi, tu dois être Amy ? demanda-t-il avec un sourire, en lui tendant la main.

- Oui, répondit la fillette en lui serrant la main avec un sourire.

- Enchanté, mademoiselle Amy.

La petite afficha un visage radieux, ravie qu'un adulte lui accorde un peu d'attention.

- Et la dame c'est qui ? demanda Amy en montrant du doigt Kate qui écoutait Margareth et Savannah lui expliquer qu'il fallait absolument qu'ils profitent de leur séjour pour aller voir les baleines qui s'approchent des rivages de Cape Cod.

- C'est ma femme. Elle s'appelle Kate.

La fillette le regarda, l'air de ne pas comprendre.

- C'est ton amoureuse ? demanda Amy.

- Oui, c'est mon amoureuse, sourit Rick.

- Elle est belle ton amoureuse, on dirait une princesse.

- Oui, elle est très belle, sourit Rick.

Son regard croisa celui de Kate qui jetait un œil dans leur direction pour voir ce qu'il faisait. Elle sourit en voyant qu'aux conversations ennuyantes des adultes, il avait préféré celles innocentes d'une fillette de trois ans.

- Moi, mon amoureux c'est Ethan. Et il est dans ma classe, reprit Amy.

- Oh, tu as un amoureux toi ? Mais tu es toute petite.

- Non, je suis grande ! Je saute loin ! lança-t-elle en accrochant ses petits bras au fauteuil pour grimper dessus.

- Amy, c'est dangereux de sauter. Assis-toi sagement, et je te montre quelque chose.

- C'est quoi ?

- Tu vas voir.

La fillette s'assit, obéissante, et attendit, bien sage, en regardant Rick d'un air curieux. Il l'observa, attendrie, par son petit visage. Elle ressemblait beaucoup à sa maman. Ses longues boucles noires étaient attachées en queue de cheval, et la douceur de ses traits renvoyait au visage de Violet. En regardant cette petite fille, inéluctablement, il pensa quelques secondes à leur enfant dont ils ne connaissaient pas encore le sexe. Même s'il était un peu tôt, Kate ne voulait pas savoir, et préférait avoir la surprise. Lui doutait d'avoir la patience d'attendre. Kate n'avait pas vraiment rigolé quand il lui avait dit que de toute façon, même si elle ne voulait pas savoir, lui soudoierait le gynécologue pour qu'il lui fasse la révélation en avant-première. C'était une plaisanterie. Il n'avait pas réellement l'intention de le faire, mais le suspens allait être long à endurer. Pour l'instant, le bébé était le bébé. Un petit être asexué, qu'ils aimaient déjà, peu importe son sexe. Au fond de lui, Rick avait une petite préférence pour un garçon. Mais à regarder cette fillette qui ressemblait tant à sa mère, il se dit qu'il serait le plus heureux des papas si leur enfant était une petite Beckett, aussi jolie et têtue que sa maman.

Il se reconcentra sur Amy, et prenant un air volontairement très sérieux, il glissa ses doigts dans ses cheveux derrière son oreille, en observant les yeux de la fillette qui se demandait ce qu'il était en train de faire. Il ramena la main à hauteur de ses yeux.

- Regarde ce que tu avais dans les cheveux ! lui lança-t-il en faisant tourner la pièce argentée entre ses doigts.

- Une pièce ! s'écria Amy, enthousiaste. Encore !

Rick recommença la manipulation au-dessus de son autre oreille, pour faire apparaître une deuxième pièce.

- Tu es un vrai magicien ! s'exclama-t-elle en riant.

Rick lui sourit, satisfait.

- Je peux les garder ?

- Bien-sûr. Elles sont à toi, elles sont sorties de tes cheveux !

Elle regarda avec admiration les pièces dans chacune de ses mains.

- Tu as vu le fantôme ? demanda-t-elle soudain avec un sourire malicieux.

- Le fantôme ?

- Oui, le fantôme qui habite dans la maison.

- Il y a un fantôme ici ?

- Oui. Spencer me raconte toujours l'histoire du fantôme.

Rick s'étonna, d'une part que le très sérieux majordome raconte des histoires à Amy, et d'autre part, qu'il s'agisse d'histoires de fantômes étant donné son âge.

- Je n'ai pas vu le fantôme. Et toi ? demanda-t-il, la curiosité piquée au vif.

- Pas vu le fantôme. Je le cherche des fois, répondit-elle très sérieusement.

- Moi-aussi, sourit-il. Mais chut, il y a des grands qui disent que c'est n'importe quoi.

- Oui, fit-elle à voix basse, papy et mamie ne me croient jamais. Maman a écrit un livre sur le fantôme.

- Oh, un vrai livre ?

- Il n'y a pas d'images, que des écritures, répondit Amy. Un livre pour les grands. Il est dans la bibliothèque.

- D'accord. Dis-donc tu parles très bien pour une petite fille.

- Oui, je suis grande ! s'écria-t-elle, alors que Philip et Margareth annonçaient le début du repas.

Amy descendit du fauteuil en toute hâte pour rejoindre sa mère. Rick se rapprocha de Kate, tandis que Margareth montrait à chacun des convives où s'asseoir. Ils furent ravis de voir Savannah et Wyatt prendre place à côté d'eux, car vu la faible volubilité du reste des convives ce soir, le dîner s'annonçait soporifique. Au moins, Savannah allait mettre de l'animation avec ses bavardages.

Le repas qui leur fut servi était délicieux, comme celui de la veille. Rick se fit la remarque qu'Eleanor était une cuisinière excellente, et que, par conséquent, l'habit ne faisait pas le moine. Les raviolis au homard accompagnés de leur coulis de tomates au basilic constituèrent le clou du repas. Dès la première bouchée, Rick et Kate se lancèrent un regard enchanté, qui en disait long sur la saveur de ce plat. Savannah leur apprit qu'Eleanor était la petite-fille d'immigrés italiens, et qu'elle leur offrait le luxe de goûter à des recettes ancestrales nées sur la côte amalfitaine, et transmises de génération en génération.

Ecoutant d'une oreille les discussions de Savannah, qui, elle s'en réjouit, n'avait pas forcément besoin d'un interlocuteur actif pour discourir, et de l'autre les conversations de Rick et Wyatt sur la crise du marché de l'immobilier, Kate s'efforça de se concentrer tout au long du dîner sur les gestes et les attitudes de chacun, tentant de percevoir des signes suspects.

Philip était affligé. Il n'y avait aucun doute là-dessus. Son visage était fermé, ses yeux pleins de tristesse cherchaient à éviter les regards. Il parla peu, se contentant de manger. Le seul sourire qu'il esquissa alla à sa petite fille qui s'était barbouillée de sauce tomate avec ses raviolis. Kate se demandait quelle relation pouvait unir le lord et le jeune Joshua pour qu'il soit bouleversé à ce point par la mort subite de son jardinier. Peut-être était-il simplement un patron aimant. Mais peut-être y avait-il matière à creuser. Quoi qu'il en soit, Kate peinait à croire que cet homme, dans l'état où il semblait être, ait pu tuer Joshua la veille, du moins, de son plein gré. Ce chagrin sincère pouvait aussi être synonyme de remords. Il avait pu se passer quelque chose hier soir qui ait provoqué la chute accidentelle de Joshua.

Margareth, consciente de la douleur de son mari, s'efforçait d'orienter les conversations et de s'intéresser à ses hôtes, afin de ne pas les abandonner à l'ambiance morose qui régnait au manoir. Elle leur conseilla quelques sites à visiter absolument, et leur vanta la cuisine de plusieurs petits restaurants de la presqu'île. Elle questionna un peu Kate sur son métier, les difficultés d'être une femme dans la police, et Rick sur l'art de trouver l'inspiration pour écrire des romans. En fait, elle semblait faire de son mieux pour jouer la maîtresse de maison parfaite, soucieuse du bien-être de ses hôtes, en ayant un petit mot pour chacun d'entre eux.

Quant à Violet Tudor, elle était insaisissable. Elle parla peu, se contentant la plupart du temps de s'adresser à sa fille Amy. La fillette était plutôt agitée et vivante, et semblait donner du fil à retordre à sa mère qui s'acharna une bonne partie du repas à essayer de la faire manger. Rick tenta d'aborder l'histoire du manoir, et surtout de William Brewster dont le fantôme l'intéressait, mais elle esquiva les questions comme si elle ne voulait pas parler. Il n'insista pas, résolu à aller trouver le livre dont Amy lui avait parlé.

Le seul élément digne d'intérêt lors de la soirée fut l'attitude de Spencer, si flegmatique jusque-là. Le majordome s'occupait du service, enchaînant les aller-venues entre le salon et la cuisine. De temps en temps, il resta debout près de la porte attendant que les convives finissent de manger. Il adoptait sa posture classique : bien droit, les mains sagement croisées devant lui, le regard comme perdu dans le vide. Mais plusieurs fois, Kate sentit les yeux du majordome se poser sur elle. Et il n'avait pas le regard effrayant dont Rick lui avait parlé. Il jetait des regards furtifs à son décolleté. Mais ce qu'elle capta de plus étonnant ne fut pas le regard coquin de Spencer, mais celui furieux de Margareth. Un court instant, Kate vit les yeux de Margareth s'attarder sur ceux du majordome, toujours sagement positionné devant la porte, et crut apercevoir un léger sourire sur le visage de Spencer. Margareth, elle, ne souriait pas, mais le fusillait du regard. Cet étrange échange à distance ne dura que quelques secondes, mais il fit jubiler Kate comme si elle venait de faire une découverte sensationnelle. Elle était pressée d'en parler à Castle, et, à peine la dernière bouchée de sa tarte aux prunes avalée, elle essaya de lui faire discrètement comprendre par quelques œillades qu'elle avait envie de monter se coucher. Mais Rick était en train de se laisser convaincre par Wyatt d'acheter une maison secondaire à Cape Cod. Elle finit par lui chuchoter à l'oreille qu'elle était fatiguée. Ils souhaitèrent une bonne nuit à tout le monde, et quittèrent le salon.

Ils virent Spencer les fixer du regard. Mais sans s'en préoccuper, ils montèrent l'escalier menant au premier étage.

- Toujours pas de nouvelles des gars, constata Kate en jetant un œil à son téléphone.

- Ils n'ont peut-être pas réussi à récupérer le rapport d'autopsie.

- Je les appellerai tout à l'heure.

Ils traversèrent le couloir, silencieux et désert, en commentant la qualité du repas, passèrent devant l'armure en pied, et arrivèrent devant la porte de leur chambre. Kate s'apprêtait à ouvrir quand Rick l'interrompit en posant une main sur son bras.

- Attend ! Ecoute …

Elle le regarda étonnée, se demandant ce qu'il pouvait bien avoir entendu. Sans bouger, il tendait l'oreille, l'air très sérieux.

- Qu'est-ce qu'il y a ? chuchota Kate en écoutant l'immensité du silence.

- Tu n'as pas entendu ? murmura-t-il, comme si, lui, avait perçu un bruit étrange.

- Quoi ?

- Une porte, répondit-il à voix basse, en tournant sur lui-même pour visualiser l'ensemble du couloir du premier étage. J'ai entendu un bruit de porte comme si elle avait claqué. Ça venait d'en haut.

- Je n'ai rien entendu. Tu fais une fixation sur les bruits de portes ou quoi ? répondit Kate, avec un petit air narquois.

- Viens, on va voir, continua-t-il en partant vers l'escalier qui menait au deuxième étage.

- Castle, il n'y a personne là-haut, répondit Kate qui n'avait aucune envie d'aller explorer les couloirs à la recherche d'une porte qui avait claqué. Tout le monde est encore au salon. Et Eleanor et Rose sont en cuisine.

- Justement. C'est étrange, fit-il prenant son air mystérieux, figé en bas de l'escalier.

- Tout est étrange avec toi …, marmonna-t-elle en soupirant.

- Depuis le bas des marches, il lui fit un signe de la main insistant pour qu'elle vienne, l'air tout excité. A contrecœur, elle finit par se décider à le rejoindre, non pas qu'elle soit curieuse de savoir quelle porte avait bien pu claquer, mais elle savait que Castle ne renoncerait pas à sa quête de fantôme. Elle gardait aussi en tête qu'il y avait peut-être un assassin au sein de cette demeure, et préférait que Rick n'erre pas tout seul en pleine nuit dans les couloirs.

- Je passe devant, lâcha Kate, avec autorité, retrouvant tout à coup son costume de flic.

- Bien-sûr, mon Lieutenant, sourit Rick.

Ils montèrent en essayant d'être discrets, mais les marches craquaient à chacun de leurs pas, dans un bruit qui leur semblait faire un fracas redoutable, tant le bâtiment était plongé dans le silence. Tout à coup, arrivée en haut de l'escalier, Kate se figea, se tournant vers Rick. Cette fois-ci, elle-aussi avait entendu le claquement de porte, qui avait résonné jusqu'à eux, mais semblait venir d'une zone indéterminée située au-dessus de leurs têtes.

Kate appuya sur l'interrupteur en haut de l'escalier, et tous les lustres du couloir s'illuminèrent, faisant apparaître la teinte jaune acidulée des murs. Toutes les portes étaient fermées.

- Ça ne vient pas d'ici, fit Kate, commençant à se prendre au jeu.

- Oui, ça doit être plus haut encore.

Le bâtiment principal du manoir était ainsi fait qu'une fois arrivé en haut de chaque escalier, il fallait traverser tout le couloir de l'étage pour avoir accès, à l'autre bout, à l'escalier menant à l'étage supérieur. Ils se souvenaient des explications de Savannah : le couloir jaune acidulé était celui des chambres du personnel. Ils passèrent devant la porte sous scellé de la chambre de Joshua Black, tendirent l'oreille devant chacune des pièces mais n'y entendirent qu'un silence assourdissant. Arrivés au bout du couloir, ils montèrent l'escalier vers le dernier étage. Kate essaya en vain d'allumer la lumière. Le couloir resta plongé dans l'obscurité. Là, sur le pas de l'escalier, la lumière arrivant depuis l'étage inférieur éclairait le début du couloir d'une faible lueur, mais plus loin, l'obscurité devenait impénétrable.

- Tu es sûr que tu veux continuer ? chuchota Kate. Ce n'est sûrement qu'un courant d'air en plus. Et on ne voit rien …

- Tu as peur ? murmura Rick, avec un sourire moqueur.

- Je suis flic, Castle, je n'ai pas peur du noir ! Allez, on y va. Ne t'éloigne pas et ne touche à rien.

- A quoi veux-tu que je touche ? Je ne vois même pas mes propres mains ! s'exclama-t-il à voix basse.

- Avec toi, il vaut mieux anticiper.

Ils avancèrent prudemment essayant de suivre le milieu du couloir pour ne pas rencontrer d'obstacles. Le silence était pesant, et Rick avait beau s'efforcer de scruter l'obscurité, il ne distinguait ni les portes le long des murs, ni même Kate, qui marchait devant lui. Il percevait simplement ses mouvements, légers, le souffle de sa respiration, calme et posée, le cliquetis discret de ses talons qui semblaient glisser sur le parquet. Tout à coup, le retentissement brutal d'un claquement de porte, là à quelques mètres devant eux, les fit sursauter. Ils se figèrent, sentant leur cœur s'accélérer dans leur poitrine, tous les sens en éveil quand un énorme bruit sourd résonna avec fracas, comme si quelque chose était tombé lourdement sur le sol, si fort que Rick eut l'impression qu'il avait dû retentir jusqu'au rez-de-chaussée.

Sans se voir, ils se frôlèrent, reprenant leur avancée, côte à côte, jusque cette porte qui barrait le couloir. Kate tâtonna sur la porte, et réalisa qu'elle n'était pas entièrement fermée et ne possédait ni poignée ni serrure, ce qui expliquait qu'elle devait battre bruyamment sous l'effet des courants d'air.

- C'est l'accès à l'aile Est ici, chuchota Rick.

Lors de la visite du manoir, Savannah et Wyatt ne les avaient pas emmenés dans cette partie de la demeure, leur expliquant que les Tudor faisaient rénover toute l'aile Est en vue d'y créer des suites supplémentaires, et une immense salle de réception.

- Il doit y avoir une fenêtre ouverte, c'est tout. Ça fait claquer la porte, et ça a dû faire tomber un truc derrière, murmura Kate. Tu es rassuré ? On peut redescendre ?

Rick s'apprêtait à acquiescer quand il lui sembla entendre de légers bruits, au-delà de la porte.

- J'ai entendu quelque chose, fit-il à voix basse.

- Quoi encore ? soupira Kate.

- Je ne sais pas trop. C'est peut-être lui.

- Qui ?

- Le revenant vengeur …, à moins que ce ne soit l'esprit frappeur …, chuchota-t-il.

Elle ne voyait pas son visage, mais devinait l'étincelle d'excitation dans ses yeux.

- Castle …, soupira-t-elle de nouveau, exaspérée par son obsession fantomatique.

- On peut aller voir ? S'il te plaît ma chérie …, demanda-t-il d'une voix douce et malicieuse.

- N'essaie pas de m'amadouer …, grogna-t-elle, incapable de résister pour autant à l'enthousiasme de son mari. Deux minutes, pas plus. On regarde, et s'il n'y a pas de fantôme, enfin, quand tu auras vu qu'il n'y a pas de fantôme, on redescend.

- Promis, répondit-il, réjoui.

Ce n'était probablement que le vent, mais tant que Rick n'aurait pas pu constater les choses de ses propres yeux, il ne se résoudrait pas à regagner leur chambre. Kate poussa la porte d'une main dévoilant une immense salle plongée dans la pénombre. La lueur de la lune se glissait difficilement à travers les fenêtres bâchées, créant par endroit un léger voile de lumière tamisée. La pièce ressemblait à un amas de bâches en plastiques, pots de peinture, échafaudages, sacs de ciment et outillages divers.

Figés dans l'ouverture de la porte, Rick et Kate tentaient de jeter un œil vers l'intérieur, mais à part les bâches plastiques, ils peinaient à voir quoi ce soit. Rick tâtonna dans le noir à la recherche de l'interrupteur, mais il n'y en avait pas.

Kate lui fit signe qu'elle passait devant, et s'avança dans la pénombre. Pas totalement rassurée, malgré la hardiesse qu'elle affichait aux yeux de Rick, elle attrapa par précaution des armes de fortune posées sur des caisses de bois : un niveau en métal qu'elle empoigna, et un marteau qu'elle tendit à Rick.

- Avec ça, le fantôme n'a qu'à bien se tenir, ironisa-t-il dans un murmure.

- Vise la tête ! sourit-elle.

- Un fantôme n'a pas vraiment de tête !

Elle se remit à avancer prudemment, tenant fermement le niveau, sur le qui-vive. Elle voyait à peine où poser les pieds, et manqua de trébucher à plusieurs reprises. Rick la suivait de près, tentant de déceler une présence, ou un mouvement, en scrutant l'amas d'objets qui s'entassaient dans le noir.

Alors qu'ils avaient avancé de quelques mètres, des bâches claquèrent bruyamment sous l'effet d'un coup de vent. Kate lança un regard satisfait à Rick, lui signifiant qu'elle avait raison. La fenêtre sans vitre derrière la bâche plastique mal fixée devait être à l'origine du courant d'air qui avait fait claquer la porte. Le rayon de lumière qui s'engouffra dans la pièce éclaira des planches de bois qui barraient le passage, semblant être tombées de l'échafaudage contre lequel elles devaient être posées. Là était certainement l'origine du bruit fracassant qu'ils avaient entendu depuis le couloir.

- Ce n'est que le vent, Castle …

- Oui, constata-t-il, avec déception.

- Est-ce que c'est bon maintenant ?

- On peut peut-être continuer d'explorer par là-bas, suggéra-t-il. Spencer a dit qu'on pouvait entendre un fant…

- Il n'y a pas de fantôme, Castle. Ne crois pas tout ce que ta tête remplie d'imagination veut te laisser entendre.

- Rabat-joie …, marmonna-t-il.

- Je pense qu'on a assez exploré pour ce soir.

Kate sentit quelque chose lui frôler la tête, effleurant ses cheveux dans un bruissement d'ailes. Elle sursauta, poussant un cri d'effroi, agitant ses bras dans tous les sens, comme pour chasser ce qui pourrait approcher sa tête de nouveau.

- Il y a une bête ! Un truc qui vole ! s'écria-t-elle, effrayée.

- Viens, recule ! lui lança Rick, en riant.

- Ce n'est pas drôle ! lança-t-elle en scrutant le plafond.

Il attrapa sa main, pour la guider en arrière.

- Ce n'est rien, ça doit être un oiseau, ou une chauve-souris …, expliqua-t-il posément alors qu'ils avaient fait demi-tour pour rejoindre le couloir du bâtiment principal, toujours plongé dans le noir total.

- Une chauve-souris ! s'exclama-t-elle, paniquée.

- Oui, une chauve-souris aux crocs aiguisés, assoiffée de sang frais … fit-il prenant un ton effrayant.

- Rick, arrête …

Il riait encore quand le rayon d'une lampe braquée sur eux depuis le seuil de la porte le fit se figer d'un seul coup.