Chapitre 22

Chambre de Rick et Kate, 23h.

Gates les avait quittés après qu'ils aient mangé rapidement, rejoignant sa chambre, non sans avoir vérifié au préalable que la surveillance était bien opérationnelle et leur avoir ordonné de ne quitter leur suite sous aucun prétexte.

Dans la salle de bain, Kate, déjà dévêtue, aidait Rick à se déshabiller. Elle avait hâte de rejoindre le douillet cocon de leur lit, mais l'un comme l'autre avaient besoin d'une douche pour se remettre de leurs mésaventures.

- Tu as mal ? demanda Kate, alors qu'elle déboutonnait sa chemise.

- Non, avec les antidouleurs, je suis un peu shooté en fait, sourit-il. Et toi ?

- Ça va.

- Tu me préviens si la douleur se réveille. Le médecin a dit que …

- Oui, le rassura-t-elle, faisant glisser sa chemise le long de ses bras.

Elle déposa un baiser sur son torse, tout en entreprenant de lui enlever son pantalon. Elle sentit sa main se poser sur ses fesses, les caresser avec douceur, remonter le long de son dos, déclenchant en elle des frissons de plaisir.

- Tu pourrais m'aider au lieu d'en profiter …, sourit-elle, descendant son pantalon le long de ses cuisses.

- Il faut bien qu'il y ait des avantages à être blessé, répondit-il en gigotant pour faire glisser son pantalon à ses pieds.

Il remonta sa main jusque dans sa nuque, glissant ses doigts dans ses cheveux, enfouissant sa bouche dans son cou pour y déposer des baisers, tandis qu'elle le débarrassait de son boxer. Elle caressa doucement son torse de la paume des mains, et plongea ses yeux dans les siens. Quelques secondes, ils partagèrent ce regard dont seuls ils avaient le secret, empreint d'amour, de soulagement, de bonheur simplement. Seuls tous les deux, ils ressentaient le contrecoup des angoisses et des douleurs partagées ensemble toute la journée durant, qui décuplait leurs émotions, comme s'ils réalisaient qu'ils auraient pu ne pas se sortir de là vivants. Il effleura sa joue du bout des doigts, et l'embrassa tendrement. Ils restèrent ainsi, front contre front, à partager sourires et petits baisers.

- Je t'aime … mon amour …, murmura-t-il au creux de ses lèvres, ma femme …

Elle lui sourit et se blottit contre lui, touchée, attendrie, comme à chaque fois qu'il s'adressait à elle ainsi. Elle aimait avoir le sentiment de lui appartenir, totalement. Etre sa femme. Au début, elle s'étonnait à chaque fois qu'il la présentait ainsi. Ma femme. Maintenant, elle ne se lassait plus de la douce émotion que lui faisaient ressentir ces deux petits mots à chaque fois que Rick les prononçait avec tendresse.

Il la serra plus fort contre lui. Il savait la chance qu'il avait, il la savourait chaque jour, mais après la journée d'aujourd'hui, plus encore que d'habitude. Il avait eu si peur quand il s'était réveillé près d'elle inanimée, comme s'il revivait son pire cauchemar. Cette balle qui avait failli la tuer il y a quelques années. Ils redressèrent la tête, pour se regarder.

- Kate … Plus de risque inutile, annonça-t-il, prenant un air grave.

- Non. Plus de risque inutile, affirma-t-elle.

- Gates a raison. Aujourd'hui, j'ai eu ma dose de sensations fortes pour les années à venir. Promets-moi de faire davantage attention, d'être prudente.

- C'est promis. Mais c'est valable pour toi-aussi. Tu n'es pas le seul à avoir peur, Rick. J'ai peur pour toi, peur qu'il t'arrive quelque chose, peur de devoir vivre sans toi …, avoua-t-elle.

- Ça n'arrivera pas. Si tu veux, je ne bougerai plus du poste. Bon, Gates va péter les plombs mais …

- Tu es incapable de rester au poste, sourit-elle.

- Je le ferais, si cela te rassurait.

- Ça me rassurerait, bien-sûr, mais ce n'est pas ce que je veux. Tu tournerais en rond comme un lion en cage.

- Je vais faire attention. Fini les situations dangereuses. C'est promis.

- Il ne s'agit plus juste de toi et moi, mais de nous trois maintenant. Il y a ce petit bout plein de vie, sourit-elle, repensant à l'échographie.

Aujourd'hui, c'est comme si elle avait pris pleinement conscience du danger auquel elle s'exposait régulièrement, et surtout des conséquences pour leur enfant. Cela ne faisait qu'intensifier les questionnements qui étaient les siens depuis quelques temps. Elle n'avait pas pris de décision, elle n'en prendrait pas avant d'avoir pu en discuter avec Rick, posément, au calme. Ce soir, avec l'épuisement, et les émotions de la journée, ce n'était pas le moment idéal pour lui faire part de toutes ses interrogations et ses remises en question. L'angoisse qu'elle avait ressentie aujourd'hui, la peur de Rick qui la bouleversait, risquaient de lui faire prendre une décision qu'elle regretterait plus tard. Pour l'heure, elle avait simplement besoin de lui. Et de repos. Pour les réponses à ses questions, elle verrait plus tard, quand ils seraient de retour à New-York.

- Il est beau notre bébé, non ? demanda-t-il, tout sourire.

- Oui, enfin c'est un beau petit têtard pour l'instant.

- Un têtard ?! Bébé, n'écoute pas maman ! Elle ne dit que des bêtises …

- Allez viens …, lança-t-elle en le prenant par la main pour l'entraîner sous la douche, veillant à ne pas mouiller ses cheveux et sa blessure à l'arrière du crâne.

Immédiatement, Rick, comme s'il ne pouvait se résoudre à ce qu'elle s'éloigne de lui trop longtemps, glissa sa main dans son dos pour la serrer contre lui. Elle l'enlaça par la taille, collant sa poitrine à son torse. Ils avaient besoin de la douceur de ce peau-à-peau, de ce contact charnel qui toujours les apaisait, les réconfortait. Ils restèrent ainsi un long moment, l'eau ruisselant sur eux, joue contre joue, se murmurant quelques mots tendres à l'oreille.

Puis, Kate attrapa le flacon de gel douche, en fit couler un peu dans sa main, et au creux de la main de Rick. Elle commença à laver doucement son homme, faisant glisser ses mains sur tout son corps. Il la contemplait, savourant la tendresse de ses caresses, et le doux désir qu'elle faisait naître en lui. A son tour, d'une main, il lava doucement ses épaules, ses seins sur lesquels il s'attarda les sentant gonfler légèrement sous ses doigts, son ventre dont il caressa longuement la rondeur.

- Je ne pensais pas dire ça un jour …, fit-il, alors qu'elle s'était saisie de la douche pour les rincer.

- Quoi mon cœur ?

- Je suis trop fatigué.

Elle le regarda d'un air interrogateur, se demandant de quoi il voulait parler.

- J'ai envie de te faire l'amour …

- Je vois ça, sourit-elle.

- Mais je suis trop fatigué, ajouta-t-il d'un air dépité.

Elle éclata de rire, tout en attrapant les serviettes de toilette.

- Ce n'est pas drôle ! Je n'ai jamais été fatigué à ce point-là.

- Allez, sèche-toi tout seul … fainéant ! sourit-elle en lui tendant une serviette. Et ne t'en fais pas, je suis bien trop fatiguée aussi.

- Oui, mais quand même ...

- Je suis sûre que tu trouverais la force en plus, répondit-elle en se séchant.

- Tu crois ?

- C'est certain. Rien ne peut t'empêcher de succomber à mes charmes, sourit-elle, en attrapant sa nuisette pour l'enfiler.

- Tu es bien sûre de toi mais … ce n'est pas faux …, répondit-il, songeur.

- En tout cas, ce soir, on dort ! lança-t-elle depuis la chambre. Je ne tiens plus debout.

- Pas besoin de tenir debout …, allongé suffira …, rigola-t-il, en enfilant son pantalon de pyjama.

- Chut … je dors …, répondit Kate, d'un air rieur, déjà enfouie sous la couette.

- Kate …, fit-il en se glissant dans le lit à ses côtés, il faut que tu m'aides pour remettre mon atèle …

- Tu ne fais pas beaucoup d'efforts …, soupira-t-elle en se saisissant de l'atèle.

- J'ai une infirmière si dévouée …, sourit-il en la laissant immobiliser son bras.

- Voilà, autre chose pour vous satisfaire mon cher époux ? demanda-t-elle avec un petit sourire.

Il sourit à son tour, et l'attira à lui pour l'embrasser tendrement.


Chambre de Rick et Kate, 8 heures.

Ce matin, c'est sa douleur à l'épaule qui l'avait réveillé. Avec cette espèce d'atèle immobilisant son bras, il avait déjà mal dormi, mais il ressentait maintenant une légère douleur qui l'empêchait de se rendormir. De toute façon, il se sentait étonnamment en forme, et bien réveillé, prompt à se lancer dans la quête de leur mystérieux agresseur. Tout près de lui, Kate dormait profondément. Il en profita pour la regarder quelques secondes. Habituellement, elle était quasiment toujours réveillée avant lui, et il n'avait que rarement l'occasion de profiter du spectacle de sa muse endormie. S'il avait peu dormi cette nuit, c'est aussi parce qu'inconsciemment ou non, il avait veillé sur son sommeil. Si le médecin avait préconisé qu'elle reste en observation, ce n'était pas sans raison. Sa respiration lente et apaisée le rassura, mais il lui glissa un petit baiser dans le cou juste pour vérifier que tout allait bien. Effectivement, elle émit un petit grognement, et se retourna, toujours endormie. Il sourit, complètement rassuré, et fit de son mieux pour s'extirper du lit sans la réveiller. Il tâtonna dans la pénombre jusqu'à la salle de bain pour avaler son médicament avec un verre d'eau. Il utilisa le téléphone de la suite pour joindre l'office du majordome, et lui demander gentiment si, exceptionnellement, il pouvait leur apporter le petit-déjeuner dans leur chambre ce matin. Spencer accepta avec plaisir. Il jeta un œil vers le lit où Kate était toujours profondément endormie. Rien ne semblait pouvoir la tirer du sommeil ce matin.

Il s'installa à la table avec le livre de Violet Tudor, allumant juste la petite lampe du secrétaire et chercha directement le chapitre qui l'intéressait sur le trésor de William Brewster. Il commençait à avoir en tête que peut-être celui qui les avait agressés traînait dans le manoir en quête de ce trésor. Kate, comme lui, était convaincue que le meurtrier de Joshua n'était pas leur agresseur. A l'hôpital, ils avaient un peu parlé avec Novak entre deux examens, et le lieutenant était d'accord avec eux. Il leur avait dit qu'il n'y avait pas grand-chose de valeur à voler au manoir, si ce n'est les quelques bijoux de Madame Tudor rangés au coffre. Mais qu'aurait fait un voleur de bijoux dans un souterrain du manoir en pleine nuit ? Même s'ils l'avaient dérangé en traînant dans la cave, ils n'imaginaient pas que ce voleur puisse avoir pour objectif la chambre des Tudor, et leur coffre, en pleine nuit alors qu'ils étaient couchés dans cette même chambre.

Il devait y avoir une autre raison pour ce gars de traîner ici. Et la quête d'un trésor lui semblait être une raison évidente. Quelques minutes lui suffirent pour lire le chapitre consacré à la légende du trésor. Mais il n'apprit rien de bien intéressant, si ce n'est que Violet expliquait que depuis des siècles, la légende disait que William Brewster aurait caché, avant sa mort, une partie de sa fortune quelque part à Cape Cod. La nature de ce trésor était plutôt incertaine, variant selon les sources, de milliers de pièces d'or et d'argent ramenés à l'époque d'Angleterre, à des œuvres d'art de la Renaissance, en passant par rien du tout, cette quête de trésor n'ayant été qu'un jeu de piste initié par William Brewster, comme pour continuer de se jouer du monde après sa mort. Il allait refermer le livre, déçu et perplexe, quand il aperçut, dépassant du rabat de la couverture au dos, un petit morceau de papier froissé. Il s'en saisit et regarda ce qui y était inscrit au crayon de bois, partiellement effacé : trois lignes de lettres en majuscules, qui ne formaient aucun mot. Du moins aucun mot appartenant à une langue qu'il connaissait. Par contre, une chose lui sauta aux yeux. Le tracé du J était le même que sur la lettre d'adieu de Joshua. Il avait remarqué ce détail, car le J était tracé avec une sorte de fioriture inhabituelle dans l'arrondi de la boucle. Celui qui avait noté ces lettres a priori insignifiantes sur ce bout de papier froissé avait aussi mis en scène le suicide de Joshua. Ces lettres avaient forcément un sens. Peut-être même un lien avec le trésor. Un message codé peut-être. Il réfléchit quelques secondes, essayant d'opérer des regroupements de lettres, mais, il abandonna, son esprit divagant vers la mort de Joshua. Ils avaient a priori deux enquêtes en parallèle à mener : trouver celui qui avait tué Joshua, et trouver celui qui les avait agressés et laissés pour morts dans la cave.

Le lieutenant Novak devait passer dans la matinée pour les interroger, et se pencher un peu plus sur le cas de chacun des membres du personnel. Il leur avait dit qu'il avait transmis leurs indices au laboratoire d'analyse. Rick espérait beaucoup des empreintes trouvées sur le chandelier. Dimanche après-midi, Lanie les avait appelés pour leur faire une description de l'arme qui avait causé la blessure de Joshua : une arme longue de quarante à cinquante centimètres, de forme cylindrique, peu épaisse, comme un tube. Rick avait alors imaginé une théorie, a priori des plus abracadabrantes, mais qui s'était révélée juste. Toujours persuadé que tout cela avait un lien avec le Cluedo, il avait compris que parmi toutes les armes potentielles qu'ils avaient trouvées, la corde, le poignard, la clé anglaise, il manquait, dans une partie de Cluedo parfaite, un chandelier et une matraque. Il avait supposé que toutes les armes n'étaient qu'un moyen de détourner l'attention vers la vraie arme qui, dans un manoir, ne pouvait être qu'un chandelier. Savannah et Wyatt leur avait expliqué dans quelles pièces trouver des chandeliers. C'est dans le petit salon qu'ils découvrirent les deux chandeliers suspects trônant sur la cheminée. En les regardant de près, Kate avait remarqué qu'ils étaient différents. Ils avaient réussi à parler à Rose entre deux portes qui s'était étonnée que les chandeliers ne soient pas les mêmes, et leur avait certifié que ce n'était pas normal. Ils n'avaient pu poursuivre leurs investigations, car jouer au jeu du chat et de la souris dans les couloirs pour éviter Spencer n'était pas une mince affaire. Ils avaient eu une révélation, comme cela leur arrivait parfois, en regardant les chandeliers de leur chambre. Ils correspondaient à la paire de chandeliers trouvés dans le petit salon. Quelqu'un avait échangé le chandelier du petit salon avec celui de leur chambre, sûrement après le meurtre de Joshua. Sur celui qui aurait dû se trouver posé sur la cheminée du petit salon, ils avaient découvert une minuscule trace de sang, à peine visible, sur le corps du chandelier. Ils étaient persuadés que c'était leur arme du crime. Ils avaient alors réalisé avec stupéfaction que quelqu'un s'était introduit dans leur chambre pendant qu'ils dormaient la nuit du meurtre de Joshua pour y déposer le chandelier ayant entraîné sa mort et brouiller ainsi les pistes. Pour Rick, c'était tout à fait logique, car il était toujours persuadé avoir entendu cette nuit-là une porte s'ouvrir et se refermer. Kate ne comprenait pas comment elle pouvait ne pas avoir entendu et senti la présence d'un intrus dans leur chambre. L'idée d'avoir été approchés dans leur sommeil par un inconnu, certes a priori pacifique, mais un inconnu quand même, avait quelque chose d'effrayant. A force de patience, et d'application, ils avaient réussi à trouver une trace un peu grasse à la base du chandelier et à relever une empreinte partielle avec des moyens de fortune, du fard à paupière, de la laque, et du scotch. Rick était euphorique, mais Kate sceptique sur la possibilité d'en tirer quelque chose de probant. Elle avait néanmoins photographié le résultat de leur dur labeur pour l'envoyer aux gars afin qu'ils voient si les techniciens pouvaient faire quelque chose pour rentrer l'empreinte dans la base de données. Maintenant, le chandelier était au laboratoire d'analyse de Brewster, et Rick en était convaincu, il allait désigner l'assassin de Joshua. Sauf que, comme Kate le lui avait déjà fait remarquer, depuis samedi, tout le monde se promenait librement dans le manoir et il n'y aurait aucun moyen de prouver que quoi que ce soit qui se trouverait sur la scène de crime soit lié au meurtre de Joshua. Se pourrait-il que le meurtre de Joshua soit un crime parfait ?

Deux petits coups frappés à la porte le tirèrent de ses réflexions. Il alla ouvrir, le plus silencieusement possible, et fit signe à Spencer de ne pas faire de bruit lorsqu'il déposa le plateau sur la table. Il sortit ensuite dans le couloir avec le majordome pour lui parler, saluant au passage l'officier qui faisait le guet. Spencer commença par s'inquiéter gentiment de leur état de santé, et sembla réellement soulagé qu'ils aillent bien.

- Je tenais à m'excuser, Monsieur, continua Spencer, d'un air contrit. Je suis vraiment désolé, je n'aurais pas dû vous raconter cette histoire de fantôme.

- Vous n'y êtes pour rien, Spencer. Ne vous en faites pas, sourit Rick. Monsieur Tudor nous a dit que vous aviez donné l'alerte et que vous aviez aidé pour nous rechercher. Alors merci beaucoup.

- C'est normal … Monsieur, j'aimerais vous parler si vous avez le temps dans la matinée.

- Me parler ? s'étonna Rick.

- Oui, à vous et à votre femme. C'est important … et … confidentiel.

- Très bien. Vers dix heures ?

- Très bien. Dix heures dans le petit salon ?

- Ok.

- Merci, Monsieur. A tout à l'heure.

Il regarda Spencer s'éloigner un peu surpris. Philip leur avait dit à quel point Spencer s'était démené pour les retrouver. Kate avait raison. Elle avait vu au-delà des apparences, comme bien souvent. Le majordome impassible avait donc à cœur. Et il avait quelque chose de mystérieux à leur confier. Ce ne pouvait être qu'en rapport avec Joshua. Spencer était au service de Monsieur Tudor depuis dix ans. Il errait dans les couloirs du manoir à longueur de journée, il se promenait même la nuit. Rose l'avait entendu. Il devait être au courant de bien plus de mystères qu'il ne le laissait entendre, et peut-être même savait-il ce que l'intrus cherchait au manoir. Rick regagna la chambre, et trouva Kate éveillée, mais encore enfouie sous la couette.

- Hey ! lança-t-il en s'approchant pour venir s'asseoir au bord du lit.

- Hey …, murmura-t-elle, les yeux et la voix encore pleins de sommeil.

- Ça va ce matin ? demanda-t-il en déposant un baiser sur son front.

- Oui, un peu mal au crâne, c'est tout …, marmonna-t-elle.

Il écarta quelques mèches de sa joue, pour la regarder tendrement.

- Un peu mal ? Ou beaucoup mal ?

- Un peu, sourit-elle. Et toi ?

- En pleine forme, tu vois, je suis même debout avant toi !

- Oui, déjà debout, et tu n'es même pas grognon ... Il va pleuvoir toute la journée.

- Mauvaise langue ! s'exclama-t-il en se levant pour aller ouvrir les rideaux.

Il constata la grisaille du ciel, les trombes d'eau qui s'abattaient sur la cour, et les bourrasques de vent qui fouettaient les chênes du jardin.

- Tu vois ! s'exclama Kate en se redressant dans le lit.

- Tu préfères le beau temps ou un mari jovial dès le matin ? sourit-il.

- Eh bien … Les deux, ce serait génial … Mais bon, faute de mieux, j'opte pour le mari.

- Regarde en plus ce que t'apporte ton mari jovial ! lança-t-il en s'avançant vers elle, portant d'une main le plateau du petit-déjeuner, qu'il déposa sur le lit.

- Oh … merci, sourit-elle.

- Tu pourras remercier, Spencer également. Tiens, fit-il en lui tendant sa tasse de café.

- Tu as vu Spencer ? s'étonna-t-elle.

- Oui, c'est lui qui nous apporté le petit-déjeuner. Il s'inquiétait de notre état.

- Tu vois, il a grand cœur, fit remarquer Kate, en avalant une gorgée de café.

- C''est vrai. On a rendez-vous à dix heures avec lui tout à l'heure. Il veut nous parler.

- Nous parler ?

-Oui, il a un truc important et confidentiel à nous dire apparemment, expliqua Rick, en mordant dans une gaufre.

- Etrange …

- Oui. Tout comme ça, fit-il en lui montrant le bout de papier froissé qu'il avait trouvé dans son livre.

- Qu'est-ce que c'est ? C'est en quelle langue ? s'étonna-t-elle en regardant les quelques lettres griffonnées.

- Je pense que c'est juste des lettres dans le désordre. C'était dans le bouquin de Violet. Regarde le J.

- Et bien quoi ? s'étonna-t-elle, en scrutant le bout de papier, sans comprendre.

- C'est le même J que sur la lettre de suicide de Joshua. Celui qui a écrit ça a aussi maquillé le meurtre de Joshua.

- Bien observé. Mais … ça veut dire quoi ? demanda-t-elle, incrédule.

- Euh … ça ne je ne sais pas encore … Mais ça doit avoir un lien avec le trésor, expliqua-t-il.

- Rick …

- Kate, je sais que tu n'aimes pas les histoires farfelues. Mais si ce gars cherchait le trésor de William Brewster, tout s'expliquerait.

- Il y a des gens assez tarés pour chercher des trésors de nos jours ? demanda-t-elle, sceptique.

- Oui ! lança-t-il en riant. Je le chercherais bien moi ce trésor !

Elle le regarda d'un air un peu sévère.

- Je n'ai pas l'intention d'aller vraiment le chercher, ne t'en fais pas, la rassura-t-il aussitôt. Mais ce truc doit être une énigme.

- Ou bien n'importe quoi …, ajouta-t-elle, d'un air circonspect.

- Ou bien le sésame vers la fortune, continua-t-il avec espoir.

- Tu es déjà riche. Pas besoin de trésor, sourit-elle.

- Ce n'est pas faux. Mais c'est marrant de chercher un trésor.

- Tu crois que quelqu'un a pu nous agresser et manquer de nous tuer parce qu'on empiétait sur sa quête d'un trésor ? demanda-t-elle sans y croire elle-même.

- On a déjà vu pire détraqué … Plus rien ne m'étonne depuis que je suis à tes côtés. Et puis, il ne voulait pas nous tuer, c'est un gentil …

- Un gentil ? s'étonna-t-elle en le regardant d'un air interdit. Il aurait pu nous tuer. Il n'a rien de gentil.

- Oui, c'est vrai. Ce que je voulais dire ce que ce n'est pas un meurtrier ou un psychopathe.

- Excuse-moi, mais quelqu'un qui fracasse le crâne de pauvres innocents pour une histoire de trésor dont rien ne prouve l'existence, c'est un psychopathe.

- Vu comme ça, admit-il. Tu vois une autre théorie que la quête d'un trésor ?

- Eh bien …, commença-t-elle tout en réfléchissant.

- Qu'est-ce que quelqu'un viendrait faire dans ce manoir isolé de tout en pleine nuit Lieutenant Beckett ? Je vous écoute ! lança-t-il, tout sourire, s'attendant à ce qu'elle ne trouve pas de théorie plausible.

- Laisse-moi réfléchir … Les bijoux de Margareth ? proposa-t-elle, en finissant son café.

- On ne vole pas des bijoux dans un manoir en la présence d'une dizaine de personnes. Et puis Novak a dit qu'il n'y a pas grand-chose comme bijoux. C'est une sacrée prise de risque pour un bénéfice bien ridicule. Une autre suggestion ?

- C'est peut-être un homme qui venait rendre visite en douce à une femme ici, ou qui repartait de sa visite nocturne, et qui ne veut pas que ça se sache, suggéra-t-elle.

- A six heures du matin ? fit-il, incrédule.

- Eh bien oui, six-heures c'est l'heure idéale pour le départ d'un amant …

- Et rendre visite à qui ? Eleonor ? Rose ?

- Ou Violet.

- Novak les a interrogées, affirma Rick, elles n'ont rien dit de particulier.

- Et ça t'étonne ?

- Ta théorie n'est vraiment pas drôle, fit-il, prenant un air dépité.

- Le but ce n'est pas que ce soit drôle, Rick, mais que la théorie soit la bonne.

- Celui qui nous a agressés voulait vraiment qu'on ait peur, pour qu'on renonce à rester ici. Je trouve ça exagéré si le but est juste de protéger une relation amoureuse clandestine.

Trois coups vifs et secs frappés à la porte interrompirent leur conversation. Rick se leva pour aller ouvrir.

- Bonjour, Capitaine ! lança-t-il gaiement.

- Bonjour, Monsieur Castle, fit-elle en le dévisageant des pieds à la tête d'un air sévère. Décidément, il faut que je m'habitue à vous trouver en pyjama.

- Désolé, mais il est tôt … et vous …, commença-t-il à expliquer.

- Je peux entrer ? l'interrompit-elle, sans s'attarder en discussions futiles.

- Euh … oui, bien-sûr, répondit Rick en refermant la porte derrière elle.

- Bonjour, Lieutenant Beckett, fit-elle en regardant Kate encore au lit.

- Bonjour, Capitaine.

- Comment allez-vous ?

- Bien, merci.

- Je venais faire le point avec vous sur les enquêtes. Mais je vous dérange peut-être ? demanda Gates observant le plateau du petit-déjeuner sur le lit.

- Non, non, excusez-moi deux minutes, je vais m'habiller, fit Kate en attrapant son peignoir, pour gagner la salle de bain.

- Vous ne vous habillez pas Monsieur Castle ? Vous me donnez froid comme ça …, lâcha Gates avec un petit air narquois en scrutant Rick qui attendait bêtement, torse nu, et en pantalon de pyjama.

- Euh … oui… j'y vais.

- Bien, répondit Gates en s'asseyant à la table.

- Tenez, Capitaine, en attendant, j'ai quelque chose pour vous occuper, fit-il en lui tendant le bout de papier avec les lettres dont le sens leur échappait.

- Qu'est-ce que c'est ? s'étonna Gates.

Sans répondre, Rick s'éclipsa dans la salle de bain, des affaires propres sous le bras.


Chapitre 23

Chambre de Rick et Kate, 9 h.

Assis tous les trois à la table, ils s'apprêtaient à faire le point sur les deux affaires qu'ils avaient à élucider. Victoria Gates était debout depuis déjà près de trois heures, et avait passé de multiples appels à ses lieutenants à New-York, mais surtout au lieutenant Novak à Brewster pour se tenir informée de l'intégralité de l'enquête. Par expérience, elle se méfiait parfois des polices locales, dans les zones rurales comme Cape Cod. Non pas qu'elles ne soient pas compétentes, mais bien souvent elles manquaient d'expérience, et de moyens malheureusement, pour mener à bien des enquêtes difficiles. Mais elle sentait qu'elle pouvait compter sur Novak. Il s'était démené hier toute la journée, malgré le faible effectif qu'il avait à sa disposition. Plus que tout, elle avait apprécié qu'il l'informe gentiment de toutes les avancées de l'enquête. Il n'y était pas obligé. Maintenant que Beckett et Castle étaient sauvés, elle réalisait que peut-être la veille, elle avait été un peu dure avec lui. Mais elle avait agi sous le coup de la peur. Ses propos n'en avaient été que plus froids et sévères. Novak était un bon flic. Elle l'avait eu au téléphone à six heures ce matin, et avait constaté qu'il avait passé la nuit sur l'enquête.

- Commençons par l'affaire Joshua Black, annonça Gates. Le lieutenant Novak a décidé de rouvrir l'enquête, mais il tient à ce que cela reste non-officiel pour l'instant.

Rick et Kate esquissèrent un sourire de satisfaction, contents que leurs efforts d'enquête clandestine finissent par porter leurs fruits.

- Il doit venir en fin de matinée, reprit Gates. Il nous expliquera ce qu'il attend de nous.

- De nous ? Vous ne rentrez pas ? s'étonna Kate.

- Je vous dérange ? fit Gates avec un petit sourire.

- Euh … non … bien-sûr que non Capitaine. Mais vous pouvez vous absenter comme ça ?

- Je suis Capitaine. Je peux faire ce que je veux ... enfin presque. Je préfère vous avoir à l'œil.

- Capitaine … on peut …

- Désolée, Lieutenant Beckett, mais je n'ai que peu confiance en votre prudence. Vous êtes intenables, tous les deux. Nous aurons une petite discussion sérieuse à notre retour à New-York. Mais pour l'instant, ce n'est pas la priorité.

Ils s'abstinrent de répondre quoi que ce soit. Au poste ou ici, Gates était tout aussi intransigeante. Et Capitaine en charge ou pas de l'enquête, elle tenait à maîtriser la situation.

- Moi non plus je ne repartirai pas d'ici tant qu'on n'aura pas arrêté celui qui s'en est pris à vous deux, ajouta Gates.

- C'est gentil, Capitaine, fit remarquer Rick.

Il savait combien le Capitaine Victoria Gates pouvait être redoutable quand on s'en prenait à la vie d'un de ses hommes. C'était peut-être ça le côté mère-poule dont parlait Kate. Mais il était touché qu'elle l'inclue lui-aussi, l'écrivain qui lui cassait les pieds, au sein de son équipe.

- Concernant l'empreinte sur le chandelier que vous avez fourni à Esposito et Ryan, reprit Victoria Gates, ils n'ont rien pu en tirer. Et les analyses du laboratoire de Brewster sont encore en cours. Par contre, Esposito et Ryan ont trouvé des choses intéressantes sur Joshua Black.

Leurs regards s'illuminèrent, suspendus à ce que Gates allait leur apprendre. Le Capitaine sortit un morceau de papier de sa poche, mit ses lunettes, et leur lut les informations qu'elle avait prises en notes après avoir eu ses lieutenants au téléphone ce matin.

- La mère du jardinier, Lynn Black, est décédée il y a cinq ans. Mais pendant vingt ans, il y a eu tous les mois un virement d'un montant de cinq mille dollars sur son compte bancaire. En provenance d'un compte domicilié au Royaume-Uni.

- Cinq mille dollars, c'est une sacrée petite somme pour arrondir les fins de mois, constata Kate.

- Le compte appartient à Philip Hastings ? demanda Rick.

- Oui. Comment le savez-vous ? s'étonna Gates.

- Parce qu'on n'a pas fait que traquer des fantômes depuis trois jours, répondit Rick avec un petit sourire.

- Joshua est le fils de Philip, lâcha Kate, comme une évidence. Il avait vingt-cinq ans, et il est né à Boston.

- Il y a vingt-cinq ans, Philip finissait ses études à Boston, ajouta Rick.

- Il était déjà marié à Margareth. Il l'a trompée …, continua Kate.

- Avec une jolie américaine, poursuivit Rick.

- Et a payé toute sa vie pour l'éducation de son fils illégitime, fit Kate.

- Ou pour que sa maîtresse se taise et garde le secret, conclut Rick.

- Impressionnant …, constata Gates qui les avait regardés stupéfaite terminer leurs phrases mutuelles.

- Quoi ? firent-ils en même temps.

- Rien, répondit Gates en se replongeant dans les notes. Joshua Black n'a jamais reçu un centime de lui, mis à part son salaire de jardinier. Tous les virements ont stoppé à la mort de Lynn Black.

- Donc peut-être que Joshua a découvert que Philip était son père, et a voulu en parler. Philip l'a tué.

- On ne sait pas si Joshua l'ignorait ou non, fit remarquer Rick.

- Et puis ça n'a pas de sens, constata Kate. Philip a embauché Joshua il y a quatre ans. Ce n'est pas un hasard. Il voulait ramener son fils dans sa demeure. Certainement pas pour finir par le tuer.

- Et s'il lui avait réclamé de l'argent ? suggéra Rick. Pourquoi Philip ne lui a rien donné comme argent après la mort de sa mère ? Lui qui est si généreux avec tout le monde ?

- Je ne sais pas …, répondit Kate. Si Margareth a découvert le secret, elle a aussi pu se débarrasser de Joshua, ne supportant pas que Philip l'ait trompée il y a vingt-cinq ans. Ce qui lui ferait un deuxième mobile après le chantage supposé de Joshua pour son histoire avec Spencer.

- Une tromperie d'il y a vingt-cinq ans … Il y a prescription non ? fit Rick.

- Il n'y a pas prescription dans le cœur d'une femme amoureuse pour ce genre de choses, lâcha Gates.

- Surtout que Margareth et Philip n'ont pas d'enfant ensemble, continua Kate. Il y a de quoi trouver ça plutôt déplaisant non ? Ne pas avoir d'enfant avec l'homme qu'on aime alors qu'il en a deux avec deux autres femmes ?

- Au point de tuer le malheureux fiston qui n'y est pour rien ? s'étonna Rick.

Ils se lancèrent des regards un peu perdus, chacun continuant de réfléchir aux éventuelles possibilités.

- En tout cas, constata Kate, l'étau se resserre autour de Philip et Margareth. On en saura peut-être plus par Spencer. Il veut nous parler, Capitaine.

- Le majordome ?

- Oui, il a quelque chose d'important à nous dire. Peut-être que ça va nous éclairer.

- Il est suspect ?

- Oui, enfin il l'était jusqu'à ce qu'à ce qu'on apprenne que Joshua est le fils de Philip.

- Il est toujours un peu suspect quand même, fit remarquer Rick. Il reste l'amant qu'on a pu faire chanter.

- L'amant de qui ? demanda Gates, tentant de comprendre.

- Margareth Tudor, la maîtresse de maison. Joshua avait découvert qu'ils couchaient ensemble. On pense qu'il a pu faire chanter l'un ou l'autre. Ou les deux.

- C'est pire que Dallas ici, fit remarquer Gates.

- Concernant notre affaire, vous avez eu du nouveau ? demanda Kate.

-Oui, j'ai eu Novak au téléphone. Ils ont trouvé les traces de la présence de quelqu'un au dernier étage du manoir, dans la zone en travaux.

- Quelles traces ? demanda Kate, intriguée.

- Des restes de nourriture, des emballages, expliqua Gates.

- Ça peut appartenir aux ouvriers, fit remarquer Rick.

- Apparemment, les travaux sont suspendus depuis deux semaines, le temps trop humide ne permettant pas de s'attaquer à la toiture et aux façades.

- Il y avait donc bien quelqu'un qui squattait là-haut, résuma Kate.

- Je ne suis pas complètement fou, fit remarquer Rick, l'autre soir, le bruit que j'ai entendu là-haut, ce n'était pas juste les bâches.

- Les experts ont ramassé tout un tas de bazar, et en particulier un sac à dos contenant une petite caméra. Tout est au labo pour analyse.

- Une caméra ?

- Oui, un genre de mini-caméra espion, expliqua Gates.

- Ah Ah ! Alors notre intrus ne venait pas ici pour fricoter, il cherchait bien quelque chose ! lança Rick, content que l'enquête s'oriente vers sa théorie du trésor.

- Ou bien il surveillait quelqu'un. Et sur la caméra ? Des enregistrements ? demanda Kate.

- Non, ils n'ont rien trouvé. Mais Novak nous en dira plus tout à l'heure.

- Et dans la cave ?

- Rien. Enfin des dizaines d'empreintes, mais apparemment elles correspondent toutes à Philip Tudor ou à Spencer, ce qui est logique. Pas de sang, excepté le vôtre Beckett. Rien non plus dans les deux tunnels d'accès.

- Ok. On a deux pistes possibles alors, fit remarquer Kate.

- Mais celle du trésor est la plus plausible, ajouta Rick, convaincu d'avoir raison. Que ferait un amant secret avec une caméra-espion …

- Quel trésor ? Quel amant-secret ? fit Gates, complètement perdue.

Ils expliquèrent au Capitaine la théorie du chasseur de trésor, et celle de l'amant secret. A ce stade de l'enquête, Gates préféra ne pas se prononcer, les deux théories lui semblant aussi valables, bien que farfelues, l'une que l'autre. Elle insista sur le fait qu'il fallait attendre les résultats des différentes analyses pour y voir plus clair, et que Novak aurait peut-être du nouveau d'ici la fin de matinée. Celui-ci avait prévu de réinterroger de manière plus approfondie l'ensemble du personnel et de la famille dans la journée.

- Au fait, Monsieur Castle, reprit Gates, en parlant de trésor, votre bout de papier là, il parle d'un trésor.

- Comment ça il parle d'un trésor ? s'étonna-t-il.

- Eh bien oui : « Mon trésor trouvera, celui qui judicieux sera. Dans les profondeurs secrètes, il cherchera », expliqua Gates en lui rendant son bout de papier.

- Comment vous avez …

- C'est écrit à l'envers. De droite à gauche, et de bas en haut, expliqua Gates comme une évidence.

- Capitaine, comment vous …, sourit Rick, épaté.

- A croire qu'il n'est pas nécessaire d'être écrivain pour avoir le sens des lettres, Monsieur Castle, fit-elle avec un petit air moqueur. D'où sortez-vous ce bout de papier ?

- D'un livre sur l'histoire du manoir. Si quelqu'un a écrit ou recopié ça quelque part, il y a donc bien un chercheur de trésor.

- Sauf que, si on ne se trompe pas, celui qui a écrit ça est celui qui a maquillé le meurtre de Joshua, constata Kate. Tu as dit que les J étaient écrits de la même façon.

- Oui.

- Et on a conclu que celui qui a maquillé le meurtre de Joshua n'est pas celui qui nous a agressés. Le profil ne correspond pas.

- Donc on aurait plusieurs chercheurs de trésors …, constata Rick, songeur, l'un des deux se trouve dans le manoir et a maquillé le meurtre de Joshua, et l'autre est un étranger et nous a agressés.

- Castle, notre agression n'a peut-être rien à voir avec un trésor. Ce n'est qu'une suite de déductions basées sur des suppositions.

- Oui, mais des déductions logiques … et notre logique est toujours implacable mon lieutenant.


Chambre de Violet Tudor, 9h30

Spencer avait croisé Rose accompagnée d'Amy descendant vers le rez-de-chaussée. Il avait pris le temps de discuter deux minutes avec elles-deux, avant de gagner le troisième étage. Il s'avança ensuite jusque la porte de la suite de Violet, et hésita quelques secondes encore. Il devait absolument discuter avec elle. Il fallait qu'elle accepte de lui parler. Il n'avait pas le choix. D'ici une demi-heure, il parlerait aux Castle, et peut-être qu'il serait arrêté. Il allait leur expliquer qu'il avait voulu faire passer la mort de Joshua pour un suicide, mais ensuite il faudrait qu'il arrive à les convaincre de ne pas l'arrêter tout de suite pour dissimulation de cadavre ou même meurtre. Il pouvait les aider à trouver le meurtrier de Joshua, il en était convaincu, mais ne savait pas s'il arriverait à en persuader les Castle. Il ne pouvait pas prendre le risque d'être arrêté sans avoir pu s'expliquer auprès de Violet, et lui dire tout ce qu'il avait sur le cœur.

Il décida de se lancer, et frappa légèrement à sa porte. Presque aussitôt, Violet lui ouvrit, jolie et rayonnante. Il lui trouva meilleure mine que ces derniers jours, et orienta immédiatement la conversation vers les événements de la veille, et l'agression des Castle. Violet avait l'air un peu plus libérée et ouverte à la discussion.

Elle savait bien qu'il n'était pas là pour lui faire la conversation sur l'agression des Castle. Elle lui en voulait toujours terriblement, et en même temps, elle avait réfléchi depuis leur dernière discussion. Il avait raison. Ils n'étaient plus ensemble, et elle était si froide et distante avec lui. Après trois années passées dans cette situation, sa réaction était légitime. Elle-même ne savait plus quoi faire. Leur relation était impossible, mais elle avait beau le rejeter constamment, l'éloigner d'elle, jour après jour, elle se rendait compte qu'elle l'aimait toujours.

- Violet, j'ai besoin de te parler, fit-il calmement.

- Spencer …, objecta-t-elle doucement.

- S'il te plaît. Ecoute-moi simplement, et après je te laisse tranquille. Je ne te demande rien de plus.

Elle hésita quelques secondes encore, avant de le faire entrer et asseoir dans le fauteuil. Elle s'installa près de lui.

- Je suis tellement désolé, Violet, commença-t-il. Je t'ai fait du mal, je sais combien tu es malheureuse. Si je pouvais revenir en arrière, je le ferais. Mais c'est impossible et …

- Spencer … je ne veux pas parler de …

- Ecoute-moi jusqu'au bout, s'il te plaît. Ça fait trois ans que tu es revenue, et pas une fois on a discuté, vraiment discuté, alors qu'on était si proches avant. Depuis trois ans, tu m'évites, tu es froide et distante, mais je lis dans ton regard. Tu souffres autant que moi de la situation, alors pourquoi ?

Elle ne répondit rien, se contentant de baisser les yeux pour jouer avec le petit bracelet de coton noué autour de son poignet, ce petit bracelet, fait de trois fois rien, qu'il lui avait un jour donné et qu'elle avait toujours gardé. Il sentait qu'elle était touchée par ce qu'il lui disait. Il la connaissait si bien. Cela lui faisait mal au cœur de la voir lutter ainsi contre ses sentiments..

- T'avoir près de moi tous les jours, sans pouvoir te prendre dans mes bras. Te voir m'éviter, me parler froidement. Tu n'imagines pas combien c'est dur …, reprit-il.

- Je n'ai pas le choix, le coupa-t-elle, timidement.

-Pourquoi tu n'as pas le choix ?

- Tu le sais très bien, se contenta-t-elle de répondre.

- Non, je ne sais pas. Tu ne me dis rien, affirma-t-il.

- Et de toute façon, quelle importance maintenant …, ajouta-t-elle, maintenant que tu as …

Elle ne termina pas sa phrase, sentant les larmes commencer à lui monter aux yeux.

- C'est important, insista-t-il. Pourquoi es-tu si froide avec moi depuis ton retour ?

- Tu l'aimes ? demanda-t-elle, orientant la discussion vers ce qui la tracassait.

- Bien-sûr que non. Et tu le sais.

- Pourquoi alors ? reprit-elle, la voix pleine de chagrin.

- Parce que tu me hantes Violet, parce que je t'aime, et que chaque jour est une épreuve. Tu ne faisais que me rejeter, constamment. J'étais en train de sombrer, vraiment. Et … un soir, j'ai cédé à ses avances. Et …

- Elle t'a fait des avances ? Margareth ? La femme de mon père ? s'étonna Violet.

- Oui.

- Je ne te crois pas, affirma-t-elle, ne pouvant imaginer sa belle-mère tromper son père.

- Violet, je ne t'ai jamais menti, répondit-il. J'aurais pu, mais je ne l'ai pas fait. Peu importe de toute façon qu'elle m'ait fait des avances. Ce n'est pas ça le problème.

- Si, ça l'est … Mon père est marié à une femme qui le trompe, je te rappelle.

- C'est de nous que l'on doit parler.

- Quel nous, Spencer ? Il n'y a plus de nous, il ne peut pas y avoir de nous, répondit-elle, en sanglotant.

Il essaya de passer outre la peine que lui procuraient les larmes de Violet, et insista. Il fallait qu'il ait une réponse, il fallait qu'il comprenne clairement pourquoi elle avait cette attitude avec lui.

- Pourquoi tu me fais vivre cet enfer depuis ton retour ?

- Déteste-moi Spencer bon sang ! Cesse de m'aimer ! s'écria-t-elle soudain, le visage baigné de larmes.

- Ce n'est pas possible. Tu y arrives toi ?

Elle ne répondit rien, se contentant de pleurer en silence. Il prit doucement sa main dans la sienne, la caressant du bout des doigts.

- Violet, pardonne-moi, je t'en prie, chuchota-t-il. Laisse-nous une autre chance.

- Ce n'est pas possible, murmura-t-elle en le regardant, le regard triste. On ne peut pas avoir de seconde chance. Jamais.

- Pourquoi ? Pardonne-moi, s'il te plaît, la supplia-t-il.

- Te pardonner ne changerait rien.

- Ton père finira par accepter, il comprendra qu'on s'aime. Il ne pourra pas s'y opposer, tenta-t-il de la convaincre.

Elle baissa la tête, incapable de soutenir son regard. Il fallait qu'elle lui dise le secret qu'elle avait promis de garder. Elle ne pouvait plus lui faire du mal ainsi.

- Spencer … Tu es …, commença-t-elle, hésitante.

- Quoi ?

- Tu es mon oncle, lâcha-t-elle, enfin, en se mettant à pleurer.

- Comment ça ?

- Mon père est ton frère.

- Qu'est-ce que tu racontes ? demanda-t-il, incrédule, ne comprenant rien à ce qu'elle lui révélait.

Elle pleurait, incapable d'en dire davantage. Il enlaça ses épaules, pour l'attirer contre lui.

- Violet, ne pleure pas, arrête s'il te plaît … Je suis là …

Il déposa un baiser dans ses cheveux, et elle se redressa, le regardant enfin, le visage inondé de larmes.

- Tu es mon oncle, Spencer.

Il essuya ses larmes du bout des doigts, posant ses lèvres sur les siennes, l'embrassant tendrement. La douceur de ce baiser, après trois ans à se tenir éloignés l'un de l'autre, les bouleversa. Ils se laissèrent emportés par un baiser plus passionné, submergés par l'émotion et le plaisir de retrouver ce contact charnel qui leur avait tant manqué.

- On ne peut pas faire ça …, finit par murmurer Violet, s'arrachant à ses baisers.

- Violet, explique-moi.

Elle tenta de sécher ses larmes, et respira une grande bouffée d'air avant de se lancer. Elle lui expliqua qu'il y a quatre ans, lorsqu'elle était rentrée en Angleterre, elle avait, par hasard, entendu une conversation lors d'un dîner familial. Elle avait découvert que le père de Spencer avait eu une aventure avec sa propre grand-mère. Spencer encaissa la nouvelle avec stupeur C'était comme s'il découvrait que toute sa vie n'avait été qu'une immense farce.

- Philip le sait ? demanda-t-il, touché.

- Oui. Tout le monde le sait depuis toujours. Sauf toi et moi, apparemment … et peut-être Margareth, je n'en sais rien.

Il sentit son cœur se serrer. Il admirait Philip depuis toujours, il se maudissait de lui mentir quand il sortait avec Violet, de tromper sa confiance quand il avait eu une aventure avec sa femme. Mais Philip, lui, lui mentait depuis toujours. Il ne comprenait pas que personne ne lui ait rien dit. La seule raison était certainement d'éviter le scandale.

- Alors tu es ma …, fit-il, commençant à réaliser.

- Nièce … Une partie de nous est issue du même sang. Je ne pouvais rien te dire, mais il fallait que tu cesses de m'aimer. Il faut que tu cesses de m'aimer.

- Violet, je ne peux pas cesser de t'aimer. Rien ne changera ça.

- Il le faut …

- Non. Je refuse de sacrifier ma vie, notre vie, pour une histoire de lien de sang, lâcha-t-il, catégorique.

- Mon père n'acceptera jamais, répondit-elle, serrant toujours sa main dans la sienne.

- Violet, dis-moi que tu ne m'aimes pas, et je te laisse tranquille. Je partirai.

- Spencer …

- Dis-le-moi, insista-t-il.

- Je ne peux pas te dire ça, répondit-elle en le regardant avec tendresse.

- Alors pars avec moi. On se fout de la bienséance.

- Je te rappelle que je ne t'ai pas pardonné encore, fit-elle remarquer.

- Tu vas le faire, affirma-t-il, sûr de lui.

- Pourquoi ?

- Parce que tu m'aimes.

Elle esquissa un sourire, et il se pencha pour lui déposer un baiser sur les lèvres.

- Spencer, arrête …, soupira-t-elle gentiment.

- Comment veux-tu que j'arrête ? sourit-il, en l'embrassant de nouveau.

Incapable de résister, elle se laissait griser par sa douceur et sa tendresse, l'embrassant encore et encore.

- Je dois y aller, il faut que je parle à Monsieur et Madame Castle, fit-il entre deux baisers.

- Aux Castle ? Pourquoi ? s'étonna-t-elle.

- Je t'expliquerai. Juste une dernière chose, est-ce que Joshua avait dit ce qu'il savait à Philip ?

- Non. Je lui ai dit de ne pas en parler. Il ne l'aurait pas fait.

- Tu es sûre ?

- Certaine. Joshua ne voulait pas blesser mon père. Pourquoi ?

- Je te dirai ça plus tard, je dois d'abord parler aux Castle. Réfléchis, Violet. On a le droit d'être heureux, sourit-il.

Elle lâcha sa main, le regardant partir, comme soulagée d'un poids.