Chapitre 16
Chambre de Rick et Kate, la veille aux alentours de midi.
Kate, allongée sur le lit, les bras croisés sous la tête, contemplait le plafond en réfléchissant à leur enquête. Après qu'ils aient discuté avec Rose, et parlé aux gars, elle était en plein doute. Il était rare qu'elle doute à ce point, mais elle commençait à se demander s'ils avaient bien fait de se lancer dans cette enquête clandestine. Non seulement, les preuves qu'ils trouvaient ne seraient sûrement pas exploitables, mais ils n'avaient aucune autorité pour interroger qui que ce soit, et ne pourraient pas non plus procéder à la moindre arrestation s'ils trouvaient, par miracle, le coupable. A un moment ou un autre, il faudrait qu'elle arrive à convaincre la police de Brewster d'intervenir.
Rick s'allongea près d'elle, avec son livre tant désiré à la main. Sur le côté, et en appui sur le coude, il la regarda avec un sourire.
- Je crois qu'on a un élément fondamental pour résoudre cette affaire, lâcha-t-il avec un sourire.
- Lequel ? s'étonna-t-elle.
- Ça ! lança-t-il en exhibant sous son nez le livre sur l'histoire de William Brewster. Peut-être que la réponse à tout ce mystère est là-dedans.
Elle le regarda, sceptique, puis ferma les yeux en soupirant.
- Castle … si tu ajoutes un fantôme et un trésor à tout ce méli-mélo, je crois que vraiment j'abandonne, râla-t-elle gentiment.
- Tu n'abandonnes jamais, sourit-il en posant son livre négligemment sur le lit.
- Mais je pourrais.
Il posa sa main libre sur sa cuisse, tout en la regardant avec tendresse. Les bras croisés sous sa tête, les yeux fermés, comme si elle cherchait à fuir la complexité de cette enquête. Il fit remonter sa main de sa cuisse à son ventre, la glissa sous son tee-shirt pour sentir la douceur de sa peau nue sous ses doigts. Il vit ses paupières ciller légèrement, et une esquisse de sourire apparaître sur ses lèvres.
- Non, tu es incapable d'abandonner. Tu es trop intriguée pour baisser les bras, répondit-il, convaincu.
- Peut-être …
- Je suis sûre que tu adores le Cluedo en fait, fit-il, s'amusant à dessiner le contour de son nombril du bout du doigt.
- Quand le mort est fictif oui … et qu'on joue avec des cartes !
La main de Rick venait à peine de se poser sur elle, qu'elle commençait déjà à ressentir d'agréables picotements au fond de son ventre. Elle ouvrit les yeux, pour lire dans les siens. Il ne la regardait pas, il la contemplait. Il lui sourit avec douceur. Quand il avait ce regard à la fois amoureux, fasciné, brûlant, il était irrésistible. Sa raison entreprit sa bataille, désormais classique, contre son corps. Rick avait le don de jouer avec ses sens dans les moments les plus inopportuns. Ils avaient une enquête à mener, rapidement, car plus le temps passait, plus les indices, déjà bien minces, allaient s'amenuiser. Ils devaient retrouver les Monroe pour déjeuner dans trente minutes. Sa raison remporta cette première bataille, elle s'abstint de se jeter sur son mari, mais le laissa poursuivre, malgré tout, ses délicieuses caresses sur son ventre.
- Si on résume, on a cinq suspects, reprit-t-elle, avec flegme, se concentrant sur l'enquête. Spencer, Philip, Margareth, Eleanor, Violet. Lequel n'a aucun mobile ?
- Je dirais Eleanor. A priori, c'est la seule qui a l'air à l'écart des différentes histoires qui se trament ici, et qui n'a de contact amical ou amoureux avec personne, répondit Rick, ne la quittant pas des yeux.
Il s'amusait maintenant à dessiner des arabesques sur son corps, faisant danser ses doigts depuis la naissance de ses seins, jusqu'au bas de son ventre qu'il sentit se tendre quand il effleura la peau douce de sa taille sous la ceinture de son jean. Elle lui sourit, mutine, sachant très bien qu'il avait conscience du désir qu'il était en train de faire naître en elle. La lueur de plaisir qu'il lut dans son regard le ravit. Il la connaissait par cœur, mais ne s'en lassait pas. Sentir Kate frémir sous ses caresses, les plus anodines soient-elles, était la plus douce et la plus excitante des sensations.
- Eleanor est pourtant la seule à avoir un casier, reprit-elle, l'esprit focalisé coûte que coûte sur leur enquête.
- Mais un vieux casier. Elle est très sage depuis des années. Par contre, Spencer et Margareth, eux, ont un sacré mobile, répondit Rick.
- Oui. Ils ont même pu agir de concert.
- Rose dit qu'ils ne savent pas que Joshua les a vus. Mais peut-être qu'ils savaient, et l'ont tué pour qu'il ne parle pas, suggéra Rick.
Ils discutaient le plus sérieusement du monde, tout en échangeant regards lascifs et sourires complices. Doucement, la main de Rick s'aventura de plus en plus haut, dans le creux de sa poitrine, effleurant sa petite cicatrice, s'y attardant, sentant le rythme lent et calme de son cœur sous ses doigts. Il laissa sa main reposer là, délicatement, contre sa poitrine, quelques secondes, se contentant de la regarder. Elle glissa la main dans les cheveux de son homme, caressant l'arrière de sa tête, négligemment. Ce geste tendre déclencha en lui un frisson de plaisir. Elle dut s'en apercevoir, car il la vit sourire.
- Je ne sais pas, continua-t-elle, ne perdant toujours pas le fil de ses pensées. Ça impliquerait que ce soit prémédité. Mais ce coup à la tête, qui en plus, n'a pas été mortel, ce serait plutôt le résultat d'une dispute qui a mal tourné, expliqua-t-elle.
Son air si sérieux et concentré, alors qu'elle frissonnait sous ses caresses, l'attendrissait. C'était sa muse dans toute sa splendeur. Il adorait la voir ainsi, ça faisait partie de ce qui l'avait séduit dès le début. Cette obstination à vouloir garder le contrôle, malgré tous ses sens en émoi. Elle était redoutable à ce petit jeu-là.
- Joshua a peut-être essayé de les faire chanter, malgré ce que dit Rose, poursuivit Rick. Il était jeune, un peu d'argent facile, ça met du beurre dans les épinards. Le ton est monté, et bang un coup sur la tête.
- Bang ? sourit Kate.
Il lui renvoya son sourire. Comme elle était belle et désirable. Il glissa sa main jusque sa gorge, caressant son cou qu'il mourrait d'envie de couvrir de baisers. Elle inclina légèrement la tête, pour mieux savourer la tendresse de sa main au creux de son cou. Il sourit, sentant qu'à cet instant-là elle baissait un peu la garde, s'abandonnant au plaisir de sa main contre sa peau. Elle vit son sourire satisfait, et le regarda de son air qui voulait dire que rien n'était gagné. Ce regard ne fit que l'exciter davantage.
- Faire chanter Spencer n'avait pas vraiment d'intérêt. Il n'est pas riche. Il est majordome. Et Joshua avait peur de lui. Il ne l'aurait pas fait chanter. Même toi tu as peur de lui …, continua Kate.
- Je n'ai pas peur de Spencer ! lança-t-il, un prenant un air indigné.
- Menteur ! fit-elle en riant.
Son éclat de rire, la sensualité de sa bouche entrouverte, provoquèrent en lui une onde de désir qu'il tenta de réfréner. Ce n'était pas vraiment le moment d'avoir envie d'elle. Il le savait, et savait que c'était pour cette seule et unique raison qu'elle ne se laissait pas complètement aller. Ils étaient censés descendre déjeuner avec les Monroe, et profiter de l'absence des maîtres de maison pour approfondir au maximum leur enquête. Ils n'auraient peut-être pas l'occasion par la suite d'avoir autant de marge de manœuvre, et plus le temps passait, plus il serait difficile de trouver le coupable.
- Il a pu faire chanter Margareth alors. Et Spencer a aidé sa maîtresse à éliminer la menace, reprit-il, avec le plus de concentration possible.
- Tu crois que Joshua était une menace à ce point-là ?
- Et bien si Philip apprenait qu'elle le trompe, il pourrait vouloir divorcer, et fini la belle vie. Elle n'est pas riche, et ne vend pas ses pseudo-œuvres, expliqua Rick.
- Elle préfèrerait l'argent à l'amour de Spencer ?
- Tu l'as dit toi-même, au sein de la noblesse, il y a toujours des histoires de sous, d'héritage … Et puis, elle ne l'aime peut-être pas. C'est peut-être juste pour le sexe.
- Spencer non plus n'avait pas intérêt à ce que Philip l'apprenne. Il aurait pu perdre son boulot, ajouta Kate.
- Philip aussi peut avoir un mobile dans ce cas-là. Joshua a pu lui dire que sa femme le trompait, même si Rose dit que non. Il s'est énervé et s'en est pris à lui, suggéra Rick.
- Difficile d'imaginer qu'il l'ait tué. Il adorait Joshua. Et il est effondré en plus.
- Ça n'empêche pas un gros coup de colère, suivi de gros remords, répondit Rick.
Sa main, sagement posée au creux de sa poitrine, vint glisser délicatement sur son sein dont il caressa le galbe ferme et rond à travers la dentelle de son soutien-gorge. Il sentit Kate frémir légèrement, et se tortiller subtilement pour contrôler le désir qui devait commencer à monter du fond de son ventre. Il sourit à l'idée qu'il n'était pas le seul à lutter pour réfréner son envie.
- Et Violet dans tout ça ? poursuivit Kate. Elle a l'air bien fragile pour avoir tué quelqu'un.
- Et si Amy était la fille de Joshua ? Ils se sont peut-être disputés …
- Violet aurait couché avec le jardinier ?
- Tout le monde couche avec tout le monde ici … Peut-être que Joshua ignorait qu'il était le père et … euh … je manque d'inspiration …., soupira-t-il, commençant lui, à ne plus parvenir à se concentrer à la fois sur leur discussion sérieuse, et le contrôle de son envie furieuse.
Il glissa sa main sous le tissu de son soutien-gorge, et commença à jouer avec le bout de son sein, le sentant durcir sous ses doigts. Elle laissa échapper un petit gémissement dans un murmure, tant cette sensation était divine. Cette fois, il était urgent que sa raison gagne la bataille, définitivement. Elle n'avait aucun envie qu'il cesse ce délicieux supplice, mais le désir qui montait du fond de son ventre en devenait douloureux, et il ne pourrait être assouvi. Pas maintenant.
- Rick …, chuchota-t-elle simplement.
- Je t'aide juste à te détendre pendant qu'on réfléchit, sourit-il, comprenant immédiatement le fond de sa pensée.
- C'est efficace …, fit-elle en souriant, tendant la main pour caresser sa joue, dessinant le contour de son menton, de ses lèvres du bout des doigts. J'ai terriblement envie de toi, c'est malin … vu qu'on n'a pas le temps.
- Je sais, répondit-il avec un grand sourire, moi-aussi.
- Il faut qu'on avance sur cette enquête.
- Je sais, répéta-t-il en continuant de titiller la pointe de son sein entre son pouce et son index.
- Et qu'on descende déjeuner.
- On peut prendre cinq minutes, répondit-il en embrassant la paume de sa main qui s'attardait sur sa joue, tu sais, je peux être très très efficace !
- Oui, aucun doute là-dessus, sourit-elle, mais ce n'est pas de cinq minutes de plaisir dont j'ai envie là.
- Combien ? Donne un chiffre et je m'exécute ! lança-t-il avec un sourire.
Elle éclata de rire, le faisant sourire et intensifiant encore son envie d'elle. Il mourrait d'envie de se jeter sur sa bouche, mais se retenait pour ne pas aggraver encore son supplice.
- Embrasse-moi, idiot ! lui lança-t-elle avec son regard tentateur, comme si elle devinait le fond de ses pensées.
- Non ! sourit-il.
- Comment ça non ? Ça fait dix minutes que tu m'excites, et tu me refuses un baiser !
- Tu vas me rendre dingue … Je préfère m'abstenir ! lança-t-il en riant.
Elle prit son petit air mutin qu'il connaissait bien, se redressa, posa sa main sur son torse pour le renverser sur le lit, et se jeter furieusement sur sa bouche. Il ne protesta pas, bien au contraire, se laissant emporter par le goût délicieux de sa langue et de ses lèvres, qui, comme il l'avait anticipé, le rendirent fou de désir. Il l'enlaça, la serrant contre lui, faisant glisser doucement ses mains jusque ses fesses. C'est le moment qu'elle choisit pour s'arracher à sa bouche, et le regarder de son air coquin avec un grand sourire, en se redressant, et s'échappant de ses bras.
- Ça, c'est pour t'amuser à me faire passer pour une nymphomane auprès des gars ! lança-t-elle en se levant, l'abandonnant allongé sur le lit.
- Aaahhh ! Quelle femme perfide j'ai épousée ! se lamenta-t-il en riant.
- Mon pauvre chéri ! sourit-elle en allant s'asseoir à la table, à quelques mètres de lui.
- J'aurai ma vengeance ! fit-il en s'asseyant sur le bord du lit, et la fixant de son regard noir de désir.
Elle avait joué avec lui, mais était aussi frustrée que lui. Et les yeux azurés de Rick, brûlants d'envie, posés sur elle, la déshabillant du regard, ne faisaient rien pour arranger les choses.
- Arrête de me regarder comme ça …, lui lança-t-elle, un large sourire sur le visage.
- Comment ? s'étonna-t-il, l'air innocent.
- Comme ça …, fit-elle, plongeant son regard lascif dans le sien.
Elle se mordilla la lèvre sans même s'en rendre compte et détourna les yeux.
- Tu es prise à ton propre piège … C'est excitant, rigola-t-il. Alors Lieutenant Beckett, on résiste encore ?
Elle ne put s'empêcher de sourire. Il avait raison. Son esprit luttait pour penser à l'enquête, et refouler le désir qui n'en finissait plus d'inonder son corps.
- Kate … je meurs d'envie de te faire l'amour, susurra-t-il avec un sourire, tentant de la faire craquer avec des mots.
- Chut … Tais-toi ! lança-t-elle en riant.
- Tu n'as pas envie que j'e me taise ! fit-il en riant à son tour.
- Viens, on va manger, décida-t-elle en se levant pour se poster devant lui.
- Je n'ai pas faim, sourit-il en attrapant sa main.
- Bon, je vais aller manger toute seule alors, avec mon amie Jessica Fletcher et …
Elle ne termina pas sa phrase, emportée par la sensation électrisante des doigts de Rick caressant l'intérieur de sa main. Par ce simple geste sensuel, Rick venait de permettre à ses sens de l'emporter sur sa raison. Elle le regarda avec cette intensité qui le dévastait à chaque fois, vint s'asseoir sur ses genoux, enroulant ses jambes autour de sa taille, et ses bras autour de son cou.
- Tu es redoutable …, murmura-t-elle, avant de déposer quelques petits baisers sur ses lèvres.
- J'obtiens toujours ce que je veux, tu devrais le savoir depuis le temps, sourit-il.
Il attrapa sa nuque d'une main, emmêlant ses doigts dans ses cheveux, et embrassa fougueusement sa bouche. Son autre main empoigna ses fesses pour plaquer son corps au sien. Sa bouche glissa dans son cou, le mordillant, le titillant du bout de la langue. Elle rejeta la tête en arrière, cette fois-ci complètement soumise à leur désir.
Subitement, quelques coups frappés à la porte les firent sursauter. Rick stoppa ses baisers, et posa un doigt sur la bouche de Kate lui intimant de ne pas faire de bruit. Ils attendirent quelques secondes, mais de nouveau quelqu'un frappa, quelqu'un d'impatient.
- C'est peut-être important …, murmura Kate.
- Rien n'est plus important que ça, chuchota-t-il en jouant à titiller sa bouche de ses lèvres et de sa langue.
Encore une fois, trois coups insistant les interrompirent.
- Je vais voir …, soupira Kate.
- Moi, je crois que je vais commettre un meurtre ! grogna-t-il.
Il la laissa quitter ses bras en soupirant.
- Cache les indices, lui chuchota-t-elle en s'éloignant vers la porte.
Il fourra rapidement les indices dans la besace qu'il enfonça sous le lit.
- Si c'est Savannah, empêche-moi de l'étrangler ! lança Kate.
- Et si c'est Spencer, je le … Bon, rien …, répondit-il, en pensant à la carrure impressionnante du majordome.
Kate ouvrit la porte, dévoilant le visage de l'importun. Spencer se tenait là, droit comme un i.
- Madame Castle, je m'excuse de vous déranger, commença poliment le majordome.
- Vous ne nous dérangez pas, Spencer, mentit Kate.
- Bien sûr que vous nous dérangez …, marmonna Rick.
- Je venais vous rappeler que le déjeuner va être servi d'un instant à l'autre, annonça-t-il placidement.
Kate s'étonna que ce majordome si professionnel soit venu frapper à leur porte de manière si insistante pour un simple déjeuner. Après tout, les hôtes sont censés être rois. La bienséance voudrait de leur laisser la liberté de descendre déjeuner, ou de faire l'amour passionnément sans les déranger. Spencer n'avait pas son regard habituel, figé et impassible. Il jetait des coups d'œil furtifs à l'intérieur de leur chambre.
- Merci, Spencer. Nous allons descendre, répondit Kate, poliment.
- Monsieur Tudor m'a également chargé de vous proposer de venir assister à la récolte des cranberries cet après-midi.
- Il pleut non ? fit Rick, s'avançant dans le dos de Kate, peu motivé pour sortir contempler des travaux agricoles.
- Bonjour, Monsieur Castle.
- Bonjour, répondit Rick, sur un ton plutôt froid.
Spencer venait d'interrompre ce qui s'annonçait comme un moment passionné et enivrant avec sa femme, et Rick n'avait pas vraiment envie de se montrer agréable. Comment ce majordome faisait-il pour surgir toujours au moment où on l'attendait le moins ?
- Je n'ai eu le plaisir de ne voir que votre dos tout à l'heure, dans la buanderie, fit remarquer le majordome, de son ton toujours neutre et placide.
- Oh, mais vous êtes drôle quand vous voulez Spencer ! lança Rick avec un sourire, ravi que pour une fois le majordome se laisse aller à la plaisanterie.
- Si je puis me permettre, la buanderie n'est peut-être pas l'endroit le plus approprié pour ...
Rick mourrait d'envie de lui répondre que les salles en travaux de l'aile Est n'étaient peut-être pas non plus l'endroit le plus approprié pour s'envoyer en l'air avec la maîtresse de maison. Mais il s'abstint. Cela pourrait faire mauvais genre de provoquer le majordome, et de révéler ce qu'ils savaient être un secret.
- On s'est perdus, vous savez bien qu'on a du mal à s'orienter dans votre château, répondit Rick avec son air narquois, titillant volontairement Spencer sur le nom alloué à cette demeure.
Pour la première fois depuis le début de leur séjour, ils virent avec étonnement un sourire apparaître sur le visage de l'impassible Spencer, comme s'il se laissait finalement aller à apprécier les traits d'humour de Rick. Il n'était évidemment pas dupe sur le fait qu'ils se soient perdus dans le manoir. Mais Rick se demandait s'il les soupçonnait d'autre chose que de prendre du bon temps.
- C'est un manoir, Monsieur, répondit Spencer, le corrigeant inlassablement pour la énième fois. Et pour en revenir à la pluie, elle a cessé. Cela ferait plaisir à Monsieur que vous assistiez à la récolte des cranberries. C'est un spectacle époustouflant. Il aimerait vous faire visiter un peu la région et cela lui permettrait de se changer les idées.
Voilà pourquoi Spencer tenait tant à leur parler. Son insistance à vouloir les envoyer en balade à l'extérieur du manoir pour l'après-midi dissimulait-elle la nécessité de les empêcher de fureter partout ? Il était difficile de refuser cette invitation du lord, a priori accablé de chagrin. Et peut-être serait-ce l'occasion de pouvoir discuter un peu plus avec lui, et d'en apprendre davantage. Kate et Rick échangèrent un regard entendu.
- Très bien. Nous viendrons.
- D'accord. Je vais l'en informer. Nous vous attendons pour le déjeuner, termina Spencer avant de tourner les talons.
Kate referma la porte.
- Moi, je parie toujours sur le majordome ! lança Rick.
- Il n'a pas arrêté de regarder à l'intérieur de la chambre.
- Oui, il nous surveille. A croire qu'il écoute aux portes aussi …, fit-il en l'enlaçant par la taille, l'attirant contre lui.
- Mais je ne sais pas, il y a toujours un truc qui m'empêche de croire que ça puisse être un meurtrier.
- Ses jolis yeux ? demanda Rick avec un sourire.
- Tu es bête ! Non, il commence à se lâcher un peu. Je sens qu'il a bon fond.
- Mais pourquoi nous surveillerait-il si ce n'est pas lui ?
- Je l'ignore. Il y a tellement de secrets ici.
- Bon, si j'ai bien compris, on n'a pas le choix, on doit aller manger ? demanda Rick, résigné.
Kate acquiesça du regard, avant de lui déposer un baiser sur les lèvres.
- Que c'est frustrant …, soupira-t-il avec un sourire, il ne se demande pas si on a faim ou pas, ou si on a mieux à faire !
- Ce n'est que partie-remise, mon cœur …
- Je sais …, mais rappelle-moi de ne plus jamais accepter un séjour offert par ma mère où que ce soit … entre le meurtre, les histoires louches et les repas à heures fixes, on est servis ici. Ça fait un peu univers carcéral …
- Univers carcéral ! N'abuse pas quand même ! rigola Kate. Et puis, ce n'est pas la faute de Martha …
- Elle a l'art d'attirer la poisse, même quand elle ne le fait pas exprès, sourit-il, en la prenant par la main pour aller déjeuner.
Aujourd'hui, Quelque part dans le tunnel secret.
Ils avançaient péniblement, parlant peu, concentrés sur chacun de leurs pas. Marcher dans l'obscurité totale, sans aucun repère visuel ou sonore, était un véritable défi, et avait quelque chose de très angoissant. Il n'y avait aucun bruit, mais un silence pesant, qu'interrompait seulement de temps à autre le clapotis des gouttelettes d'eau qui tombaient de la voûte. Ils étaient tous les deux frigorifiés, vêtus simplement de leur pyjama, et si jusque-là le froid de ce début novembre leur avait semblé plutôt doux à Cape Cod, ici au fond de ce tunnel, il était glacial. Rick avait l'impression de frissonner constamment. Il n'y avait que la main de Kate, serrée dans la sienne, qui lui donnait un peu de chaleur. Pieds nus, il s'efforçait de ne pas glisser sur les pierres humides et gelées. Il plaquait fermement son bras droit plié contre son ventre, pour atténuer la douleur qui le lançait depuis l'épaule jusqu'au bout des doigts dès qu'il esquissait le moindre geste. Ses yeux s'habituaient tant bien que mal à la pénombre. En se concentrant, il arrivait maintenant à voir un ou deux mètres devant lui, et à discerner les pierres sur les deux murs qui les entouraient. Le tunnel devait à peine faire un mètre de largeur. Régulièrement, il demandait à Kate comment elle allait. Il l'entendait respirer presque silencieusement dans son dos, et la sentait s'accrocher à sa main, mais elle n'était pas au meilleur de sa forme. Elle se laissait guider, presque comme une poupée de chiffon, elle, qui, habituellement tenait les rênes. Il s'inquiétait, mais à chaque fois elle lui répondait que ça allait. Elle n'était pas du genre à se plaindre, mais il sentait que quelque chose n'allait pas. Elle devait être épuisée, et sa tête devait la faire souffrir. Elle était restée évanouie très longtemps, ce n'était pas innocent comme blessure. Il fallait qu'ils sortent d'ici, rapidement.
Mais leur avancée était lente et pénible. Combien de temps faudrait-il pour qu'on se rende compte qu'ils avaient disparu ? Sûrement pas longtemps. On s'étonnerait de leur absence au petit-déjeuner. Mais tout dépendait de qui était dans le coup. Il réfléchissait aux différentes possibilités. Il excluait de toute évidence toutes les femmes de la maisonnée. Celui qui avait fait ça avait fait preuve d'une force presque surhumaine. Il ne pouvait pas non plus imaginer que Philip leur ait voulu du mal. Pas après l'après-midi qu'ils avaient passé ensemble hier.
Philip les avait emmenés à quelques kilomètres de Chatham, au nord de la presqu'île, au milieu de tourbières sablonneuses. A pied, ils l'avaient suivi sur le chemin de halage qui serpentait entre les marécages. Il faisait bon, le soleil réchauffait le fond de l'air, malgré la vigueur du petit vent frais qui fouettait les joncs et les roseaux, et faisait onduler les hautes herbes. Cette petite sortie revigorante leur avait fait du bien, et ils en avaient même oublié l'enquête quelques temps, profitant simplement du dépaysement. En découvrant les tourbières inondées où avaient poussé les cranberries, ils avaient compris pourquoi tout le monde au manoir leur avait parlé d'émerveillement. Le rouge profond des milliers de cranberries flottant sur l'eau, avec en toile de fond le feuillage d'automne des arbres environnants, et l'éclat du ciel bleu, leur avait offert un spectacle époustouflant. Philip leur avait raconté avec une passion sincère le lien qui unissait Cape Cod aux cranberries depuis l'arrivée des premiers immigrants. Il leur avait expliqué que les plantations de cranberries faisaient partie de ce qui l'avait séduit quand il avait décidé de venir s'installer dans la région dix ans plus tôt. Il avait fait des études d'économie et de management le préparant depuis toujours à diriger une entreprise. Mais il n'avait pu s'épanouir pleinement dans son métier qu'en se découvrant une passion pour ces petites baies venues d'Amérique, et en fondant ici sa propre société. Au bord des tourbières, Philip en avait oublié son chagrin, et particulièrement loquace, il leur avait expliqué qu'il n'avait pas besoin de travailler pour vivre, ni de l'argent que lui rapportait la société qu'il avait fondée. Mais il le faisait par pur plaisir, et pour aider ceux qui, eux, avaient besoin d'avoir un emploi stable. Bon nombre de ses employés avaient été recrutés après un parcours de vie difficile, comme le personnel du manoir d'ailleurs. Ils avaient découvert en Philip un homme admirable et généreux, finalement tel qu'il leur avait été décrit par les Monroe et Rose.
Philip avait ensuite joué les guides touristiques dans la petite ville côtière de Chatham. Main dans la main, comme rarement ils avaient l'occasion de le faire à New-York, ils avaient profité avec plaisir de cette balade, Philip leur narrant l'histoire de la petite bourgade, une des villes les plus anciennes de Cape Cod. Après les rues bordées de chênes, leurs boutiques de style anglais, et leurs demeures ancestrales de bois et de bardeaux de cèdre blancs et gris, le petit port leur avait offert un spectacle déconcertant, mélange de couleurs chatoyantes des voiles des embarcations revenant de la haute mer, des bouées de corps mort accrochées aux baraques de bois des pêcheurs, et des odeurs de la marée, et du poisson fraîchement pêché. Ils étaient sur la jetée de bois à contempler la douce agitation du port quand Philip avait aperçu l'une de ses connaissances, appuyée au bastingage d'un petit bateau amarré au quai. Il leur avait présenté un dénommé Jack, qui était l'un de ses employés. L'homme avait visiblement eut l'air surpris de tomber sur Philip Tudor ici. Rick s'était fait la remarque que lui-aussi était bâti comme une armoire à glace, et que décidément, il devait y avoir quelque chose à Cape Cod qui rendait les hommes grands, forts et baraqués. Avec sa barbe brune foisonnante, ses yeux noirs, et son bonnet enfoncé sur la tête, il avait l'air d'un pêcheur tout à fait ordinaire. Mais son embarcation ne contenait aucun matériel de pêche, ni filets, ni nasses. Les voiles étaient pliées, et le bateau ne semblait pas avoir vogué depuis quelques temps. Jack avait expliqué à Philip qu'il était sur le point de finir de retaper le vieux bateau de pêche de son grand-père et que d'ici peu son « petit bébé » comme il l'appelait, pourrait de nouveau voguer sur les flots.
Philip avait ensuite entraîné ses hôtes dans un petit salon de thé à quelques encablures du port. Tout en dégustant leur tasse de thé, ils avaient longuement discuté. Philip leur avait parlé avec un naturel très simple, et une douceur dans la voix. Il s'était désolé pour leur début de séjour peu réjouissant, et guidé par leurs questions, a priori anodines, il s'était laissé aller à leur raconter un peu sa vie, depuis ses études à l'université de Boston, vingt-cinq ans plus tôt, jusqu'à Cape Cod qu'il avait découvert à la même époque lorsqu'il venait y passer des week-ends avec ses amis. Il était alors tombé sous le charme de la région, mais était retourné vivre en Angleterre, retrouvant sa femme, sa fille Violet, et la place qui l'attendait dans l'entreprise familiale. Et puis il y a dix ans, du jour au lendemain, il avait tout plaqué pour émigrer définitivement aux Etats-Unis. Kate lui avait demandé si son pays ne lui manquait pas. Il avait répondu que pour rien au monde il ne retournerait y vivre, car là-bas, il se devait d'être en représentation permanente, de tenir son rang, d'être un Hastings digne de ce nom. Ils avaient été surpris que Philip leur révèle le plus naturellement du monde qu'il ne s'appelait pas Tudor, et avaient sauté sur l'occasion d'en apprendre davantage. Philip leur avait raconté avec plaisir la jolie histoire familiale. Son père était un inconditionnel du Cluedo, et quand Philip et ses frères aînés étaient enfants, ils passaient des soirées entières à jouer. Leur père leur organisait des parties de Cluedo grandeur nature où il jouait la victime, sous le nom d'Henry Tudor. Peu à peu, les amis de la famille en étaient venus à les appeler les « petits Tudor », et ce surnom leur était resté. Rick s'était fait la remarque que sa théorie, sur la mise en scène d'un meurtre s'apparentant au Cluedo, n'était peut-être pas si infondée finalement. Kate avait réussi à orienter subtilement la conversation vers Spencer. Et Philip, toujours aussi naturellement, avait expliqué que Spencer était le fils du majordome de son père et qu'il avait grandi à ses côtés au sein du manoir de son enfance. Il l'avait engagé pour son professionnalisme, mais aussi parce que la vie ne l'avait pas épargné. Il leur avait alors fait la plus étonnante des révélations, adoptant tout à coup un air grave et sévère, qui contrastait avec le sourire qui illuminait son visage depuis le début d'après-midi. Ils avaient appris que Spencer était le demi-frère de Philip, né de la relation adultérine de sa mère avec leur majordome. Philip avait eu l'air d'éprouver une rancœur encore tenace à l'égard de sa mère, malheureusement décédée le jour de la naissance de Spencer. Selon Philip, c'était la punition choisie par Dieu. Henry Tudor n'avait pas renvoyé son majordome pour autant et l'avait laissé élever Spencer au sein de la maisonnée. Toujours aujourd'hui, Spencer ignorait le lien qui le liait à Philip, mais ce dernier s'était efforcé de veiller toujours sur lui, de près ou de loin, comme s'il le lui devait. Philip leur avait parlé de sa vie avec une facilité déconcertante, comme s'il avait besoin de se confier.
Si Spencer couchait réellement avec Margareth, ce n'était pas juste son patron qu'il trahissait, mais aussi son frère. Si Philip l'avait appris, avec tout ce qu'il avait fait pour lui, il aurait sûrement été très en colère. Au point de tuer le messager de cette nouvelle insupportable sur un coup de folie ? Philip respirait le calme et la douceur. Pourtant, samedi matin, il avait parlé à Rose très durement, ignorant ses larmes, sans aucune compassion comme s'il était un autre. Même le plus bienveillant et placide des hommes pouvait perdre la tête quand il était question d'amour trahi. Mais de là à fracasser le crâne de ses hôtes de sang-froid … Non. Il ne pouvait pas croire que Philip leur ait voulu du mal, surtout qu'il n'avait aucune idée qu'ils menaient secrètement l'enquête. Il n'avait aucune raison de s'en prendre à eux.
La main droite tenant fermement celle de Rick, Kate tâtonnait de son autre main sur le mur à sa gauche, pour équilibrer son avancée, et trouver un appui. Chacun de ses pas tirait sur ses cuisses endolories, et elle n'en finissait pas d'avoir mal à la tête. C'était comme si, sans relâche, on lui assenait des coups violents sur le crâne. Plus elle marchait, plus elle se sentait faiblir.
- Rick …, il faut que je m'assoie …
- Ça ne va pas ? s'inquiéta-t-il en s'arrêtant, et se tournant vers elle.
- J'ai mal au crâne, répondit-elle en se laissant glisser contre le mur, et s'asseyant sur le sol humide.
Elle replia les genoux, et serra ses jambes contre elle, comme pour se tenir chaud. Rick tâtonna pour venir s'asseoir près d'elle, passant son bras valide autour de ses épaules.
Chapitre 17
Manoir Tudor, 7h30.
Spencer frappa une deuxième fois à la porte, patienta quelques secondes, et enfin, Philip apparut, emmitouflé dans sa robe de chambre, les cheveux tout ébouriffés, et les yeux ensommeillés.
- Spencer ? Que se passe-t-il ? marmonna-t-il, visiblement encore à moitié endormi.
- Monsieur, je crois qu'il est arrivé quelque chose de grave. Les Castle ont disparu, annonça Spencer sur un ton grave.
- Comment ça les Castle ont disparu ? Qu'est-ce que vous racontez ?
- Venez, Monsieur, il n'est peut-être pas utile d'alerter toute la maisonnée tout de suite, suggéra le majordome en l'incitant à le suivre d'un geste de la main.
Au même moment, ils aperçurent Eleanor qui descendait vers le rez-de-chaussée. Déjà toute pomponnée, elle s'apprêtait à aller préparer le petit-déjeuner en cuisine comme tous les matins.
- Spencer, expliquez-moi ! lança Philip avec autorité.
- Pas ici, Monsieur, répondit Spencer avec calme. Venez, allons dans mon office.
Le lord, résolu à éclaircir ce mystère, referma doucement la porte, noua la ceinture de sa robe de chambre, et emboîta le pas à son majordome. Ils rejoignirent rapidement l'office de Spencer au rez-de-chaussée.
- J'ai entendu un gros bruit vers six heures ce matin, commença le majordome.
- Un bruit ? Quel genre de bruit ?
- Monsieur, laissez-moi finir, je vous prie. Je suis sorti de mon lit, et j'ai constaté que les Castle n'étaient plus dans leur chambre.
- Vous êtes entrés dans leur chambre en pleine nuit ?! Spencer ! s'offusqua le lord sur un ton plein de reproches.
- Philip … s'il vous plaît …
Le fait que Spencer l'appelle par son prénom l'interpella. Quand il osait s'adresser à lui avec cette familiarité, il revoyait le petit garçon plein d'admiration qui venait l'encourager aux matchs de rugby en criant son prénom. Aujourd'hui qu'il était sous ses ordres, Spencer ne l'appelait ainsi que quand il y avait un problème.
- Je crois qu'ils ont été agressés dans la cave, reprit le majordome.
- Dans la cave ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Qu'est-ce que les Castle faisaient dans la cave ? s'étonna Philip, essayant de comprendre.
- Peut-être qu'ils cherchaient le fantôme du manoir …, mentit Spencer, sachant très bien qu'ils ne traînaient pas à la cave pour une histoire de fantôme, vous savez comment sont nos hôtes parfois avec ce fantôme.
- Le fantôme ? Dans ma cave ?
Philip ne semblait pas saisir la gravité de la situation. Il avait l'air encore à moitié endormi, et ne comprenait rien à ce qu'il lui racontait.
- Monsieur, si je puis me permettre votre cave est le dernier de nos soucis. Ils ont disparu. Ils ont été agressés. Il y a du sang dans la cave, et l'un d'eux est blessé.
- Du sang ? Mon Dieu ! s'alarma enfin Philip. Comment peuvent-ils avoir disparu ? Vous avez vérifié partout ? Tous les étages ?
- Non, Monsieur. J'entends tout ce qui se passe ici, et personne n'est monté ou descendu depuis ce matin. Les alarmes n'ont pas sonné.
- Et ? Comment auraient-ils disparaître alors ? s'affola Philip tout d'un coup, réalisant enfin le drame qui s'était produit.
- Je n'en sais rien, Monsieur. Venez voir la cave.
Ils traversèrent précipitamment la cuisine, saluant au passage Eleanor, tranquillement occupée à verser de la pâte à crêpes dans une poêle. Ils ne s'éternisèrent pas, rejoignirent l'arrière-cuisine, et ouvrirent le passage menant à la cave.
- Comment ont-ils trouvé le passage de ma cave ? s'étonna Philip. Je pensais que ce système était sûr.
- Elle est flic, Monsieur, et il est malin. Votre cave n'est pas si bien protégée, expliqua Spencer tandis qu'ils avançaient à grandes enjambées dans le tunnel.
- Mais quand même …
- Ils n'en voulaient pas à votre vin de toute façon. Ils cherchaient un fantôme.
Ils atteignirent la cave, et Spencer alluma la lumière. Philip poussa un cri horrifié en découvrant sa cave à vins complètement saccagée.
- Mon Dieu ! s'écria-t-il. Qui a pu faire ça ?
- Là, Monsieur, il y a du sang sur le mur, montra Spencer, en marchant dans les débris et les barres de métal.
- Mon Dieu ! Il y a beaucoup de sang ! C'est …
Philip sentit la nausée arriver, et il recula dans le couloir. Il n'y avait rien à faire, la vue du sang lui faisait toujours le même effet. Les blessures, le sang, l'odeur des hôpitaux et tout ce qui avait un rapport de près ou de loin avec ces trois choses-là lui retournaient le cœur. Il en avait toujours été ainsi.
- Il faut appeler la police, Monsieur. Il leur est arrivé quelque chose de grave, lâcha Spencer.
- Oui, venez. Retournons à l'intérieur.
Spencer le suivit dans le tunnel. Philip, comme paniqué, enchaînait les questions dans une sorte de monologue, cherchant à comprendre.
- Où sont-ils passés ? Ce n'est pas possible. Qui a pu leur faire ça ? Comment quelqu'un est entré ici ? Ce n'est pas possible. Il y a des alarmes. Elles fonctionnent non ? Spencer, mes alarmes fonctionnent ?
- Oui, je crois Monsieur.
- Vous avez une explication ?
- Est-ce qu'il y a un souterrain dans la cave ? demanda Spencer.
- Pas à ma connaissance, non. C'est pour ça que j'ai choisi cette pièce pour y établir la cave à vins.
- Et dans le tunnel qui y mène ?
- Non. Le tunnel mène à la cave c'est tout.
- Il y a forcément un passage, Monsieur. Il y a des passages secrets partout ici.
- Je ne connais pas tous les passages, Spencer. Seulement ceux qui me sont utiles, expliqua Philip alors qu'ils arrivaient dans la cuisine.
Eleanor, qui avait été rejointe par Rose, avait entendu le cri de stupeur de Philip, et commençait à se demander ce qui se passait. Monsieur Tudor et Spencer s'attardant dans la cave de si bon matin n'était pas chose habituelle. Philip dut les informer de ce qui venait de se produire. Toutes deux réagirent avec effroi, pour des raisons propres à chacune, qu'elles gardèrent pour elle-même. Rose sentit les larmes lui monter aux yeux à l'idée qu'il puisse être arrivé quelque chose de grave aux Castle par sa faute. Peut-être que celui qui avait tué Joshua s'en était pris à eux maintenant qu'ils avaient commencé à enquêter. Eleanor était affolée à l'idée que Jack puisse avoir quelque chose à voir avec la disparition des Castle. Elle avait un mauvais pressentiment. Leur plan ne prévoyait pas de blesser des gens, sinon jamais elle n'aurait accepté d'y participer. Mais elle connaissait bien Jack. Il était devenu fou quand elle lui avait dit qui ils étaient. Hier soir, il lui avait envoyé un message disant qu'il les avait vus traîner à Chatham en compagnie de Philip. Elle avait eu beau lui dire qu'ils étaient très gentils, et ne suspectaient rien du tout les concernant, Jack était bien décidé à éliminer cette menace. Il était convaincu qu'ils ne pourraient agir tant que cette flic et son écrivain traîneraient au manoir.
Philip s'empressa de téléphoner à la police, et envoya Spencer vérifier tous les étages du bâtiment principal. Il voulait s'assurer que les Castle n'étaient pas quelque part dans le manoir, et qu'ils avaient bien été emmenés contre leur gré.
Savannah et Wyatt Monroe, suivis de près par Margareth Tudor, tous réveillés par l'agitation qui régnait, ne tardèrent pas à débouler dans la cuisine, trouvant Rose en larmes, et Eleanor en panique. Elles leur apprirent ce qui venait d'arriver, et tous les deux encaissèrent la nouvelle avec stupeur et désarroi. Ils se mirent à envisager toutes les possibilités, chacun s'efforçant de trouver une explication à ce mystère. Margareth supposa que peut-être les Castle étaient ici pour une enquête sous couverture et que cela avait mal tourné. Eleanor suggéra que le fantôme dont parlaient Spencer et la petite Amy existait peut-être bel et bien. Savannah et Wyatt s'abstinrent d'alimenter les théories les plus farfelues, supposant tous les deux que la disparition des Castle avait certainement un lien avec l'enquête qu'ils menaient sur la mort de Joshua. Après tout, quelqu'un ici avait bien tué Joshua. S'en prendre aux Castle était dans la logique des choses. Cela impliquait que quelqu'un pouvait avoir agi de l'intérieur du manoir pour les faire disparaître. Mais comment ? Savannah se remémora les règles imposées par Katherine, et se retint de faire tout commentaire. S'il y avait quelqu'un de dangereux ici, il ne fallait rien dire. Quant à Rose, elle était incapable de réfléchir à quoi que ce soit, sous le choc. Eleanor et Margareth firent par admettre que la théorie la plus censée était que quelqu'un de dangereux ait pu, d'une manière ou d'une autre, entrer dans le manoir et attaquer les Castle certainement en raison d'un lien avec l'une de leurs enquêtes new-yorkaises. Cette théorie jeta comme un froid, tant l'idée qu'un dangereux criminel ait pu aller et venir librement dans les couloirs pendant leur sommeil était terrifiante.
Philip entra dans la cuisine, et enjoignit à chacun de reprendre ses activités normales, le temps que les policiers arrivent. Il ordonna à Eleanor et Rose de retrouver leurs esprits pour s'occuper de servir le petit-déjeuner, malgré l'angoisse que tout le monde ressentait. Il invita les Monroe à rejoindre le grand salon, au calme, et les y accompagna, avec Margareth.
Savannah, riche de son expérience tirée des nombreuses séries télévisées qu'elle suivait assidûment, savait que les premiers instants comptaient, et s'efforçait d'observer et décrypter les attitudes de chacun. Cela pourrait s'avérer utile pour trouver qui avait fait disparaître les Castle. Katherine avait eu l'air de dire qu'elle n'était pas apte à enquêter, mais elle serait fière de lui montrer de quoi elle était capable. En espérant qu'elle parvienne à discerner quelque chose d'intéressant, et que les Castle soient retrouvés en vie. Son cœur se serra en les imaginant entre les mains d'un meurtrier. La pauvre jeune femme était enceinte en plus. Certes, elle était un peu trop autoritaire à son goût, mais elle l'appréciait malgré tout. Tous les deux leur avaient fait confiance pour les aider à trouver l'assassin de Joshua. Ils étaient si adorables et complices. Richard Castle était finalement un homme très intéressant, même si ses romans ne valaient pas tripette.
Rose ne tarda pas à leur apporter du café et des crêpes. Cette histoire leur avait coupé l'appétit à tous, si ce n'est à Margareth, qui déjeuna presque comme si de rien n'était, tandis que Philip, posté à la baie vitrée, guettait l'arrivée des policiers. Il essaya de rassurer tout le monde par quelques mots gentils. Selon lui, la police allait arriver très vite, et il n'y aurait pas de raison qu'ils ne retrouvent pas les Castle. S'ils avaient disparu, cela voulait dire qu'ils étaient encore en vie. Katherine était un lieutenant réputée pour son efficacité et sa pugnacité, et avec son mari, Richard, ils avaient sûrement dû se tirer de bien pire situation par le passé. Savannah ne trouva rien de suspect dans l'attitude de Philip. Il agissait en maître de maison digne et efficace, comme à son habitude. Il avait appelé la police, il avait distribué les ordres, s'était assuré de vérifier toutes les pièces, et maintenant tentait de rassurer son entourage pour que tout le monde garde son calme et son sang-froid. Il avait l'air réellement inquiet, et ne bougea pas de la fenêtre.
Wyatt était sous le choc, et dissertait avec Margareth sur les multiples causes pouvant expliquer la disparition des Castle. Savannah, pour une fois silencieuse, était perdue dans ses pensées, tant et si bien que son mari s'en inquiéta. Il n'avait pas l'habitude de l'entendre se taire plus de cinq minutes. Elle écoutait les propos de Margareth qui n'en finissait pas de parler. Elle avait l'air bien loquace ce matin. Margareth était stupéfaite qu'on ait pu s'introduire dans le manoir en pleine nuit malgré le système d'alarme qui leur avait coûté une fortune. Alors que tout le monde imaginait le pire des scenarii, elle trouvait qu'il aurait été préférable d'attendre que l'ensemble du manoir ait été inspecté avant de faire déplacer inutilement la police. Savannah était sidérée par les propos plutôt dénués de compassion qu'elle tenait, mais les attribua au côté fantasque et décalé qu'elle pouvait avoir parfois. Margareth n'avait pas toujours les pieds sur terre.
Tout à coup, Spencer fit irruption dans le grand salon, tout essoufflé, annonçant qu'il n'avait pas trouvé les Castle, et que leurs téléphones portables étaient dans leur chambre. Par conséquent, ils avaient bel et bien disparu.
Quelque part dans le tunnel, aux environs de 8h.
Rick et Kate étaient assis à même le sol, appuyés contre la paroi. Ils avaient encore plus froid ainsi. Les pierres étaient glaciales, et à leur contact, l'humidité s'infiltrait dans leur dos et leurs jambes. Leurs yeux s'étaient maintenant habitués à la pénombre, et ils parvenaient à se voir quand ils étaient proches.
- Tu as mal ailleurs qu'à la tête ? s'inquiéta Rick, la sentant frissonner dans ses bras.
- Un peu aux cuisses, mais ce n'est rien. Ne t'inquiète pas … Je me repose deux minutes et on repart, tenta-t-elle de le rassurer.
- Si je m'inquiète justement ! Je sais quand ça ne va pas.
- Ça va passer. C'est le contrecoup du choc, c'est tout.
- Promets-moi de me le dire si vraiment ça ne va pas.
- Promis. Ne t'inquiète pas, affirma-t-elle avec douceur.
- Arrête de me dire de ne pas m'inquiéter, ronchonna-t-il. Evidemment que je m'inquiète. On est blessés, et on doit sortir absolument de ce tunnel si on ne veut pas que des chercheurs de fantômes ou de trésors découvrent nos squelettes ici dans quelques années.
Elle sourit. Castle avait l'art de faire de l'humour même dans les situations les plus dramatiques. Quand elle était assise ainsi, elle sentait son mal de tête se dissiper un peu, mais elle était frigorifiée.
- J'espère que ce tunnel mène quelque part, soupira-t-elle en grelottant.
- Il mène forcément quelque part, répondit Rick en frottant vivement son bras pour tenter de la réchauffer.
- Il y a peut-être plusieurs kilomètres de galeries, on n'en sait rien. A quoi pouvaient servir des tunnels comme ça ?
- A la contrebande peut-être. Ou à rien du tout. D'après le peu que j'ai lu, William Brewster aimait le mystère.
- On peut lui dire merci alors …C'est grâce à lui qu'on est là, ajouta Kate, sur un ton mi- dépité mi- ironique.
- Kate, tu es congelée, il faut qu'on reparte, continua-t-il, alors qu'elle frissonnait et claquait des dents.
- Oui. Il faut qu'on sorte d'ici au plus vite.
- Ça va aller ? Tu peux marcher ?
- Oui, j'ai moins mal à la tête, répondit-elle en se levant prudemment.
A peine debout, elle sentit que la douleur la lançait de nouveau, et s'appuya contre le mur encore quelques secondes.
- Tu es sûre que ça va ? s'inquiéta Rick.
- C'est bon, ça passe un peu, le rassura-t-elle sentant qu'effectivement, le bourdonnement s'atténuait.
- Donne-moi ta main, fit-il en tâtonnant pour trouver sa main.
Ils cherchèrent leurs repères le long des murs, puis se plongèrent de nouveau dans l'obscurité du tunnel. Ils marchèrent longtemps, une heure environ, peut-être moins, peut-être plus. Ils auraient été incapables de savoir combien de temps exactement. Mais il leur sembla que cela durait une éternité. Ne rien voir, n'entendre que le silence assourdissant, faussait tous leurs repères. Le souterrain leur semblait interminable. Mais quand ils marchaient, ils arrivaient à se réchauffer un peu et à lutter contre ce froid humide qui les pénétrait jusqu'aux os. Ils allaient maintenant plus vite, car leurs yeux arrivaient à percer davantage l'obscurité, et leurs pieds s'habituaient au dénivelé et aux rugosités du sol. Rick tentait de maîtriser la douleur qui le lançait dans l'épaule à chaque fois qu'il faisait un pas un peu trop brusque. Kate se sentait aller un peu mieux. Elle était extrêmement fatiguée, mais s'habituait à son mal de crâne, qui résonnait en continu dans sa tête mais de façon plus supportable.
Au bout d'un certain temps, épuisés, ils durent s'arrêter quelques minutes. Ils restèrent debout adossés contre la paroi, évitant de s'asseoir sur le sol recouvert de flaques. L'un comme l'autre commençaient à désespérer de parvenir à sortir de ce souterrain, mais évitèrent de partager leur angoisse.
- Comment va ton épaule ? s'inquiéta-t-elle le voyant tenter de bouger son bras en grimaçant.
- C'est douloureux, mais tu sais je suis costaud …, répondit-t-il en souriant.
- Mets ton tee-shirt comme ça pour coincer ton bras, fit-elle, en relevant son tee-shirt jusqu'à son épaule pour y envelopper délicatement et habilement son bras.
Il laissa échapper un petit cri sous l'effet de la douleur lorsque Kate manipula son bras, avant de réaliser que cette position le soulageait.
- Merci jolie infirmière, sourit-il en lui déposant un baiser sur les lèvres.
- Tu vas peut-être avoir un peu froid au ventre, répondit-elle avec un grand sourire, mais tu auras moins mal.
Quand elle était proche de lui, il pouvait maintenant voir nettement son visage. Son sourire et ses yeux le rassurèrent. Sa blessure à la tête l'inquiétait, et elle avait beau dire que ça allait, il se méfiait. Mais ses yeux ne lui mentaient pas, eux, et il sentit qu'effectivement, elle avait l'air moins fébrile que tout à l'heure.
- Et toi, ça va mieux ta tête ?
- J'ai encore l'impression d'être un lendemain de cuite, mais c'est plus supportable.
- Je confirme, tu sens le pinard ! s'exclama-t-il en riant.
- Toi-aussi je te ferais remarquer ! rigola-t-elle à son tour.
Ils étaient là tous les deux à rire, blessés, frigorifiés, dans le noir complet d'un tunnel souterrain, se demandant comment ils allaient bien pouvoir en sortir. Mais comme toujours, être ensemble faisait leur force. Encore quelques secondes, et leurs rires s'estompèrent pour laisser place au silence de leur angoisse. Ils ignoraient où ils étaient, et combien de kilomètres il leur restait à parcourir pour trouver une sortie. Le froid, l'humidité, la douleur les épuisaient.
- Ils vont appeler les flics, reprit Rick. Quand ils vont s'apercevoir qu'on n'est pas là, ils vont appeler les flics.
- Oui.
- Ils vont nous chercher, continua-t-il, tentant de se rassurer. Enfin s'ils font mieux leur boulot que pour Joshua.
- Ils vont forcément nous chercher, affirma Kate. Ils vont passer le manoir au peigne fin, et trouver mon sang dans la cave. Ils vont fouiller notre chambre sûrement pour trouver une piste.
- Heureusement qu'on a laissé les fouets et les menottes à la maison …, plaisanta-t-il, essayant d'apaiser leur angoisse.
- Ils vont trouver les preuves sous le lit, et toutes mes notes, réalisa-t-elle soudain.
- Ce n'est pas plus mal, ils vont comprendre qu'on menait l'enquête, et peut-être s'y intéresser.
- Mince …, lâcha Kate comme si elle venait de comprendre quelque chose.
- Quoi ?
- Ils vont appeler le commissariat, fit-elle comme une évidence.
- Pourquoi ils appelleraient le commissariat ?
- Parce que je suis flic et s'ils pensent que j'ai disparu, ils vont forcément appeler Gates pour savoir si j'étais sur une enquête ou avoir des informations. Quand elle va apprendre qu'on a mené une enquête sans y être habilités ...
- Elle va nous tuer … si on n'est pas morts avant …, conclut Rick, l'air effrayé.
- Si elle apprend qu'on a demandé aux gars et à Lanie de nous aider … on va passer un sale quart d'heure.
- Finalement, on ferait peut-être bien de rester planqués dans le tunnel, ironisa Rick avec un sourire.
Cave du manoir Tudor, 9h30.
Le lieutenant Novak, la cinquantaine, le crâne dégarni, une petite moustache en pointes, et le ventre bedonnant, accompagné de l'officier Ramirez et de l'officier Sullivan scrutaient la cave, plantés dans l'encadrement de la porte. Philip et Spencer se tenaient en retrait.
Quand il était arrivé, alerté pour ce couple porté disparu, Novak n'avait pas tout de suite réalisé que la vie d'une collègue était en jeu. Au téléphone, Monsieur Tudor n'avait parlé que d'une intrusion violente dans sa cave et de la disparition inquiétante de ses hôtes. Mais cette vieille dame, Savannah Monroe, lui avait sauté dessus à peine avait-il passé la porte, pour lui dire que Madame Castle était le lieutenant Katherine Beckett, de la police de New-York, celle qui avait fait arrêter le sénateur Bracken. Quiconque s'intéressait un peu à la vie politique de la côte Est avait eu vent de cette affaire. Immédiatement, il avait appelé l'officier Sullivan et des agents en uniforme en renfort. Il avait repensé à ces deux flics de New-York qui avaient réclamé le dossier de Joshua Black il y a deux jours. Il ne se souvenait plus de leurs noms, mais il se rappelait très bien qu'ils avaient semblé douter de l'explication de leur légiste pour la blessure au crâne du jardinier. Il n'y avait pas de hasard dans la vie.
- Vous savez si le lieutenant Beckett était ici pour une enquête ? demanda Novak.
- Je ne crois pas, répondit Philip. Ils avaient l'air de passer un week-end en amoureux, tout simplement.
- Qu'ont-ils fait depuis leur arrivée ?
- Ils sont allés se balader samedi une bonne partie de la journée, et hier matin, ils sont restés ici. Il faisait mauvais temps. J'ai passé l'après-midi avec eux à Chatham.
- Rien d'étrange ?
- Non. Ils étaient heureux d'être là. Ils se sont intéressés à la région, à la vie du manoir.
- Ramirez, vous les avez interrogés samedi matin ?
- Oui, rapidement. Mais le lieutenant Beckett ne m'a pas dit qu'elle était de la maison. Ils avaient l'air de gens ordinaires, en week-end.
Ramirez s'avança vers le tas de débris de verres et de métal. Muni de gants en latex, il observa le sang sur le mur et au sol.
- Celui qui a saigné ici n'a pas dû quitter cette cave debout sur ses jambes, constata-t-il. Il ou elle a dû être assommé.
Au même instant, deux hommes vêtus de tenues de protection bleues firent irruption dans l'encadrement de la porte.
- Passez-moi cette cave au peigne fin. Je veux savoir à qui appartient ce sang. Analysez chaque morceau de métal, trouvez des empreintes, leur ordonna Novak.
- Lieutenant, ça va nous prendre un temps fou.
- Je sais. Faites au plus vite.
La petite police de Brewster n'avait pas l'habitude de gérer pareille affaire, et manquait de personnel. Les enlèvements et les morts violentes n'étaient pas légion sur la presqu'île.
- Que faisaient-ils dans cette cave en pleine nuit ? reprit Novak.
- On l'ignore, répondit Philip, d'un air dépité.
- Peut-être qu'ils cherchaient un fantôme, suggéra Spencer.
- Un fantôme ? s'étonna Novak, l'air incrédule.
- Oui, je raconte souvent aux hôtes la légende du fantôme de William Brewster, et parfois les invités se prennent au jeu … un peu trop, expliqua Spencer. Avant-hier j'ai surpris les Castle dans l'aile en travaux au dernier étage. Je pense qu'ils cherchaient le fantôme.
- Vous pensez qu'un flic comme le Lieutenant Beckett cherchait un fantôme ?
- Et bien … peut-être …
- Vous savez qui est le Lieutenant Beckett ? demanda Novak sur un ton plein de reproche.
- Non, reconnut Spencer.
- Et bien je peux vous dire que le Lieutenant Beckett, que je ne connais que de nom, cherchait ici tout ce que votre petite tête peut bien vouloir imaginer. Mais certainement pas un fantôme.
