Chapitre 24
Petit salon, 10h.
Rick et Kate avaient laissé Gates poursuivre ses investigations. En attendant l'arrivée de Novak, elle comptait discuter innocemment avec qui voudrait bien se présenter à elle au sein du manoir. En donnant l'impression de s'intéresser à l'affaire concernant l'agression de Beckett et Castle, elle espérait glaner des informations sur les histoires qui se tramaient ici et qui auraient pu mener au meurtre de Joshua. Tous ces secrets de famille, amours adultères, fils et frère cachés, l'intriguaient au plus haut point. Elle trouvait même quelque chose d'un peu excitant à mener l'enquête ainsi, elle qui avait plutôt l'habitude d'être coincée derrière son bureau.
Eux, rejoignirent le petit salon, où Spencer les attendait. Quand ils entrèrent, le majordome faisait les cent pas, visiblement un peu inquiet. Il leur demanda de s'asseoir dans les fauteuils, et prit place en face d'eux. Il avait son air sérieux et solennel habituel, mais une certaine fragilité émanait aussi de lui.
- Je voulais vous parler de Joshua. Mais … je ne sais pas trop par quoi commencer … Je …, fit-il, cherchant ses mots.
- Joshua ? fit Rick, prenant un air faussement étonné.
- Oui, Joshua. Je sais que vous enquêtez sur sa mort, annonça-t-il.
- Et on a tort de le faire ? demanda Kate.
- Non. Je pense pouvoir vous aider, mais je voudrais que vous me promettiez que tout ce que je vous dirai restera entre nous.
- Je ne peux pas vous promettre une telle chose, Spencer, je suis lieutenant de police, répondit Kate.
- Je le sais bien, et c'est pour ça que je me tourne vers vous, Madame. Mais peut-être que, dans un premier temps, vous pouvez juste entendre ce que j'ai à dire.
Ils le sentaient hésitant comme s'il avait quelque chose de capital à leur dire, mais craignait d'être compromis par la révélation qu'il s'apprêtait à faire. Ils ne pouvaient rien lui promettre avant d'en savoir davantage.
- Dites-nous tout, et on verra ensuite comment gérer ça, reprit Kate. Que savez-vous à propos de la mort de Joshua ?
Spencer tergiversa quelques secondes encore, pensant que sa vie allait peut-être basculer d'ici peu. Il allait prendre un gros risque, mais il devait assumer ce qu'il avait fait. Il fallait que justice soit rendue pour Joshua. Il avait prévu, dans un premier temps, de ne pas mouiller Margareth, histoire de voir comment allaient tourner les choses. C'était sa responsabilité. Il la prenait seul. Soit Margareth avait frappé Joshua, et alors les Castle finiraient par le découvrir. Soit elle était totalement innocente, et il était hors de question qu'elle soit elle-aussi accusée de dissimulation de cadavre. Dans le doute, il préférait ne pas prendre le risque de l'impliquer, et éviter de parler d'elle.
Il prit son courage à deux mains, et se lança, expliquant qu'il avait mis en scène le suicide de Joshua, après avoir trouvé son corps dans le petit salon vers minuit et demi vendredi soir, alors qu'il avait quitté sa chambre après le couvre-feu instauré par Monsieur Tudor, pour aller regarder la télévision. Joshua était allongé sur le ventre, blessé au crâne. Un chandelier, ensanglanté était posé à côté de lui. Il certifia qu'il n'avait pas frappé Joshua, et ignorait qui l'avait fait.
Rick et Kate échangèrent un regard. Ils ne s'attendaient pas à pareille révélation spontanée. L'attitude de Spencer pendant les trois jours qui venaient de s'écouler prenait tout son sens. Mais ils pensaient aussi assurément à la même chose : Joshua n'était pas mort de sa blessure à la tête, il était mort des conséquences de sa chute. Même si Spencer n'avait fait que jeter le corps du jeune homme par-dessus le balcon, il était coupable, bien malgré lui, d'homicide. Il devait être à mille lieues de l'imaginer, sinon il ne serait pas venu se confier à eux. Rick comprit dans les yeux de Kate qu'elle n'avait pas l'intention de l'annoncer à Spencer pour le moment. Il fallait, avant tout, qu'ils découvrent qui avait frappé Joshua.
- Vous êtes sûr qu'il était mort quand vous l'avez trouvé ? demanda Kate.
- Oui.
- Vous avez vérifié ? insista Rick.
- Oui, mentit-il.
Kate le dévisageait, essayant d'analyser son attitude. Soit Spencer ne disait pas la vérité, soit il avait mal vérifié, ce qui était possible. Car Joshua était bel et bien en vie après ce coup à la tête, donc au moment où Spencer avait dû trouver son corps. Tout le monde n'était pas expert, et le pouls de quelqu'un d'inconscient était parfois si faible qu'il était très difficile à détecter si on n'en avait pas l'habitude. Le majordome avait son masque impassible, et le fond de ses pensées était impénétrable.
Spencer reprit son récit, expliquant avoir cru, sur le coup, que Violet avait frappé Joshua, suite à une dispute qu'il avait entendue une heure plus tôt.
- Pourquoi Violet et Joshua se disputaient-ils ?
- Joshua lui avait dit que …, commença Spencer, avant de se reprendre, hésitant.
Spencer n'avait pas imaginé que ses révélations allaient devoir aller aussi loin. Mais c'était sans compter le souci du détail des Castle. Il comprit que s'il voulait être crédible, il allait devoir ravaler sa fierté, et révéler ses petits secrets. Il expliqua alors que ce soir-là, Joshua avait annoncé à Violet qu'il couchait avec Margareth, et qu'il envisageait de mettre Monsieur Tudor au courant.
- Vous vous rendez compte que cela vous donne un mobile ? l'interrompit Kate. Si Joshua révélait ce qu'il savait à Philip, ça ne faisait pas vraiment vos affaires.
- Je n'ai pas frappé Joshua. Je n'ai su tout ça que dimanche matin. Vendredi soir, j'ai simplement entendu la dispute.
- Pourquoi Violet s'est-elle énervée à ce point-là contre lui ? s'étonna Kate. Joshua n'était que le messager, non ?
- Elle était bouleversée, parce qu'elle et moi …, commença-t-il à expliquer, hésitant de nouveau.
Il était en train de se dire qu'il allait passer pour le pire des goujats. Mais après tout, il n'était plus à ça près.
- Violet et vous ? insista Kate.
- On a une relation …
- Vous avez une relation avec Violet ET avec Margareth ? fit Rick, avec un petit air narquois. Trop … génial …
Kate lança un regard sombre à son mari, trouvant, elle, qu'il n'y avait rien de génial à ce triangle amoureux.
- Avec Violet, on est séparés depuis trois ans, mais … c'est compliqué …, tenta de se justifier Spencer.
- Gates avait raison, c'est pire que Dallas ici … Quel imbroglio ! lança Rick en souriant.
- Personne ne doit savoir ce que je vous dis concernant Violet. Ça n'a rien à voir avec la mort de Joshua. Elle a crié après lui, c'est tout. Mais quand j'ai trouvé Joshua mort, j'ai cru que sous le coup de la colère, elle avait pu le frapper et ….
- Et ? elle ne l'a pas fait ? insista Kate.
- Non. Violet est incapable de tuer Joshua. Elle n'avait pas de raison de le faire.
- Mais vous l'avez cru pourtant …, fit remarquer Rick.
- Je n'ai pas réfléchi, j'ai agi par instinct.
- Comment avez-vous fait pour mettre en scène le suicide ?
Spencer raconta dans le détail tout ce qu'il avait fait ce soir-là, portant d'abord le corps de Joshua sur son dos jusqu'au premier étage. Il avait ensuite nettoyé le salon, et l'arme du crime, puis placé le chandelier dans leur chambre. Rick fit remarquer avec ironie que l'idée de cacher l'arme du crime dans la chambre d'un flic n'était pas vraiment le plus lumineuse qu'il ait eue. Spencer raconta comment il avait écrit la lettre de suicide, avant de retourner dans la chambre de Joshua, d'y déposer la lettre, et de faire tomber le corps du jeune homme par-dessus le balcon. Spencer omit volontairement de mentionner l'existence des passages secrets qui lui avaient permis de circuler rapidement et discrètement en pleine nuit. Il voulait se garder une liberté de mouvement. Si tout le monde se mettait à déambuler dans les passages secrets, jamais il ne trouverait ce fichu trésor.
- Vous avez pris tous ces risques pour protéger Violet ? s'étonna Rick. Vous devez être sacrément amoureux.
- Je le suis. Mais ce n'est pas elle qui a frappé Joshua, réaffirma-t-il, catégorique.
- Et la corde ? fit Rick.
- Quelle corde ? s'étonna Spencer.
- La corde dans le minibar de la salle de billard, expliqua Kate.
- Je ne m'en suis pas servi.
- La mort de Joshua a-t-elle un rapport avec le Cluedo ? demanda Rick, ne perdant pas de vue son idée originelle.
- Le Cluedo ? sembla s'étonner Spencer.
- Oui, toutes ces choses qui ont un rapport avec le Cluedo, expliqua Rick, c'est un hasard ?
Spencer expliqua que le Cluedo était ici une tradition familiale, et était l'une des prestations incluses dans les séjours au manoir. Régulièrement, une partie de Cluedo grandeur nature était organisée pour les hôtes avides de sensations. Le jeu aurait dû commencer samedi matin, et toutes les armes étaient déjà en place, ce qui expliquait que Castle et Beckett les aient trouvées lors de leur petite investigation, malgré l'annulation du jeu.
- Et ça, fit Rick en sortant de sa poche le bout de papier qu'il avait trouvé dans le livre, c'est vous qui l'avez écrit ?
- Oui, répondit simplement Spencer, reconnaissant les lettres qu'il avait recopiées il y a des années.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Le début de la chasse au trésor de William Brewster, expliqua le majordome.
- D'où ça vient ? Où avez-vous recopié ça ?
- A l'arrière d'un des plans originaux du manoir, il y a des années, au cadastre à Plymouth. Avec Monsieur, nous étions allés jeter un œil aux plans en vue de travaux.
- Et vous avez trouvé le trésor ? demanda Rick, très intéressé.
- Non. Ce morceau de papier ne mène nulle part, mentit-il. C'est simplement une légende, comme le fantôme.
- Vous connaissez quelqu'un qui cherche le trésor malgré tout ?
- Non. Pas à ma connaissance.
Spencer omit de préciser que ce trésor occupait ses nuits depuis quelques temps. S'il avait une chance un jour de mettre la main dessus, il entendait bien la protéger. Et puis ce trésor n'avait rien à voir avec la mort de Joshua. Il n'avait donc aucune raison d'en parler.
- Que savez-vous sur Philip et Joshua ? demanda Kate.
- Que voulez-vous dire ?
- Je ne sais pas. Y a-t-il quelque chose qu'on devrait savoir ? insista-t-elle, rusant pour savoir à quel point Spencer avait décidé d'être honnête. Pourquoi Philip est effondré à ce point depuis la mort du jardinier ?
- Joshua est son fils, annonça le majordome.
- Qui est au courant ?
- Philip. Personne d'autre. A moins que Joshua ne se soit confié à un ami.
- Joshua le savait ? s'étonna Rick.
- Oui, bien-sûr. Joshua l'a toujours su.
- Et vous, pourquoi étiez-vous dans la confidence ?
Spencer se lança dans un long récit qui leur permit d'y voir bien plus clair dans la relation qui unissait Philip et Joshua. Il y a vingt-cinq ans, Philip, finissant alors ses études à Boston, avait laissé Margareth et Violet en Angleterre. Très vite, il avait rencontré une jeune femme, Lynn Black, étudiante également, dont il était tombé éperdument amoureux. Mais Philip ne pouvait imaginer divorcer, ni déroger à son rang, pour vivre pleinement sa relation avec cette femme. A la fin de son année d'études, il était rentré en Angleterre, laissant derrière lui Lynn, enceinte de leur enfant. Pendant vingt ans, il l'avait soutenue financièrement, mais pas seulement. Ils avaient continué cette relation à distance. Tous les mois, durant toutes ces années, Philip retournait à Boston quelques jours, prétextant un voyage professionnel. Il profitait ainsi de son fils, qu'il n'a jamais reconnu pour autant, et de cette femme qu'il aimait sincèrement. Il y a dix ans, il avait racheté ce manoir, en partie pour la beauté des paysages et des cranberries de Cape Cod, mais surtout pour se rapprocher de sa deuxième famille. C'est alors qu'il avait mis Spencer dans la confidence. Il avait besoin de lui pour l'aider à justifier ses absences auprès de Margareth quand il allait voir sa maîtresse et son fils. Rick et Kate s'étaient étonnés que Philip ne divorce pas tout simplement. Mais selon Spencer, Philip avait toujours choisi la tradition nobiliaire, la nécessité de tenir son rang, peu importe les sentiments qu'il éprouvait. Après la mort accidentelle de Lynn, il avait été dévasté, ne tenant le coup que grâce à l'existence de son fils. Il avait tout fait pour le rapprocher de lui, et l'avait embauché comme jardinier. Au début, tout s'était très bien passé. Mais peu à peu, Joshua avait commencé à faire des reproches à son père, en particulier sur le fait que Philip n'ait jamais eu le courage de faire un choix. Il lui reprochait d'avoir fui ses responsabilités, d'avoir eu une attitude très lâche, d'avoir fait souffrir sa mère et d'avoir gâché son enfance en le privant d'une vie de famille. Il ne supportait pas de le voir continuer à avoir une relation normale avec Margareth. Et récemment, Joshua s'était mis à lui réclamer de l'argent, prétextant que son père lui devait bien ça après ce qu'il leur avait fait vivre à lui et sa mère. Mais Philip refusait de céder à ce caprice.
Kate et Rick comprenaient mieux maintenant la douleur de Philip samedi matin quand il avait appris la mort de son fils. Mais ils comprenaient aussi les rancœurs de Joshua à l'égard de son père. Philip, qui depuis qu'ils étaient arrivés, donnait l'image d'un homme exemplaire, pétri de générosité et de gentillesse, jouant volontiers le bon samaritain auprès de tout son entourage, était à l'origine de bien des souffrances.
- Joshua a-t-il menacé son père de tout révéler à Margareth ? demanda Kate.
- Pas à ma connaissance, non.
- Et vous ? Joshua vous faisait chanter ? continua-t-elle.
- Me faire chanter ? Pourquoi ? sembla s'étonner Spencer.
- Il savait que vous couchiez avec Margareth, non ?
- Je ne savais pas qu'il le savait, rétorqua-t-il. Je l'ai appris quand Violet me l'a dit avant-hier. Joshua ne m'aurait pas fait chanter. Il faisait plutôt profil bas quand j'avais affaire à lui.
- Il faisait chanter Margareth ?
- Je ne pense pas. Joshua n'était pas très téméraire. Il avait sa place à assurer ici. Sans son père, il était seul au monde.
Kate et Rick restèrent silencieux quelques secondes, se demandant comment gérer tout ce que venait de leur révéler Spencer.
- Vous allez m'arrêter tout de suite ? s'inquiéta le majordome, en voyant leur air sceptique et pensif.
- Je ne peux pas vous arrêter, répondit Kate. Je ne suis pas en charge de cette enquête. Mais le lieutenant Novak va le faire, pour dissimulation de cadavre, et peut-être même complicité de meurtre.
- Complicité ? Mais je n'ai rien fait à Joshua, s'offusqua-t-il.
- Vous pouvez le prouvez ?
- Non, pas pour l'instant, fut-il forcé de reconnaître, mais vous ne pouvez pas non plus prouver que je l'ai fait.
- Vous avez avoué avoir dissimulé le meurtre, Spencer. Vous avez un mobile. De là à ce qu'un jury vous accuse de l'avoir tué, il n'y aura qu'un pas, expliqua Kate.
- Ça veut dire qu'il faut impérativement trouver qui a frappé Joshua …, répondit le majordome. Si vous m'arrêtez tout de suite, vous ne trouverez jamais celui qui a fait ça. Celui qui l'a fait va se méfier, et vu que vous n'avez aucune preuve, il n'avouera jamais.
- Comment savez-vous qu'il n'y a aucune preuve ? demanda Kate, intriguée.
- J'ai tout nettoyé. Et Joshua est mort il y a plus de trois jours maintenant. Rien de ce que vous trouverez ici ne sera probant.
Kate savait qu'il avait raison. Si vraiment il s'était contenté de mettre en scène le suicide, et s'ils trouvaient qui avait frappé Joshua, avec un bon avocat, Spencer pouvait s'en tirer avec quelques années de prison. S'ils ne trouvaient pas celui qui avait fait ça, Spencer serait le coupable tout désigné et risquait de passer une bonne partie de sa vie derrière les barreaux. Et il n'y avait aucun doute qu'en arrêtant Spencer maintenant, comme il l'avait dit, leurs chances de trouver le coupable allaient s'amenuiser
- Pourquoi vous croirait-on ? demanda Kate.
- Oui, tout cela n'est peut-être qu'une stratégie. Vous avouez la mise en scène du suicide pour ne pas être accusé du meurtre, ajouta Rick.
- Je ne suis pas un menteur. Si j'étais coupable, pourquoi j'aurais appelé les flics pour venir vous retrouver ? Ne m'arrêtez pas, pas tout de suite, s'il vous plaît. Je peux vous aider. Je connais tout le monde ici, je vais trouver qui a fait ça à Joshua.
Kate réfléchit un instant, avant de se tourner vers Rick.
- Il faut qu'on prévienne Gates, on ne peut pas prendre la décision sans elle, fit-elle en se saisissant de son téléphone pour appeler le Capitaine.
Cinq minutes plus tard, le Capitaine Gates débarquait dans le petit salon, accompagnée, à la surprise générale du lieutenant Novak, qui avait dû arriver dans le même temps. Après les salutations d'usage, Novak regarda le majordome d'un air perplexe. Spencer n'en menait pas large, et commençait à se dire que son heure avait sonné. Rick et Kate expliquèrent à Gates et Novak tout ce qu'il venait de leur confier, sous le regard de plus en plus déconfit du majordome.
- Vous serez forcément arrêté à un moment ou un autre, pour dissimulation de cadavre. Alors pourquoi voulez-vous repousser l'inévitable ? s'étonna Novak, en dévisageant Spencer.
- Je sais tout ça. Je le savais en venant vous avouer ce que j'ai fait. Mais je peux vous aider à trouver qui a tué Joshua.
- Comment ? demanda Gates.
- Je suis au courant de tout ce qui se passe ici, les petits secrets, les différentes histoires. Je connais par cœur Philip et Margareth. Ils sont vos suspects principaux non ?
- Comment peut-on vous faire confiance ? Est-ce que vous n'allez pas tout leur révéler ? Il s'agit de votre maîtresse et de votre … patron …, fit remarquer Novak, en le regardant froidement.
- Si je leur sauve la mise, c'est moi qui vais endosser toute la responsabilité. Je ne sacrifierai pas ma vie pour eux. Rien que pour ça, vous pouvez me faire confiance.
- Vous l'auriez fait pour Violet pourtant …, fit remarquer Rick.
- C'est différent. Je l'aime. Vous donneriez votre vie pour votre femme, Monsieur Castle, non ? demanda-t-il avec conviction.
Rick se contenta d'acquiescer du regard.
- Je ne paierai pas pour quiconque ici, affirma Spencer.
- Et quelle garantie a-t-on que vous ne vous enfuirez pas ? demanda Novak.
- Si j'avais l'intention de m'enfuir, je serais déjà loin, non ?
- Il n'a pas tort, fit remarquer Rick.
Tous les quatre se lançaient des regards perplexes, en réfléchissant à la décision à prendre.
- Qu'en pensez-vous Capitaine ? finit par demander le lieutenant Novak.
- Vous voulez vraiment mon avis ? s'étonna Gates.
- Si je vous le demande, oui, répondit Novak.
- Si je dirigeais cette enquête, j'arrêterais cet homme, répondit Gates, comme une évidence. Mais ce n'est pas mon enquête, Novak. C'est la vôtre, lâcha-t-elle, refusant de décider pour lui.
- Laissez-moi jusqu'à ce soir, s'il vous plaît, insista Spencer. Si ce soir, je n'ai pas trouvé qui a frappé Joshua, vous m'arrêterez et … j'assumerai les conséquences de mes actes.
- Ok, fit simplement Novak.
- Ok ? Vous êtes d'accord ? s'étonna Spencer, soulagé.
- Oui. A une condition. Un officier va vous avoir à l'œil toute la journée, expliqua Novak.
- Mais … si …
- Ce n'est pas négociable. C'est ça ou je vous embarque tout de suite, asséna Novak d'un ton ferme.
- Bien, Monsieur.
- Venez, je vais vous présenter à l'officier O'Connor qui va se charger de votre cas, fit Novak, en commençant à l'escorter hors du petit salon.
- On se retrouve dans cinq minutes dans votre chambre pour faire le point, lança-t-il à Gates, Beckett et Castle qui le regardaient quitter la pièce.
Chambre de Rick et Kate, 11 h30.
Ils étaient réunis tous les trois, attendant le lieutenant Novak. Kate, assise au pied du lit, buvait son café tout en réfléchissant à ce que venait de leur raconter Spencer. Rick, perdu dans ses pensées, contemplait le déluge qui s'abattait sur la cour, et les bourrasques du vent qui soufflait de plus en plus fort. Gates faisait les cent pas, comme si elle avait du mal à tenir en place. Enfin, Novak frappa à la porte, et entra.
- Bien, Lieutenant Beckett, je vous ai ramené vos notes, fit-il en posant les feuilles de papier sur la table, et les photos des preuves que vous avez trouvées.
- Merci.
- Un sacré boulot … dommage qu'il soit illégal … et irrecevable devant une cour de justice, fit-il sèchement remarquer.
- On n'avait pas vraiment le choix, répondit Rick, vous …
- On a toujours le choix, fit remarquer Novak. Mais inutile d'en débattre. Je ne vous jette pas la pierre, j'ai moi-même bien des tords dans cette histoire. On commence par l'affaire Joshua Black, si vous le voulez bien.
- Oui.
- La corde n'a rien donné, lança Novak. Mais sur le chandelier, il y a effectivement des traces de sang. L'ADN est celui de Joshua.
- Ça confirme la version du majordome, constata Gates.
- Frappé dans le petit salon avec le chandelier. Reste à trouver qui tenait le chandelier, et la partie de Cluedo sera gagnée, sourit Rick.
- Il y a deux empreintes partielles sur le chandelier, qui correspondent pour l'une à la femme de chambre et pour l'autre à Margareth Tudor. Inutile de préciser que cela ne nous avance en rien. Il est logique de trouver leurs empreintes sur ce chandelier. Elles ont très bien pu manipuler ce chandelier bien avant la mort de Joshua.
- Et sur le morceau de papier qu'on a trouvé dans la bibliothèque ?
- Rien. Votre Capitaine a dû vous dire qu'on avait rouvert l'enquête.
- Oui.
- Je voudrais que vous continuiez votre investigation de manière secrète, expliqua Novak. Personne n'est au courant que vous avez mené l'enquête, à part Spencer.
- Et Rose également, la femme de chambre, ajouta Kate.
- Mais elle ne dira rien, continua Rick. La preuve, elle ne vous a rien dit quand vous l'avez interrogée.
- De toute façon, fit Gates, on a deux suspects seulement, non ? Les maîtres de maison ?
- Oui, Margareth et Philip ont tous les deux des mobiles. Mais Philip est effondré depuis la mort de Joshua. Je le vois mal avoir tué son fils qui est la seule chose qui lui restait de son amour perdu, expliqua Kate.
- Son chagrin peut cacher d'énormes remords. Il a très bien pu s'énerver contre son fils, et le frapper, fit remarquer Gates.
- Mais Margareth, elle, cumule plusieurs mobiles. Joshua avait de quoi être en colère contre elle, poursuivit Rick.
- Oui, son père a toujours refusé de quitter Margareth, ajouta Kate, même pour vivre son amour au grand jour avec sa mère,
- Et le gamin découvre que cette femme, qui, indirectement, a gâché son enfance, trompe son père, poursuivit Rick.
- Il lui donne rendez-vous dans le petit salon pour lui dire ses quatre-vérités, fit Kate.
- Ou la faire chanter, suggéra Rick.
- Elle s'énerve, il lui balance la vérité sur son mari,
- Elle pète les plombs et le frappe avec le chandelier,
- Elle le laisse pour mort et Spencer le trouve. Le tour est joué.
Novak avait regardé, sidéré, Castle et Beckett échanger leurs réflexions comme ils en avaient l'habitude, sous le regard amusé de Gates.
- Vous faites souvent ce genre de choses ? s'étonna-t-il en les dévisageant avec perplexité.
- C'est juste une question d'habitude, répondit Gates, avec un petit sourire en coin.
- Votre théorie est fort plausible, reprit Novak. Mais il va falloir la prouver. Et vous pouvez oublier les preuves physiques, on n'aura rien.
- Il faut qu'on aille inspecter de plus près la chambre de Joshua, c'est le seul endroit où personne n'est entré depuis sa mort, constata Kate.
- Oui, vous irez y jeter un œil dès qu'on aura fini, répondit Novak.
- Spencer va peut-être réussir à faire parler quelqu'un ici, ajouta Rick. Quand je pense à ce majordome … il cache bien son jeu, sous ses airs coincés …
- Mais dites-moi, fit remarquer Gates, si Spencer est le frère caché de Philip, alors Violet est …
- Sa nièce ! lança Rick. Il couche avec sa nièce ! Waouh, c'est … génial !
- Génial ? C'est bizarre oui … Je pense que Philip ne doit pas trouver ça génial, constata Kate.
- Quelle famille …, soupira Gates, ce manoir vaut le détour.
- Bien, si on résume, on reste sur deux suspects : Philip et Margareth Tudor, avec une petite préférence pour Margareth, conclut Novak. Vous qui les avez côtoyés un peu depuis trois jours, une confrontation pourrait s'avérer payante ?
- A ce stade, j'en doute, répondit Beckett. Celui qui a frappé Joshua, même s'il n'est pas, a priori un tueur-né, a quand même suffisamment de sang-froid pour traîner parmi des flics depuis samedi, sans le moindre scrupule. Il sait sûrement qu'on n'a rien.
- Ok. Trouvez quelque chose alors, répondit Novak. Prudemment. Moi je m'occupe de votre affaire.
Ils écoutèrent Novak leur expliquer les avancées de l'enquête avec la plus grande attention. Comme Gates le leur avait déjà dit, dans la cave, les empreintes n'avaient pour l'instant rien donné, mais les analyses étaient toujours en cours. Aux abords du manoir, les équipes cynophiles n'avaient pas trouvé de piste suspecte. Les deux souterrains découverts avaient été inspectés de fond en comble. L'un était celui dans lequel Castle et Beckett avaient été laissés pour morts. L'autre était sans doute celui par lequel leur agresseur s'était enfui. Une chose était certaine, cet inconnu connaissait parfaitement bien les accès souterrains au manoir, et ce n'était pas un hasard. Soit il avait eu accès aux plans conservés au cadastre du Musée des Pèlerins à Plymouth, soit il avait vécu dans ce manoir. Novak avait plusieurs hommes en train de vérifier les alibis de tous les anciens propriétaires du manoir et leurs familles pour l'heure de l'agression dans la cave. Par contre, tout ce qui avait été trouvé dans les travaux du troisième étage de l'aile Est avait été fructueux. Non seulement, ils avaient de l'ADN, récolté sur un morceau de sandwich, qui ne devait pas avoir plus de deux ou trois jours vu l'état de décomposition des ingrédients. Mais ils avaient également trouvé une boîte en carton dans laquelle étaient posées deux canettes de bière, encore intactes, et un sac à dos contenant une mini-caméra. Cette boîte a priori insignifiante, portait le logo de l'entreprise de cranberries de Philip Tudor. Ce dernier venait de confirmer à Novak qu'effectivement ses bouteilles de jus de cranberries étaient conditionnées dans ce type de boîtes destinées aux envois à l'étranger. Il avait ajouté que cette boîte n'avait aucune raison de se trouver en dehors des locaux de son entreprise, et encore moins au dernier étage de sa demeure personnelle. On ne pouvait s'être procuré cette boîte vide que dans les entrepôts où étaient empaquetés les produits. Celui qui avait squatté là-haut avait donc de fortes chances d'avoir eu accès aux entrepôts, et même d'être un employé de Philip Tudor. La piste de l'entreprise de Philip se confirmait avec la mini-caméra qui était identique à celles que Philip avait fait installer dans ses locaux. Mais il avait été incapable de désigner des suspects potentiels parmi son personnel. Des policiers étaient donc en train d'éplucher les profils de plus de trois cent employés, qui, pour la plupart, étaient d'anciens criminels, déjà condamnés pour des faits plus ou moins graves. Inutile de dire que la liste de suspects potentiels était longue. Ils essayaient de croiser au fur et à mesure les dossiers des employés avec les anciens propriétaires du manoir et leurs familles, mais sans outil informatique, la tâche était laborieuse. Le mardi était le jour de fermeture de l'entreprise, si bien qu'il allait être très compliqué de mettre la main sur tous les employés pour des prélèvements ADN. Il fallait réduire la liste des suspects potentiels, car Novak ne disposait pas d'assez d'hommes pour mener une opération d'aussi grande envergure. Il avait déjà été obligé de lever la surveillance autour du manoir par manque d'effectif.
- Vous avez fait un sacré boulot, lieutenant Novak, constata Gates.
- Oui, l'enquête a fait un sérieux bond en avant, ajouta Kate.
- On a passé la nuit sur votre affaire, répondit Novak. Ici, ou à New-York, on ne touche pas à des collègues, non ?
- Oui, sourit Kate.
- Mais il nous manque encore un mobile, ajouta-t-il. Il faut qu'on creuse là-dessus pour pouvoir réduire la liste des suspects.
- Un trésor, ça vous irait comme mobile ? proposa Rick avec un sourire.
- Un trésor ? s'étonna Novak, en jetant un œil perplexe au Capitaine Gates.
- Monsieur Castle a très souvent, pour ne pas dire tout le temps, des idées farfelues, lâcha Gates. Mais parfois, de temps en temps, il s'avère qu'il ne tombe pas loin de la vérité.
- Merci Capitaine. Vous reconnaissez enfin mes talents d'investigation ! lança Rick, tout sourire.
- Je constate simplement que votre imagination débordante nous est parfois utile.
- Oui, c'est bien ce que je disais, sourit-il.
- Expliquez-moi cette histoire de trésor, Monsieur Castle.
Chapitre 25
Grand salon, 13 h 30.
Le déjeuner touchait à sa fin. Rick et Kate avaient pris plaisir à retrouver la pétillante Savannah, si heureuse de les revoir en vie qu'elle en avait encore intensifié ses bavardages. Par chance, Kate avait réussi à faire asseoir Gates à côté de la vieille dame, ce qui lui permit, d'échapper de temps en temps, à sa verve. Wyatt était tout aussi content de les savoir sains et saufs, et s'évertua, pendant tout le repas, à canaliser les questionnements de son épouse qui aurait voulu savoir tout ce qui s'était passé dans ce fameux tunnel souterrain. Mis à part Rose qui s'occupa de faire le service, ils ne virent personne d'autre. Le lieutenant Novak et l'officier Ramirez étaient en train de procéder à de nouveaux interrogatoires concernant leur agression afin d'approfondir la piste de l'employé de Philip Tudor.
Avant le déjeuner, Rick et Kate étaient allés inspecter la chambre de Joshua, toujours sous scellé. Novak avait fait venir discrètement un expert, en le faisant passer pour un officier lambda enquêtant sur l'affaire Castle, afin de relever les indices, et accomplir le travail qui n'avait pas été fait samedi matin. Tous les trois étaient donc les premiers à y entrer depuis la découverte du corps du jeune homme. L'expert avait relevé des empreintes, et découvert sur le parquet la présence de tâches de sang qui avaient dû être nettoyées. Cela permettrait certainement de confirmer la théorie de Spencer. La chambre de Joshua était plutôt désordonnée, et ils ne trouvèrent rien d'intéressant parmi les vêtements, les magazines de jeux vidéo, les livres qui s'amoncelaient un peu partout. En réalité, Rick et Kate ne savaient pas vraiment ce qu'ils cherchaient. Il leur fallait trouver quelque chose, quoi ce soit, qui relie Joshua à Margareth, ou éventuellement à Philip. Ils avaient fouillé partout, retourné la chambre, sans rien trouver d'intéressant, et en étaient sortis, dépités. Cette chambre était plus ou moins leur dernière chance de trouver un indice concret. Sans cela, ils n'avaient plus qu'à se reposer, presque entièrement, sur les capacités de Spencer à faire parler, et éventuellement avouer, Margareth ou Philip.
Kate commençait à désespérer de réussir à se sortir de cette affaire Joshua Black. Heureusement, l'enquête sur leur agression prenait bien meilleure tournure. Elle s'était étonnée de la rapidité avec laquelle Novak et ses hommes étaient parvenus, avec leurs moyens limités, à orienter l'enquête vers la piste de l'entreprise de Philip. Certes, il y avait plus de trois-cent suspects à l'heure actuelle. Mais c'était mieux que pas de suspect du tout. Novak avait refusé qu'ils participent de plus près à l'investigation, ce qui était logique au vu de leur implication. Kate n'avait pas insisté. D'habitude, elle se serait battue coûte que coûte pour mener l'enquête elle-même. Mais aujourd'hui, elle était épuisée, et après s'être angoissée la veille pour leur bébé, elle était résolue à se reposer et à faire attention. Plus la journée avançait, plus elle était fatiguée, et l'après-midi commençait à peine. Elle avait toujours mal au crâne, la plupart du temps, de façon très supportable, mais par moment, une douleur lancinante résonnait dans sa tête. Le médecin avait dit qu'elle pourrait avoir mal encore plusieurs jours, d'autant plus qu'avec la grossesse, elle ne pouvait pas prendre de trop fortes doses d'antidouleur. Le repas touchant à sa fin, Kate signifia à Rick qu'elle rejoignait leur chambre, et il lui emboîta le pas, laissant Gates en compagnie des Monroe. Rick jubilait à l'avance d'imaginer le Capitaine affronter seule le flot de paroles de Savannah.
Quelques minutes plus tard, dans leur chambre.
A peine entrée, Kate s'assit au pied du lit pour retirer ses bottines, tandis que Rick s'installait à la table pour étudier le bout de papier comportant le début de la chasse au trésor. Puis, elle s'éclipsa quelques secondes dans la salle de bain, pour prendre son médicament, avant de réapparaître dans le dos de Rick, lui déposant un baiser sur la joue.
- Toujours ce trésor …, sourit-elle en s'éloignant pour s'allonger sur le lit.
- Ce trésor peut nous mener à notre agresseur. J'en suis sûr. Ça va toi ? s'enquit-il, s'étonnant de la voir allongée.
- Je suis fatiguée, reconnut-elle.
- Tu as mal à la tête ? demanda-t-il, en la regardant dans les yeux pour s'assurer de ce qu'elle allait lui dire.
- Oui, se contenta-t-elle de répondre.
Rick, inquiet, se leva aussitôt pour venir s'asseoir près d'elle. Elle avait petite mine depuis ce matin, mais cela n'avait rien d'étonnant vu leurs mésaventures de la veille. Elle était déjà fatiguée avant d'arriver à Cape Cod. Leur séjour aurait dû leur permettre de se reposer, et au final, elle allait rentrer plus épuisée encore qu'elle n'était partie.
- J'ai pris mon médicament, ça va passer, ajouta-t-elle doucement avec un sourire qui se voulait rassurant.
- Je n'aime pas te voir ainsi, fit-il embrassant son front.
- J'ai hâte que tout ça se termine et qu'on rentre à la maison.
- Moi-aussi, sourit-il.
- Je ne sais pas comment on va parvenir à prouver que Margareth ou Philip ont frappé Joshua. C'est désespérant. Tu as une idée ?
- Non, à part attendre que Spencer réalise un coup de maître.
- Il y a forcément quelque chose à trouver, fit-elle en baillant.
- Et si tu oubliais l'enquête un petit peu ? Tu devrais essayer de dormir, suggéra-t-il gentiment.
- Tu restes là ?
- Oui, ma chérie, sourit-il. Repose-toi. Je vais lire et veiller sur toi.
Elle sourit à son tour, et se tourna sur le côté, cherchant à s'installer confortablement. Rick caressa doucement ses cheveux, et déposa un baiser sur sa tempe, avant de se lever pour rejoindre la table. Il se replongea dans ses réflexions sur l'énigme que Gates avait déchiffrée. « Mon trésor trouvera, celui qui judicieux sera. Dans les profondeurs secrètes, il cherchera ». Spencer leur avait dit que c'était le début de la chasse au trésor. L'indice suivant devait donc se trouver dans les souterrains du manoir, ce qui pourrait expliquer la présence de leur agresseur dans les tunnels, les « profondeurs secrètes », si sa théorie du trésor était le bon mobile. Dans ce cas-là, l'inconnu en était au même stade qu'eux de cette quête. Mais à quoi aurait pu lui servir une mini-camera ? Qu'est-ce qu'un chasseur de trésor aurait pu surveiller ou espionner dans ce manoir ? S'ils arrivaient à avancer sur cette énigme, peut-être finiraient-ils par se rapprocher de leur agresseur. Kate ne le laisserait jamais retourner dans les souterrains pour trouver l'indice suivant. Et Novak n'avait pas accordé beaucoup de crédit pour l'instant à sa théorie qu'il trouvait un peu trop tirée par les cheveux.
Il jeta un œil vers le lit, constatant au souffle régulier de sa respiration, que Kate s'était endormie. Il se perdit quelques secondes dans ses réflexions, tout en regardant par la fenêtre la pluie s'abattre en rafales sur le jardin. Il s'inquiétait pour elle. Jamais elle ne faisait la sieste. Pour s'y résoudre, elle devait vraiment être épuisée, bien plus que ce qu'elle laissait paraître. Ils auraient dû rentrer à New-York. Novak aurait bien fini par trouver tout seul qui les avait agressés. Il était très efficace, et persévérant. Il n'aurait rien lâché. Mais maintenant Kate refuserait de rentrer avant qu'ils aient trouvé ce type. Le sifflement d'un coup de vent violent le tira de ses pensées. Finalement, le mauvais temps, qui était en train de virer à la tempête, atténuait un peu ce week-end gâché, puisque de toute façon, ils n'auraient pas pu profiter de la région sous la pluie. Il attrapa son livre, se cala dans le fauteuil, et se plongea dans une lecture plus minutieuse de l'histoire de William Brewster, espérant y glaner des informations.
Une heure plus tard.
Kate ouvrit doucement les yeux, constatant avec satisfaction que son mal de tête avait cessé.
- Ça va mieux ? demanda Rick en posant son livre sur la table.
- Oui, je me sens bien mieux, sourit-elle en se levant.
- Sûr ?
- Oui, fit-elle en venant s'asseoir près de lui. Tu as trouvé quelque chose ?
- Non. Enfin … si … mais bon …, commença-t-il.
- Quoi ?
- L'indice suivant doit être dans un des souterrains du manoir, expliqua-t-il.
- Hors de question qu'on redescende là-dedans … d'autant plus pour un trésor peut-être virtuel, affirma Kate, catégorique.
- Je sais bien, sourit-il. Je n'ai pas l'intention d'y aller.
- J'ai pensé à quelque chose en dormant, poursuivit-elle.
- En dormant ? Tu n'éteins jamais ton cerveau ? s'étonna-t-il gentiment.
- Non, sourit-elle, un cerveau de flic n'a pas de bouton marche-arrêt. Donc, je me suis dit que dans la chambre de Joshua, on n'a rien trouvé. Mais tu ne trouves pas ça bizarre qu'il ait autant de magazines de jeux vidéo, mais ni console de jeux ni ordinateur ?
- Maintenant que tu le dis … si … c'est même plus que bizarre. Surtout pour un jeune homme de cet âge-là.
- Il faut qu'on parle à Rose, conclut Kate. Elle doit bien savoir s'il avait un ordinateur qui aurait disparu.
Deux petits coups secs frappés à la porte les interrompirent. Kate alla ouvrir, et fit entrer Gates qui, sans un mot, poussa un énorme soupir, en les regardant, derrière ses lunettes, d'un air lassé.
- Un problème Capitaine ? lui lança Rick avec un large sourire, sachant déjà que Savannah avait dû avoir raison de la patience de Victoria Gates.
- Oui … J'ai cru que je n'arriverai jamais à quitter la table. Dites-moi, c'est moi ou Savannah Monroe ne s'arrête jamais de parler ?
- Elle ne s'arrête jamais, sourit Kate.
- Elle m'a épuisée …, soupira Gates. Je sais tout de sa vie.
- Même les problèmes d'infection urinaire ? fit Rick, moqueur.
- Ah … non …, j'ai échappé à ça ! lança Gates, esquissant un sourire.
- Vous voyez. Elle a encore tant à vous faire découvrir, rigola Rick, gentiment provocateur.
- Lieutenant Beckett, elle s'est plaint que vous aviez été trop autoritaire avec elle. Que lui avez-vous donc fait ? s'étonna Gates.
- Euh …, elle se prenait pour Jessica Fletcher, je vous laisse imaginer …, expliqua Kate.
- J'imagine bien. En fait, ça me rappelle quelqu'un, répondit Gates en dévisageant Castle d'un regard entendu.
Rick prit un air renfrogné qui fit sourire à la fois Kate et Gates.
- Elle m'a dit avoir surpris une conversation qui pourrait nous intéresser, poursuivit Gates.
- Ah bon ? Qu'a-t-elle entendu ? demanda Kate, intriguée.
- Elle n'a rien voulu me dire. J'ai eu beau lui dire que j'étais votre supérieur, il n'y a rien eu à faire.
- Vous lui avez fait votre regard …. qui …, commença Rick.
- Mon regard qui fait quoi Monsieur Castle ? demanda Gates en lui lançant son fameux regard furibond.
- Euh … non… rien …, balbutia-t-il.
- Elle ne veut parler qu'au lieutenant Beckett, reprit Gates. C'est la règle numéro deux ou trois si j'ai bien compris. C'est quoi cette histoire de règles ?
- C'est une longue histoire, Capitaine. Il faut qu'on lui parle, fit Kate, en se saisissant de son téléphone pour demander à Savannah de venir.
Gates se pencha sur les papiers et photos qui recouvraient la table pendant que Kate téléphonait.
- Vous avez trouvé quelque chose ? demanda-t-elle à Castle.
- Pas grand-chose … La suite de cette énigme doit se trouver dans le souterrain, expliqua Rick.
- Le souterrain ?
- Oui, un des souterrains du manoir.
- Et ça ? Qu'est-ce que c'est ? fit-elle en prenant la photo du morceau de papier qu'ils avaient trouvé lors de leur enquête clandestine.
- On a trouvé ça dans la bibliothèque. C'est une phrase qui n'a pas vraiment de sens.
- « J'ai la Crainte de ne pas avoir la Patience d'attendre ton Amour ». J'ai vu cette phrase déjà, lâcha Gates.
Rick lui lança un regard interrogateur, tandis que Kate s'intéressait elle-aussi à cette révélation.
- Dans la cave, quand on cherchait le passage secret avec Novak, expliqua le Capitaine. C'était gravé dans la pierre au ras du sol.
- Vous êtes sûre que c'était ce qui était écrit ? insista Rick.
- Je sais lire Monsieur Castle, et je ne suis pas encore sénile ! lança Gates d'un ton sec.
- Oui, désolé. Donc cette phrase est sûrement l'indice qu'il fallait trouver dans les souterrains, expliqua-t-il, c'est la deuxième étape.
- Ce qui veut dire que quelqu'un l'a déjà trouvé, fit remarquer Kate. Sûrement quelqu'un du manoir. L'étranger ne se baladerait pas jusque dans la bibliothèque quand même !
- Spencer peut-être ? suggéra Gates.
- Il a dit que c'était une légende, affirma Rick.
- Il peut avoir menti.
L'arrivée de Savannah interrompit leurs réflexions. La vieille dame avait l'air toute excitée. Elle trépignait d'impatience depuis des heures pour annoncer à Kate ce qu'elle avait appris, mais n'avait pu se trouver seule en sa présence pour lui parler discrètement. Elle tenait à lui montrer qu'elle était digne de confiance, et à se conformer aux règles qu'elle avait imposées.
- Katherine, je ne pouvais rien vous dire plus tôt, expliqua-t-elle à peine entrée.
- Je sais bien, Savannah. Mais vous pouvez aussi faire confiance au Capitaine Gates dorénavant, expliqua Kate.
- D'accord, sourit la vieille dame.
- Alors ? Qu'avez-vous entendu ?
- Eh bien, vous savez, comme vous aviez disparu, je me suis dit que je devais plus ou moins vous remplacer, et glaner des informations, commença la vieille dame.
- Vous avez bien fait, sourit Kate.
- Il y avait tous ces policiers partout, et c'était tellement euphorisant. Ils ont même pris nos empreintes vous savez ! Mon Wyatt était un peu effrayé, mais il s'inquiète d'un rien.
- Savannah, venez-en aux faits, s'il vous plaît.
- J'ai juste fait ce que vous aviez demandé. Observer les gens, écouter, et parler le plus possible.
- Pour ça, vous n'avez pas eu de mal je suppose, fit remarquer Rick avec un sourire.
- Tout le monde était inquiet, vraiment inquiet, sauf une personne, continua Savannah ignorant le sarcasme de Rick.
- Qui ? fit Gates.
- Margareth. Alors que Philip se faisait un sang d'encre, elle déjeunait tranquillement, ne pensant qu'au fait que sa demeure n'était pas assez protégée. Et vous n'imaginez pas ce que j'ai surpris, poursuivit la vieille dame ménageant son effet.
- Non ? Dites-nous tout.
- J'ai entendu Spencer et Margareth discuter dans le petit salon. Spencer était inquiet pour vous deux.
- Il n'a donc pas menti là-dessus, fit remarquer Rick.
- Mais Margareth ne l'était pas le moins du monde. Apparemment, elle a dit que vous fouiniez partout, et que vous l'aviez bien mérité.
- Elle cache bien son jeu ! lança Kate, surprise de cette réaction pour le moins dénuée de toute compassion.
- Attendez, le meilleur reste à venir. Elle a dit qu'elle se fichait de savoir qui avait tué Joshua, et que le bonheur de sa famille passait avant le reste. Et qu'il ne fallait pas qu'on découvre ce qu'ils avaient fait, sinon ils risquaient d'être arrêtés pour dissimulation de cadavre.
- « Ils » ? s'étonna Kate.
- Oui. Elle et Spencer. Et quand Spencer lui a dit que Philip était malheureux, elle a dit qu'il n'avait qu'à mieux gérer sa vie.
- Elle savait, lâchèrent en même temps Kate et Rick.
- Et Spencer a menti, ajouta Gates.
- Ou il a omis certains détails.
- Merci Savannah. Vous avez fait un travail remarquable, lui dit gentiment Kate. Un vrai boulot de flic.
- Merci, Katherine. C'est gentil, sourit la vieille dame. Je ne m'éternise pas, mon Wyatt va s'impatienter.
- D'accord. Bon après-midi.
Ils regardèrent Savannah quitter la chambre, avant de s'empresser de reprendre leurs réflexions.
- Margareth a au moins participé au maquillage du meurtre en suicide, lâcha Rick.
- Spencer voulait sans doute ne pas l'impliquer. S'il nous dissimule des choses, on ne peut pas lui faire entièrement confiance, fit remarquer Kate.
- Margareth savait qui était Joshua. Ça confirme son mobile, fit Gates.
- Il faut réinterroger Spencer, et Rose également, lâcha Kate.
- Et j'interrogerais bien une autre personne encore, ajouta Rick.
- Qui ?
- Violet. Pour cette histoire de trésor. Elle sait peut-être qui s'intéressait au trésor. Je vais essayer de la trouver, expliqua-t-il.
- Ok. Capitaine, on s'occupe de Spencer et Rose ?
- D'accord.
- Castle, on se retrouve ici dansi une demi-heure, ok ? fit Kate alors qu'ils quittaient tous les trois la chambre.
- Oui.
- Tu ne quittes pas les couloirs du manoir, ordonna gentiment Kate. Pas d'exploration incongrue, de souterrain ou je ne sais quoi encore.
- A vos ordres mon lieutenant, sourit-il en s'éloignant vers le troisième étage.
- Venez, Capitaine.
Office du majordome, 15h30.
Kate et Gates n'eurent pas de mal à trouver Spencer, car l'officier O'Connor patientait devant l'office du majordome, porte ouverte, faisant mine d'admirer les portraits des ancêtres ornant les murs du grand hall d'entrée. Il leur assura que tout se passait bien et qu'il n'y avait rien de suspect concernant l'attitude de Spencer, qui attendait que Philip et Margareth soient disponibles pour leur parler. Philip avait été convoqué au poste à Brewster pour aider à étudier la liste des employés de son entreprise. Novak était en train d'arpenter les différentes pièces du manoir avec Margareth pour faire l'inventaire de tout ce qui pourrait être la cible d'un voleur, et tenter de trouver un mobile.
Elles trouvèrent Spencer assis à son bureau, plongé dans la contemplation de photos.
- Madame Castle, il y a un souci ? s'inquiéta-t-il au vu de l'air grave qu'elles arboraient toutes deux.
- Non. Mais vous allez finir par en avoir si vous ne nous dites pas toute la vérité, lâcha Kate en refermant la porte derrière elles.
Il baissa la tête, regardant vaguement ses photos qu'il posa négligemment sur le bureau, dépité.
- Spencer, vous n'avez pas dissimulé le meurtre de Joshua tout seul. Margareth vous a aidée, expliqua Kate.
- Comment vous …, balbutia-t-il, surpris.
- On est flics, Spencer, affirma-t-elle sèchement. On ne peut pas vous faire confiance, si vous ne nous dites pas tout ce que vous savez.
- Novak a parié gros en acceptant de vous laisser libre jusqu'à ce soir, ajouta Gates. Vous avez de la chance d'être tombé sur un flic comme lui, alors montrez-vous en digne.
- Margareth m'a aidée effectivement, avoua-t-il. En fait, c'est elle qui a trouvé le corps de Joshua. Elle m'a appelée quand elle l'a découvert.
- A quelle heure ? demanda Kate.
- Un peu avant minuit et demi, je ne sais plus exactement.
- Vous avez conservé l'appel ? continua Gates.
- Oui.
- Montrez-moi, fit Kate.
Spencer lui tendit son téléphone, et trouva l'appel pour le leur montrer.
- Ok. Minuit vingt-trois. On devra fouiller vos relevés téléphoniques. Cet appel pourra être décisif devant un tribunal. Expliquez-nous Spencer, en détails.
- Margareth semblait bouleversée au téléphone. Elle m'a dit que Joshua était mort et de la rejoindre au petit salon au plus vite. Quand je suis arrivé, elle était en train de le regarder, complètement choquée. Elle disait qu'elle l'avait trouvé mort.
- Vous avez vérifié ?
- Non, parce qu'elle m'a dit plusieurs fois qu'elle avait vérifié, et qu'il était mort. Je lui ai demandé qui avait fait ça. Elle m'a dit qu'elle l'avait trouvé comme ça, et que c'était peut-être Philip qui s'était énervé contre lui, expliqua Spencer.
- Pourquoi Philip se serait énervé contre lui ?
- Je ne sais pas, c'est ce qu'elle a dit.
- Elle n'était pas censée savoir que Joshua était son fils à ce moment-là, ni qu'il lui réclamait de l'argent. Pourquoi aurait-elle pu penser que Philip se serait énervé contre lui ? insista Kate un peu plus sèchement.
- Je n'en sais rien, je vous jure. Elle m'a dit ça. J'étais sous le choc, je n'ai pas cherché à comprendre.
- Elle vous a manipulé, constata Gates.
- C'est moi qui lui ai dit qu'il fallait dissimuler le meurtre de Joshua. Elle m'a aidée pour effacer les traces, c'est tout, et elle a surveillé les couloirs. J'ai fait le reste tout seul.
- Vous êtes sûr que vous n'oubliez rien cette fois ? insista Gates.
- Je vous ai tout dit, assura-t-il. C'est Margareth qui a tué Joshua ?
- On n'en sait rien encore. Mais quoi qu'il en soit, gardez tout ça pour vous. Ok ?
- Oui. Ne vous en faites pas, je vous l'ai déjà dit, je ne compte pas payer pour quelqu'un d'autre.
- Vous n'avez rien pris dans la chambre de Joshua après avoir jeté son corps ?
- Non, rien du tout.
- Certain ?
- Oui, je vous jure. Je n'ai rien pris.
Kate et Gates quittèrent l'office du majordome pour se lancer à la recherche de la jeune femme de chambre. Kate en était maintenant convaincue. Margareth avait frappé Joshua, pour une raison ou pour une autre. Elle avait dit à Spencer avoir vérifié qu'il était mort, ce qui était probablement faux. Plus l'enquête avançait, plus Kate se disait que Margareth pourrait avoir réellement voulu tuer Joshua, et ne pas l'avoir frappé simplement sous le coup de la colère. Son attitude envers Spencer dévoilait une femme manipulatrice, sans scrupule, sans compassion aucune.
